‹ Le général BourbakiChapitre 23 sur 69 · Joseph-Napoléon-Paul de Barrai, colonel du 38® de ligne · texte numérisé non relu

Joseph-Napoléon-Paul de Barrai, colonel du 38® de ligne

façon à intercepter toute communication entre Lichana et Zaatcha ; il était couvert du côté de Tolga par la cavalerie du colonel de Mirbeck, du 3* chasseurs d'Afrique.

Dès que le général Herbillon fut informé de l'achèvement complet du mouvement prescrit au bataillon de Bourbaki, il fit sonner la charge, et les deux colonnes d'assaut se précipitèrent en avant, pour essayer de pénétrer dans la place. Les gens de Lichana voulurent porter secours à ceux de Zaatcha : impossible. Les turcos étaient là, leur barrant le passage. Partout, ils furent repoussés et obligés d'assister à la lutte sanglante qui se livrait non loin d'eux.

L'attaque échoua de nouveau ; il était une heure de l'après-midi, lorsque Bourbaki reçut l'ordre de rentrer au camp.

Il fallut renoncer à rien entreprendre avant l'arrivée de nouveaux renforts et des munitions.

Ces renforts, ce fut le colonel Canrobert qui les amena le 8 novembre ; ils consistaient en un bataillon de zouaves, un autre du i6« de ligne et de la cavalerie.

A partir du 17 novembre, les travaux du génie furent poussés si activement, qu'au bout de quelques jours on se trouvait enfin bien près d'arriver au but désiré, qui était un assaut décisif. L'ennemi le sentant, devenait de plus en plus agressif, et le 24, à onze heures du matin, il saisit le moment où l'on relevait les gardes de tranchée pour faire sur les lignes de l'attaque de droite (nord) une audacieuse sortie très habilement préméditée. Le commandant Bourbaki, qui eut à supporter le premier choc des Arabes, divisa sa troupe en deux groupes, tourna la position de l'ennemi , s'engagea dans les jardins, jusque sous les murs de Zaatcha, le poursuivant d'enclos en enclos, de jardin en jardin, jusqu'à hauteur de la porte qui donne accès dans la ville.

Tout était donc prêt pour un effort décisif. L'assaut fut fixé au 26 novembre. Il devait avoir lieu par trois brèches.

Au point du jour, rartillerie redoubla son tir : le bataillon indigène se massa à la zaouîa, se porta ensuite, à un signal donné, vers la face ouest du village et prit position entre les extrémités de droite et de gauche des deux attaques nord et sud.

A huit heures du matin, trois coups de langue de clairon firent connaître que l'investissement était terminé. Le général Herbillon fit sonner la charge : toutes les troupes s'élancèrent : le colonel Canrobert à droite, le colonel de Barrai au centre, le lieutenant-colonel de Lourmel à gauche. Cette attaque, menée avec une extrême vigueur, nous rendit enfin maîtres de Zaatcha.

Pendant qu'une lutte sanglante se livrait à l'intérieur de la ville, le commandant Bourbaki était aux prises avec les gens de Lichana. Arrêtés sur tous les points, ils durent renoncer à l'espoir de secourir Bou-Zian. Le fanatisme les animait d'une telle ardeur, qu'ils combattirent avec une sauvage énergie et ne se retirèrent que lorsqu'ils eurent acquis la certitude que Zaatcha n'existait plus.

Le 28, la colonne quitta le camp qu'elle s'était choisi sur la hauteur qui domine la zaouîa et se dirigea sur Biskra. Là, les troupes furent divisées en deux groupes : le colonel de Barrai prit la route de Bou-Saâda, le colonel Canrobert se dirigea vers le Hodna, emmenant avec lui le bataillon indigène. Bourbaki parcourut ainsi tout le pays des Ouled- Soltan, des Ouled-Abdi, puis les Aurès, rétablissant l'ordre dans les tribus, arrêtant les perturbateurs ; puis il rentra à Constantine, où il arrivait le 24 décembre.

^ Cité à Tordre de Tarmée à la suite de l'expédition de Zaatcha, la plus importante de celle dont la province de Gonstantine avait été le théâtre jusqu'alors, Bourbaki passe lieutenant-colonel au régiment des zouaves, le i6 janvier i85o. Il est sous les ordres du colonel d'Aurelles de Paladine, le futur commandant en chef de la i" armée de la Loire, en 1870.

Les excursions en pays arabe recommencèrent dès le i5 avril. Les zouaves et un bataillon du 5i', sous les ordres du colonel de Lourmel, explorèrent les Beni-Immel dans la province de Gonstantine. Un vif engagement s'y produisit, à l'occasion du paiement de l'impôt; le colonel de Barrai atteint d'une balle au front, mourut quelques jours après. Du i5 au 29 juin, nouvelle expédition de quinze jours chez les Beni-M'rail.

Les zouaves rentrèrent à Blidah le 28 juillet, occupés tantôt à Blidah, tantôt à Médéah, tantôt à Goléah ou aux environs, à différents travaux de défrichement et de colonisation.

Le 26 mars i85i, le i®' bataillon de zouaves alla prendre position chez les Beni-Mansour; le lieutenaiit-colonel Bourbaki dirigea les opérations contre le chérif' Bou-Bargla, qui menaçait les villages des Ghemfa, nos alliés.

Dans la nuit du 9 au 10 avril, attaque du village des Beni-Seloum.

Les zouaves retournèrent à Blidah le i3 juillet, où ils restèrent du 23 au 17 août, date à laquelle ils se rendirent à Dra-el-Mizan, pour y être employés à des travaux de constructions et de reconnaissances dans les environs.

I. Chérif, au pluriel cheurfa, noble, descendant de Mahomet par la branche de Fâth'ma-Zahra, sa fille, mariée à A'ii-Roqâia.

Ces petites expéditions, quoique toujours de même nature, — sac et incendie de villages dont les habitants nous avaient donné des sujets de plaintes, — ne laissaient pas que de devenir très fatigants à la longue ; mais ils aguerrissaient les chefs et les soldats. Aussi, le 24 décembre i85i, le colonel d'Aurelles de Paladine ayant été promu général de brigade, le lieutenantrKîolonel Bourbaki prit le commandement du régiment des zouaves, en qualité de colonel.

Cette année fut la dernière du régiment des zouaves. Le général Randon, devenu gouverneur général de l'Algérie, à la suite du coup d'État de i85i, proposa au nouveau gouvernement une réorganisation de l'armée d'Afirique, et, le i3 janvier i852, chaque province eut son régiment de zouaves, fort de trois bataillons et comptant 3, 600 hommes à l'eflectif.

C'est ainsi que le i®' bataillon de l'ancien régiment de zouaves, dont le colonel Bourbaki avait pris le commandement, devint le noyau du i®' régiment de zouaves, en résidence dans la province d'Alger. Le i®' bataillon tout organisé resta tel quel, le 2* bataillon fut organisé le i3 mars et le 3*^, le 3o du même mois.

En i853, le colonel Bourbaki est à l'expédition des Babors, avec les deux premiers bataillons de son régiment ; il fait partie de la i" brigade (général Pâté) de la i" division (général de Mac-Mahon).

Le 2 1 mai a lieu un premier engagement, où les zouaves sont assez maltraités; mais le 23, Bourbaki prend sa revanche, en manœuvrant de façon à attirer les Kabyles dans une embuscade qui leur fit perdre beaucoup de monde.

L'ennemi devenait de jour en jour insaisissable ; chaque fois que nos troupes se présentaient à lui, il disparaissait comme par enchantement, faisant le vide devant Bourbaki, qui organisa dans sa colonne des chasses à courre connues sous le nom de razzias^. Il fit la guerre aux grains, aux troupeaux, qui constituent dans ce pays la seule fortune des Arabes. C'était le seul moyen d'arriver à soumettre les tribus rebelles.

La guerre n'est-elle pas en effet la chasse aux intérêts ? En Europe, quand on est maître de deux ou trois grands centres, le pays presque entier vous appartient. Mais en Afrique, comment atteindre une population qui ne tient au sol que par des piquets de tentes? On n'a pas d'autres moyens évidemment que de prendre le blé qui la nourrit, le troupeau qui fait sa richesse et lui procure la laine dont elle s'habille. De là, la guerre au silos, la guerre au bétail, la r'azzia.

Quorum plaustra vagas

Rite trahunt domos ?

La guerre de montagnes ne ressemble en rien à la guerre en plaine. Quand le soldat voit son ombre grandir, et que depuis le matin il se. bat dans un chaos de bois et de collines plus ou moins escarpées, la fatigue de l'âme se joint à celle du corps et produit un malaise singulier. Il sait qu'il doit mourir un jour ou l'autre ; c'est son lot : mais rien ne le rend plus triste que l'idée d'avoir la tête coupée, s'il reste en arrière ou s'il est fait prisonnier. Cette campagne des Babors avait été courte, mais très fatigante. Les zouaves de Bourbaki étaient harassés.

I . Kazzia, coup de main, expédition, incursion, course sur l'ennemi pour le dépouiller, d*où nous avons fait le verbe razzier.

76 LE GÉ^iÉRAL BOURBAKI.

(Tétait le momeot où les molkis, selon leur langage, allaient à Rome, laisant ainsi allusion au dicton populaire qui prétend que les cloches de la semaine sainte se rendent à Rome.

.\u premier coup de clairon cependant, ces tîcux coureurs étaient debout; au second, prêts à partir; l'annonce du péril chassait la btigue du corps.

« Si tu Teux franchir un péril, disait un jour Bourbaki à un vieux zouave, jette ton âme de l'autre côté. >

Depuis, cette devise est restée celle qui résume toute la conduite des soldats de ce corps d'éhte qui, mieux que tout autre, sait se garer d'un danger inutile et dominer le péril nécessaire.

Nous arrivons ainsi à l'année i854 ; la destinée des zouaves va singulièrement s'agrandir; cette troupe, créée pour occuper et défendre la terre d'Afrique, va combattre en Europe et y verser son sang, en attendant qu'on l'envoie dans le nouveau monde, guerroyer contre les Mexicains.

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