‹ Le général BourbakiChapitre 55 sur 69 · C. BoURBAKI · texte numérisé non relu

C. BoURBAKI

Lille, 29 octobre 1870.

Le seul officier appartenant à la garnison de Lille, et pouvant à Toccasion servir de chef d'état-major à Bourbaki, était le colonel du génie Farre, qui venait d'être promu général de brigade à titre provisoire.

Neuf ans après, ce même général, devenu ministre de la guerre, mettra Bourbaki en disponibilité, au mépris des lois qui régissent l'état-major général de notre armée.

L'arrivée, le 7 novembre, à Lille, du commandant Le-

perche, évadé de Metz, vint fort heureusement réjouir le cœur de Bourbaki, qui eut dorénavant près de lui un collaborateur dévoué et, de plus, assidu à Tœuvre de la défense nationale. L'évasion de Leperche est toute une odyssée. La voici : Le 28 octobre, jour de la capitulation de Metz, Leperche quitta son bivouac, en grande tenue, avec épaulettes, aiguillettes, sabre et revolver, se rendit à cheval au delà du fort SaintrJulien, dans un endroit désigné où il avait donné rendez-vous à deux cents officiers pour être les témoins de son évasion. Là, il leur serra la main à tous, confia son cheval au premier soldat venu, franchit seul, et à pied, les avantpostes français, son caoutchouc sur son bras, portant ses cartes et sa boussole dans une sacoche suspendue en sautoir. Il erra toute la nuit, tomba au milieu d'un avant-poste prussien qui tira sur lui sans l'atteindre. Leperche se faufila, rampa sur le terrain, entra dans un bois où il passa la journée du 29. La nuit suivante il se remit en marche, se cacha dans un autre taillis pour y passer la journée du 3o, continua sa route la troisième nuit, mais il avait à peine quitté son dernier gîte qu'il tombait sur un petit poste prussien dissimulé derrière des branchages que l'obscurité l'empêchait de voir. Interrogé par un général, Leperche fut ramené à Metz en voiture, interné à l'hôtel de l'Europe, quartier général de von Kûmmer, gouverneur de Metz, et placé sous la surveillance d^un officier bavarois.

Là, on fit asseoir Leperche dans une salle remplie de soldats allemands. Mais l'officier, à la garde duquel il était confié, s'absenta un instant. Le moment était propice. Le vaillant aide de camp de Bourbaki profita d'un moment où la surveillance des soldats était moins active; il se leva, sortit dans la rue, se réfugia chez un brave Messin qui le

garda pendant plusieurs jours et l'expédia ensuite, en qualité de domestique, à un de ses amis qui habitait le Luxembourg. De là, le brave officier rejoignit Bourbaki à Lille. Avec Leperche arrivaient également, à Lille, le colonel Lecointe, du 2* grenadiers, et le capitaine Jacob, des zouaves de la garde, tous les deux à peine remis d'une blessure grave reçue à Rezonville; puis le D'Noguès, médecin-major de i'® classe du 98* de ligne, que Bourbaki affectionnait beaucoup, et enfin son porte-fanion, Paul Frémy, déguisé en maquignon anglais. Ce dernier arrivait avec les chevaux du général, ceux du commandant Leperche et des officiers d'ordonnance du général ; il était accompagné du maréchal des logis Xavier Fenelont, des chasseurs à cheval de la garde, qui commandera plus tard, à l'armée de Faidherbe, l'escadfon de cavalerie connu sous le nom de dragons du nord.

Avec le concours des officiers qui lui arrivent, Bourbaki réussit à organiser un petit corps d'armée composé de six batteries d'artillerie, de deux escadrons de cavalerie et de quatre brigades d'infanterie' qui sont armés avec les trois mille fusils et les soixante pièces de canon envoyés à Lille par l'amiral Fourichon. Cela fait, Bourbaki arma les places du nord, les approvisionna de munitions.

Mais, hélas ! la politique l'emporta. Bourbaki, méconnu jusqu'à l'insulte, dut céder son commandement au général Fàrre, le 20 novembre, pour prendre celui du XVIII* corps, à l'armée de la Loire, précisément au moment où il allait essayer, avec le peu de troupes dont il disposait, d'enlever Beauvais par un coup de main, et se porter de là sur Chantilly pour détruire les approvisionnements que l'ennemi y avait réunis.

I. Ces quatre brigades furent crées avec les six dépôts d'infanterie et les dépôts de chasseurs à pied existant à Lille.

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