‹ Le général BourbakiChapitre 26 sur 69 · JLV GÉNÉRAL ESPINASSE, A VARNA · texte numérisé non relu

JLV GÉNÉRAL ESPINASSE, A VARNA

Général,

Je vous adresse ci-joint un rapport du colonel Dessaint' qui rentre d'une mission à Rassowa par Kustendje. L'importance de.

I Colonel du 3* spahis.

8o LE GENERAL BOURBAKI.

ces renseignements sur les forces en cavalerie des Russes ne vous échappera pas'. L'opération du général Yussuf doit être surtout une reconnaissance rapide, dont le meilleur résultat serait d'attirer l'attention de l'ennemi de ce côté, et lui inspirer des craintes sur un mouvement dirigé vers sa ligne de retraite de la Valachie. L'enlèvement de quelques avant-postes rendrait ce succès aussi satisfaisant que possible. Il impor.te de ne rien risquer en voulant faire plus.

Telles sont mes dernières instructions. Le général Yussuf arrivera le 26 àKustendje. Le i^ régiment de zouaves, les vivres destinés k Mangalia et k Kustendje, partiront de Varna le 24 au soir et seront le 26 k Kustendje. Faites appuyer promptement sur ce point les trois autres bataillons de votre i"^* brigade*, avec les deux batteries d'artillerie de votre division, et poussez votre 2« brigade 5 jusqu k Kustendje pour être en mesure de bien appuyer le colonel Bourbaki, et définitivement le général Yussuf.

Lorsque les opérations du général Yussuf vous auront mis dans la nécessité de vous replier sur Mangalia, vous préviendrez le commandant du vapeur qui mouille devant Kustendje qu'il devra regagner Varna en s'arrêtant, s'il y avait lieu, devant Mangalia.

Vous m'annoncerez vous-même votre retour sur ce point, afin que je puisse vous y adresser mes ordres.

Bans la Dobrutscba. — Faisons connaître la nature du pays dans lequel va opérer la division Espînasse. 11 suffit de remuer la terre pour en faire sortir la fièvre. Nous empruntons les lignes suivantes à Tintéressante relation du baron de Bazancourt :

« Aux environs de Varna, pendant dix lieues de parcours,

1. Deux régiments de hussards et un millier de cosaques en reconnaissance autour de Babadagh, et en ayant de Kustendje.

2. Un bataillon de chasseurs; deux bataillons du 7" de ligne.

3. Général Vinoy : 9« bataillon de chasseurs ; 20« et 27« de ligne.

BOURBAKI EN CRIMÉE. 8l

on ne trouve que des forêts ; puis, plus un arbre, plus un ravin, tout au plus, à de grandes distances, des dépressions de terrain où croupissent des eaux marécageuses. L'œil plonge dans les horizons les plus reculés, sans y rien rencontrer ; pas un ruisseau d'eau vive ne sillonne ce pays désolé. Ce ne sont que plaines immenses, unies, couvertes de hautes herbes, de chardons, dd plantes de toute nature ; — herbes ou fleurs sauvages arrivent à la ceinture des soldats et souvent tellement serrées, que leur marche en est ralentie ; — c'est la seule végétation de ces steppes, qui s'étendent à l'infini, et au milieu desquels s'élèvent de temps en temps des débris de tumulus, vestiges presque eflacés de la vie qui animait jadis ces contrées, aujourd'hui désertes et silencieuses. » Arrivé à Mangalia, le 25 juillet, Espinasse y reçoit de Yussuf la lettre suivante :

Kustendje, le 26 juillet.

Mon cher général,

Je bivouaque à deux lieues de Kusteadje, où j'ai trouvé le colonel Bourbaki, installé dans le village avec ses deux bataillons et fort occupé du débarquement des vivres. Je me suis mis immédiatement en communication avec lui. Les renseignements qu'il me donne concordent avec ceux que j'ai recueillis moimême et sont d'ailleurs, dans leur ensemble, les mêmes qui ont été donnés au maréchal par le lieutenant-colonel Dessaint.

Il résulte de ces renseignements qu'un détachement de 1,200 hussards russes occupe Sarioul, village situé k douze lieues de Kustendje. Un corps assez nombreux de partisans moldaves, bulgares et cosaques, occupe Kara-Kerman, qui n'est qu'à cinq heures de Kustendje. Je puis, par une marche rapide, tenter de surprendre les détachements établis à Kara-Kerinan et Sarioul, avec les spahis d'Orient soutenus par les deux bataillons du I*' zouaves. C'est un coup de main qui peut réussir, s'il est exécuté rapidement et vigoureusement, k la condition

GÉNÉRAL BOURBAKT.

toutefois que nous parviendrons k dissimuler notre mouvement aux Russes, en faisant une marche de nuit.

L'opération ne demanderait que quarante-huit heures. Elle serfidt complète si votre division tout entière dépassait Kustendje et se portait en avant. Nous pourrions alors pousser beaucoup plus loin notre reconnaissance et le coup de main sur les postes avancés de Kara-Kerman et Sérioul s'exécuterait bien plus sûrement.

Je vous attends avec impatience pour causer de tout cela. Je pense que vous pourrez amener votre division jusqu'à Kustendje demsiin 27 ; mais, dans tous les cas, vous feriez bien d'y venir de votre personne, nous arrêterions de concert les opérations ultérieures.

Nous n'avons pas de temps à perdre dans le Dobrutcha.

Recevez, etc Général Yussuf.

Les prévisions du maréchal de Sâint-Amaud se réalisaient, et selon toute probabilité Ton devait, sous deux ou trois jours, rencontrer les Russes, les rejeter loin du mur de Trajan et leur faire croire à une attaque sérieuse de ce côté.

Le général Espinasse, avec sa division, quitta Mangalia, le 26 juillet à 4 heures de l'après-midi et arriva le 28, vers 3 heures et demie, au bivouac de Kustendje, près du lac Pallas, où la tête de sa colonne vint asseoir son camp, à environ une lieue de la ville.

Ce jour même, le général Yussuf avait eu un engagement avec les Russes à Kazalik. Après Taflaire, il écrivait au général Espinasse :

Kazalik, le 28 juillet, 11 heures du soir.

Mon cher général,

Nous avons eu avec les Russes une rencontre d'avant-garde en arrivant k Kazalik. Le capitaine du Preuil ', trouvant le vil-

I. Marguerite-Jacques-Vincent-Octave du Preuil, capitaine au a« cuirassiers, détaché comme officier d'ordonnance du général Espinasse.

lage occupé par cent cinquante ou deux cents cosaques, les a franchement abordés avec quelques cavaliers. Une mêlée s'en est suivie ; les Russes ont eu six hommes tués et quelques blessés. Le capitaine du Preuil a eu un cheval tué sous lui et a été blessé de six coups de lance ; deux lanciers turcs et spahis d'Orient ont été tués; quatre spahis, dont deux français, ont été blessés.

Prévenu trop tard de cet engagement qui se passait à deux lieues de moi, je n*ai pu faire soutenir en temps utile le capitaine du Preuil qui, dans cette circonstance, n'a écouté que son ardeur et son courage, sans regarder derrière lui.

Le régiment de zouaves m'a rejoint ce soir. Il était un peu fatigué, mais il a trouvé un bon bivouac : du bois et de l'eau excellente. Les Russes, en se retirant, ont abandonné quelques bœufs que j'ai donnés au colonel Bourbaki, et sa troupe ne manque de rien. J'avais envoyé en avant d'elle des arabas^ pour ramener les malades et fait disposer dans le village une maison pour les recevoir.

Je ne sais ce que je ferai demain. Mes chevaux sont fatigués. J'agirai d'après les circonstances et suivant les renseignements que j'aurai de l'ennemi. J'espère que vous arriverez demain avec votre division. Nous verrons ensemble ce que l'on peut faire, en tenant compte de la question du temps.

Recevez, mon cher général, l'assurance de mes sentiments bien affectueux.

Général Yussuf.

Le général Espinasse se mit immédiatement en marche. En route, il recevait presque coup sur coup les deux lettres suivantes du général Yussuf.

Kazalik, le ag juillet, midi.

Mon cher général,

Mes avant-postes ont des cosaques en avant d'eux : trois régiments russes sont dans les environs. Je marche contre eux

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