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I. Français et Allemands, par Dick de Lonlay

MÉi^à^MÎlM

igS LE GÉNÉRAL BOURBAKI.

tomber le casque à pointe d'un des cadavres et siffla aux oreilles de Tofficier qui se le tint pour dit. Le but de sa reconnaissance était atteint.

Les Allemands, abrités derrière ce parapet d'un nouveau genre, se défilaient ainsi de nos coups et les casques leur servaient de point de direction.

Et voilà la guerre : un peu de gloire et beaucoup de sang ; de l'honneur et des larmes. Nul ne l'aime, nul ne la fuit ; elle a été le berceau de la noblesse française, l'orgueil de nos rois ; elle va dans les chaumières appeler la jeunesse sous les armes. C'est elle qui a créé les plus grands hommes de notre armée, les Turenne, les Condé, les Villars ; c'est elle aussi qui a produit les profondes erreurs de nos souverains, les Soubise, les Contades; nous pourrions dire aussi les... Bazaine.

La gloire coûte cher, comme on le voit. Officier, on a quitté sa femme, ses enfants pour courir à l'ennemi et défendre nos frontières; jeune conscrit, le soldat a laissé au pays sa mère, ses sœurs, ses frères, sa fiancée peut-être, pour s'enrôler sous les drapeaux de la patrie ; la mort n'épargne ni les uns, ni les autres. Usque ad morterriy pro legibus, iemploy civitaiey patriâ et civibus^.

Le soir venu, les intendants, à la recherche des blessés avec leurs transports d'ambulance, constatèrent bien des pertes et des douleurs. Les médecins de l'armée, le scalpel ou la charpie en mains, complétèrent le tableau de cette cruelle boucherie, en recherchant dans les chairs saignantes

I. Jusqu'à la mort, pour les lois, pour le temple, pour la cité, pour la patrie et pour les citoyens.

une balle perdue ou quelque éclat d'obus. Les malheureuses victimes, étendues sur la paille tachée de leur sang, attendaient en gémissant qu'on songeât à leur pansement, soit dans une grange abandonnée, soit au pied d'un mur écorné par les bivouacs.

Les troupes campèrent à la lueur des feux de bivouac devant lesquels séchaient leurs vêtements de boue. La faim, la fatigue, l'émotion se reflétaient sur ces visages dont on apercevait au loin la silhouette à demi éclairée par la flamme.

Le lendemain, le boute-selle remettait en marche toute l'armée qui alla à la recherche d'un nouveau champ de carnage.

IIL — À Saînt-Privat.

Le général Garnier (3* et 4* voltigeurs) de la 2* brigade (i^*® division) se mit en mouvement le 17, à 7 heures du matin, suivi de la i" brigade : chasseurs à pied, i*' et 2® voltigeurs (général Brincourt).

Le soir, Deligny campait sur le versant nord du plateau que couronne le fort de Saint-Quentin, sa division formée sur deux lignes: i" ligne, deuxième brigade; 2* ligne, la première brigade, le bataillon de chasseurs ayant à sa droite les I" et 2* voltigeurs.

Les quatre batteries du régiment d'artillerie à cheval de la garde qui formaient la réserve générale de Bourbaki bivouaquaient au Ban-Saint-Martin.

Après une nuit sans sommeil, le jour est à peine levé qu'on sonne A cheval dans les campements occupés par la cavalerie de la garde. Le général Desvaux avec sa division traverse Gravelotte et se dirige sur Vernéville en longeant

les bois, traverse ce village, puis Amanvillers, arrive à cinq heures du soir sur la croupe du plateau de Plappeville et vient camper dans une très mauvaise position, sur la droite de la route de Ghâtel-Saint-Germain à Moulin-lès-Metz, au fond du vallon de Sée et non loin du moulin de Longeau où se trouve également la division de cavalerie du général de Forton.

Dès cinq heures du matin, le grand quartier général s'est transporté au village de Plappeville, à la sortie duquel se sont placés les deux escadrons d'escorte du maréchal Bazaine.

Vers dix heures du matin, le capitaine de Mornay-Soult de Dalmatie, des guides de la garde, officier d'ordonnance du maréchal Bazaine, remet au général Bourbaki un billet au crayon, le prévenant qu'il avait l'ennemi devant lui ; qu'il était laissé libre d'engager sa réserve, comme il l'entendrait.

Mais Bourbaki, placé en arrière du théâtre de l'action qui va s'engager et que l'on prévoit pour le i8, ignore la marche des corps d'armée qu'il a devant lui ; il manque de renseignements précis ; comment va-t-il s'éclairer et combiner ses mouvements par une résolution mûrement réfléchie ?...

Dès que les premiers coups de canon retentissent, Bourbaki, dont le quartier général est à Plappeville, fait prendre les armes à ses divisions, et envoie sur sa droite des reconnaissances de lanciers de la garde. Ces dernières sont sous les ordres du lieutenant Guillevin aidé des sous-lieutenants Richard et de Chaignon.

Le bruit du canon s'entend de Verne ville jusqu'à Gravelotte. Bientôt les projectiles éclatent dans l'air; la lutte pa-

raît devenir générale. Aussitôt Bourbaki monte à cheval, avec le commandant Leperche, suivi d'une escorte de quelques cavaliers fournis par les dragons de l'Impératrice; il parcourt ainsi un espace de dix à douze kilomètres, toujours sans ordre et sans nouvelle de Bazaine ; il examine le terrain ; persuadé que Tennemi va faire effort surtout sur la droite de notre armée, il revient à fond de train sur Plappeville ; puis, sans perdre de temps, se rend au quartier général de Bazaine qui lui donne enfin Tordre de se porter en avant, mais sans s'engager à fond,

Bourbaki repart au galop dans la direction de Saulny, s'oriente et envoie chercher les zouaves et les trois batteries de la division Picard, par les officiers de son état-major.

Les zouaves sont commandés par le lieutenant-colonel de la Hayrie ^ ; ils arrivent au pas de course suivis peu après par les grenadiers qui viennent garnir la lisière du bois de Saulny, pendant que la i" brigade de la division Deligny (i^' et 2* voltigeurs) descend du village de Châtel et que la 2* (3® et 4* voltigeurs) prend position en réserve, avec les chasseurs à pied de la garde, au col de Lessy.

Ces 20,ooo fantassins aguerris, qui sont presque tous des héros d'Afrique, de Crimée, d'Italie et du Mexique qui pouvaient être si précieux pour un bon coup de collier à donner devaient donc, de par les ordres de Bazaine, rester impassibles et se bornera écouter le canon, sans bouger, sans se défendre même.

Était-ce possible? Poser la question; c'est la résoudre. Bourbaki prit sur lui de donner des ordres qu'il demandait en vain à Bazaine, depuis plusieurs heures.

Le bataillon des chasseurs de la garde qui s'était établi le

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