‹ Le général BourbakiChapitre 6 sur 69 · UN PATRIOTE GREC. O · texte numérisé non relu

UN PATRIOTE GREC. O

par deux hommes hardis et courageux, eût pu par deux fois tromper la vigilance des pilotes anglais, et glisser au large, avant que le crépuscule du matin n'ait rayé l'horizon de sa clarté naissante.

Les suites de cette équipée sont connues. Napoléon, sur les conseils qui lui étaient donnés, quitta l'île d'Elbe dans la nuit du 24 au 25 février i8i5, débarqua à Fréjus, le i*' mars, avec les onze cents braves qui composaient sa garde. Le colonel Constantin Bourbaki n'eut garde de manquer au grand rendez-vous de Waterloo. Toute notre armée resta couchée sur le sol ensanglanté de Ligny et des Quatre-Bras. L'Empereur fut de nouveau dépossédé de son titre de souverain par les puissances coalisées.

Désormais sans emploi, le fils de l'ancien pilote de Céphalonie erra d'abord en Italie, puis s'attarda en Grèce; finalement il vint se fixer à Pau, s'y maria et devint le père, du futur commandant de l'armée de l'Est, en 1870 : Charles- Denis-Sauter Bourbaki, né à Pau, le 16 avril 181 6.

Cinq ans après, en 1821, commençait la guerre de l'indépendance grecque. Les commencements d'une insurrection sont généralement remplis d'espérance; les déceptions et les épreuves ne viennent qu'après. Pour la Grèce, ces épreuves commencèrent avant la fin de la première année de campagne, et, dès le mois de mars 1822, les Albanais étaient sans gouvernement; la Morée, la Grèce continentçile, l'Archipel tendaient à se constituer en corps indépendant.

Le colonel Constantin Bourbaki était alors en Espagne. Traqué par la police du gouvernement de la Restauration, qui ne voyait en lui qu'un ennemi des choses établies, il

était venu à Madrid chercher dans la famille de sa femme les moyens d'existence qu'il ne pouvait plus trouver en France. Il s'y trouvait encore en 1828, lorsque le corps expéditionnaire du maréchal Maison franchit les Pyrénées, pour intervenir dans la péninsule ibérique, en faveur du roi Ferdinand que les Cortès voulaient renverser. Il y reçut un beau jour l'ordre d'en partir dans les vingt-quatre heures, bien que dangereusement malade, sous le prétexte qu'il était considéré par la famille des Bourbons comme un homme suspect et dangereux pour la cause du roi d'Espagne.

L'ex-colonel du 3i* régiment d'infanterie légère rentra en France et se fixa à Bagnères-de-Bigorre, où H végéta et languit dans le plus absolu dénûment.

En Grèce, tout n'allait pas au gré des populations soulevées contre la Turquie. Au i" juillet 1826, la Morée était envahie ; Candie appartenait aux Turcs, et, sur le continent, il ne restait plus à l'insurrection que Missoloughi, dans la Grèce occidentale, et que la citadelle d'Athènes, dans la Grèce orientale.

La France ne pouvait rester insensible à cet état de choses; un corps expéditionnaire fut aussitôt organisé pour opérer en Morée et soutenir la Grèce. Le gouvernement de Charles X, affamé d'ordre et d'autorité, prenait en main la cause d'un petit peuple opprimé, presque anéanti, faisant entendre partout, en Europe, la voix de la raison et de l'humanité.

Constantin Bourbaki se rappela alors qu'il était d'origine grecque ; que sa patrie envahie était sur le point de succomber. Son parti fut bien vite pris ; il soUicita du gouvernement de Charles X sa réintégration dans l'armée avec son ancien grade et son incorporation dans un des régiments désignés pour faire l'expédition de Morée. A cet effet, il s'adressa à la Chambre des députés, fit valoir, dans une requête pleine

Page 1