‹ Le général BourbakiChapitre 32 sur 69 · MAI-14 JUILLET · texte numérisé non relu

MAI-14 JUILLET

Les Kabyles, grossis de tous les transfuges du Nord de l'Afrique, montagnards sédentaires, travailleurs passionnés et d'égalité absolue, tenaient toujours la campagne depuis i83o. Une lutte et des négociations incessantes avaient progressivement triomphé des Kabyles des montagnes isolées, puis de ceux des basses montagnes du Djurjura. Restait la Grande Kabylie ou Kabylie du Djurjura, l'une des grandes chaînes de l'Atlas et le siège principal de la résistance berbère.

C'était le cœur même de la puissance kabyle, le foyer de tous les soulèvements des peuples du Nord de l'Afrique que le maréchal Randon, gouverneur de l'Algérie, se proposait d'attaquer avec un corps de 26,000 hommes, formant trois divisions, sous le commandement des généraux Renault, Mac-Mahon et Yussuf, chacune de celles-ci organisée à deux brigades.

Bourbaki commande la i" brigade de la division Mac- Mahon (2® division). Il a sous ses ordres le i*' bataillon du 2® régiment étranger (colonel de Granet Lacroix de Charrière); le ii* bataillon de chasseurs à pied (commandant

EXPÉDITION DE LA KABYLIE ORIENTALE. Io5

Dumont); le 2* zouaves (colonel Saurin); le 54* régiment de ligne (colonel Martineau Deschenets).

Sous les ordres de Bourbaki, les officiers dans chaque corps de troupes sont énergiques, obéissants, dévoués, assez fermes pour assumer la responsabilité du commandement ; dans les rangs, des soldats aguerris par les fatigues, de ces natures vigoureuses qui saisissent dans son regard la pensée du chef et se lancent en avant sans songer au péril.

Derrière chacune de ces roches, de ces escarpements, se tenait une population disposée à faire payer chèrement le passage de ses terres que n'avait pas encore souillées le triomphe de l'ennemi.

Le 16 mai, les habitants de Tizi-Ouzou pouvaient voir les longues files de nos troupes passées en revue par leurs généraux respectifs, dans la vaste plaine qu'un soleil ardent éclairait. La musique de chaque corps de troupes jouait ses fanfares, et à l'horizon se dressaient les montagnes où tant de braves gens allaient rester. C'était dans les rangs comme un frémissement de guerre qui saisissait l'âme ; car il n'y avait pas là à s'y tromper : le chef comptait sa troupe avant de la mener au danger. Le lendemain, la division Mac- Mahon prenait la direction d'Abid-Ghambai où elle campait le soir, ayant à sa droite la division Renault, qui occupe le camp de Sikhou-Medour, et à sa gauche la division Yussuf, campée au Hamis.

Les trois camps sont établis sur une étendue de plus d'une lieue dans le fond de la vallée du Sebaou. Derrière eux règne une longue suite de collines qui viennent mourir dans la vallées par pentes douces. A droite, dans le lointain, se voit le Bordj de Tizi-Ouzou, qui ferme le chemin d'Alger et de la Metidja et commande la vallée du Sebaou. A gauche, la vallée se perd derrière les montagnes des tribus ennemies.

et le cours sinueux du Sebaou va toujours en se rétrécissant jusqu'au Djurjura, dans lequel la rivière prend sa source.

En face des camps, du côté de Tennemi, les terres s'élèvent progressivement par plateaux ou mamelons. Sur le» crêtes de ces derniers, crêtes sans plateaux, étroites comme des tranchants de lames, se trouvent les villages qu'il va falloir enlever.

L'attaque est projetée pour le lendemain, et chacun se prépare. Les soldats nettoient leurs armes; les officiers chargent leurs pistolets. Le maréchal et les généraux discutent une dernière fois le plan d'attaque. Tout est prêt. La tribu dont le territoire doit être envahi le premier jour est celle des Beni-Raten, une des plus ardentes de l'indépendance berbère.

Attaque et ascension des montagnes des Beni-Raten (18 mai iSSl), — Lorsque la diane se fait entendre, il est trois heures et demie du matin. Les étoiles brillent encore ; les montagnes kabyles apparaissent noires et sombres sur un ciel sans nuages. Une lueur vague semble poindre vers l'orient. A quatre heures précises du matin, la brigade Bourbaki se porte en avant sans sacs, suivie de la brigade Périgot, formée par bataillons en masse : gS* de ligne (colonel Paulze d'Ivoy) ; 3® zouaves (colonel de Chabron) ; i^ bataillon du 3* tirailleurs algériens; un escadron du i*' chasseurs d'Afrique et un escadron de spahis menacent les versants de la montagne attaquée.

La brigade Bourbaki a devant elle un premier plan en pentes douces, planté de figuiers, semé de hameaux avancés qui abritent des tirailleurs kabyles ; puis Tacherahir, la demeure du scheik El-Arab, le plus ardent des Beni-Raten. Ce

Page 1