I. Nouba (garnison) signifie littéralement tour de rôle
56 LE GÉNéKAL BOURBAKI.
Opérations dans le Belezma. — La campagne de i848 s'ouvrit par une expédition chez les Ouled-Soltan.
Bou-Azis, ancien cheik du Belezma, avait été longtemps interné à Batna, pour y être l'objet d'une surveillance particulière. Nul indice n'étant venu éveiller le moindre soupçon à son égard, on lui rendit la liberté vers la fin de 1847. ^^ lieu de nous savoir gré de cette générosité, il se mit à fonaenter des troubles dans le pays, faisant appel à tous les mécontents de notre administration, réveillant le fanatisme des tribus qui avaient combattu naguère sous son drapeau. On l'écouta volontiers, et bientôt Ahmed-S'ghir, kodja (secrétaire) de Sidi-el-Bey, caïd des Ouled-ben-Aoun, quitta la smalah de son maître pour se mettre à la disposition de Bou-Azis, avec soixante-dix tentes environ.
Il importait de réduire ce soulèvement avant qu'il eût pris un peu de consistance.
Le 7 avril i848, le commandant Bourbaki quitta Constantine avec cinq compagnies de son bataillon pour se porter sur Batna, où se réunissait une colonne composée des six compagnies d'élite du 2* de ligne ; un escadron de chasseurs d'Afrique; un peloton de spahis et deux pièces d'artillerie ; le tout sous les ordres du colonel Canrobert.
Cette colonne se mettait en route le 11 avril et franchissait, par une neige abondante et un froid glacial, la gorge effroyable par laquelle la route de Sétif débouche dans le défilé de Batna. Arrivée à Aïn-Djeina, elle y recevait la soumission de Si-el-Bey et d' Ahmed-S'ghir et en repartait le i3 pour se mettre à la poursuite des Haliana qui s'étaient retirés dans les montagnes. Cette fraction fut surprise le lendemain dans ses campements et dut nous abandonner ses troupeaux, ses chevaux et ses bêtes de somme. La colonne arrivait le i5 à Aïn-Cheddi, traversait la plus grande
BOURBAKI EN ALGÉRIE. b'J
partie du pays des Ouled-Soltan, arrêtait plusieurs perturbateiu's indigènes, et rentrait le 25 avril à Batna.
Expédition dans l'Aurès. — Plusieurs tribus de FAurès, notamment celle des Beni-Oudjana, refusaient depuis longtemps de payer l'impôt. Dès que le colonel Canrobért fut de retour à Batna, le général Herbillon, qui venait de prendre le commandement de la province, le chargea de diriger une expédition dans cette région jusqu'alors insoumise.
La colonne organisée à cet effet comprit : cinq compagnies du bataillon de tirailleiu's (commandant Bourbaki); cinq compagnies de la légion; un bataillon du 43* de ligne; un escadron de chasseurs d'Afrique; un peloton de spahis et trois pièces de montagne.
Elle se mit en route le lo mai pour le territoire des Ouled- Mache, où elle arriva le lendemain; le 12, elle opéra une razzia chez les Ouled-Bachia, fraction des Beni-Oudjana ; le i4, elle campa sur les,bords de l'Oued-Mélagou ; Canrobért y reçut la soumission des Beni-Oudjana et organisa une colonne volante forte de huit compagnies, sous les ordres de Bourbaki, pour parcourir le pays et en imposer aux populations qui n'avaient cédé que devant la nécessité. Ce furent cinq compagnies du bataillon de tirailleurs, les deux compagnies d'élite du bataillon du 43* et la compagnie de voltigeurs de la légion; elles campèrent le 20 mai 4 Aïn- Tout, aux sources de l'Oued-Tamagrat ; le 22, sur les bords de rOued-el-Hammam, après avoir franchi le col de Kenchela, et rentrèrent le 24 au camp de TOued-Mélagou, sans avoir rencontré le moindre rassemblement, ni la moindre manifestation hostile sur tout leur parcours.
Une journée fut consacrée à la perception des impôts, puis la colonne entière se remit en marche, passa le 27 à El-Akbarat, campa le 3i à TOued-Taza, descendit ensuite la belle vallée de TOued-el-Abiod et arriva le 3 juin à Menna, où Canrobert apprit tout à coup le voisinage de Sidî'-El- Hadj^-Ahmed, l'ancien bey de Constantine.
Depuis longtemps ce chef détrôné s'était retiré dans TAurès, où il vivait en fugitif plutôt qu'en chef de partisans. Abandonné de tous les siens, désespérant de se créer désormais un nouveau parti, tous ses soins consistaient à nous dérober le lieu de sa retraite, qui était le village de Kébaïech, situé dans un des endroits les plus difficiles de la montagne. Il n'exerçait aucune action directe sur les agitateurs qui avaient soulevé la province ; mais son nom, en servant de mot d'ordre à ses coreligionnaires, pouvait être dans le pays une cause de troubles, sinon d'insurrection. Il devenait donc politique de s'emparer de sa personne, si on voulait enlever aux perturbateurs tout prétexte d'agitation.
A cet efîet, le colonel Canrobert quitta, le 4 juin, le camp de Menna, à la tête du bataillon de tirailleurs, des deux compagnies d'élite du 43*, de la légion et de deux pièces d'artillerie, pour se diriger sur Kébaïech, pendant que le commandant de Saint-Germain, avec la garnison de Biskra, interceptait tous les défilés conduisant vers le sud.
Découragé, voyant le lieu de sa retraite découvert, fatigué de la vie de proscrit qu'il menait depuis la prise de Constantine, et sur le point de se voir saisi, El-Hadj-Ahmed écrivit au colonel Canrobert pour se mettre sous la protection de la générosité française. Ce message n'arriva à sa destination