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I. Devenu plus tard le XI V

mettait au pouvoir, était-il bien réellement le sauveur désiré? Il s'était fait bien voir du pays honnête, sous la seconde République, en i848, alors que sous le coup d'événements, révolutionnaires, il s'était rapproché des conservateurs, pour défendre et raffermir la société dans ses bases essentielles. Plus tard, de 1860 à 1870, il avait tenu à l'Assemblée plus que des discours prophétiques. Pendant la guerre, à Tours comme à Bordeaux, ses démarches dans les cours européennes avaient prouvé, jusqu'à un certain point, qu'il songeait bien plus à la France qu'à son ambition personnelle.

On ne pouvait nier sa merveilleuse intelUgence, II voyait clair en bien des circonstances et souvent son premier mouvement était le bon. Ainsi, comme il devait nommer un ministre de la guerre, au mois de mai 1871, il chercha la meilleure tête et la main la plus ferme, et ce fut le général Desvaux auquel il s'adressa. Celui-ci répondit à M. Thiers que le désordre d'en bas avait pour cause principale l'anarchie d'en haut, et que son devoir ne lui permettait pas d'accepter, dans ces conditions, la tâche difficile d'une réorganisation, à moins qu'on ne l'autorisât à déférer aux conseils de guerre tous les chefs qui, publiquement, avaient forligné.

Faire des exemples et suivre une seule ligne ; c'est là précisément ce qui répugnait au caractère de notre premier Président qui, à défaut du général Desvaux, prit le général de Cissey, dont les états de service étaient superbes. Le programme de réformes du nouveau ministre de la guerre, sa compétence dans toutes les questions militaires, sa brillante participation à toutes les guerres du second Empire : tout, sur ce point, justifiait le choix de M. Thiers.

Le général de Cissey eut la bonne fortune de signer le brevet de nomination du général Bourbaki, lequel, pendant

huit ans, va se consacrer à l'organisation du beau corps d'armée que le gouvernement veut bien lui confier.

Le vrai soldat ne fait pas de politique. Il sert son pays, quelle que soit la main qui tient le drapeau de la nation. Ne nous laissons donc pas entraîner vers la terre ; élevons-nous au contraire assez haut, pour ne pas entendre les erreurs et les bruits d'en bas.

Une seule force est nécessaire pour bien défendre sa patrie : le mépris de la mort.

Écoutons ce que dit à ce sujet un grand orateur chrétien, le R. P. Lacordaire. « Tant que la conviction de la justice ne va pas jusqu'au mépris de la mort, il n'y a rien à espérer de l'homme dans les grandes occasions. Une menace suffira pour vaincre ses scrupules: il flottera sans caractère à la merci des événements, et si l'histoire le connaît, elle ne connaîtra que sa honte. C'est le mépris de la mort qui fait le soldat; qui crée le citoyen; qui donne au magistrat sa toge; au prince sa sauvegarde dans les périls. »

On se rappelle les raisons qui motivèrent, en 1876, le remplacement de M. Thiers par le maréchal de Mac-Mahon. Nous ne ferons pas ici cette histoire qu'on peut lire dans tous les journaux de l'époque, mais surtout dans la brochure si documentée d'Ernest Daudet et intitulée : Souvenirs de la présidence du maréchal de Mac-Mahon.

Appelé au pouvoir par la majorité de l'Assemblée nationale, comme à un poste de défense sociale ; arraché brusquement à la vie des camps, le maréchal n'était pas façonné à cette éducation politique qui fait, de chaque politicien, un loup-cervier voulant détruire ce qui existe pour y mettre

des gens de son parti, au détriment de la bonne direction des affaires et de l'administration du pays. Trois ans après, il était en pleine crise.

C'était au mois de janvier 1879. Il s'agissait de remplacer le ministre de la guerre, général Borel, contre lequel il n'y avait d'autre grief que celui de ne pouvoir occuper la tribune. Deux candidats étaient en présence : le général Gresley % l'ami personnel du maréchal, et le général Farre, un inconnu patronné par le chef du cabinet, qui était alors Gambetta. Mac^Mahon, qui tenait de la Constitution le droit de choisir ses ministres, se prononça pour le premier, et l'ayant fait appeler, lui dit avec cette familiarité qu'explique une ancienne camaraderie.

— Mon vieux Gresley, je suis dans la nasse, voulez-vous vous y mettre avec moi ? Prenez le ministère de la guerre.

— Volontiers, Monsieur le maréchal, répondit le général Gresley, mais à une condition. Je ne veux pas frapper de vieux officiers dont les uns m'ont commandé, dont les autres ont servi sous mes ordres. J'entends donc que la question des grands commandements soit réservée.

Le maréchal approuva cette réserve, qui donnait satisfaction à ses propres sentiments, et le lendemain, il annonçait au cabinet le choix qu'il avait fait dans la personne du général Gresley. Quelques-uns des ministres se récrièrent et insistèrent pour qu'il nommât le général Farre.

— Comment ! répondit le maréchal, je vous propose un ministre de la guerre républicain, car le général Gresley est des vôtres, et vous n'êtes pas satisfaits. Sa capacité est hors de doute; je le connais depuis longtemps, et nous nous enrtendrons vite sur les questions spéciales qu'il aura à me

I . Le général Gresley était, avant la guerre, colonel d'étatrmajor, chef du bureau politique d'Alger.

soumettre, tandis que le général Farre n'a jamais exercé de grand commandement; il .constituerait pour moi une véri-table gêne. En cette circonstance, vous me permettrez bien, j'espère, de donner la préférence à un de mes amis qui est aussi des vôtres.

Ces raisons ne soulevèrent aucune objection sérieuse, et le général Gresley fut nommé ministre de la guerre, à la date du 3o décembre 1878.

Moins d'un mois après, le 28 janvier 1879, le nouveau ministre de la guerre prenait l'initiative d'une mesure qui frappait dix généraux, en déplaçait cinq pour les replacer ailleurs, en mettait cinq en disponibilité : les généraux de Lartigue, Bataille,^ Bourbaki, de Montaudon^ et du Baraih, et provoquait la crise qui se dénoua en mai, par la chute du maréchal.

Rien de plus douloureusement surprenant que ce changement de front du général Gresley.

— Voilà des changements que je ne saurais approuver, s'écria le maréchal avec vivacité, en arrachant des mains de son ministre de la guerre la liste de révocation de certains commandants de corps d'armée qu'il lui proposait. Les généraux que vous voulez frapper ont été, aux termes de la loi, nommés pour trois ans, et, à l'expiration de ce délai, maintenus pour une nouvelle période de trois ans. Cette période touchera à son terme dans quelques mois, nous verrons alors ce qu'il y aura lieu de faire ; mais aujourd'hui, ces braves gens sont couverts par la loi, et je me refuse à les révoquer.

— Mais, Monsieur le maréchal, observa le ministre de la

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