I. Il n'y a d'autre Dieu que Dieu
donnée à Constantine à l'occasion de la promotion de Bourbaki au grade de chef de bataillon, est légendaire aujourd'hui. Elle est devenue le motif d'une fanfare qui se joue dans la nouba', comme dans nos musiques militaires françaises.
Un chef qui réunit autant de sympathie dès son arrivée dans un corps nouveau, devait être aimé et adoré de ses inférieurs. Sous ce rapport, Bourbaki le fut au plus haut degré. Il apportait, dans le commandement qu'il allait exercer, le tempérament particulier de soldat d'une extrême bravoure, d'une indomptable énergie mêlée à cette bonhomie dont le maréchal Bugeaud semblait avoir donné le ton aux chefs de l'armée d'Afrique. Brillant officier dans toute la force du terme, Bourbaki va communiquer aux tirailleurs indigènes, vulgairement appelés turcoSy cette coquetterie qui ne les a jamais quittés depuis et qui fut bientôt si légendaire parmi nos troupes d'Afrique; il va leur faire acquérir de nouvelles qualités pour ajouter de nouvelles pages à leur livre d'or, de façon à les assimiler de plus en plus aux autres corps de l'armée française, tout en restant d'incomparables éclaireurs, admirablement préparés pour le combat individuel et la lutte de partisans, qui allait être le caractère particulier de la dernière période de la conquête algérienne.
Le nom de Bourbaki reste donc ainsi, pour les turcos, ce que celui de Lamoricière est resté dans le corps des zouaves, celui autour duquel se sont groupées depuis toutes les traditions qui s'allient intimement à l'histoire d'un régiment et deviennent, pour ce dernier, le lien magique qui s'appelle : esprit de corps.