‹ Le général BourbakiChapitre 49 sur 69 · IV. — Retraite sous les murs de Metz · texte numérisé non relu

IV. — Retraite sous les murs de Metz

Notre ligne de retraite sur Verdun était définitivement coupée et l'armée du Rhin enserrée autour de Metz. Ordre fut donc donné aux troupes de se replier sous le canon des forts de Metz. En conséquence, le 19 août, vers neuf heures du matin, le i*' voltigeurs fut relevé dans sa position de Ghâtel-Saint-Germain par le 4* voltigeurs et vint camper sur les pentes du mont Saint-Quentin. Mais comme on n'y était pas à l'abri du tir des batteries que l'ennemi avait mises en position sur les emplacements abandonnés par nous la veille, il fut décidé que la division des voltigeurs irait s'installer sur les pentes orientales du mamelon couronné par le fort de Plappeville. Les deux premiers bataillons du 4^ voltigeurs furent établis dans les tranchées situées à l'entrée du plateau de Genevaux, face à la ferme de Moscou; le 3® bataillon campa un peu sur la gauche.

Vers sept heures du soir, le général Deligny envoya au colonel Ponsard l'ordre d'évacuer la position de Ghâtel- Saint-Germain et de se replier sur Plappeville, en suivant le ravin au fond duquel se trouve le chemin de fer en construction de Metz à Verdun. Elle arriva vers onze heures du soir dans sa nouvelle position.

La 2® division de la garde se mit en route la dernière vers minuit avec ses batteries, atteignit vers quatre heures du matin le village de Devant-les-Ponts et alla camper sur le territoire de la Ronde, hameau situé au sud de Sansonnet.

Désormais les camps de la garde seront connus sous le nom de camp de la Ronde (2*^ division) et de Sansonnet (i^^^ division).

Les troupes du général Picard ont été tellement décimées que les deux bataillons du 3*^ grenadiers n'en forment plus qu'un seul, sous le commandement du capitaine Morand, le plus ancien officier de ce grade dans le régiment.

20 août. — L'infanterie et la cavalerie de la garde reprennent leurs anciens cantonnements sur la rive gauche de la Moselle et au Ban-Saint-Martin.

21 août. — A partir de cette date, les rations des hommes furent diminuées. Le taux des rations de viande et de lard fut ramené de 4oo à 3oo grammes. Comme compensation, on alloua à chaque homme un quart de vin ou o fr. 12 c. d'indemnité. On se trouva même dans l'impossibilité de faire du pain pour toute l'armée. Pendant quelques jours, les hommes reçurent de la farine et s'ingénièrent de façon à en faire le meilleur emploi.

A tout cela vinrent s'ajouter les souffrances occasionnées par le mauvais temps. Mais le pire de ces maux, c'était l'inaction.

25 août. — L'annonce d'une tentative de sortie pour le lendemain réchauffe les cœurs... « La garde, dit l'ordre du jour, ira s'établir entre le fort Saint-Julien et le bois de Grimont, à cheval sur la route de Bouzonville ; la gauche en arrière de Ghatillon, la droite vers la gauche du II*' corps. Elle passera par les ponts de Chambière, après les IV^ et VI* corps, vers sept heures et demie du matin. »

Pour s'y préparer, le i*' escadron des guides fut attaché à la division des grenadiers; un peloton de cet escadron (lieutenant Grousset) forma l'escorte du général Picard. Le 2* escadron fut attaché à la division des voltigeurs, le peloton du lieutenant de Morell d'Aubigny d'Assy forma l'escorte du général Deligny. Les 3* et 4* escadrons furent attachés à l'état-major du général Bourbaki.

GÉNÉRAL B0UR3AKr. l4

26 août. — La garde est sous les armes à cinq heures du matin; mais les corps qui doivent la précéder ont éprouvé des retards considérables. Deux ponts avaient été construits sur la Moselle pour le passage de rartillerie ; l'un d'eux, fait avec de vieux matériaux, ne put être utilisé ; un seul fut en état de supporter les voitures d'artillerie ; pour compliquer la situation, le temps est froid, une pluie glaciale commence à tomber.

Bref la 2* division (grenadiers), qui doit marcher en tête, ne commence son mouvement qu'à onze heures du matin. Vers midi, éclate un violent orage qui dure jusqu'à huit heures du soir, et les chasseurs à pied de la garde, qui ont quitté leur campement à deux heures, ont à peine franchi le pont de bateaux, mis à leur disposition, que l'ordre arrive de faire demi-tour. Les troupes regagnent leur campement que l'orage de la journée a transformé en de véritables lacs.

En arrivant à hauteur de la voie ferrée de Metz à Thionville, le i*'^ voltigeurs reçoit l'ordre d'aller garder, pendant la nuit, les retranchements de Woippy, occupés par le 28® de ligne. Les 1" et 2® bataillons en garnissent les tranchéesabris, appuyés à droite à une batterie qui canonne les abords du village ; le 3* bataillon est disposé en avantr-poste sur les hauteurs de Bellevue. La nuit s'écoule sans incident.

Le 29, quelques coups de feu se font entendre sur la gauche du 3* bataillon. Il est cinq heures et demie du matin ; un caporal du i**^ voltigeurs se fait blesser en allant en reconnaissance du côté des avant^postes ennemis. Le lendemain, le i^*" voltigeurs est relevé dans ses emplacements de première ligne, par le 28* et un bataillon du 26'; il rentre dans ses anciens campements, sous le fort de Plappeville. Le mauvais temps continue avec persistance ; la pluie tombe à torrent ; les vignes et les terres labourées, dans lesquelles

sont dressées les tentes, sont transformées en un bourbier tellement épais que la circulation y est des plus pénibles.

Combat de Noisseville (3i août 1870). — Toutefois, le projet de sortie du côté de Thionville n'est point abandonné ; trois jours après, le 3o, une nouvelle tentative est résolue et des ordres sont donnés dans les corps avec un tel mystère, dit le général Fay, qu'ils sont connus en quelques instants de tous les camps et de la ville \

Les trois corps d'armée qui avaient pris position sur la rive gauche de la Moselle après la sortie infructueuse du 26, c'est-à-dire la garde, les IV* et VI* corps, reçoivent l'ordre de passer de nouveau sur la rive droite. Le combat, engagé dès le matin, ne finit qu'à huit heures du soir. La garde, sous les armes depuis sept heures et demie du matin, ne quitte Plappeville qu'à dix heures et demie. L'itinéraire est le même que le 26 août. Après une halte d'une demiheure dans l'île Chambière, elle traverse cette île dans le sens de la longueur, en passant près de la lunette la plus avancée vers le nord, franchit le petit bras de la Moselle et vient déboucher sur la route de Metz à Bouzonville par Redange. A la sortie du village de Saint>Julien, elle prend le chemin d'Urcy, sous le canon du fort Saint-Julien et s'arrête à une heure de l'après-midi en arrière de la ferme de Grimont, où elle se forme en bataille.

Le fort SaintJulien commence à tirer.

La division Picard est établie à cheval sur la route de Sainte-Barbe; la 2* brigade à droite, la r* à gauche, entre

Page 1