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I. La Guerre en province, Ch. de Mazade, t. I, p. 5oo

234 LE GÉNÉRAL BOURBAKl.

bien que le 8 janvier, Bourbaki adressait à Chanzy, la dépêche suivante datée de Montbozon:

J'ai quitté Bourges, pour faire évacuer Dijon, Gray, Vesoul et lever le siège de Belfort. Les garnisons allemandes des deux premières villes se sont retirées sans combat. Il peut se faire que notre première rencontre, ait lieu à Villersexel, point d'intersection des routes de Vesoul à Montbéliard et de Lure à Besançon.

Bourbaki avait donc bien prévu ce qui devait se passer. Dès que le général allemand se vit menacé, il se replia jusqu'à Vesoul, mais alors il tenta un effort pour arrêter l'armée de Bourbaki. La division Schmeling et une partie de la division badoise se portèrent, le 9 janvier, contre Villersexel, où venaient précisément d'arriver les troupes françaises.

Bataille de Villersexel (9 janvier 1871). — Le maréchal de Manteuffel, qui opérait dans le Nord, s'était dirigé à marches forcées sur Dijon, pour essayer de se joindre au général von Werder, commandant des troupes qui assiégeaient Belfort. Renseigné sur la marche de Bourbaki, celui-ci, abandonnant Belfort, vint se fortifier entre Belfort et Montbéliard.

Le général Bourbaki, persuadé que, pour le moment, Dijon n'était pas sérieusement menacé, et ayant besoin de toutes ses forces, avait rappelé à lui la brigade du XV* corps, qui y était détachée, et comptait en faire autant avec la division Cremer.

Le 6, il transportait son quartier général à Montbozonsur-l'Oignon, un joli village de la Haute-Saône qui se trouve

sur la ligne de chemin de fer de Vesoul à Besançon. Ce même soir, à sept heures et demie, il télégraphiait au ministre de la guerre, délégué à Bordeaux, qui était alors M. Ch. de Freycinet :

MontbozoD, 6 janvier 1871, 7 h. 3o soir.

L'ennemi manœuvre de son côté pendant que nous manœuvrons du nôtre. Je me renseigne sur les forces occupant Villersexel ; cezt là probablement quaura lieu le premier choc.

Les convois arrivent très difficilement par le temps actuel, les routes sont très glissantes, je serai probablement obligé de ne pas faire un mouvement demain ; je n*ai, d'ailleurs, connaissance, quant à présent, que de l'arrivée d'une seule brigade du XV* corps à Besançon, ce qui me retarde encore.

BoURBAKI.

Bourbaki s'arrêtait donc le 7 et le 8 pour pouvoir donner à manger aux hommes et aux chevaux, dont les fatigues, au milieu de Tinclémence de la saison n'avaient pas peu contribué, en même temps que les privations, à entamer le moral. Il fallait toute la popularité et l'habileté de Bourbaki pour remettre le tout au point.

Le ravitaillement, comme nous venons de le dire, se faisait avec la plus grande difficulté. Dans ce pays montagneux, dont les routes étaient rendues impraticables ou tout au moins difficiles par le verglas et les gelées continuelles, les chevaux tombaient et les convois n'arrivaient qu'avec la plus grande inexactitude à destination.

Le 7, le général télégraphiait à l'intendant en chef:

Montbozon, 7 janvier 1871, 8 h. du soir.

Réunissez le plus d'approvisionnements possible et requérez toutes les voitures nécessaires pour faire parvenir aux corps d'armée les vivres dont ils ont besoin, et qui vont leur faire défaut

si les convois, retardés par les difficultés que présentent les • routes, ne pouvant transporter qu'une quantité de denrées beaucoup moindre, ne sont pas plus nombreux. Dirigez ceux du XVIII* corps et du grand quartier général sur Montbozon, ceux du XX* et du XXIV* sur Rougemont.

Le XV* corps reçoit Tordre de se porter de Glerval sur ce dernier point.

BoURBAKI.

Cependant, à Bordeaux, malgré ces empêchements si sérieux, on voulait une marche en avant quand même. M. de Freycinet envoyait, en effet, la dépêche suivante à Bourbaki:

Bordeaux, 7 janvier 1 871, 11 h. 4^ du matin.

Votre dépêche de ce matin, une heure et demie, m'annonce que probablement vous ne ferez pas de mouvement aujourd'hui et que d'ailleurs vous n'avez connaissance que de l'arrivée d'une brigade k Besançon.

Je suis surpris que cette dernière circonstance puisse causer votre inaction, car votre mouvement avait été entrepris sans qu'il fût même question de faire venir le XV* corps, et le mouvement de celui-ci a été plus rapide qu'il n'était permis de l'espérer, puisque 4^9000 hommes auront été embarqués en trois jours et demi.

Je ne m'expliquerais donc pas que ce fût Ik un motif de retarder vos opérations. Je ne saurais trop vous recommander, au contraire, de les accélérer; car, d'une part, Paris mange toujours, et, d'autre part, il arrive contre vous des renforts qui finiront par vous rendre inférieur. Voilk déjk beaucoup de temps écoulé et je vous engage k activer tous ces mouvements. La difficulté des routes, que vous mettez en avant, n'arrête pas les Prussiens, dont la marche est pour le moins deux fois aussi rapide que la vôtre.

Vous avez annoncé vous-même que vous serez k Vesoul le 5 ou le 6 janvier, et je voudrais être sûr que vous y serez le 8.

Je VOUS envoie un ingénieur des mines, M. Leblanc, natif de Belfort, et qui connaît parfaitement les Vosges. Il pourra renseigner k Toccasion votre état^major.

DE Freycinet.

Que de circonstances, cependant, expliquaient la lenteur de la marche de Tarmée de l'Est, et les causes de la marche plus rapide de l'ennemi ?

Le 8, le général, suivi de ses officiers et de quelques cavaliers d'escorte, pousse une reconnaissance vers Villersexel.

« Arrivé aux grand-gardes, raconte M. Louis d'Eichtal, qui fut officier d'ordonnance de Bourbaki en 1 870-1 871, un officier lui rendit compte que l'ennemi avait évacué cette ville. Le général alla jusque près de ce point, afin de pouvoir juger par lui-même de la situation, puis il rentra à Montbozon pour donner l'ordre de marche du lendemain. »

Voici donc l'ordre de marche du g janvier 1871.; efUe a une grande importance, car, il y a aujourd'hui vingt-cinq ans, Bourbaki allait remporter sur l'ennemi une victoire — si rare, hélas ! dans cette douloureuse période de Tannée terrible :

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