LE SÉNAT
Ce vote des monarchistes fut accueilli par Topinlon comme Chanzy l'avait qualifié : on le regarda comme un mauvais tour, et le général garda la confiance des républicains de tontes nuances. Quel- • ques jours après (18 février 1879), le président Grévy nommait ambassadeur de France à Saint- Pétersbourg son concurrent sans le vouloir * . Trois ans se passèrent ; lorsque fut formé le ministère Gambetta (14 novembre 1881), Chanzy donna sa démission et revint en France prendre le commandement du 6^ corps d'armée. Ses devoirs le fixèrent donc, pendant les dernières années de sa vie, soit en Russie, soit à Châlons-sur-Marne, et les comptes rendus des séances du Sénat ne citent le plus souvent son nom que sous la rubrique « n'ont pas pris part au vote ».
Une seule fois^ durant l'année 1882 (29 juillet), Chanzy parut à la tribune du Sénat pour défendre la discipline militaire qu'il jugeait menacée par une^ proposition du commandant Labordère*. Il avait
^ Déjà décoré de la médaille militaire le 13 février 1872, Chanzy avait été nommé, le 29 juillet delà môme année, membre du comité d« défense^ et, le 22 août 1878, graad'eroÎK de la Légion d^honneur.
' Texte de la proposition Labordère : « Néanmoins Tobéis* sance militaire n'étant due qu'aux ordres donnés pour Texécution des lois et des règlements militaires et pour lé bien du service, il n'y a ni crime ni délit lorecpie Ib refus ^'applique à un ordre dont TexéeutioB serait- un acte qualifié onme par. la. loi» et s'il, se produit en temps de paix avec l'étranger. >
2$$ LE GÉNÉRAL CEANZT
déjà dit dans son discours sur la dissolution des gardes nationales que Tarmée ne peut discuter son devoir et qu'elle cesse d'ôtre Tarmée, dès qu'elle n'est plus soumise à l'obéissance passive, à la discipline la plus rigide. Il vint exprès de Châlons protester « avec indignation » contre ce projet, au nom de tous ceux qui avaient Vhonneur de porter Vuniforme, Il déclara qu'il croirait faillir à ses convictions les plus ardentes s'il ne disait nettement ce qu'il pensait de la proposition. Il s'éleva contre « toutes ces idées dissolvantes, contre ces amorces trompeuses au moyen desquelles on cherche à porter le trouble dans les esprits, pour porter le trouble et la désorganisation dans l'armée et dans le pays ».
« L'armée, ajoutait-il, restera sourde à ces suggestions dont elle apprécie la valeur et le but. Elle saura se maintenir dans la ligne nettement tracée de ses devoirs en défendant l'ordre, la constitution, la loi, le gouvernement et le pays, d'où que viennent la menace et le danger. N'appelons pas nos soldats à discuter la devise de la République : que jamais personne ne croie que dans l'armée la liberté puisse dégénérer en indiscipline, l'égalité en oubli du respect et de l'obéissance aux chefs, la fraternité en négation du principe hiérarchique. Une armée n'est sérieuse que si elle a confiance en elle-même et dans ceux qui ont l'honneur bien grand, maisparlbis bien