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I. Le marché du, samedi

chasser à tout prix. Dès le lendemain, le commandant Bourbaki sortit de Constantine avec son bataillon et le fit bivouaquer dans la plaine, à Smendou, prêt à tout événement. Le 3o au matin, il prenait la route d'El-Harouch, et allait s'établir le 2 mai à Robertville. Ben-Djamina avait disparu de la contrée. Le général de Salles imposa une lourde contribution de guerre aux tribus qui avaient prêté main-forte à Tagitateur ; le bataillon indigène put dès lors rentrer à Constantine, où il arriva le 4 mai.

Cette opération relégua l'insurrection dans les montagnes ; elle était vaincue sur un point, mais non étouffée. Il fallut y revenir et, en prévision de ce qui se pouvait se passer, Bourbaki reçut Tordre de repartir pour Constantine le 8 mai, pour rallier à Smendou une colonne volante que le général Herbillon y organisait, de manière à marcher sur le premier point où un danger quelconque se révélerait.

Le 18 mai, on était à Milah ; le 20, on prenait position sur les hauteurs de l'Oued-el-Akahal ; le lendemain, on se mettait en marche sur trois colonnes, pour pénétrer dans les montagnes, et à 10 heures du matin on campait à Beïnen. Il était alors facile d'atteindre les troupeaux des tribus rebelles qu'on savait se diriger du côté des Beni-Mimoun. Les dispositions furent bientôt prises, et une colonne forte de sept compagnies, dont trois indigènes (2*, 5* et 8*), quitta le camp vers deux heures du matin, se dirigeant de ce côté par des sentiers presque impraticables, tellement ils sont cachés par les plantes et par les herbes qui tapissent les rochers abrupts donnant accès à la montagne.

Lorsque Bourbaki arriva avec sa troupe en face du ravin principal qui couronne la position de l'ennemi, il se trouva en face du goum de Ben-Azedine, dont une partie avait passé la rivière ; mais une reconnaissance minutieuse lui fit

découvrir de petits sentiers serpentant dans les rochers et qu'il était possible de suivre, même en y engageant ses compagnies une à une. Reçus par une vive fusillade, les turcos ne répondirent pas et débouchèrent bientôt sur la rive opposée. Dès lors, la position était tournée et les Arabes pris entre le gros de la colonne française et les crêtes rocheuses qu'ils ne pouvaient gravir. Tous cherchèrent à se sauver dans les broussailles, au fond du ravin, où le plus grand nombre succomba sous les balles de nos soldats. La nuit approchait ; on rallia la colonne pour la ramener au camp. Cette brillante afiaire, due au coup d'œil de Bourbaki, eut pour résultats la soumission de presque toutes les tribus du Zouagha.

La leçon infligée aux Beni-Mimoun était suffisante ; dès le 4 juin, les tribus rebelles vinrent faire leur soumission, entraînant avec elles toutes celles n'ayant pas payé l'amende qui leur avait été infligée.

Le 5, la colonne revint à Sidi-Merouan ; le 6, elle campa à Bou-Nouara ; le 7, sur les bords de l'Oued-Mekressel ; le 8, à Souk-el-Sebt; le i3, à Djenen-el-Anab; le i4j à Roussael-Youdi, sur les bords de l'Oued-el-Rehasse, où le général Herbillon reçut la soumission des Beni-Tonfout. On y resta deux jours ; le 17, la colonne se porta à Tsomelout.

Ce mouvement n'était qu'une feinte. Le lendemain, le général Herbillon revenait sur ses pas, faisait fouiller par le bataillon indigène la riche vallée de Karouah, et s'installait au centre du pays, d'où des colonnes volantes rayonnèrent dans toutes les directions, dissipant les derniers symptômes de résistance. Le 22 juin, Bourbaki alla châtier les Beni- Ishac ; le 25, le bataillon indigène était à El-Harouch et rentrait le lendemain à Constantine.

Ainsi se termina cette insurrection, commencée par un

fanatique, poursuivie par deux intrigants. Grâce aux promptes mesures prises par le commandement, la révolte, circonscrite dans un cercle assez étroit, devait forcément succomber. Un autre soulèvement allait avoir le sud pour théâtre de la lutte. Il fut tout de suite autrement sérieux que le précédent. Nous voulons parler de l'insurrection de Zaatcha.

Siège de Zaatcba. — Zaatcha est une oasis située au sud-ouest de Biskra; c'est une vaste région qui s'étend à environ deux cent quarante kilomètres au sud de Constantine, cent vingt de Bou-Saâdà et qui se tronve limitée au nord par une chaîne de montagnes ne présentant que deux défilés à Test et à l'ouest : El-Kantara, sur la route de Batna à Biskra, et N'gaons, dans le bassin de l'Oued-Barika, chez les Ouled-Soltan.

Ce pays, depuis Biskra jusqu'à Tuggurth, semblait soumis à l'autorité militaire française, lorsque tout à coup, au moment où les tribus de Cello et celles du Zouagha prenaient les armes contre nous, une certaine agitation s'y manifesta. C'était un nommé Bou-Zian, ancien cheik du Zab-Dahari, sous Abd-el-Kader, personnage riche et influent qui, mécontent de ne pas avoir été employé par l'administration française, se révoltait contre nous, en réveillant le fanatisme de ses coreligionnaires.

Les marabouts prêchèrent la guerre sainte; les anciens agents d' Abd-el-Kader parcoururent le pays; tout fut mis en œuvre pour organiser dans cette immense oasis, qui n'avait jamais pu être occupée par les beys turcs, une résistance susceptible d'arrêter l'armée française elle-même.

Le 22 septembre, une colonne, destinée à agir contre

Zaatcha, était réunie aux environs de Constantine, siu* le Condiat-Aty. Elle comprenait le bataillon indigène de Bourbaki, un bataillon du 8* de ligne, deux bataillons du 43* de ligne (colonel Dumontet) et le 8* bataillon de chasseurs à pied.

A cette époque, Zaatcha était un immense bouquet de palmiers, six ou sept fois plus long que profond. Le village ressemblait à une véritable place de guerre ; des tours carrées s'élevaient de distance en distance, reliées par des maisons percées d'ouvertures triangulaires destinées à la dessiccation de dattes. Un chemin de ronde bordait un fossé plein d'eau, d'une largeur moyenne de six mètres et d'une profondeur de un à deux mètres. Une zaouïa^ (hôtellerie) formée d'un groupe de maisons dominé par un minaret, existait alors à cent mètres de l'oasis et vers le milieu de sa longueur.

La colonne, sous les ordres du colonel Dumontet, se mit en route le 24 septembre, arriva à Batna le 27, où elle fut rejointe par le général Herbillon et la cavalerie. Le 4 octobre, elle était à Biskra, s'y renforçait d'un bataillon de la légion étrangère, et se trouvait, le 7, en face de Zaatcha et de Lichana, un des faubourgs de l'oasis.

Bourbaki reçut l'ordre de se porter avec son bataillon entre l'oasis de Farfar et celle de Tolga, de façon à empêcher les gens de cette dernière oasis de venir en aide aux défenseurs de Zaatcha. Ces deux points étaient garnis d'Arabes prêts à prêter leur concours à leurs voisins. Vigoureusement maintenus par le bataillon indigène, pendant que l'artillerie se mettait en batterie et tirait sur la zaouïaj les

I. Zaouîa signifie littéralement un coin, un réduit, un ermitage; c'est une sorte de chapelle bâtie sur le tombeau d'un marabout vénéré.

Arabes, de ce côté, durent se résigner à ne prendre aucune part à la lutte, que le colonel Carbuccia, du 2* étranger, allait soutenir en donnant l'assaut à la zaoula, dès que le canon cesserait de se faire entendre.

Malheureusement, ce premier assaut fut infructueux. Nos légionnaires s'égarèrent dans les jardins, subirent des pertes considérables et finalement durent se retirer, en laissant plusieurs des leurs entre les mains de l'ennemi.

Il fallait prendre d'autres dispositions, si on voulait réussir.

Dans la nuit du 7 au 8 octobre, l'artillerie construisit une batterie de trois pièces, à soixante-dix mètres en avant de la zaouïa. Le lendemain, elle ouvrait son feu à dix heures du matin. Quelques lézardes s'aperçurent bientôt dans les murs extérieurs de l'enceinte. Était-ce une brèche praticable ? Il était difficile de s'en rendre compte exactement, sans avoir fait une reconnaissance de la partie crevassée.

Le général Herbillon fit appeler le commandant Bourbaki et lui donna l'ordre de se porter en avant, avec trois de ses compagnies, pour s'assurer du véritable état des choses. En conséquence, les i", 2® et 3* compagnies du bataillon indigène se portèrent vers la droite et reconnurent que, de ce côté, la muraille était endommagée dans sa partie supérieure, mais ne présentait pas un passage suffisant pour donner lieu à un assaut immédiat. Néanmoins les turcos descendirent dans le fossé ; mais, accueillis par un feu violent de mousqueterie, ils durent chercher un refuge dans les jardins, et les scènes de la veille se renouvelèrent. Les soldats de Bourbaki, ne pouvant plus être surveillés par leurs officiers, se dispersèrent dans des dédales inextricables, engagèrent une lutte où ils furent superbes de crânerie et de bravoure, mais qui devait fatalement se terminer par une

retraite inévitable. Ils n'en avaient pas moins accompli des prodiges, au prix de sacrifices sérieux : 87 hommes hors de combat (5 tués, dont le sous-lieutenant Dejoux et 82 blessés, parmi lesquels le capitaine Taverne).

Cette infructueuse tentative d'attaque de vive force démontrait l'inutilité et les dangers de tout nouvel effort de ce genre. Un siège en règle s'imposait; l'artillerie construisit de nouvelles batteries, le génie entreprit certains travaux de défilement, et on attendit de nouveaux renforts pour poursuivre une attaque directe de la place.

Le 12 octobre, le colonel de BarraP, qui venait de parcourir les environs de Bou-Saâda, arrivait sous les murs de Zaatcha avec un bataillon de zouaves, un autre du 38« de ligne et de la cavalerie. C'était un renfort de i,5oo hommes. Ce renfort ne changea rien à la situation, si ce n'est que les travaux du génie furent poussés avec activité, de façon à préparer deux attaques : une au sud, praticable le i4 octobre, l'autre au nord, qui ne le fut que le 19. On était à vingt mètres de la contrescarpe. L'accès de l'enceinte paraissant possible, le général Herbillon prit l'avis des chefs de service, et décida qu'un nouvel assaut aurait lieu le lendemain.

A cet effet, le colonel Dumontet reçut l'ordre de pénétrer par la brèche du nord avec le 43* ; le colonel Carbuccia par celle du sud avec la légion, pendant que le bataillon d'Afrique à droite et le bataillon indigène à gauche, tourneraient Zaatcha, pour l'isoler des autres oasis.

Le 20, vers six heures du matin, l'artillerie augmenta l'intensité de son feu ; en même temps Bourbaki commença son mouvement, pénétra dans les jardins de gauche, de

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