‹ Le général BourbakiChapitre 63 sur 69 · Général de division du 23 mars · texte numérisé non relu

Général de division du 23 mars

guerre, dans la pensée du conseil, le fait du maintien des généraux dans leurs commandepients, à l'expiration des premiers trois ans, n'implique nullement pour eux le droit de courir une nouvelle carrière d'une égale durée.

— C'est qu'alors, répondit le maréchal, nous n'avons pas la même manière de voir et d'interpréter la loi. Pour moi, le terme légal des commandements dont vous voulez abréger la durée, n'expire que dans cinq ou six mois; je ne signerai jamais un décret qui constitue à mon sens une illégalité, une injustice. Je veux bien vous céder Lartigue et Montaudon ; ils s^ont malades et demandent à se retirer. Mais pour les autres, il n'y a pas péril en la demeure, je ne peux et ne dois pas consentir à frapper de braves officiers, de vaillants soldats, mes compagnons d'armes.

Et se reprenant avec force :

— Qu'on me fasse connaître les causes qui les signalent à vos rigueurs, et si je suis convaincu de leur indignité, je souscrirai à la disgrâce qu'on veut leur faire subir. Mais s'il s'agit de donner satisfaction à des passions que je désapprouve et que je déplore, je ne les sacrifierai pas; qu'un autre fasse la besogne ; moi, je préfère me retirer. La Constitution me confie le commandement de l'armée, et je ne veux pas la laisser désorganiser. Ce serait commencer la désorganisation que de frapper des généraux que j'estime, que j'aime et qui n'ont pas démérité. Qu'a fait Bourbaki ?.. Qu'a fait Bataille?... Qu'a fait du Barail?... Pas plus que vous, je ne veux de politique dans l'armée. En deux circonstances, je l'ai prouvé : d'abord, en retirant son commandement à l'amiral La Roncière Le Nourry ; ensuite, en révoquant mon vieil ami Ducrot. Qu'on m'indique contre ceux dont vous me demandez la mise en disponibilité des actes répréhensibles et je signerai ; sinon, non. Je suis

responsable de l'armée devant le pays, et je n'obéirai pas, en ce qui la concerne, aux injonctions des journaux. Destituez des magistrats et des préfets, soit ; mais des généraux, non, je m'en irai plutôt que d'y consentir. Si je suis resté au pouvoir jusqu'à ce jour; si depuis un an, j'ai consenti à avaler tant de couleuvres, c'est uniquement pour protéger l'armée. Si je l'abandonnais aujourd'hui, si je faisais une chose que je considère comme attentoire à ses intérêts, à ceux du pays, je me croirais déshonoré, je n'oserais plus embrasser mes enfants.

Le maréchal de-Mac-Mahon avait dit tout cela d'un accent triste, mais tout d'une haleine. Sa résolution était inébranlable.

Cinq jours après, le congrès parlementaire se réunissait à Versailles, et le 3o janvier 1879, le duc de Magenta cédait la place à celui que l'on nommait déjà l'austère Grévy.

Il fallait ce changement pour que la question des grands commandements militaires revînt sur le tapis. Elle revint en effet, et dès le mois de février 1879, Bourbaki fut une des premières victimes du nouveau cabinet, qui le releva de son commandement et le mit en disponibilité.

Voici à cette occasion, son ordre du jour, daté du 12 février 1879.

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