‹ Le général BourbakiChapitre 54 sur 69 · I. — A l'armée du Nord · texte numérisé non relu

I. — A l'armée du Nord

En arrivant à Lille pour y prendre le commandement de la région du Nord, Bourbaki fut péniblement affecté de la situation de cette place : pas un canon de siège, tous avaient été pris pour la défense de Paris. Pas un fusil, pas d'effets d'habillement et d'équipement ; tous les approvisionnements en ce genre avaient été envoyés à l'armée de la Loire. Dès le début, il se trouva au milieu d'énormes dépôts de gardes nationales mobiles, sans cadres pour les instruire, mal armées et incomplètement équipées. Pour créer quelques batteries, il lui fallut faire construire des affûts, acheter des chevaux, des harnais et trouver des oEBciers pour l'aider dans sa besogne ingrate et difficile. Des officiers ! il en fallait à tout prix, et où les trouver dans une région aussi froide que le Nord, qui regardait la guerre de Prusse comme une légende à raconter sous le manteau de la cheminée ?

Malgré tout, Bourbaki se mit à la besogne, fit appel à l'industrie privée, à toutes les bonnes volontés et, en moins de douze jours, il avait créé de toutes pièces un petit corps d'armée de 18,000 hommes, le XXII*, auquel il adressa la proclamation suivante.

Citoyens, gardes nationaux, soldats et gardes mobiles,

J'ai été appelé par le ministre de la guerre au commandement militaire de la région du Nord. La tâche qui m'incombe est bien grande et je la trouverais au-dessus de mes forces, si je n'étais soutenu par les sentiments de patriotisme qui nous animent tous. Mes efforts tendent k créer le plus vite possible un corps d'armée mobile qui, pourvu d'un matériel de guerre, puisse tenir la campagne et se porter au secours des places fortes que je me hâte de mettre en bon état de défense.

Pour moi qui ai loyalement offert mon épée au gouvernement de la Défense nationale, ma vie appartient k l'œuvre commune, qu'il poursuit avec vous, et vous me verrez, au moment du danger, k la tête des troupes organisées pour remplir cette tâche et faire payer cher k notre implacable ennemi, chaque pas qu'il fera sur notre territoire.

Il faut que la concorde et la confiance régnent parmi nous, que nos cœurs ne soient animés que du désir de sauver et de venger notre malheureuse France.

Vous pouvez compter sur le plus énergique concours et sur le dévouement le plus absolu de ma part, comme je compte sur votre courage et votre patriotisme.

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