‹ Le général BourbakiChapitre 29 sur 69 · I. Tué à Magenta le 4 juin i · texte numérisé non relu

I. Tué à Magenta le 4 juin i

g4 LE GÉNI^RAL BOURBAKI.

Nous ne faisons pas ici le récit des opérations du siège de Sébastopol. D'autres que nous s'en sont occupés. Nous ne relatons que les faits de guerre auxquels Bourbaki a participé.

Bataille d'Inkermann. — Le prince Menschikoff, qui commande l'armée russe de secours, sentant qu'il ne peut attaquer de front le corps de siège, a résolu de porter tous ses efforts sur le saillant aigu que la droite anglaise, mal couverte, formait à l'e^ctrémité méridionale du plateau d'Inkermann, pendant que des opérations d'une moindre importance et des démonstrations retiendi*aient loin du champ de bataille le corps d'observation du général Bosquet.

Pendant la nuit du 4 s^u 5 novembre, la pluie n'a cessé de tomber. Les grand'gardes et les sentinelles avancées ont leurs vêtements transpercés ; elles tiennent à peine leurs armes humides, tellement elles sont épuisées par les corvées des régiments ou par le travail des tranchées.

Un brouillard épais augmente les ténèbres.

Le lendemain est un dimanche. Dès quatre heures du matin, on entend les cloches des églises de Sébastopol sonner à toute volée. Les Anglais ne prêtent aucune attention à ce bruit familier. Néanmoins un sergent de la division légère de service aux avant-postes, croit distinguer un bruit de roues dans la vallée d'Inkermann. Il rend compte de ses observations au major anglais Bunbury. Ce sont les Russes qui menacent l'extrême droite de l'armée d'observation anglaise, gravissent les pentes presque à pic et rangent sur les hauteurs quarante-deux pièces de canon.

Alors commence une des plus sanglantes mêlées du siècle. C'est une série de combats corps à corps, de ralUements découragés, d'attaques désespérées dans les ravins, dans les vallées, dans les broussailles, dans les effondrements du sol,

BOURBAKI EN CRIMÉE. qS

OÙ Anglais et Russes ne sortent que pour se lancer dans la mêlée.

Il est six heures du matin, lorsque le canoR met en éveil tout le corps d'observation du général Bosquet. Le ciel, chargé de brouillards et de pluie, abaissait sur la terre un vaste voile d'un gris uniforme. Toutes les dispositions prévues en cas d'alerte n'en furent pas moins prises immédiatement. L'artillerie de la 2* division se porta à l'extrême gauche, sur la route Woronzoff, au-dessous de la grande batterie appelée la Queue (Thironde^ dans laquelle quatre compagnies du 3^ bataillon de chasseurs à pied avaient pris la garde, dès la veille au soir. Puis le général Bosquet, galopant dans la direction de l'armée anglaise, donna l'ordre au général Bourbaki de le suivre avec deux bataillons, les quatre autres compagnies du 3* chasseurs et les deux batteries à cheval de la réserve. Le général Bosquet offiit en vain aux généraux anglais, le secours des troupes françaises qu'il amenait avec lui; il revint au Télégraphe, gardant sous sa main les quatre compagnies de chasseurs, un bataillon du 6® de ligne, un bataillon du 7* léger et les deux batteries de la réserve.

Mais pendant ce temps-là, la batterie dite des Sacs à terre était perdue pour les Anglais dont la droite, complètement à découvert, se replia lentement, sans cesser de contenir les Russes par son feu. Le défilé d'Inkermann était désormais ouvert à l'ennemi. Il n'y avait pas un instant à perdre : Bosquet lança sur les Russes la brigade Bourbaki, avec toutes les troupes établies à sa proximité. Celles-ci prirent le pas de course, Bourbaki en tête ; elles furent suivies de cinq compagnies de tirailleurs algériens, d'un bataillon de zouaves et de deux compagnies du 5o* de ligne, sous la direction du général d'Audemarre d'Hérvillé.

De la redoute Canrobert au champ de bataille, la distance est courte, mais si courte qu'elle fût, elle eût été trop longue si les Russes nous y avaient devancés. L'ennemi arrivait près du camp anglais ; il fallait le faire rétrograder. Le secours apporté par Bourbaki n'était qu'un renfort de i ,800 hommes, à peu près Teflectif d'une brigade anglaise. Quand les Irlandais entendirent les clairons des chasseurs, ils y répondirent par des acclamations, et quand ces troupes passèrent devant eux, ils les saluèrent de leurs hourrahs.

La batterie des Sacs à terre devint encore une fois l'objectif principal de la bataille. Les trois petits bataillons commandés par Bourbaki se lancèrent contre l'ennemi ; mais au lieu d'entrer dans la batterie, — ce qui leur aurait fait perdre du temps, — ils la tournèrent et surprirent les Russes qui reculèrent et les laissèrent arriver d'un seul élan jusqu'à la naissance du ravin des Carrières. Cette course précipitée avait mis du désordre dans les rangs français et quand il fallut battre en retraite, il y eut quelques instants d'hésitation. Bourbaki rallia son monde autour du drapeau du 6*= de ligne.

On ne sait vraiment ce que Ton doit le plus louer dans cette rencontre : de l'inébranlable solidité avec laquelle les Anglais ont tenu tête à l'orage ou de Tintelligente vigueur avec laquelle les généraux Bosquet et Bourbaki attaquèrent l'ennemi qui les débordait à leur droite.

On s'aborda trois fois à la baïonnette par une pluie battante, et l'ennemi ne céda qu'au troisième choc, laissant le terrain couvert de ses morts et de ses blessés.

Le porte-drapeau du 6^ de ligne ' se fit tuer ; son étendard fut ramassé par un chasseur du régiment d'Otckhotz et passa de main en main jusqu'aux dernières files. Le colonel Filhol

Page 1