EXPÉDITION DE LA KABTLIE ORIENTALE. IO
village est situé à trois cents mètres au-dessus de la vallée, doublement fortifié par la nature et les Berbères.
Le 3* zouaves, précédé d'une ligne de tirailleurs, entre sous les figuiers et culbute les premières embuscades ennemies dans le ravin de l'oued Bou-Kale, tandis que l'artillerie ravage les premiers ouvrages ou hameaux fortifiés, et bientôt Tacherahir lui-même.
Les bataillons de Bourbaki, protégés par le désordre occasionné par l'artillerie, avancent sur la montagne. A cet effet, le général a divisé sa colonne en deux groupes. Tandis que le i*' bataillon du 2* étranger et le 11* bataillon de chasseurs marchent de front, ménageant leur feu, le 2* zouaves et le 54® de ligne tournent par la droite, montant par échelons, gravissant par bonds tous les obstacles. Les Kabyles, effrayés, pris entre deux feux, sans retraite possible, abandonnent un à un le village et se jettent dans les ravins. Quand la i" brigade de la division Mac-Mahon est maîtresse de la première position, il est à peine cinq heures du matin.
Sans perdre de temps, la brigade Bourbaki grimpe dans la direction de Belias, autre bourgade retranchée à trois cents mètres plus haut, franchit sous le feu de l'ennemi les abattis d'arbres qui en obstruent les abords, se jette à Ja baïonnette sur les défenseurs des maisons, s'arrête dix minutes, puis, ralliant ses têtes de colonne (2* zouaves et 54* de ligne), leur fait reprendre leur course à travers les balles et les lance tête baissée sur Afensou, situé à une demi-lieue de Belias, deux cent cinquante mètres plus haut, sur un piton garni de rochers. Elles y arrivent en trente minutes, ayant parcouru en deux heures deux grandes lieues sous le feu de l'ennemi, gravi sept cent cinquante mètres de hauteur, pris trois villages, balayé devant elles les Ka-
byles entassés, hurlant comme le ferait un vent d'orage, après la tempête, balayant des poussières.
Le plateau de Souk-el-Arba (marché du quatrième jour ou du jeudi)y n'est plus désormais séparé de l'avant-garde Bourbaki que par une distance d'une lieue et demie. Le général Mac-Mahon y envoie le 2* zouaves qui, en une demi-heure, se rend maître d'Imaïseren et de Bou-Arfaa, autre mamelon situé plus à gauche.
La 2* division, maîtresse de cette crête, s'arrête enfin, attendant l'arrivée parallèle de la division Yussuf, et se cantonne dans ses positions, où elle se fortifie. Du haut des deux mamelons d'Imaïseren et de Bou-Arfaa, elle domine Soukel-Arba, point extrême de toutes les opérations, cœur du pays kabyle et dernier refuge de la liberté mourante des Berbères.
Pour la division Mac-Mahon, la lutte du premier jour est presque terminée vers trois heures de l'après-midi; les troupes victorieuses couvrent de leurs bivouacs les crêtes de la montagne, depuis la plaine jusqu'à portée de canon de Souk-el-Arba. Une fois de plus, la patrie triomphe; mais elle compte 3o morts, dont le commandant Boyer de Rebeval, du 54^, et 226 blessés.
Peu à peu le soleil s'éclipse et disparaît derrière les montagnes d'Alger ; ses derniers rayons embrasent le ciel d'une lueur rougeâtre. Le soir venu, des transparences de pourpre baignent les roches grisâtres du Djurjura; la vallée du Sebaou apparaît déserte, profonde comme un gouffre. Les montagnes se confondent en masses noires éclairées çà^et là par des incendies.
Lassitude ou crainte, l'ennemi laisse la division Mac- Mahon en paix pendant la nuit.
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Combat d'Icberîden (24 juin 1857). — Une partie des montagnes des Beni-Raten est encore à Tennemi. Les Beni- Meaguillet, une des tribus les plus belliqueuses de la Kabylie, se sont retranchés dans deux de leurs villages. Le 24 mai, ils ont formé le contingent principal et le plus acharné de tous les contingents kabyles accourus au secours des Beni- Raten. La longue crête à pitons successifs qu'ils occupent est le seul chemin qui relie le territoire des Beni-Raten à celui des tribus insoumises du Djurjura.
La division Mao-Mahon, forte de 7,000 hommes, laisse deux bataillons à Souk-el-Arba, quitte, au point du jour du 24 juin, les hauteurs d'Aboudid et marche contre les montagnes d'Icheriden. Bourbaki conduit Tavant-garde, composée de cinq bataillons. Le général Périgot (2* brigade), guide Tarrière-garde.
Une lieue et quart sépare le camp d'Aboudid de la position à enlever. Des pitons successifs escarpés, mais sans vallées profondes, relient ces deux positions Tune à l'autre. Sur la droite de cette crête, des ravins et des contreforts abrupts tombent dans une vallée principale formant fosséceinture autour des Beni-Yenni, dont les gros bourgs paraissent étalés par masses rouges, sous leurs mosquées à minarets blancs ; puis, à l'horizon, dominant tout, le Djurjura profile ses hauts rochers grisâtres, arides et droits, comme une muraille immense. Par quelques échappées soudaines, on aperçoit la vallée du Sebaou, avec ses moissons jaunes et les filets d'eau de sa rivière serpentant entre des cactus.
La montagne d'Icheriden s'élève isolée à pic en avant de nos troupes. Sur son sommet aigu, les maisons entassées du village sortent d'un bouquet d'arbres et de verdure, comme des pigeonniers au toit rougeâtre.
Dès Taube, rartillerie tonne; ses coups se multiplient; le sifflement strident des fusées se mêle au bruit du canon et des explosions lointaines des obus. Lorsque la fumée a enveloppé d'un immense rideau la montagne et la vallée, Mao- Mahon fait diminuer le feu de son artillerie et lance ses colonnes d'infanterie à l'attaque. Bourbaki a l'ordre d'assaillir Icheriden par Je point le plus vulnérable.
En exécution des ordres qu'il reçoit, il descend comme une avalanche, avec le 2® zouaves et le 54* de ligne, toute la pente de cette longue suite de montagnes qui s'étend de la vallée des Fraouen à celle des Yenni. L'artillerie a fait silence et le bruit des clairons monte retentissant. Sous ces fanfares stridentes, les bataillons marchent rapides, gravissant les escarpements, rampant sur les flancs de la montagne, masses sombres et mouvantes dont les armes seules scintillent au soleil.
A i5o mètres environ de l'ennemi est une rampe étroite couverte de buissons et bordée de cactus. C'est par cette rampe que passe le chemin montant vers Icheriden. Le 2* zouaves et le 54* de ligne, protégés jusque-là par des plis de terrain, sont à découvert pour la gravir et enlever les retranchements ennemis. Qu'importe ! Nos fantassins avancent... avancent toujours, précédés par Bourbaki qui, descendu de cheval et Tépée haute, dirige les tirailleurs.
Un hurlement rauque, sinistre, s'élève de toutes les barricades; on tire de partout. Mais, sur la gauche des zouaves, la légion apparaît, à l'allure ferme et disciplinée des vieux reîtres d'autrefois. Ce mouvement inattendu, la bravoure silencieuse des légionnaires que conduit le commandant Mangin», terrifient les Kabyles qui descendent rapidement