‹ Le général BourbakiChapitre 5 sur 69 · UN PATRIOTE GREC · texte numérisé non relu

UN PATRIOTE GREC

Au reçu de la dépêche qui engageait le commandant en chef de l'armée d'Egypte à revenir en France, le général Bonaparte fit immédiatement ses préparatifs de départ, quitta Alexandrie le 28 juillet 1799, et rentra à Paris le 16 octobre suivant.

Trois ans après, Joseph Bonaparte écrivait, le i**^ mai 1802, à de Talleyrand pour lui recommander « le citoyen Bourbaki » auquel il prenait le plus grand intérêt et que « le premier Consul avait promis de nommer agent consulaire à Céphalonie » . Puis il ajoutait : « Le citoyen Bourbaki était en Egypte, il y a trois ans, un émissaire plein de zèle et de bonne volonté. »

Cette recommandation n'eut pas de suite, l'ancien pilote grec étant subitement tombé malade.

Mais, sur son lit de mort, il se rappela la bienveillance que lui avait toujours témoignée le général Bonaparte, qui, dans l'intervalle, était devenu empereur des Français; il lui écrivit pour lui recommander ses deux fils, qu'il laissait sans fortune, le priant instamment d'en prendre soin.

Des deux orphelins, l'un, le plus jeune, devint consul en Grèce, à Céphalonie ; l'aîné, Constantin, fut placé à l'École de Fontainebleau, qui venait d'être créée, en vue d'avoir une pépinière de jeunes officiers toujours disponibles pour combler immédiatement les vides occasionnés par la guerre, dans les grades inférieurs de l'armée.

Ce dernier devint colonel du 3i* régiment d'infanterie légère, suivit le roi Joseph en Espagne et servait auprès de sa personne, en qualité d'aide de camp, lorsque survint la désastreuse campagne de i8i4-

La France, vaincue, humiliée, mais non abattue, était rentrée dans ses limites naturelles. Napoléon, interné à l'île d'Elbe, isolé du reste du continent, ne recevait de nouvelles

que par quelques journaux que lui faisaient passer clandestinement certains messagers restés fidèles à sa cause. Il ignorait que les puissances avaient décidé de l'éloigner des côtes de France, de le réléguer sous les tropiques, dans une île plus déserte encore que celle qui lui servait momentanément de prison. Il était nécessaire de Ten prévenir.

Joseph Bonaparte se chargea de ce soin, et par une nuit obscure du mois de février i8i5, que le brouillard rendait plus noire encore, une felouque ', montée par deux matelots génois, accosta entre deux rochers, dans une crique de la rade de Porto-Ferrajo.

L'un de ces deux hommes était le colonel Constantin Bourbaki; il venait remplir près de l'Empereur une mission analogue à celle de l'ancien pilote de Céphalonie ; mission tout aussi délicate et dangereuse que la première, bien que la traversée de Livourne à Gênes et de' Gênes à Porto-Ferrajo . fût moins longue que celle de Marseille à Alexandrie.

Le rapprochement est ici saisissant.

Introduit auprès de Napoléon, Constantin Bourbaki se présenta comme un émissaire du roi Joseph, venant lui faire connaître que les souverains alliés, réunis en comité secret à Vienne, avaient résolu de le transférer à Sainte-Hélène.

Cette confidence terminée, le faux marin génois regagnait l'emplacement où avait été amarrée sa felouque, appareillait et, deux heures après, mettait le cap sur Gênes. La mer était houleuse ; le vent hurlait dans le silence de la nuit ; les signaux des croisières anglaises s'apercevaient au loin. Aucun navire affecté à la garde de l'illustre prisonnier ne se douta que, par une telle nuit, une frêle embarcation, montée

I . Petit bateau plat, long et étroit, pouvant être manœuvré à l'aviron comme à la voile, suivant les nécessités de la navigation.

Page 1