CHAPITRE III
BOURBAKI EN GRIMEE
(4 FÉVRIER 1 854-29 MAI l856)
Depuis longtemps, le tzar Nicolas i*' convoitait Constantinople. A cet effet, il avait envahi la Turquie le 3 juillet i853 et fait de Sébastopol un port de guerre redoutable, d'où il pouvait faire arriver ses troupes, en vingt^quatre heures, sous les murs de la capitale de Tempire ottoman. La France et TAngleterre, croyant voir en cela l'indépendance européenne menacée, s'allièrent pour s'opposer aux projets ambitieux du tzar, et la guerre fut déclarée à l'empereur de Russie le 27 mars i854.
En prévision de cette guerre qui était imminente, le colonel Bourbaki prévenait le i^' zouaves, dans un ordre du jour, daté du 4 février i854, que son régiment était appelé à fournir deux bataillons actifs prêts à entrer dans la composition d'une des divisions désignées pour constituer l'armée d'Orient. Les préparatifs de départ se firent aussitôt, et quelques jours après, le i^' zouaves, organisé à deux bataillons d'un effectif de 800 hommes chacun, se concentrait à Alger où l'organisation se complétait '.
Le I" zouaves s'embarqua le 26 mars (l'état-major et le i*"" bataillon sur le Montezuma; le 2* sur le Caffarelli) et
I. Â la fin de i853, les bataillons du i«f zouaves étaient ainsi répartis : le i«r bataillon à Blidah, le 2« à Âumale, et le 3« à Goléah.
prit la mer le même jour. Le 10 avril, îl débarquait à Gallipolî, où les autres troupes qui devaient faire partie avec lui de la i" brigade (général Espinasse) de la i" division (général Ganrobert), ne tardèrent pas à le rejoindre. Cette brigade se composait des troupes suivantes :
I*' bataillon de chasseurs k pied (commandant Tristan-
Legros) ; I" régiment de zouaves (colonel Bourbaki) ; 20® régiment de ligne (colonel de Failly).
On resta à Gallipoli jusqu'à la fin de mai : les corvées, le tir à la cible, des travaux de route et de fortification, occupèrent le I" de zouaves pendant toute cette période.
Le 3i mai, Bourbaki s'embarqua avec son régiment, à destination de Varna, où il arriva le 3 juin. Il y resta jusqu'au 24 juillet, perfectionnant sans cesse l'instruction militaire de ses zouaves par des marches, des manœuvres et des reconnaissances autour de Varna.
A ce momentr-là, le général Ganrobert était allé reconnaître la presqu'île de la Ghersonèse ; le général Espinasse ' prit le commandement de la division et céda celui de sa brigade au colonel Bourbaki.
Dès les premiers jours de juillet, les divisions françaises et anglaises, réunies à Varna, se trouvèrent en présence d'un ennemi plus redoutable que le feu de l'ennemi : le choléra. L'immense agglomération d'hommes sur un même point, une chaleur insupportable, des exhalaisons pestilentielles, provenant des immondices dont les rues de Varna étaient remplies, malgré les ordres les plus sévères: tout faisait craindre une épidémie générale et désastreuse. Déjà les