I. — Marches de concentration
Les éclatants succès de 1866 ne devaient être que la première étape de la monarchie prussienne dans la voie des conquêtes où la poussait, avec un rare bonheur, une politique faite de rancunes et d'avidité. Malgré l'attitude de la France devant l'écrasement de l'Autriche et l'annexion des petits États de l'Allemagne ; malgré un demi-siècle de relations amicales; malgré Leipzig, malgré Waterloo ; malgré deux invasions, la Prusse n'avait pas oublié léna. Comme en 181 3, ses historiens, ses poètes soufflaient dans tous les cœurs, avec l'idée de l'unité allemande, la haine du nom français. Affaiblie par la guerre néfaste du Mexique, agitée par l'élévation des budgets et l'accroissement des dépenses ; troublée par le réveil des partis politiques un instant assoupis, la France employa vainement les ressources de la diplomatie. La guerre, évitée en 1867, au sujet du Luxembourg, fut regardée inévitable en 1870, par suite de l'acceptation de la couronne d'Espagne par un prince de Hohenzolern, de la maison royale de Prusse.
Bien que la déclaration de guerre n'ait été faite que le 19 juillet, les mouvements de concentration de nos troupes
BOURBAKI AU PiSbUT DE LA CAMPAGNE DE FRANCE. l35
commencèrent le 1 5 juillet 1870. Le général Bourbaki, de service aux Tuileries ce jour-là, descendait l'escalier du grand pavillon de l'Horloge, lorsqu'il rencontra l'empereur qui, précisément, montait dans ses appartements.
— Général, lui dit ce dernier, je vous ai nommé au commandement du I*' corps d'armée ; mais le commandement en chef de ma garde est vacant par suite du départ du maréchal Regnaud de SainWean-d'Angely, qui demande à se retirer. Que désirez-vous ? Commander le I*' corps, ou la garde impériale?
— Sire, répondit Bourbaki, je ferai en cette circonstance ce que j'ai toujours fait. Je laisse l'empereur libre de choisir la place qui me convient, et où Sa Majesté croira que je serai le plus utile au pays.
— Vous ne répondez pas à ma question, ajouta Napoléon III. Ma première idée était de vous nommer au commandement de ma garde, dont vous connaissez tous les éléments. J'ai été amené à y renoncer; mais aujourd'hui, en présence d'une guerre imminente, je vous demande ce que vous préférez. Mon désir serait que vous prissiez le commandement de ma garde ; mais je vous laisse le choix.
Dans ces conditions, il n'y avait aucune objection à faire ; Bourbaki opta pour la garde, et c'est ainsi que le général se trouva, en 1870, à la tête du plus beau commandement de l'armée française.
Son état-major particulier est ainsi composé :
Aide de camp : le chef d'escadron d'état-major Leperghe'. . Officiers d'ordonnance :
Le capitaine en second Jorna de Lacale, du régiment d'artillerie monté de la garde ;