‹ Le général BourbakiChapitre 48 sur 69 · I. Décédé général de division à Paris en · texte numérisé non relu

I. Décédé général de division à Paris en

tii'ffii

17, vers trois heures de Taprès-midi, sur les pentes du mont Saint-Quentin, à l'ouest du fort du même nom, eut pour mission de surveiller les abords de Moulin, de Sainte-Ruffine et de la Maison-Rouge ; d'empêcher les Allemands d'inquiéter notre cavalerie et nos convois de blessés.

Dans le i" voltigeurs (colonel Dumont), les 2* et 3* bataillons se déployèrent le long des crêtes du coteau de Châtel-Saint^Germain, au-dessus d'un vallon qui les sépare des hauteurs du Point-du-Jour et de Saint^Hubert, hauteurs sur lesquelles l'ennemi prononce sa première attaque ; pour se défiler du feu et des vues de l'adversaire, les compagnies profitent de tous les abris qu'offre le terrain : buissons, bouquets de bois, vieux pans de murs, ruines, etc. Le 1*'^ bataillon occupe le bois de Châtel, de l'autre côté du ravin ; trois compagnies en garnissent la lisière ; les trois autres vont s'abriter dans une carrière située un peu en arrière.

— Voltigeurs 1 s'écrie le général Brincourt, visitant les premières lignes ; pas de lignes de retraite pour vous ! Nous devons tous nous faire tuer plutôt que d'abandonner le poste que le général Bourbaki nous confie.

Ces vieux soldats construisent des créneaux, fortifient leurs positions. Chacun s'apprête à bien recevoir l'ennemi.

Le I" voltigeurs reste dans cette position toute la journée, sans tirer un coup de fusil. Bazaine n'avait-il pas prescrit, dans ses instructions verbales, de ne pas engager la garde à fond? Mais, en revanche, vers une heure de l'aprèsmidi, il reçut par ricochet un assez grand nombre de boulets et d'obus dirigés contre les i'® et 2*^ batteries à cheval de la garde en position en avant de son front. Vers sept heures du soir, le capitaine Dumon-Reveille a la cuisse droite coupée par un obus et meurt, pendant qu'on le transporte à

rambulance. Le régiment compte .en outre une quinzaine d'hommes blessés.

Le 3* voltigeurs a quitté sa position du col de Lessy, vers quatre heures du soir, s'est dirigé sur Ghâtel-Saint^Germain, pour y appuyer la gauche du IIP corps. Ces admirables soldats, rencontrant une tranchée-abri dans leur marche en avant descendent dans le fossé et gravissent la pente opposée au cri de : Vive l'Empereur ! Ce mouvement est admirable. En examinant de loin et à l'œil nu cette descente et cette montée, on croirait vraiment que ces hommes ont un genou à terre, avant de faire entendre leur vivat de dévouement et de fidélité, en l'honneur de leur souverain.

Dans cette journée, l'artillerie et la cavalerie de la garde sont restées immobiles dans leurs bivouacs : seul le régiment des guides attaché à la division des grenadiers est monté à cheval, vers trois heures de l'après-midi, pour se rendre sur le lieu du combat, et suivre tous les mouvements de la division Picard, jusqu'à son entrée dans les bois qui dominent le village d'Amanvillers. D'abord engagé lui-même dans un chemin qui, traversant le bois, descend dans la vallée, il reçoit bientôt l'ordre de faire demi-tour pour se ranger en bataille derrière la lisière du bois. Là, trop exposé aux feux de l'ennemi, ce beau régiment fait encore demi-tour par pelotons, pour se reformer plus en arrière en bataille et y attendre des ordres.

Ce n'est que vers six heures du soir que Bazaine donna l'ordre de faire avancer la garde. Il était trop tard ; on ne put sauver que l'honneur des armées.

Bourbaki prévoyant une grave résistance à droite de nos lignes, avait pris sur lui, — ainsi que nous l'avons vu plus haut, — d'envoyer la division de grenadiers au Gros-Chêne, vers trois heures de l'après-midi. Les zouaves et les grena-

diers qui, depuis onze heures du matin, entendaient le canon tonner, sur une étendue de plusieurs lieues, prirent les armes. Leur artillerie divisionnaire attela rapidement ses pièces et vingt minutes après, se mit en route pour Amanvilliers, avec l'infanterie du général Picard. Chaque batterie n'avait pu atteler que quatre pièces. Tout était donc prêt pour une attaque immédiate. On se trouvait à trois kilomètres du champ de bataille.

Dès que Bourbaki reçut Tordre de se mettre en route pour le champ de bataille, la garde se porta en avant. II était alors six heures et demie. Les zouaves et les grenadiers avancèrent les premiers, suivis de trois batteries divisionnaires ; les 2* et 3* grenadiers, dont les efTectifs avaient été très réduits dans la bataille du i6 août, fermaient la marche.

Bourbaki se mit à la tête des zouaves, les enleva de la voix et du geste; puis les faisant déployer en tirailleurs franchit rapidement avec eux le bois de Rappe.

A ce moment, les tambours de la garde arrivent au pas de course battant la charge. Les clairons leur répondent. Bourbaki apparaît. Le génie déblaie la route et les trois batteries de la division Picard débouchent du bois au grand trot. Comment prendre une offensive vigoureuse à cette heure dans l'ombre grandissante ?

Néanmoins, les batteries de la garde se déploient sur les hauteurs et braquent la gueule de leurs canons sur Saint- Privat ; les 3^ et 4* batteries empêchent ainsi les Allemands de continuer leur marche en avant. La 6® batterie (mitrailleuse) était en réserve, à Plappeville, avec le régiment des guides.

En même temps, les grenadiers arrivent au pas de course, se déploient à droite et à gauche des deux batteries. Mais

BOURBAKI AU DEBUT DE LA CAMPAGNE DE FRANCE. 2o5

c'est là une précaution tardive, superflue. Les Allemands, maîtres de Saint-Privat, n'osèrent pas s'aventurer au delà.

Enfin, à sept heures quarante minutes, arrivent à toute vitesse les quatre batteries de la réserve de la garde qui viennent s'établir à gauche des deux batteries de la division Picard, leur apportant un utile concours. Les 5* et 6* batteries (chef d'escadron Dejean) prennent position près des grenadiers : les 3® et 4^ batteries (chef d'escadron de Montfort) s'établissent face au village d'Amanvillers qui est en flammes et à gauche des trois batteries du régiment monté, que commande le lieutenant-colonel Gerbaut, et font feu jusqu'à la nuit noire, au-dessus du village, contre-battant les batteries prussiennes qui leur répondent.

Les 3* et 4* batteries du régiment à cheval de la garde sont tellement en l'air (1,200 mètres des zouaves et des grenadiers) qu'elles tirent tout le temps à la prolonge.

Sur ces entrefaites, la nuit étant arrivée et des tirailleurs ennemis s'étant montrés à six cents mètres de la droite de notre ligne d'artillerie qui est appuyée à des bois faiblement occupés par deux compagnies des zouaves de la garde, on y envoya la section de droite des batteries montées qui tira à mitraille et reçut l'ordre du général Pé-de-Aros de tirer à la prolonge. En même temps les zouaves de la garde furent lancés à la baïonnette sur l'ennemi qui, croyant à des renforts arrivés après coup, arrêta sa marche et disparut, l'artillerie ennemie cessant graduellement son feu.

Les I" et 3* bataillons du i^'^ grenadiers sont déployés en arrière de ces batteries; appuyés par la cavalerie du IV® corps, ils sont en mesure de protéger la retraite.

C'est à peine si le feu a duré une heure et cependant la 3® batterie du régiment monté de la garde, placée au centre, éprouve presque autant de pertes qu3 pendant la journée du

i6 août. Les chevaux des deux lieutenants Magron et Marie sont tués. Cette batterie compte i artilleur tué ; 4 chevaux tués; 5 artilleurs blessés; 7 chevaux blessés. La 4* batterie a 2 artilleurs blessés; 2 chevaux blessés.

Les troupes sont épuisées et n'ont plus de munitions, Saint-Privat couvert d'obus est au pouvoir de l'ennemi et les débris des troupes du maréchal Canrobert entraînent dans leur retraite le IV® corps, puis le III*' et toute l'armée. Le VP corps (Canrobert) bat en retraite par la route de Briey, sur Saulny et Woippy. La nuit est venue interrompre le feu ; le champ de bataille devient silencieux. C'est alors que Bourbaki prend le parti d'exécuter l'ordre qu'il a reçu depuis longtemps, de faire rentrer ses troupes dans leurs bivouacs de Plappeville. Les deux batteries du régiment à cheval de la garde et les deux batteries du régiment monté se retirent peu à peu, sans bruit, protégées par les zouaves et les grenadiers qui repassent le défilé et rallient en passant les 5*^ et 6® batteries du régiment à cheval, ainsi que la 6® batterie (mitrailleuses du régiment monté) ; puis elles se rabattent sur Lessy pour rejoindre les zouaves et le parc. La 3® batterie du régiment à cheval de la garde se retire la dernière, et après avoir traversé le défilé, se déploie à trois cents mètres en arrière pour en assurer le débouché; elle ne rejoint qu'à onze heures et demie du soir les autres batteries et l'infanterie qui sont depuis une heure dans leur campement de Saint-Quentin.

Le régiment des guides qui n'a pas été engagé, rentre au bivouac de Plappeville, vers onze heures du soir.

Le bataillon de chasseurs à pied de la garde va camper au Sansonnet.

Dès lors, le mouvement tournant tenté par l'armée allemande a réussi au delà de toute espérance. L'investissement de Metz est un fait accompU.

Ces retraites continuelles épuisent les hommes qui ne peuvent rien y comprendre.

La bataille de Saint-Privat fut certes une des plus meurtrières de la campagne de 1870. Elle ne prit fin qu'à la nuit close, vers huit heures et demie du soir. Les Allemands avaient vainement attaqué la gauche de nos Ugnes ; malheureusement à notre droite, le corps Canrobert (VI*), se trouvant un peu en Tair, ne reçut aucun renfort, et son artillerie à court de munitions s'était vue dans l'obligation d'abandonner le village à l'ennemi.

La bataille restait donc indécise; l'intervention à temps de la garde, sur un point quelconque de notre ligne, de préférence du côté du yV corps, eût pu tout sauver. Pourquoi a-t-il fallu que Bazaine maintint son attitude passive et laissât dans l'inaction la garde composée de soldats d'élite, pleins d'entrain et qui ne demandaient qu'à marcher ?

Cette journée nous coûtait plus de 12,000 hommes; les Allemands en avaient perdu près de 20,000.

Pendant la nuit du 18 au 19 août, le i^ peloton du i*' escadron des guides, sous les ordres du lieutenant Boyer et du sous-lieutenant de la Mottrie, poussa une reconnaissance dans la direction des villages de Saulny et de Woippy.

Bazaine donnait l'ordre de la retraite, s'éloignait au trot sur la route de Metz quand un obus vint frapper un officier de son escorte.

— Faites-moi taire cette batterie prussienne ! se contenta de dire Bazaine continuant à trotter.

Et Changamier d'ajouter d'un geste superbe :

— Mais c'est ici qu'il faudrait coucher à tout prix, sur le champ de bataille, pouf gagner Verdun au plus tôt.

Le héros de Constantine ne fut pas écouté; la retraite continua.

Page 1