Sidi signifie monsieur, monseigneur
a. El'Hddjdj, le pèlerin, titre qui précède le nom de tout musulman ayant fait le voyage de la Mecque (Mekka ou el Mdira).
BOURBAKI EN ALGÉRIE. 5g
que le 4 au matin, lorsque la petite colonne française se trouvait déjà à six lieues du camp de Menna.
Le lendemain, El-Hadj-Ahmed se rendait au commandant de Saintr-Germain, et, le 6, la colonne Canrobert allait camper à Méchounech, arrivait le 7 à Biskra, et rentrait le i4 à Batna où elle fut dissoute.
En se séparant du bataillon de tirailleurs, Canrobert, s'adressant à Bourbaki, lui dit en le complimentant : a Je ne prétends pas que vos soldats soient les meilleurs de l'armée française, mais je n'en connais pas qui vaillent mieux. Avec une troupe comme la vôtre., on peut tout entreprendre, tout oser. »
Bourbaki rentra à Constantine, le 19 juin, avec son bataillon, ramenant El-Hadj-Ahmed , qui fut envoyé à Alger pour y être interné. Il y mourut au bout de peu de temps, après avoir presque effacé, par sa conduite et la dignité de ses manières, sa réputation de cruauté envers les Arabes soumis à nos lois.
Expédition de Sidi^Mérouan. — Parmi les soumissions reçues Tannée précédente par le général Bedeau, dans son expédition sur CoUo, se trouvaient celles des frères Azedine, Mohamed et Bou-Renou, chefs très influents du Zouagha. On leur avait laissé le titre de cheik% en raison de leur protestation de dévouement à l'autorité française. Mais les deux frères n'étaient pas sincères ; ils continuèrent à donner asile aux voleurs et aux assassins, à autoriser leurs cavaliers à piller le territoire des Mouïas et des Beni-TIilen, tribus
1 Chikh (au pluriel : chioukh), homme âgé et supposé expérimenté; par extension, homme qui exerce une autorité morale en politique; chef.
6o LE GÉNÉRAL BOURBAKI.
inofFensives qui nous payaient régulièrement l'impôt , de sorte que les deux caïds investis par nous en 1847, Ferath et Bou-Lakkas, étaient sans autorité. Bref, l'anarchie la plus complète régnait dans le pays.
Justement préoccupé de cet état de choses, le général Herbillon opposa aux deux chefs rebelles l'influence d'un de leurs neveux, Bou-el-Akkas, qui venait précisément d'arriver à Milah. En conséquence, et dans le but de favoriser les prétentions de ce dernier, une colonne, sous les ordres du colonel Jamin, du 8* de ligne, reçut Tordre de s'établir à Sidi-Mérouan, dans un camp qui avait déjà été occupé l'année précédente.
Cette colonne fut ainsi composée : cinq compagnies du bataillon de tirailleurs (i5 ofBciers et 697 hommes), un escadron du 3* chasseurs d'Afrique ; un peloton du 3* spahis et deux pièces de montagne. En tout, près de i ,200 hommes.
Cette colonne quitta Constantine le 3 août et campa le même soir à Aïn-Tedjemouth. Le lendemain elle se portait sur Aïn-Sidi-Mérouan, village important situé au confluent du Rummel et de l'Oued-Eudja, point à partir duquel la rivière prend le nom de TOued-Kébir avant de pénétrer dans la Kabylie par l'étroit défilé formé par les dernières pentes du Zouahra et du Djebel-Ségou. La colonne trouva le village en feu et les collines en arrière occupées par les cavaliers des deux frères Azedine. Trois compagnies du bataillon de tirailleurs et les deux pièces d'artillerie se déployèrent sur les hauteurs de droite pendant que la cavalerie s'avançait par la gauche et chargeait vigoureusement l'ennemi qui fut poursuivi jusqu'à rOued-Eudja. L'approche de la nuit ne permit pas de profiter de cet avantage ; nos troupes durent se replier pour établir leur camp, et les Kabyles purent battre en retraite sans être inquiétés.
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Le 5, deux compagnies du bataillon Bourbaki remontaient le cours de TOued-Eudja et recevaient la soumission des habitants de Sidi-Mérouan.
Le 8, le commandant Bourbaki sortait du camp à la tête de 5o cavaliers et d'une compagnie de son bataillon, se jetait sur un parti de cavaliers arabes qui était venu attaquer nos avant-postes, culbutait ensuite un gros de fantassins kabyles qui avait pris position dans le hameau de Sem-EIlil, à une portée de canon du camp.
Le 1 3 au soir, le commandant Bourbaki, avec trois compagnies et Tescadron de chasseurs d'Afrique, se portait sur le village d'El-Amma, avec la mission d'empêcher l'ennemi de s'y ravitailler.
Le i4j les Kabyles vinrent occcuper le village de Sem-Ellil. Deux pelotons de chasseurs d'Afrique, soutenus par une compagnie de tirailleurs indigènes sous les ordres de Bourbaki, exécutèrent une charge à fond de train sur l'ennemi qui fut poursuivi jusqu'à la rivière. L'infanterie s'avança ensuite ; mais les fantassins kabyles, dans le but de ne pas se laisser aborder, se hâtèrent de repasser la rivière, d'où la 5* compagnie indigène les chassa en leur faisant éprouver des pertes considérables. Le lieutenant de Montalembert y fut tué.
Le i8, nouvelle offensive des Arabes qui attaquèrent, à neuf heures du soir, la face nord du camp français gardée par trois compagnies du bataillon indigène. Bourbaki fit aussitôt renforcer les avant-postes qu'il relia entre eux par les deux autres compagnies de son bataillon déployées en tirailleurs. Les Arabes se retirèrent sans oser pousser plus loin leur attaque.
Le 3o août, les Arabes profitèrent de la fin du Ramadan pour attaquer dans la nuit les deux faces occupées par le
62 LE GÉNÉRAL BOUKBAKI.
bataillon indigène qu'ils croyaient distrait par la célébration de cette fête musulmane. Mais Bourbakî avait Fœil ; il donna ses ordres en conséquence aux avant-postes, dont le service de sûreté fut fait avec une extrême vigilance, et qui reçurent l'agression des Arabes avec une fusillade des mieux nourries. Les faces attaquées et les grand'gardes furent renforcées par les deux compagnies tenues en réserve ; en moins d'une heure tout le terrain fut nettoyé.
Le 2 septembre, Bourbaki, avec ses fantassins indigènes, repoussait encore une attaque des Arabes dirigée d'abord sur une seule face du carré occupé par nos troupes, puis, peu à peu, sur toutes les faces à la fois. Le nombre des assaillants et la faiblesse de la colonne nécessitant l'entrée en ligne de tous les hommes disponibles, le combat devint bientôt général et, sur certains points, atteignit des proportions considérables. Un grand feu, allumé à une certaine distance et sur un point parfaitement choisi, répandait sur le camp français une lueur rougeâtre et permettait aux Arabes de se glisser dans la broussaille sans être vus. La lutte dura trois heures. Enfin, les Kabyles, désespérés par l'énergie de notre défense, se retirèrent. Mais, le lendemain, de larges mares de sang qui baignaient le sol çà et là, autour de nos avant-postes, indiquaient assez combien les assaillants avaient fait des pertes sensibles.
Le 3, Bou-el-Akkas-ben-Azedine, à la tête des Mouïas, et appuyé par un peloton de saphis, voulut tenter une razzia sur les Beni-Haroun, qui fournissaient des contingents à ses oncles. Pour seconder cette opération, Bourbaki reçut l'ordre de prendre position au-dessus du gué du Rummel, avec i5o chevaux et 200 fantassins fournis moitié par le bataillon indigène, moitié par le bataillon du 8* de ligne. En se rapprochant de l'Oued-Eudja, le détachement ne tarda pas
à être attaqué sur sa gauche. Bourbaki fit descendre dans la rivière la compagnie du capitaine Jolivet. Refoulé et dispersé, l'ennemi ne poussa pas plus loin ses attaques, et nos fantassins se retirèrent sous la protection d'une charge de cavalerie brillamment exécutée par le commandant de Noé.
Le 7 septembre, le général Hcrbillon arrivait au camp de rOued-Eudja et prenait la direction des opérations. Le 8, il voulut tenter une reconnaissance dans la vallée supérieure de la rivière, dans la direction de la maison de Mohammedben-Azedine, et donna à Bourbaki le commandement du détachement qui allait opérer sur le village de Bou-Fouchi. Ce détachement se composait de trois compagnies indigènes, des si^C compagnies d'élite du 8* de hgne, d'un escadron de chasseurs d'Afrique, d'un peloton de spahis et de deux pièces d'artillerie.
On arriva sans difficulté au col qui domine le village de Dj^Uamah, situé sur la rive droite d'un affluent de l'Oued- Eudja, et centre delà résistance des Beni-Azedine. La vallée va en se rétrécissant et devient un étroit défilé à l'embouchure du ruisseau. Les pentes qui forment ce défilé sont raides et difficilement accessibles à de la cavalerie. Mais Bourbaki a tout prévu : quelques obus suffisent pour disperser les Kabyles qui lui barrent la route. Profitant alors de ce moment de stupéfaction de l'ennemi, il fait avancer contre ce dernier deux compagnies indigènes auxquelles il fait prendre le pas de course pour poursuivre les Kabyles jusqu'au delà de la rivière. La cavalerie acheva cette poursuite et l'ennemi battit en retraite dans toutes les directions.
Le 9 septembre, on attaqua la smalah de Bou-Renou-ben- Azedine. La colonne d'attaque fut divisée en deux groupes : le bataillon indigène avec Bourbaki, qui forme l'avant-garde, se lance sur la gauche, aborde avec sa vigueur accoutumée
les hauteurs qui longent l'Oued-Eudja et en occupe les crêtes. La smalah fut enlevée et incendiée, le jardin des Beni-Azedine détruit.
Ce dernier combat amena la soumission complète des rebelles.
L'expédition était terminée; elle avait duré plus d'un mois et donné lieu à dix combats dans lesquels le bataillon indigène de Constantine, sous l'habile et vigoureuse impulsion du commandant Bourbaki, faisant face à tout, atteignait l'ennemi partout où il se trouvait.
Le 12 septembre, la colonne était dissoute ; le bataillon Bourbaki se mettait en route le jour même pour Constantine, où il arrivait le lendemain.
Expédition de Kabylie. — Malgré les fréquentes incursions de nos troupes en Kabylie^ cette région était demeurée insoumise. Au commencement de 1849, un nommé Ahmedben-Abdallah-ben-Djamina surgissait du milieu des tribus de Collo, cherchant à les soulever. Ce nouveau mattre de rheure, ainsi que s'appellent tous les prétendus envoyés du prophète, disait aux populations crédules et fanatiques de la Kabylie qu'il avait reçu de Dieu le pouvoir de faire tomber les murailles des villes et de changer la poudre en poussière. En quelques jours, il eut autour de lui un nombre considérable de fervents musulmans; l'insurrection prit alors une extrême gravité.
Le 28 avril, Ben-Djamina, qui s'était avancé jusqu'à Soukel-Sebt', menaçait la route de Philippeville ; il fallait l'en