‹ Le général Chanzy, 1823-1883Chapitre 13 sur 30 · GOUVERNEUR GÉNÉRAL DE L'ALGÉRIE · texte numérisé non relu

GOUVERNEUR GÉNÉRAL DE L'ALGÉRIE

raZÏ GOPERNEDR GÉNÉRAL DE L'ALGÉRIE

Le 11 juin 1813 paraissaient deux décrets : le premier réunissait dans la même main les fonctions de gouverneur général civil de l'Algérie et celles de commandant des forces de terre et de mer qu'avait séparées le décret du 24 octobre 1870; le second conférait ces deux pouvoirs au général Chanay qui succédait à l'amiral de Gueydon. Chanzy n'était nommé qu' « à titre de mission temporaire ». Un rapport précédait les décrets : on y lisait que le gouverneur civil, étant un officier général, il aurait une situation impossible si l'on fixait des limites à son intervention dans les affaires militaires, qu'il fallait lui donner toutes les attributions et que cette réunion des pouvoirs, loin d'être incompatible avec le régime civil, aurait pour résultat d'en hâter les

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progrès en donnant à TAlgérie la sécurité dont la colonisation avait besoin pour se développer et s'étendre.

Huit jours après, Chanzy débarquait sur cette terre où il avait fait ses premières armes. A peine descendu du canot, il monta sur un cheval arabe et se rendit, escorté de son état-major, à ce vieux palais mauresque du Gouvernement qu'il avait habité jadis comme simple officier d'ordonnance du gouverneur général Charon. « J'étais loin, disait-il le soir même, de songer en 1849 que je reviendrais un jour dans ce palais comme, chef de la colonie. »

Son premier soin fut de se rendre dans la Grande Kabylie, chaude encore de l'insurrection de 1871, de calmer les mauvaises dispositions, de tranquilliser les esprits toujours surexcités. Les derniers mois de l'année 1873 furent consacrés à ramener partout, chez les indigènes, chez les colons, la sécurité et la confiance. Il supprima le bureau civil qui réglait directement les intérêts les plus importants de la colonie. Il reconstitua dans sa plénitude la direction générale des affaires civiles et financières. Cette direction fut désormais chargée de tout ce qui concernait l'administration propre de la colonie, tandis que l'état-major général, dont le chef fut le général Vduillemot, centralisait toutes les affaires dp l'armée et du commandement.

Le discours que Chanzy prononça le 3 décembre 1873 à la première séance du Conseil supérieur exposait en termes remarquables les principes de la nouvelle administration, et désormais, il présenta, chaque année, à cette « grande assemblée de l'Algérie » dans des rapports clairs, substantiels, jleins de renseignements et de chiffres, un compterendu de la situation de la colonie dajis l'année précédente. Il regardait le Conseil supérieur, non pas comme un Parlement algérien, mais comme une assemblée indépendante, chargée d'examiner les questions importantes que le gouvernement et les Chambres devaient résoudre. « Nous allons, disait-il, commencer nos travaux; nous discuterons loyalement, comme des hommes qu'anime une confiance réciproque, et qui ne se laissent guider que par le désir d'être utiles au pays. » Il priait môme les représentants de l'Algérie au Parlement de prendre part aux discussions et aux travaux du Conseil supérieur et d'apporter à cette assemblée a une force nouvelle puisée dans leur haute situation ».

Il existe en Algérie, comme disait Chanzy dans son discours du 19 mars 18*78 au Sénat, deux grands •partis, celui de l'autonomie et celui de l'assimilation. Ces expressions, ainsi que l'observait le général, ne répondent pas exactement aux idées qu'elles

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prétendent traduire ; mais, quoi qu'il en soit, l'autonomie, telle qu'on la rêve et la poursuit, pourrait engendrer le séparatisme. « On veut, disait Chànzy, taire de TMgérie une nation sœur de la France, ayant ses intérêts distincts, son organisation à part, ses lois spéciales, faites pour sa population formée de tant d'éléments divers. Mais je ne puis me défendre d'une certaine appréhension ; je vois là un danger qui peut être éloigné sans doute, mais auquel il faut parer dès à présent ; on ne doit pas laisser cette plante se développer; il faut la détruire avant qu'elle puisse s'enraciner. » On a dit que Chanzy s'exagérait les desseins des autonomistes. Mais l'exemple des colonies anglaises est bien séduisant, et, comme l'observait récemment la République française, si l'élément étranger s'augmente encore, il peut se former en Algérie une nation indistincte et confuse qui ne se piquera pas de reconnaissance envers la métropole*.

Chanzy était partisan résolu de l'assimilation. Il affirmait franchement en toute occasion ce « grand principe de l'assimilation ». Il considérait comme

*■ 8 juillet 1883. Dans tous les cas, s'il y a, contre toute vraisemblance, des séparatistes en Algérie, ils oublient deux choses : P que Marseille est à 34 heures d'Alger; 2® que sans Tarmée de la métropole, les Arabes — qu'on nous passe rexpreasioa -* ne feraient qu^une bouchée de la colonie.

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un devoir de le poser nettement en face des théories qui se dissimulaient sous le nom d^autonomie et « ne tendaient qu'à briser successivement les liens qui doivent^rattacher constamment TAlgërie à la '

patrie commune ». Le territoire de rAlgérie, disait- \

il, fait partie intégrante de la France et doit vivre 1

de la môme vie qu'elle. Mais l'assimilation qu'il désirait établir était une assimilation lente, opérée sans impatience et « au fur et à mesure que les progrès obtenus la rendraient possible ». Dans sa proclamation aux habitants de l'Algérie*, il avait dit que les institutions actuelles étaient « la base et le point de départ » des efforts qu'il voulait faire. Il pensait que l'organisation de 1860, telle qu'elle existe, peut suffire à tout, à condition qu'elle fonctionne sérieusement, qu'elle se dégage des lenteurs et des formalités inutiles, qu'elle reçoive toutes les améliorations dont les esprits sages reconnaissent l'opportunité. Il ne voulait pas appliquer un système nouveau ; son programme se résumait en quelques mots : « Assimiler l'Algérie à la métropole, en tenant compte transitoirement des conditions exceptionnelles que crée la différence des origines et des coutumes des populations qu'il s'agit de transformer et d'agréger, pour leur donner la physionomie

^ Datée de Tours, 22 juin 1873.

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unJ4ue d'une société liée par les Bfkôf&ea i]9Lue par les mêmes, sentiments de sympaHiie proque et de patriotisme, b

Mais bientôt éclatait entre le gouTernenr général et la députation un conflit presque inéyitable. Il serait fastidieux d'entrer dans le récit de ces kmga démêlés. L'ingérence perpétuialle des représentantes dans les affaires de la colonie, voilà le fond de la querelle. Chanzy, uniquement inspiré de son pa-* triotisme , avait la volonté arrêtée de sousiaraire son administration aux influences personnelles et locales. Mais un des traits caractéristiques de la troisième République, et Tun dei^ vices les plus funestes de sa politique, c'est l'indiscrète intervenu tion des députés dans le gouvernement. Les représentants veulent s'immiscer en toutes choses, sans souci d'afiîaiblir la force du pouvoir et d'en diminuer l'autorité ; ils ne se contentent pas de légiférer ; ils prétendent se mêler de l'administration, et entravent trop souvent Faction gouvernementale. Sans méconnaître le dévouement des mandataires de la colonie, Chanzy n'était pas homme à souf&»ir leurs empiétements. Il revendiquait hautement sa propre

responsâMiité. Ni les^ doilicitaiions des dépotés, iri' Ifes afttaicpies de l)a presse ne le firent fl'écMr ; il gardait l'autorité* « Les fonctionnaires algériens de tout rang, disait^il au Sénat, sont couverts pfiHT la responsabilité du gouverneur général et s-'acquîttent ^vec zèle d'une tâche exclusivement administrattte . . . Mon administration a la consdeneey d^Sfôaonapllr son devoir et n'a rien à redotrler dfn confe^ôle et des investigations dirigées avec la seule* volonté de constater loyalement la vérité. J^ ne veux pas dire qu'elle n'ait jamais donné lieu à des critiques fondées, à des observations justes, ni môme à des reproches mérités ; mteis, s'il y a eu des fautes commises, on peut en constater de semblables dans les administrations de la métropole. . . Les dévouements éprouvés, ajoutait-il, — et ses paroles étaient accueilles par de nombreuses marques d'approbation — ne se remplacent pas par des promesses de dévouement. Les fonctions bien occupées ne peuvent être, dans l'intérêt du pays et des populations, constamment menacées et ouvertes à des appétits et à des convoitises aussi pressantes que peu justifiées. »

Telle fut la cause essentielle des difficultés que suscitèrent au gouverneur géAéral les représentants de l'Algérie. Ils trouvaient que Ghanzy ne leur témoignait pas assez de déférence; ils au-

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raient voulu que le gouverneur servît leurs intérêts politiques et fût plus docile à leurs requêtes. « Dans bien des questions d'organisation, disait au Sénat M. Pomel, le gouverneur général a la possibilité de passer par-dessus la tête des représentants du pays ; mais la représentation du pays a sa raison d*ôtre ou elle ne Ta pas ; si elle a sa raison d*ôtre, il faut qu'elle soit consultée pour toutes les mesures qui intéressent le pays * . » Mais Chanzy pouvait-il s'abaisser au même rôle que les préfets de département, qui se font les humbles serviteurs des députés ?

Malheureusement, une mesure qu'on a pu qualifier de a violente » et d'à intempestive " » tourna contre Chanzy une partie de l'opinion. Le 29 mars 1874, après de longues hésitations, le général, poussé à bout par les excès de langage et les provocations de la presse radicale, circonvenu par de funestes influences, déclara la commune d'Alger en état de siège, à la suite « des attaques et des injures auxquelles certains journaux se livraient contre la municipalité ». Il importe, disait le gouverneur, de faire respecter ceux qui ont entre les mains les intérêts de la cité et d'assurer le fono-

^ Séance du 19 mars 1878. « Les préfets ne nous consultent pas >, interrompait assez justement un sénateur.

* Mercier, V Algérie en 1880.

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tionnement de Tadministration municipale en prenant les mesures propres à mettre un terme à un état de choses qui trouble Tordre et discrédite la colonie. Le général Wolff, commandant la division militaire d'Alger, interdit la publication de la Solidarité : ce journal avait « oublié ce que les partis les plus exaltés se font un devoir de respecter », et n'avait pas « craint, par une série d'articles des plus injurieux, de porter atteinte aux droits sacrés de la famille dans ses attaques contre la municipalité d'Alger ». La Chambre de commerce protesta contre l'état de siège, et une pétition couverte de nombreuses signatures fut remise à Chanzy. Mai» le général resta convaincu que la mesure était indispensable et qu'elle mettrait fin « aux violences d'un journal qui rendait impossible l'administration municipale et Texécution de la loi ». Dans une lettre au préfet, il répondit aux protestations que l'état de siège ne modifierait pas la situation de la ville et qu'il aurait une influence favorable sur les transactions commerciales qui exigent la sécurité. L'émotion fut grande dans la métropole. La commission de permanence de l'Assemblée nationale discuta la légalité du décret (10 avril 18'74). M. Lucet, représentant de l'Algérie, disait que Chanzy avait violé la loi ; que, malgré son libéralisme, il avait peu de tolérance pour la presse et n'aimait

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pas la discussion ; qull pouvait supprimer la 8oih daritéj mais jion pas mettre la ville en 4ttt 4e siège pour les méfaits d*un journal. M. de Broglie, chef du cabinet, répondit à H. Luoet que FAlgérie était une colonie, que le gouvemeur avait |iar oemsëquent le droit de prononcer la mise en étaft 4e siège, que la presse algérienne, toujours aogpiitléê par «n jury indulgeirt, se livrait à d'excessives 'violences ^et que Ghanzy demandait depcûs qoelfMs mois avec une vivacité toujours erolssAnte la siip»pression du jury.

La question ne fut portée que Tannée sutvnitte devant TAisseniblée nationale (S janvier 18%). M. Warnier, député de i'^teérie, prit la parole. S. avait fait auprès de Chanzy les plus vives <instaaeas pour obtenir la levée de Fétat de si^e ; mais le général n'avait répondu que par un refus : « Si je pouvais, avait'il dit, mettre en état de siège le fauteuil du rédacteur d'un journal, son bureau, sa maison, je me bornerais là ; à défaut d'une loi sur la presse, j'ai dû mettre la commune en état de siège. » Jules Favre appuya le discours de M. Warnier ; l'état de siège ne pouvait être déclaré d'après la loi du 9 août 1849 « qu'en cas de péril imminent pour la sécurité intérieure ou extérieure ». Où était, demandait Jules Favre, ce péril imminent? Si un écrivain avait odieusement ca-

toflustië ia ttiiiBicipaUté, on n'éMt pas âésarmé, et, pour punir un homme, il n*est pas nécessaire de priy^ tous ses concitoyens du régime du dfGfit oommim. Le rapporteur, M. Merveilleux -Du vitaux, répliqua à MM. Warnier et Jules Favre ; rAlgénrie, disait-il, était une colottiie où il y ava?rt de violentes passions ; le jury acqutttatt trop souvetit les journaux, ménfe l(M:9qu'ils o«rtrageaient indignement Tarmée, la magistrature et le clergé ; entki Chanzy De recourait à Vétat de siège q^*après un article incroyable de la Solidarité qui faisait coTfrprendre aux maires et aux adfoiiïts d'Alger qu'ils n'auraient de repos domestique que le jour où Us auraient donné leur démission. Le général de Ghabaud-Latour, Xftiinistre de Tintérieur, ajouta que les articles les plus dasi^ereux de la presse algérienne étaient traduits eoi arabe et lus à haute voix dans les tribus où ils faisaient un effet déplorable. L'À^ssemblée nationale mainftint la mise en état de siège de la commime d Alger * .

L'opinion de la métropole reprocha vivement à Chamy d'avoir établi l'état de siège. Ne pouvait-il

* Bix lâois «pifès (^ juiHet IS'75] Chanzy interdisait pour trois mois la publication élu Réveil, parce que ce journal avait appelé l'Assemblée nationale une chambre • usée et vieillie >, et assuré que le pouvoir n'était plus qu une < odieuse conspiration bonapartiste destinée à étouffer la République *.

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traduire^ non pas devant le jury dont il se défiait, mais devant le tribunal de police correctionnelle les journalistes incriminés ? Devait-il punir Alger pour la faute d*un seul ? M. Crémieux déclara dans une lettre publique que Cbanzy avait eu tort de solliciter du ministre l'abolition d'une des institutions fondamentales de la France, le jury ; et la presse républicaine blâma le gouverneur général d'emprunter au ministère de « l'ordre moral » ses procédés et de voir, comme M. de Broglie, dans l'état de siège un instrumentum regni très commode*. c( L'état de siège, disait M. Laboulaye le 4 août 1875 dans une réunion de ce centre gauche auquel appartenait Chanzy, est contraire à toutes nos idées libérales : c'est l'arbitraire, si doux qu'il soit, substitué au règne de la loi. On nous promet qu'on lèvera l'état de siège quand nous aurons voté ime loi sur la presse ; mais je ne puis comprendre qu'une liberté soit la rançon d'une autre liberté. »

Cet acte impolitique est le seul grief qu'on puisse relever contre Chanzy pendant son gouvernement. En réalité, cette mesure exceptionnelle fit plus de bruit que de mal. Elle fut néanmoins le prétexte d'une agitation factice qui dura jusqu'au départ de Chanzy, et en 1878 la République française évo-

* Expression du Journal des Débats,

quait encore le souvenir de cet « acte dictatorial ». Les ennemis de Chanzy le firent passer désormais pour un autoritaire, et les monarchistes, les partisans de « l'ordre moral » le félicitèrent perfidement et le revendiquèrent comme un des leurs : n'avaitil pas recouru aux moyens qu'employaient alors les adversaires déclarés de la République ?

Les vrais colons, ceux qui n'étaient pas politU ciens, ceux auxquels, selon les mots de Chanzy, « le travail et la parfaite connaissance des besoins du pays donnaient le droit d'apprécier ce qui manque encore et ce qu'il convient de faire », ne prirent aucune part à l'agitation. Ils s'estimaient heureux d'avoir pour gouverneur un général intelligent et habile qui leur garantissait la sécurité et assurait à la fois le calme et le crédit. Mais il y a deux Algéries, comme il y a deux Frances et deux Italies ; celle qu'on voit et celle qu'on ne voit pas ; celleci vaque silencieusement à ses afiaires ; celle-là s'agite, se remue, et dit tout haut qu'elle représente le pays entier ; on finit quelquefois par la croire.

Au bout de quelque temps, la presse algérienne, après avoir exalté Chanzy, passait à l'excès opposé et condamnait tout ce que faisait le gouverneur. Chanzy voulait tout examiner par lui-même, et sans cesse au travail, étudiait sérieusement les moindres affaires. Au lieu de louer son application

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qu'on n'aurait guère attendue d'un homme d*^^, on lui reprochait de perdre son temps à la re~ cherche du détail, d'accorder trop d'importa»ee aux moindres choses et de ne pas voir de ha«rt. Il est vrai qu'on attendait beaucoup de son expérionee incontestée dans les affîtires algériennes et de son esprit d'initiative ; ses adversaires eux^m^aes s'accordaient à reconnaître ses grandes aptitudes et sa parfaite connaissance du pays^ Mais les Algériefos sont, comme les Français, d'humeur impatiente ; ils ne savent pas attendre ; ils no comptent pas assez avec le temps. Chanzy ne voulait pas se hâter immodérément et croyait qu'en matière d'administration algérienne il fallait agir avec prudence et ne tenter de réformes qu'à coup sûr. On l'accusa d'ajourner les difficultés , et non de les résoudre. Il avait en main de grands pouvoirs. On insinua qu'il cherchait à fuir le contrôle de la métropole, à soustraire ses actes à l'autorité législative, à se rendre omnipotent.

De jour en jour les ennemis de Chanzy lui faisaient une situation de plus en plus fausse. Il avait le titre de gouverneur général civil, mais il était militaire, et de tout temps la mésintelligence avait existé en Algérie entre l'élément civil et l'élément

^ Treille, Conseil général de Constantinei eesaion d'avril tô7S.

militaire, entre cette race nerveuse, irritable et inâammable des colons, passionnément éprise de liberté, et les hommes de guerre, brusques, tras^ chants, accoutumés à ne voir dans la population civile que des dispositions turbulentes, et se sou^ oiant peu de fournir des prétextes à son mé^ contentement. Depuis longtemps les journaux de rAigérie demandaient un gouverneur par^ne^t civil ; divisés sur les autres questions, ils étaient presque unafnimes sur ce seul point. Le r^me civil était leur grande revendication, la réforme essen^ tieile et radicale qu'ils réclamaient instamment ; il fallait à l'Algérie un gouverneur en frac, et non un gouverneur en épaulettes. Un militaire, disait-K^ ne peut porter dans Tadministration que Tesprit militaire, il en conserve la vigueur, mais aussi le tour impérieux; il ne veut réaliser d'autre idéal que celui de l'autorité ; il ne gouverne que par les idées de discipline, et ne tient compte ni des mobi*lités de la nature numaine ni du tempérament des populations. Chanzj, ajoutait-on, croyait que tout était pour le mieux sous le régime militaire et n'avait confiance que dans l'excellence du système qu'il avait autrefois pratiqué, comme chef de bureau arabe. L'armée, disait-on encore, ne devait avoir en Algérie, comme en France, d'autre mission que de défendre le territoire et de maintenir Tordre. Le

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temps n'étaît-il pas venu d'installer complètement Tadministration civile? Le territoire dit de commandement n'était-il pas trop étendu ? Ne fallait-il pas donner au régime de droit commun une grande partie du pays où l'administration militaire n'exerçait qu'une action répressive, maintenait le statu quo et suspendait l'œuvre de la civilisation ? L'autorité civile ne pouvait-elle seule, par ses propres forces et par le prestige de la loi, exécuter le programme de la colonisation, pratiquer une politique de progrès et de liberté, exécuter les grands travaux d'utilité publique, constituer la propriété? Les officiers chargés des affaires indigènes ne seraientils pas remplacés avantageusement par un personnel d'agents instruits, connaissant le pays et les aspirations d'une société civile, armés d'ailleurs d'un pouvoir étendu, disposant par réquisition de la force militaire, agissant au nom de la constitution, etc ?

L'expérience a fait justice de ces exagérations, et Ton reconnaît aujourd'hui que le problème algérien ne se résout point par un changement de costume, a II n'y a pas, disait Chanzy, deux régimes ; il n'y a qu'une pensée, celle de tirer de la colonie tout ce qu'attendent la France et la civilisation ; il n'y a pas deux territoires avec leurs systèmes opposés ; il y a une vaste contrée soumise à la France, et dans

l'alqéris %n

laquelle il nous faut introduire ses institutions * . » Nous ne sommes encore qu^au lendemain de la conquête, et r Algérie renferme deux millions et demi d'indigènes possesseurs du sol, qui n'acceptent qu*à contre-cœur leur nouvelle destinée, et ne sont accessibles qu'à la crainte. Un gouverneur civil doit recourir à la force militaire autant et même plus qu'un général. Sous le gouvernement de Chanzy le 19® corps d'armée qui forme l'armée d'Afrique comprenait 50,948 hommes et 14,036 chevaux; en 1881, sous un gouverneur véritablement civil, il a fallu le porter à 81,250 hommes et 16,218 chevaux*. Depuis qu'un général n'administre plus la colonie, il a donc fallu accroître l'effectif du 19« corps de 30,000 hommes et de 2,300 chevaux. Comme on Ta dit, c< c'est la situation et non la personne du gouverneur qui fait le régime ; l'important, c'est que ce gouverneur soit un homme de valeur, connaissant bien le pays, sachant par lui-môme ses besoins et ses aspirations, habile à manier les affaires

^ C. s., (Conseil supérieur), 3 décembre 1873» ' Ainsi répartis :

Province d'Alger 23,111 h. 5,094 cheyaux.

— d'Oran 29,893 5,702 —

— de Constantine . 28,246 5,482 —

81,250h. 16,278 chevaux.

Statistique générale de l'Algérie en 1881. (On remarquera que les troupes de Tunisie n'entrent pas en ligne de compte).

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et les hommes, capable d'étudier et surtout d'agir*. » Chanzy, ce nous semble, réimissait toutes ces conditions.

Qu'est devenu, au reste, ce personnel des aflïnres indigènes qu'on voulait écarter? On ne peut se passer de lui ; on l'emploie encore, parce qu'il est tout prêt et déjà rompu à la tâche, parce qu'il n'a fait que gagner avec le temps, surtout sous le gouvernement de Chanzy, et qu'on ne pourrait plus lui reprocher aujourd'hui certains abus signalés parfois avant lOTO ; on avoue enfin que ces chefs de bureaux arabes, si violemment attaqués, ayaient aussi leurs mérites et que les fonctionnaires civils qui leur ont succédé sur quelques points, n'ont pas toujours .montré rexpérience, la vigueur, l'activité de leurs devanciers.

Mais il ne faut pas oublier que pendant les six années du gouvernement de Chanzy, la république engageait contre les partis monarchiques la lutte pour l'existence. Comme la métropole, l'Algérie était profondément émue par ce grand combat et en suivait fiévreusement toutes les phases. Durant cette période héroïque du parti républicain qu'on peut appeler la période de conquête et qui devait précéder la période de gouvernement où nous sommes

* Wahl, VÀÎgfyie, p. 232.

efitpés aujourd'hui, la France afHeaîiie pairtageait ri»^iôtude et les passions de la ïrance europëenne. Républicaine de vieille date et très démocratique, FAlgérie ne voyait dans son gouverneur qu'un républicain mitigé, et de malveillants commérages représentaient même comme un moaarchiste déguisé Tancien président du centre gauche *. « Enfin, disait le maire d'Alger en recevant le successeur de Chan^zy, M. Albert Grévy, enfin nous sommes en présence d'Un chef républicain, vous értes républicain, et vous voudrez qu'on le soit autour de vous. >^ L'enthousiasme qu'inspirait la venue de M. Albert Grévy se dissipa bientôt ; l'Algérie, cette éternelle mécontente *•, et cette fois mécontente avec raison, accusa son premier gouverneur véritablement civil d'imprévoyance et môme d'insuffisance. Néanmoins Chanzy avait dû faire place à M. Albert Grévy, et quand il quitta la colonie, sa position n'était plus tenable. La presse ne cessait de le harceler et de le taquiner ; les députés ne semblaient avoir d'autre but que de le

' Un député s^est fait Técho de ces médisances dans la séance du 2 février 1883 où était discutée la loi contre les princes d'Orléans; devant Témotion unanime de la Chambre, il a recoun^ qu* < il n'attaquait pas le général Chanzy, mais l'auteur das tentatives qui ont été faites >.

* < In contumeliam prœfectorum ingeniosa >, disait Sénèque d'une province africaine de Tempire romain.

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combattre et de lui faire échec en toute occurrence. Cette petite guerre de partisans, fort peu intéressante, s'accentua surtout en 18*78, à Tépoque de l'Exposition universelle. Faut-il en retracer les incidents mesquins et parfois ridicules ? Il vaut mieux rappeler le discours que Chanzy prononça au Sénat le 19 mars de cette môme année. C'est un des meilleurs discours d'affaires qu'ait jamais entendus une assemblée politique, et quiconque l'aura lu connaîtra l'Algérie, son passé, les efforts que faisait Chanzy pour la rendre prospère, les difficultés qu'il faut y surmonter, la tâche que la France doit y remplir. Mais ce discours même prouve que Chanzy ne pouvait plus satisfaire la population algérienne * ; il fut prononcé après que la Chambre des députés eut, sous l'influence des représentants de l'Algérie et de Gambetta, rejeté avec éclat un des crédits que demandait le gouverneur général.

^ Chanzy aurait pu donner sa démission^ et le gouvernement le désirait secrètement, sans oser le lui dire. Mais Chanzj avait conscience de faire son devoir : « Je ne cherche pas à décliner la responsabilité, lit- on dans son discours au Sénat, et cette responsabilité est devant le gouvernement qui m'a choisi : lorsqu'un fonctionnaire cesse de justifier la confiance que le gouvernement a mise en lui, il est facile de le renvoyer. • Il disait à un ami : < Je ne me cramponne pas à mon gouvernement comme a un portefeuille, mais si l'on est mécontent de moi, qu'on me remplace. * Le cabinet n'avait, au fond, aucune autre raison de mécontentement contre Chanzy que la coalition des représentants de l'Alfçérie ; il prit un biais, et nomma Chanzy ambassadeur en Russie.

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La direction générale des affaires civiles et financières, établie à Alger, avait jusqu'en 1876 centralisé l'administration de l'Algérie. Elle dépendait, pour les services spéciaux, des ministres de la justice et de l'instruction publique, et, pour l'ensemble des affaires, du ministre de l'intérieur seul responsable devant le Parlement. Trois décrets, rendus par le gouvernement sur la proposition de Chanzy (30 juin et 3 août 18*76) modifièrent cette organisation ; ils substituaient trois directions spéciales (intérieur, travaux publics et finances) à la direction générale et répartissaient entre les différents ministères les affaires de l'Algérie traitées jusque là par le ministère de l'intérieur. Mais les représentants de la colonie objectèrent que ces trois nouvelles directions rendaient la centralisation plus excessive qu'auparavant, qu'elles gênaient l'action des préfets et diminuaient leurs pouvoirs, qu'elles multipliaient les lenteurs bureaucratiques. Ils remontrèrent que le contrôle, exercé par les différents ministères sur les affaires algériennes, était purement illusoire, puisque chaque ministère,* absorbé par l'administration de la métropole, ac-

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ceptait aveuglément les avis du gouverneur général ; en réalité, ce dernier, irresponsable devant le Parlement, aflFranchi, pour ainsi dire, de tout contrôle, devenait aussi puissant qu'un vice-roi ; l'Algérie, disajilron, est soumise à, Taji^bitrairç, ; i,l £s^ut rarra,clier à ce système çésarien deç, décij'ets.

La, commission 4u budget, jprésidée par Ga^^iJ^etta, donna satisfaction à Topini on algérien];i,ç. Cbaii^ demandait un crédit de 53,000 francs destiné au, traitement des trois directeurs et au fonctionnement des trois directions qu'il avait établies pa,r déçi^Qt;. Gambetta, d'accord avec les représeAtants de l'Algérie, déclara que l'instabilité de Torganjisatii?» administrative de la colonie devait avoir un terme et qu'il fallait, pour l'exemple, rejeter le crédit; djemândé par le gouverneur général. Ces chaagements, disait-il, .devaient entraîner une très forte dépense; ils nécessitaient un supplément considérable de personnel et de matériel ; ils « enga^ geaient dans une voie dispendieuse ». Mais le débat portait plus haut. Les trois directions avaient été créées par décret du gouverneur général ; « ce problème complexe et délicat avait été résolu d'un, trait de plume, sans l'intervention du pouvoir législatif * » ; il fallait, disait Gambetta, substituer Iç

* SéaAce du 21 février 1878. Trois ans plus tard, G&2&betta, pré-

régime â» la loi au., r^gimô dea décréta» Il proposaiJt donc à U Cbdiiil»re de repousser 1^ crédit et priait le go^yerneI»fi||»t de présenter \m projet de loi sur l'orgâ^satioii 94iipiAistratiYe d^^ TAlgérie qui devait être réglée, npn point, par le gou,yerujeur géuéral, vms par le îarlenjjeut.

La Chambre des députés-rejeta lea crédits. Chanzy avait espéré qu'ils seraient continués au moinst jusqu'à la loi d'organisation administrative que demandait Gambetta et que promettait le ministère. Il comptait qu' « on n'arrêterait pas brusquement un mécanisme qui fonctionnait utilement depuis dix-huit mois ». Il s'inclina devant la décision de la Chambre et ne prit la parole au Sénat que pour

défendre son administration et retracer les pro-

grès de l'Algérie sous son gouvernement (19 mars

Il justifia les décrets qu'il avait rendus et que le pouvoir exécutif avait sanctionnés. L'Algérie ne faisait-elle pas partie intégrante de la France? Pourquoi les grands services de la métropole n'interviendraient-ils pas dans les affaires similaires de l'Algérie ? Pourquoi ne pas opérer d'ores et déjà

sident du conseil, créait aussitôt deux^nou^eaux ministères, celai de l'agriculture et celui des beaux-arts, et cela, sans rassentiment préalable des Chambres.

284 LE GÉNÉRAL CHANZT

le rattachement S dans les limites du possible, aux directions générales ? On relevait très vivement « l'inconvénient de légiférer par décrets ». Mais le régime des décrets était-il spécial à l'Algérie ? Ne fonctionnait-il pas en France ? Chanzy rappe- ^ lait les ordonnances royales et surtout les décrets que le gouvernement avait tout récemment rendus pour rattacher les télégraphes au ministère des finances, les forêts au ministère de l'agriculture et du commerce, pour créer et rétribuer les soussecrétaires d'Etat, etc. *. Oui, il fallait substituer le régime de la loi à celui des décrets. Mais était-il possible de tout régler législativement et de soumettre à la décision si lente des Chambres toutes les mesures de détail ? « Il faut, en AJgérie, obtenir chaque jour un résultat nouveau, et, pour cela, chaque matin, pouvoir adapter à la machine l'outil, qui doit fournir le travail de la journée. La machine, c'est l'organisation, telle que l'a faite la loi ; l'outil, c'est le décret qui reste légal, s'il n'anticipe pas sur le domaine de la loi. » Chanzy recon-

^ < Rattachement *, comme on sait, opéré depuis, et dans de plus grandes proportions.

* Chanzy ajoutait cette parole grave et vraie : // se manifeste une tendance de plus en plus marquée qui arrivera à détruire toute initiative féconde, partant toute responsabilité^ et gui est une marque de défiance vis-à-vis des dépositaires du pouvoir exécutif.

l'algérib ^85

naissait ^ que la loi doit être « la base de toutes les grandes mesures », mais les décrets seuls, ajoutait-il, peuvent, en appliquant les principes que pose la loi, aider à la marche d'une œuvre dont la physionomie change chaque jour avec les progrès réalisés et les besoins nouveaux qui se révèlent.

M. Pomel, sénateur de l'Algérie, essaya de répondre à l'argumentation nette et lucide de Chanzy. Il déclara que, si l'on trouvait le pouvoir du gouverneur général trop considérable et trop arbitraire, « il y avait au fond de cette assertion quelque chose de vrai ». L'honorable sénateur rappelait que Chanzy avait, par décret, donné aux attributaires de terres au titre II la permission d'hypothéquer leur droit, et qu'un arrêt de la cour d'Alger avait annulé tous les contrats passés à la suite de ce décret. Il citait d' « autres mesures prises par décret et qui froissaient les sentiments des colons ».

^ C. s., 12 janvier 1875, p. 58. Le gouverneur général de l'Algérie n'a plus aujourd'hui le droit de rendre des décrets. Mais nombre d'Algériens sont persuadés quUl valait mieux ne pas enlever au pouvoir local toute initiative. « A TAlgérie, pays en formation, où la face des choses se renouvelle sans cesse, où chaque jour se manifestent des besoins imprévus, les lois ne suffisent pas. Les décrets qu'on pouvait presque improviser, quUl était facile de rapporter ou de modifier, suivant les nécessités du moment, permettaient de préciser, de compléter ou de suppléer la loi. ■ Wahl, V Algérie, p. 236.

SS6 LB QÊKÉkA^L CAANZT

Par €f:Lemifle, t'était le ^ti\<ek*iiëinéât^ 9ion Vk p^ imlatlon qui choisissait les asi^^sMts tenMilmatis Aes oûïiseils géfiéràii:&. Les contaisslons Aiimicipales chargées d'administrer les commtfnêrs mixtes renfertïfâient trop 'A'îndigèft^s ; ^efHes îi'avaietot ûi force ni qtialîW paor ïe tJontrôlé ; l'^idttfîiistrâte'a^ et ses auxiliaires devaient être payés, hott par llEXat, mais p^r tes communes mfêmes ^ possédidettt d'ass^ gros re?t^iïs. M. Pomfél reï)ro<*ait 'encore à Cfaanzy de trop augmenter lé nombre des employés et de propager en Algérie la maladie des fonctionnaires : « n y avait 4,000 fonctionnaires pour 350,000 colons! » Chanzy avait cotistruit beaucoup de viBages; mais ces villages devaient, jpotfr subsister, avoir au moins soixante feux, et la plupart n'en cotiiptaient guère que quartinté. Les anciens centres n'^Raîeiit plus soutenus et n'offraieftt que l'image de la misère. Chaniy né voulait plus établir sur le sol que 10,000 familles et créer ^00 nouveaux centres ; 2,000,000 de colons pouvaient encore trouver place dans le Tell, et le gou- Terneur général se contentait du chiflft*e de 50,000 I Bref, M. Pomel priait Chanzy de renoncer aux « errements suivis jusqu'à ce jour » et de faire entrer l'administration dans d'autres voies. La réponse de M. Pomel au gouverneur général fut» ce nous semble, assez faible et embarrassée. Lé séna-

tèlir âè VÀltgèrïe tecôôM'issaft bi-lnè&è (pié Cffaahzy avait donnié 'à'» etdelleiités i-âfeons à, il hfe "niait p'à^ tes ptôgrèà âccoto'^hs', seis crftît[u'e!s étaient étàg'éréés *élfc tfé tenaient ï)'aà compté déé 'Àifflcultës que tèncoiitï'ait lë goti-yternétit» génëràl; à'âilieiirs W ÏÏ'^ênôiiçàit qu'en 'pâss'âAt -sott prin- '6ii)àl îgrîef : Ciila'A'zy ttè tetlail pas assez dé conlpte '(fe% 'dé^sirs dé ï^ î^eprësehtàtioù ^^rtementaîre àe Vk\géné.

ÏV

Mais il est téïnp^ d'ëi^osèt ce qfci'à fait Chànzj^ pbttl" ï' Algérie, (ie inonh'er que sous sôh é'ôtiverneûlèhk feUè fil des progrès t'àpîdes et qû'é, duraht soh àdministï^'âtion, là fe'rance donna la preuve la plus èclatàiité dé cette puissance colonisatrice qu'oh lui refusé ihjusteinent. Si on relit les journaux au boùit de quelques années, a dit 'Gœthe * , tout ce ([m est de péii de valeur est tombé en poussière, le faux intérêt du moment est évanoui, la vôlx d=e la foule est expîi'ée, et lé bien qui reste et survit ne peut être âsséÈ àppWcié ; c'est ce a bieh 'qui t^esle et survit » que hbiis vôuioiis ï*âpidettieht décrire.

* AnnàîéSf 1S15.

S88 LB eÉNKRAL GHANZT

Tout d*abord, ni les Arabes, ni les Kabyles ne remuèrent. Une révolte éclata dans le mois d'avril 1876 parmi les tribus de Toasis d*£l Amri, non loin de Biskra, mais cette petite insurrection fut rapidement réprimée par le général Carteret-Trécourt, commandant la province de Constantine. La même année, le général Osmond parcourut la région du sud toujours agitée par les Ouled-Sidi-Cheïkh, montra aux tribus le drapeau de la France et intimida les fauteurs de rébellion. « Quelques exaltés, disait Chanzy en 1878, parviennent encore à exciter contre nous les imaginations, mais si, pendant les derniers événements d'Orient, les indigènes ont fait des vœux pour le triomphe de leurs frères en religion, ils ont compris qu'ils n'avaient aucun intérêt dans la lutte. » Il eut soin d'interdire l'accès de F Algérie aux journaux arabes, entre autres, au plus ardent, VEl Djaouaib qui cherchait à émouvoir tout le monde musulman en faveur de la Turquie. D'ailleurs, les Arabes redoutaient et respectaient Chanzy, comme autrefois Bugeaud ; Chanzy était pour eux « le grand chef » ; ils le savaient énergique, résolu, prêt à réprimer sur-lechamp et sans merci la moindre agitation. Le prestige de son nom, joint aux mesures prévoyantes qu'il savait prendre, aux bons rapports qu'il entretenait avec le Maroc et à ses « excellentes relations »

avec la régence de Tunis S détournait les indigènes d'une prise d'armes. Sous le gouvernement de Chanzy, l'Algérie n'eut pas à craindre de nouvelles tentatives d'insurrection, et jouit de cette sécurité sans laquelle ne peut s'exercer l'activité des colons, de cette confiance sans laquelle ne peuvent s'essayer les grandes entreprises industrielles et agricoles. Si Chanzy eût encore gouverné l'Algérie, Bou Hamema n'aurait jamais poussé sur les hauts plateaux sa pointe audacieuse. L'ancien combattant de rOued-Guir connaissait la frontière du sud-ouest ; il n'ignorait pas ce que la surveillance de cette difficile région exige d'attention incessante ; il eût frappé des coups vigoureux, et se fût hâté de châtier les Sidi-Cheïkh dès leurs premières attaques contre nos Ksouriens.

Il n'approuvait pas les missions armées ou religieuses dans le Sahara. Il refusa une escorté militaire aux missionnaires que l'archevêque d'Alger voulait envoyer chez les Touaregs. Il pensait que ces entreprises tentées en pays inconnu, parmi des tribus barbares, sous un climat meurtrier n'au-

*■ Il envoya en 1875 un de nos plus habiles agents consulaires, M. Féraud, en mission au Maroc (avec lé capitaine Marois) et en 1876, à Tunis (avec le capitaine Henry). M. Féraud traita avec le gouvernement du bey des questions relatives à la frontière tunisienne et à la création du chemin de fer de Soukh-A^rras à Tunis.

t^ LE QÉNÉÀAL CHANZT

Tkiëht -çù^n àéiiouement ïàtM. H Vôyàft j*itè, et té rtassadi'è tfè ik nîiîssîon Flâttens ^i floAna tài^ s<*i. Seïoû Clràtey, il valait ttiteùi àttirtt sur teôS iûârchft ¥>ar dès relations îpAdfi^és et par de bofts •pvocéites îeà caravane* ^ni ^e 'dîrrgènt encore aùjônrdliùi vers les porl^ vie ïà frtpo^ iitâinfe et du Maroc. ïl voïilaît cTéèr vfes ïoires fmt les points extrêmes du tçrritoî^e, ^'àfes les poSles les plus avancés du sud, à Tngguft, i Lâg^houàt, à Aflou, à Méchertâ, fete. Oe plan ne ftit pâsfeiëcuté ; maïs, sll était bien appïi^^iê, îlàèSûireraît te pacification définitîvte dU sud dé l'Âté^ie, sahs impoi^r à là métropole Vïe notiVeàti siacrîflces.

Chanzy âiiûâit les Arabes 4\ili avait WbfetéBips fréquentés, et 11 leife jugeait sànà prévention. Il etàît d'avis de leur faire leur place danè Té 'dêVeloppelnent pacifique et rééulier de rAlgéW'é. !l essayait dé lés gagher de plus ien plus à la ciVilisàtioti ; il faisait traduire en langue arabe et répandre dans les tribus la lettre d'un des commissaires indigènes, envoyés à l'Exposition universelle àé Viénhé, qui rendait compte de ses impressions et exprimait l'opinion que son peuple n'était plus i^éfractaire au

ptùgtèB. Màlgi^ tes i^écrimiAâdonft, îl lîïàînteiiâît tes indigènes dans ïes conseils géinérâtix Atéc Voit Mîfcéï^attve ; îl M semblMt înjuSte â'éxdfavé At rassemblée dépaWéttt'êntale iés repré^éntàûtS à'trn^ r^ce (pd iotèé tm sî ^ûd Wte dants ia i>rod«iction et contribue pour sa Ibronne part âtiî î*ec"ettes dia bikdget pt^Vînciàl. Il fte négligeait pas de touche^ piT de fadiess AétaK^ftstfâtionB la âbt'e religî^ttSfe d^ àréAes. t^lâ iiïtïÀ ^11 aS«^it en 18% à !à fôtt gui p-èSfièdè M àii du R^ttiadàtt et, â «lîihfe allôctitiôft dte M. ftottkandoàrâ, il i^pfèôdait <ïuè la ÏYiàncé V^liit placer 1^ ittùsulmans dfe l'Aigéf ié dâi^ les ttfêmes viJonâîtl6n% 'qué ïe l'esté dé« habitants, letût f^ite la part égafé, et les considérei* comttaê Séà ptopi^s tehfetits. Il faut, lit-on dans sùii dîsoôùi!*s au Sénat (19 mars 1878), i'espe^têr et i^otitenir ieié cfoyancejs religieuses dB T Algérie, donher à tottU les cultes la subvention ou Tàide de l'Etat ; la mos-^ quée et là «ynagogue ont les mêmes droits, les mêmes litreis à notre appui que l'église et le temple. Une somme de plus de cent mille francs était affectée en 18T7 à la reconstruction ou aux réparations dé 123 mosquées, entrfe autres, de la mosquée dfe Tlémc^^ et du minaret de Mansourah, « 4Uî inté-* it^Sàe à un si haut point l'histoire de l'art archîtec*tural en Algérie ». Notre colonie, disait Chânzy au Conseil supérieur, est uh des pays où les

292 LE OÉNÉRAL CHAKZT

croyances religieuses sont le plus profondément enracinées, et il faut encourager ces croyances, parce qu*elles sont Tune des bases les plus solides de l'état social qu'il s'agit de fonder * .

Dans toutes les questions qui intéressent les indigènes, il portait le même esprit de ménagement. Il fallait, écrit-il, faire pénétrer chez les populations les notions du droit et du respect de la loi, mais la France devait, elle aussi, respecter leurs traditions et leurs coutumes dont elles sont si jalouses. Il rappelait les engagements que la France avait pris à l'époque de la conquête et dont elle ne s'était pas crue déliée, malgré les insurrections. Il priait administrateurs et magistrats de s'entr*aider et de faire comprendre aux indigènes que la France ne voulait que leur bien et qu'ils pouvaient compter sur sa justice et son impartialité. c< Nous voulons les élever jusqu'à nous, et non les parquer en dehors de cette grande société française qu'il faut constituer ici, sans distinction de foi ou d'origine. »

On avait souvent demandé dans les journaux ou dans les assemblées la suppression de la justice musulmane. Chanzy se refusait à cette réforme radicale. Il pensait avec raison qu'il était impossible de remplacer partout les juges musulmans.

^ C. s., iCoDseil supérieur}, 1877, p. 27; C. 8., 1878, p. 32.

OÙ trouver des juges français qui connaîtraient suffisamment la langue et les coutumes du pays arabe ? Comment pourrait-on les installer dans les tribus ? Il s'opposait à l'unité de juridiction, parce qu'elle « changerait brusquement l'état d'une société, qui n'admet qu'on touche à ses coutumes traditionnelles qu'après lui avoir démontré qu'il y va de ses propres intérêts ». 11 réduisit le nombre des maUakmas ou tribunaux des cadis et fit des économies sur le personnel de la justice musulmane. 47 « mahakmas » furent supprimées en moins de quatre ans, et les cadis, au nombre de 184 en 1873 et de 145 en 1875, n'étaient plus que 137 dans l'année 1877. Cependant Chanzy ne voulait pas aller plus loin; ce serait, disait-il, désorganiser la justice dans les tribus, sans possibilité de l'assurer par d'autres moyens*. Mais, à mesure que se réduisait le nombre des cadis, celui des juges de paix augmentait. On les armait de pouvoirs disciplinaires; on étendait leur compétence en leur donnant des assesseurs musulmans et en limitant

^ M. Mercier {V Algérie en 1880) lui reproche toutefois d^avoir enlevé aux cadis le droit de statuer sur les questions de possession pour les confier aux djemaâ ou conseils de tribus qui jugèrent sans appel ; ce droit parut d'autant plus exorbitant que les décisions des djemaâ, grossièrement rédigées par des talebs, ou écrivains à gages, devaient servir de base à la répartition des terres.

304 LE QÉntBAL Q9ANZT

eacopre 1» ju^idÂotion des cactus ; ou les obUis^eait à^ tfijm ^ ajgyijtoiiiGes ft>raj^9s à aies éppq^ues d^r- «ûndeft» âws ]ies parties li^ plu^s^ éloignées de leuir district. Les i^^d^gènes pouYai/sii^ ooiiaparer à U Té^ ualité' des cadis rioteUigeoce eii la pirobité de m^

La ji^tice civile et répressive fut orgjaûwé&en ^[abylie par les décrets du 2^ août et du 10. octobre ;^74. Partout où l^s juges de paix étaji^oj; i^stUtu^^s» le c^d perdait ses a^ttributloos^ et ne faisait ph]^ ^'exeircer les ton<^n& de notaire et procéder à. 19. liquidation et au partage des successions. Chaj^y se félicitait de voir lies prétoires de nos juges d/B paix ce fréquentés par un grand nombre de £^abyles qui venant soun^ttre aux magistrats français leurs différends et accueillir avec reconnaissance les décisions équitables qui les règlent ». Mais cette réforme i?emédiait chez les Kabyles au, désordre de leurs djemâas de justice. Le Kabyle, entouré de tous côtés par des établissements français, est, selon l'expression de Chanzy, plus industrieux et moins méfiant que TArabe, plus travailleur et moins épris de la vie contemplative ;

' Malheureusement, avec les juges de paix amvaient les huissiers et les notaires, et les innombrables formalités^ et les frais excessifs de procédure. Les indigènes reconnurent bientôt que Ifi justice de leurs cadis était prompte^ expéditive et peu coûteu@e.

chez les Kabyles, la Finance, en touchant i 1^ justice, ne toi^chait pas. au^x croy£^\cçs. Mate wue couvait étendre à tout le territoire, axal^p le r^giDgija auquel étaient soumis les deux ari^oftdij^açwsp^, di^ Tizi-Ouzou et de. Bougie ; cç qui a, pu être, ^^a^é en Kabylie, observait le gouverneur général, produirait au milieu des autres agglomérations musulmanes un trouble qu'il est sage d'éviter *.

Chanzy assurait en môme temps la sécurité en mettant au service de l'autorité préfectorale et des officiers de police ce qu'il appelait dçs forces supplétives, des détachements tirés des corps de troupes ; en rétablissant les auxiliaires indigènes de la gendarmerie, « anciens soldats éprouvés et rompus à notre discipline » ; en augmentant le nombre des brigades qui formaient la 31° légion de gendarmerie française. Ce dernier corps comptait, avec* les auxiliaires indigènes, dans les territoires de droit commun, en 1876, 780, en 1877, 793 et en 1878, 815 hommeg. Chanzy s'élevait contre les bruits qu'on répandait sur le manque de sécurité en Algérie ; on exagérait quelques faits isolés de brigandage, et l'opinion crédule s'imaginait que les crimes étaient plus fréquents dans la colonie que partout ailleurs, a Malgré les conditions exceptionnelles et

s., janvier 1875, p. U, 14, 17, 19; 1678, p. 22; 1877, p. 14J>

S96 LE GÉNÉRAL GHANZY

défavorables, dans lesquelles se trouve encore une partie de ce pays, la proportion des attentats contre les personnes ou les propriétés ne dépasse pas celle de certaines régions de France, dont la réputation de sécurité n'est pas mise pour cela hors de doute *. »

« S'il est un progrès, écrivait Chanzy, dont puisse s'enorgueillir l'Algérie, c'est celui qui se manifeste dans l'instruction publique; l'honneur en revient à la population si intelligente de la colonie. J'ai pu constater moi-môme, en visitant successivement les localités des trois provinces, la bonne tenue des écoles et l'empressement avec lequel elles sont fréquentées. »

Son attention se tournait surtout vers l'instruction des indigènes, « le meilleur remède pour émousser le fanatisme ». Il fit mettre à l'étude un projet d'organisation des écoles arabes primaires. Il se préoccupait de réunir les indigènes et les Européens en les groupant dans les mômes établissements d'instruction et en faisant apprendre aux uns

* G. s., 1877, p. 19, 20; Clamagbban, VAlgérity p. 391; SUtistique générale de l'Algérie, 1876-1878.

le français, et aux autres l'arabe. Il faut, disait-il, que les enfants s'élèvent ensemble sans distinction d'origine ou de culte ; c'est le seul moyen de faire disparaître les préjugés. et l'éloignement que les diverses races peuvent conserver les unes vis-à-vis des autres. Il songeait môme à créer des écoles spéciales d'agriculture et de métiers où les jeuneî gens du pays, arabes et européens, auraient appris à devenir de bons cultivateurs et de bons ouvriers.

Il insistait sur l'utilité de savoir l'arabe ; il répétait que tout fonctionnaire de l'administration ou de la justice ne pouvait s'acquitter efficacement de sa mission qu'à la condition de se passer d'intermédiaire. Il encouragea l'étude de cette langue; le recteur de l'Académie d'Alger fit introduire la connaissance de l'arabe dans le programme d'examen pour le baccalauréat et pour le brevet de capacité, et sur les réclamations pressantes de Chanzy, les départements ministériels allouèrent des primes à ceux de leurs agents qui possédaient l'idiome du pays : cette condition, disait le gouverneur général, est une de celles exigées pour l'avancement ou pour l'admission aux emplois publics.

Chanzy savait par expérience qu'il était plus aisé d'introduire l'enseignement des choses françaises dans les écoles musulmanes que d'attirer les

indigènes dans nos propres écoles. Il fit enseigner

liotre langue dans les medraças d'Alger, de Tlemcen et dé Coustautine ou écoles d'enseignement supérieur, où les jeunes indigènes se préparent wf, emplois de la magistrature musulmane et auf places de hhQdjas ou écrivains dans les bureaux 4e l'administration. Il voulait que ces « institutions qu'on accusait d'être des foyers d'erreurs et de préjugés devinssent des écoles sérieuses », Des maître français furent adjoints au:i^ maîtres indigènes dans les medraças et enseignèrent l'iiistoire, la géographie, l'arithmétique et les principes du droit*.

C'est sous le gouvernement de Chanzy que fut proposée la création — à Alger -^ d'écoles préparatoires à l'enseignement supérieur. M. Bardoux, ministre de Tinstruction publique, disait, en déposant le projet de loi (8 février 1878) qu'il se ralliait aux propositions faites par le gouverneur général d'accord avec le recteur d'Alger pour proposer la création de trois nouvelles écoles préparatoires à l'enseignement supérieur du droit, des sciences et des lettres. Les études supérieures, disait Chanzy, sont l'expression la plus élevée et la base essen-

^ Le nombre des élèves s'élevait, ea 1878, de 122 à UO. L'administration et renseignement de ces medraças, ainsi que des écoles arabes- françaises furent réglés par arrêtés du gouverneur général (16 et 25 février 1876) Ajoutons que Gbanzy proposa, à diverses reprises, Tinstallation d'une école d'apprentissage des Arts-et- Métiers à DeUjs (créée le 29 juin 1880).

Vaisébxb S99

tielle de renseignement ; il n'est pas pour un pays nouveau d'institutions plus utiles que celles qui forment des hommes capables de diriger les masses laborieuses ^

VH

Les entreprises de Tadministration des travaux publics prirent, sous le gouvernement de Chanzy, une très grande importance. Achever les routes commencées, combler les lacunes, construire les ponts qui manquent, relier aux routes existantes les autres voies qui n'ont que des communications impraticables pendant la mauvaise saison, terminer les barrages entrepris, rendre abordables les principaux ports de la colonie, recourir aux grandes entreprises pour doter le pays des lignes ferrées nécessaires au développement du commerce, de l'industrie et delà colonisation, voilà, disait Chanzy en 1874, ce qu'il fallait solliciter et faire.

Il n'y avait eu jusque-là en Algérie que deux lignes ferrées, concédées à la grande Compagnie de Paris-Lyon-Méditerranée ; celle d'Alger à Oran,

Discours du 19 mars 1878 ; C s», 1876, p, 18 et |20 ; 1877, p. 26 ; , p. 32, etc.

1878, p. 32, etc

300 LR GltoÉRAL CHANZT

parallèle à la mer, par la vallée du Cheliff et la plaine de la Mitidja; et celle de Philippeville à Constantine, perpendiculaire à la mer (en tout 513 kilomètres). Chanzy voulut créer en Algérie un ensemble de voies ferrées; les échanges rendus faciles, les produits de la colonie s'écoulant rapidement par de nombreux débouchés, l'efifectif des troupes diminué puisqu'elles pouvaient être transportées en quelques heures sur les points menacés par l'insurrection ou le brigandage, que de résultats à atteindre 1 Chanzy projetait donc de relier par le chemin de fer la frontière de Tunisie à celle du Maroc et de faire aboutir à ce grand central de 1,312 kilomètres des lignes perpendiculaires qui le mettraient en communication avec les ports du littoral ou qui', pénétrant dans l'intérieur, iraient jusqu'aux lieux de production et aux gisements des minerais. Ce vaste programme ne fut pas exécuté et ne Test pas encore, mais les principales lignes furent créées : celle de Bône à Guelma par Duvivier (90 kilom., intérêt général) ouverte le 15 octobre ISie et le 2 mai 1877; celle de Bône à Aïn- Mokra (32 kilom., intérêt industriel); celle de Sainte-Barbe -du-Tlélat à Sidi-Bel-Abbès (52 kilom., intérêt local), exploitée depuis le 2 mai 1877.

D'autres lignes étaient en cours d'exécution : une, d'intérêt industriel, celle d'Arzeu à Saïda

L^ALOéRIB 301

(212 kilom.), concédée à la compagnie franco-algérienne par décret du 29 avril 18'74 ; quatre d'intérêt général : celle de Constantine à Sétif par El- Garâ (155 kilom.) qui, selon le mot de M. Raudot, valait six régiments ; celle de Guelma au Kroubs, près de Constantine (116 kilom.) ; celle d*El-Guerrah à Batna (80 kilom., concession éventuelle) ; celle de Duvivier à Soukahras et de Soukahras à Sidi el Hamessi, sur la frontière de Tunisie (122 kilom.).

Les lignes à 1 instruction ou en projet étaient les suivantes : 1® d'intérêt local : d'Alger à Ménerville (42 kil. 5) et d'Oran à Aïn-Temouchent (73 kilom.); 2^ d'intérêt industriel : de Mostaganem à Tiaret (175 kilom.) et de Miliana à Adelia (8 kil. 6] ; 3^ non encore classées : de Sétif à Affreville (389 kil.) ; de Sidi-Bel-Abbès à la frontière du Maroc (140 kil.) ; de rOued-Tixter à Bougie (117 kil.) ; de Beni-Mansour au Kseur (72 kil.) ; de Bordj-Bouïra à Ménerville (66 kil.) ; de THaouch-Moglizen à Mouzaia ville (42 kil. 5); de Ténès à Orléansville (58 kil.); de Mostaganem à Relizane (48 kil.) ; de Tlemcen à Béni Saf avec embranchement sur le Rio Salado (109 kil.); d'Oran au Rio-Salado (59 kil.) ; de Sebdou à Tlemcen (45 kil.).

Grâce à Chanzy, une compagnie française obtint le monopole des chemins de fer qui devaient être créés en Tunisie. Le gouvernement anglais avait ob-

3êl% IM eÉKÉMAIs CBAHZT

fenii du bej ce pmilège pour trois années; an bout de ce temps, il en demanda la prorogatkm. Mais Cbanzy, balrilement secondé par notre consul à Tunis, H. Ronstan, fit entamer par la compagnie de Bdne^Guelma des n^ociations avec le général Kberedine, ministre du bey. Eberedine somma le consul d* Angleterre de tenir ses engagements et de fbire construire les lignes ferrées qu'il avait promises ; les travaux n'étaient même pas colnmen^ ces; la concession anglaise fût frappée de déchéance et transportée à la compagnie de Bône- Guelma ; un an après, le traité était approuvé par les Chambres et l'étude de la ligne terminée >.

a 650 kilomètres, — disait Cbanzy au Sénat dans son discours du 19 mars 1878, — sont déjà en pleine exploitation ; 700 kilomètres sont en construction, et les études de plus de 600 autres kilomètres terminées. Enfin, à Toccasion des grands projets qui s^étudlent pour les chemins de fer, j'ai insisté auprès du gouvernement pour que rAlgérie fût traitée comme la métropole, et un réseau de 2,000 kilomètres de voies ferrées est proposé pour la colonie. Ces grands travaux qui peuvent être exécutés en moins de dix ans auront pour résultat d*assurer définitivement la sécurité du pays, d*y développer Tindustrie et d*y fixer plus d*un demi-milliard de capitaux.

En 1872 le réseau classé des routes nationales,

^ JomtfAQ&T, Smiê p0l. «I Ut9., î$ Juin 1888.

dÊS routes départéftientales et dés cherhînë vicinaiix de grande comttiilnîcation comprenait 6,100 kilo- «rètres ; en 181911 comptait 9,281 kilomètres : c'était, dtif ant le gottvernetnent de Chanzy, line augitietltation de 42 0/0. La dëpetisë effectuée dans l'exercice 1878 pour les rcrtites et lés cllefflins de l'Algérie s'életa à 11,456,000 francs, dont 6,861,000 eii travaux neufs, et 4,580,000 en travaux d'entretien. On construisît le grand pont de l'Oued-Sebaôu, près de Rebeval, sur la route de Dellys, le pont de l'Ouedel-Kebir sur la route d'Alger à Laghouat, celui de riàser sur là route de Tlemcen â Rachgoun, celui de Sldi-Aïch, sur TOued-Sahel, le pont métallique suf le Cheliflf, de Boghari à Boghar, etc. On élevait des phares, comme aux lies Habibas, et au cap Bengut. Le littoral algérien, de Nemours à La Galle (1,128 kil.) ne possédait en 1866 que 21 feUx; au l*»" janvier 1818 il comptait 42 feux, éloigftés en moyenne de six lieues les uns des autres ; dix anâ auparavant, cet espacement moyen des feux était de dix lieues. Enfin, on améliorait les porfs, on les rendait accessibles aux navires en toute saison, on prolongeait les jetées d'Alger et de Mostaganèm, ott réparait celles de Tenès et d'Oran, on achevait celle de Philippeville, on commençait à La Galle les travaux qui faisaient de Tanse de Boulifa un port plus sûr pour les bateaux corailleurs.

304 UB GiNiRAL CHANZT

Une yiye impulsion fut donnée à tous les trayaux hydrauliques dont Chanzy sentait la nécessité dans une région où les pluies font souyent défaut à rheure où les populations la désirent le plus yiyement. Le barrage du Gheliff dans le département d*Alger et celui de la Djidiouïa dans le département d'Oran étaient terminés ; les trayaux du barrageréseryoir du Hamiz approchaient de leur acbèyement ; c'est du gouyernement de Chanzy que date le grand barrage qui arrête FOued-el-Hammam à l'endroit où cette riyière reçoit TOued-Fergoug et prend le nom de THabra. Dans son discours de 1818 au Sénat, Chanzy citait huit barrages pouyant irriguer 50,000 hectares. Il faut mentionner encore les trayaux de sondages et de forages artésiens actiyement poursuiyis par M. Jus dans le Hodna et rOued-Rir; une longue ligne de puits s'étendant entre Biskra et Tuggurt et « faisant jaillir du sol plus de 25,000 mètres cubes d*eau par jour » ; la mission du capitaine Roudaire chargé d'examiner la possibilité de créer une mer intérieure dans le sud de la proyince de Constantine ^ ; Forganisation du Service météorologique et l'établissement de stations qui furent installées sur diyers points du

^ Chanzy s'intéressait -vivement au projet de M. Roudaire, qui lui semblait offrir de grands avantages pour la défense de l'Algérie (et de la Tunisie) contre les Arabes du Sud.

L'ALaâBlE 305

littoral de Sfax à Mogador, et jusqu'à la limite du Sahara, à Tuggurt, à Laghouat, à Géryville, et confiées au service du génie qui « réunit les aptitudes et les conditions nécessaires pour assurer l'entretien du matériel, recueillir et télégraphier les observations » ; la création d'une nouvelle circonscription d'ingénieur en chef dans le département de Constantine, et d'une inspection générale des travaux civils qui « assura l'unité dans la direction et la compétence dans l'examen », etc., etc.

Chanzy encouragea l'industrie qui devait, en progressant, faire progresser la colonisation, donner aux tribus d'autres occupations que les travaux agricoles, varier et augmenter Tactivité des indigènes et des Européens. Il faut, écrivait-il dans un de ses rapports, aider les entreprises industrielles : une seule qui réussit attire les autres et enrichit le pays ; une seule qui échoue amène le découragement et le discrédit. Il fit bon accueil et aplanit les difficultés aux compagnies sérieuses qui voulaient exploiter les minerais et l'alfa.

L'alfa, cette graminée précieuse avec laquelle on fait toute sorte d'ouvrages de sparterie et fa-

306 LB aÉNÉRAf. CttlNZY

brique le papier, et, cotoine disait Chati^y, ce « teit* tile inépuisable si recherché et si utilisé », couvre une surface de près de cinq millions d'hectares sur les hauts plateaux qui occupent le centre du massif de l'Atlas et séparent le Tell du Sahara. L'exploitation de cette plante, inconnue naguère aux papetiers et très employée partout où manque le chiffon, devint une source abondante de profits, et les quais d'Oran s'encombrèrent de balles d*alfa qu'on chargeait sur les navires en partance pour l'Angleterre ou l'Espagne*. C'était une industrie vivace, créée en plein cœur de la population arabe ; elle occupait les colons pendant le chômage des travaux des champs et assurait la prospérité des centres voisins des plateaux. Sans la fermeté de Chanzy, elle n'eût été qu'une affaire secondaire et d'Intérêt privé; il en fit une affaire d'intérêt général ; malgré l'opposition d'un grand nombre de conseils électifs, il approuva et soutint le projet d'un chemin de fer d'Arzeu à Saïda ; cette ligne reliait les hauts plateaux au littoral, transportait Taction féconde de la civilisation européenne à quarante lieues des côtes, donnait à la colonisation tout le pays entre Arzeu et Saïda, faisait d'Arzeu un port animé.

^ L'Algérie a expédié en 1877, 68,7B8 tonnes d'alia ; en 1878, 81,199; en 1879, 62,596; en 1880, 80,895.

Vkh&Ékm 307

Une des industries qui furent le plus prospères sous le gouvernement de Chanzy est celle de Textraction des minerais. On sait que l'Algérie n'est, d'un bout à Tautre, qu'un gisement de fer ; à la fin de 1878, on avait reconnu 183 gîtes métallifères ; l'exportation totale des minerais (121,000 tonnes en 1866) atteignit en 18'73 le chiflftre de 420,662 tonnes, et en 1875, de 600,000, « quantité relativement considérable, puisqu'elle représentait le cinquième delà production minière de la France en 1869 ». En 1877, les mines de la seule compagnie de Mokta-el-Haddid, que Chanzy reconnaissait comme l'exploitation la plus importante, donnaient 360,810 tonnes de minerais de fer, qu'un chemin de fer de 32 kilomètres, construit aux frais de la société, amenait directement au quai de Bône, et pour lesquelles l'Etat touchait une redevance proportionnelle de 87,000 francs.

Après les mines de Mokta-el-Haddîd , venaient celles de Beni-Saf , que Chanzy visitait au printemps de 1876, et où la compagnie de la Tafna * faisait construire un port d'embarquement, deux voies ferrées, et un village de 1,000 habitants.

Le mouvement des affaires devenait considérable. Les chiffres sont significatifs, et, selon le

^ Qui fusionna plus tard avec celle de Mokta-el-Haddicl.

340 LB eiNimo* gsanzt

dix ans (par conaéguent, en 1886), le obiffi*e annuel du Gommeroe algérien s'élèverait à un demh mUliard f

L^agriculture ât de grands progrès, et retendue des terres ensemenoées en céréales s'accrut chagvfô année ; elle compreimit en 1874 2,733,000 hectares gui produisaient 16 millions de quintaux, et m 1875, 2,950,000 hectares qui donnaient 19,676,000 quintaux. Les chiffres s'abaissent dans les années suivantes, à cause de la sécheresse, des invasions des sauterelles, des circonstances atmosphériques défavorables ; de 1875 à 1878 la moyenne annuelle du rendement fut de dix à douze milUons de quintaux. Mais Texposition de 1876, organisée à Alger par la Société d'agriculture et vivement patronnée par Chanjsy, offrit une abondance de produits remarquables ; elle constata que les machines et les outils sortis des ateliers algériens valaient les outils et les machines venus des bonnes fabriques de France ; elle conârma la réputation des blés et particulièrement des semoules de la colonie ; elle montra quel développement avaient atteint les exploitations des trois provinces. La commission, instituée pour examiner les plantations, fut frappée de la vie et de l'activité qui remplissaient la Mitidja ; partout des maisons et des fermes présentant raspect du bien-être ; la campagne couverte de plus

ricbes récoltes ; un grand nombre de propriétaires dont le nom indiquait « un double courant favorable à TAIgérie : des personne» étrangères à la colonie, apportant l'argent et le peuplement du dehors, et des Européens, depuis longtemps connus dans le pays et venant fixer définitivement sur Je sol algérien les capitaux, qu'ils y avaient gagnés ^. La prime d'bonneur, offerte par Cban^y, M décernée à M. Gros, propriétaire de l'admirable exploitation de Sainte -Marguerite de BUUen, qui couvre 900 hectares * .

Mais la masse de la population agricole n'avait pas déployé moins de ténacité que les possesseurs des grandes fermes. La superficie totale des propriétés rurales que possédaient les Européens mesurait, en 1875, 877,000, en 1876 984,600, en 1878 1,015,333 hectares ; dans cette dernière année, la population agricole européenne s'élevait à 143,349 âmes* et possédait 489,îî88 têtes de bétail. La transformation du sol opérée par l'agriculture, disait Chanzy , est Tœuvre des colons qui luttent avec persistance contre les difficultés et les mécomptes de l'installation, parce qu'encouragés par les exemples du présent, ils ont foi dans l'avenir. A la demande

* Histoire des progrès de V agriculture en Algérie ^ par M. Mares.

* En 1S75, 118,852 ; la population rurale s'était donc augmentée en trois ans de vingt mille agriculteurs.

312 LE aÉNÉRAL GHANZY

du gouverne ar, un inspecteur général de Pagricul*tore vint étudier l'organisation de renseignement agricole et présenta un travail complet à Tadministration coloniale.

La culture européenne de la vigne « appelée à devenir une des principales richesses de lacolonie » prit une grande extension. Elle embrassait, en 1874* 11,000 ; en 1875, 12,000 ; dans les deux années 1876 et 1877, 17,700 ; en 1878, près de 22,000 hectares, préservés du phylloxéra. La quantité de vins fabriqués en 1878 fut évaluée à 338,220 hectolitres. Une circulaire du 7 juillet 1875 invita les généraux divisionnaires à faire concourir les vins algériens aux approvisionnements de Tarmée. Les vins rouges de table qui furent présentés par leurs propriétaires à l'Exposition agricole d'Alger, en 1876, parurent avoir de telles qualités de corps et de bouquet que l'administration en fit une commande de 1,286 hectolitres. Enfin, sur la demande de Chanzy, le professeur Dejernon parcourut le pays en faisant aux colons des conférences sur la viticulture.

La culture du tabac couvrit plus de 7,000 hectares et produisit près de cinq millions de kilogrammes en feuilles ; un inspecteur général vint étudier les moyens de la développer et rechercher s'il était possible de créer en Algérie une manufacture de l'Etat. Les olives donnèrent en 1877 53 mil-

L*ALaéRIB 313

lions de kilogrammes, c'est-à-dire quinze cents hectolitres d'huile. Le nombre des arbres de toutes essences s'augmenta tous les ans; à eux seuls, disait Chanzy au Sénat (19 mars 1818), les Européens ont planté environ treize millions d'arbres de toute espèce (entre autres deux millions d'eucalyptus).

Le domaine forestier de l'Algérie, supérieur à celui de la France, atteint plus de deux millions d'hectares. Chanzy fit créer de nouveaux emplois de gardes, augmenter le personnel de surveillance et installer un service extraordinaire, chargé de la reconnaissance et de la délimitation des forêts domaniales. 11 proposait à l'administration de la métropole de remettre au service général toutes les forêts reconnues et délimitées entre la mer et le tracé du Grand Central (55,000 hectares). De nombreux incendies détruisaient les forêts, surtout dans la province de Constantine. Mais les mesures prises par Chanzy, la surveillance exercée avec le concours de l'armée, les enquêtes administratives menées avec soin, le zèle déployé par la justice dans la recherche des coupables, les travaux d'une grande commission réunie à Bône, sous la présidence d'un des magistrats les plus compétents de la cour d'Alger, et chargée d'étudier spécialement les causes et les conséquences des sinistres, provinrent le retour de

3t4 LE OBN^KAL CHAKZT

ces éréDements âésastrenx qui frappaient viTemnit Topinion publique de la colonie et de la métropole. Les journaux firent grand bruit et demandèrent la transportation en masse des coupables. Cbanzy ne céda pas à ces impatiences et à ces entraînements. L'enquête approfondie qu'il avait prescrite, constata que rincendie était presque partout allumé par les indigènes, mais que si les uns avaient des intentions criminelles, les autres n'avai^it fait que pratiquer une vieille coutume, et employer le feu pour écarter les fauves, détruire les broussailles et obtenir ati printemps des herbages et de jeunes pousses d'arbres dont leurs troupeaux sont friands. La loi du 17 juillet 1874 précisa et régla la responsabilité collective des tribus en cas d'incendies forestiers ; ce principe de la responsabilité coUective, disait Chanzy, est la véritable force de la loi, et dès 1874 il le fit appliquer à huit tribus ou douars qui payé* rent une somme de 2,000 francs <:< sans préjudice de rinterdiction du parcours, pendant six ans, des massifs incendiés ». En 1877, il infligeait à 27 douars des amendes dont le total s'élevait à 45,616 francs. En 1878, il mettait le séquestre sur les biens meubles et immeubles de plusieurs autres douars, mais il admettait les indigènes à se racheter par une soulte payable en annuités et par la cession d'une partie du territoire qu'il affectait à la colonisation. Ces

châtiments sévères étaient publiés dans les lieux de réunion, marchés et villages, et partout s'affichaient des avis qui rappelaient aux populations leur responsabilité et les pénalités qu'elles encouraient.

Dans la dernière année du gouvernement de Chanzy eut lieu TExposition universelle de Paris, a L'Algérie eut sa digne place dans ce grand concours international, et justice lui fut rendue. » Tous ses produits figurèrent au Trocadero, dans un pavillon de style mauresque flanqué aux quatre angles par des tours percées de fenêtres, décorées d'arcatures et couronnées de merlons dentelés ; l'édifice reproduisait les dispositions architectoniques et Tornementation des belles mosquées de Tlemcen qui datent du xiii® et du xiv« siècle. On put, dit Chanzy, s'assurer par ses propres yeux de l'existence, de la vitalité et de la prospérité de la grande colonie. La section algérienne offrait le tableau complet de toutes les ressources du pays et comme un résumé des progrès successifs qu'avait faits depuis 1830 la France africaine. 2,000 exposants répondirent à l'appel du gouverneur général, l'Algérie obtint 482 récompenses, et un certain nombre d'indigènes intelligents et possédait notre langue, vinrent à TExpositidji et rjippprtèren t à leurs compatriotes la haute idée qùMls avaient conçue de la puissance et de la grandeur de la France.

346 LE QÉNéRAL CHANZT

On sait que l'Algérie est divisée en deux territoires, le territoire civil et le territoire de commandément. Le décret du 11 septembre 1873 autorisait Chanzy à suspendre l'exécution d'un décret antérieur, rendu par le gouvernement de la défense nationale et qui rattachait à Tadministration civile le Tell tout entier. Chanzy n'abusa pas de l'autorisation qu'il avait reçue. Loin de réduire, comme on l'a dit, dans de fortes proportions le territoire civil, il l'augmenta*. L'intérêt môme de Tarmée n'exigeait-il pas des « annexions » de plus en plus étendues? Ne fallait-il pas diminuer le territoire * soumis à l'action du commandement, afin de « rendre à son service ordinaire une partie du personnel militaire employé pour l'administration des tribus » et « de décharger l'armée, dans la limite du possible, d'une tâche qui n'était plus la sienne et qu'elle ne continuait que par nécessité et par de-

' Si, comme Ta dit un Allemand, Bernhard Schwarz (Algérien, p. 130], la puissance française 8*est telletnent fortifiée^ hat sieh ioieder so gehràftigt^ depuis rinsurrection de 1871 qu'on a pu, au printemps de 1879, établir le régime civil, ne doit-on pas ce résultat à l'administration de Chanzy?

L'ALGéRlB 317

voir » ? L'amiral de Gueydon avait porté la superficie du territoire civil à 3,151, 6*73 hectares. Lorsque Chanzy quitta l'Algérie, ce territoire embrassait 4,8*74,490 hectares, et le programme de 1879 comprenait une nouvelle « annexion » de 4*75,156 hectares. On avait atteint le chiffre de 5,349,646 hectares, avec une population de 1,41'7,8'79 habitants, lorsque M. Albert Grévy recueillit la succession de Chanzy. L'augmentation avait donc été de 69 0/0*.

Chanzy n'avait donné cette grande extension à la partie de l'Algérie soumise au régime civil que progressivement et avec une sage lenteur « ; mais peu à peu cette substitution de l'administration civile à l'autorité militaire s'était opérée sur une vaste étendue de terrain, et la population européenne presque toute entière s'était vue soumise au régime du droit commun. En 1875, le territoire civil comptait 4,159,955 hectares et 1,047,092 habitants, c'est-à-dire 176,037 hectares et 20,300 habitants de plus que l'année précédente. En 1876, il s'accroissait encore de 266,286 hectares et de

^ Clahàgeran, V Algérie, p. 389-390. Statistiques de l'Algérie, exposés de Chanzy au Conseil supérieur, etc.

* ■ N'organisons civilement, disait-il, que ce que nous pourrons organiser complètement ; marchons en avant, mais avec la certitude de ne pas reculer et de ne rien compromettre. >

31 s LB aâXliftJLL GBANZY

44,302 habitants, et Ghanzy constatait avec satisfaction que les attentat» commis dans les districts récemment annexés étaient aussi rares que dans les pays enlevés depuis longtemps aa commanâe» ment militaire. Chaque année, le général augmeiH tait donc le territoire civil aux dépens du territcnre soumis au régime d^exception et marchait peu à peu vers le but à atteindre. Chaque année il em* piétait, comme il dit, sur la zone laissée à Tadmi^ nistration militaire et qu'il appelait fort justement la zone de transformation. En 1878, il ne restait dans le territoire de commandem^t qu'un petit nombre d'Européens, près de dix mille ^£aats pei^ dus et gens d'aventure, répartis parmi les divers postes militaires, dans 1*7 communes mixtes et 21 communes indigènes. Le successeur de Ghanzy, M. Albert Grévy, n'eut besoin que de deux années et deifiie pour doubler la superficie du territoire civil. A la fin de 1881, la presque totalité du Tell, c'est-à-dire 11,184,255 hectares, était passée sesus l'autorité civile. Mais Chanzy n'allait pas si vite en besogne : il craignait de ne pouvoir remplacer sérieusement l'autorité militaire et prévoyait toutes les difficultés que devait entraîner cette soudaine transformation * •

^ Il faut ajouter que Chanzy donna (art^té du 10 mars 1S76) â«s étdjoints civils aux généraux commandant les subdivisions, des

l'al^émb 349

Quelques détails feront mieux comprendre cet accroissement régulier du territoire civil de TAlgérie, opéré sous le gouvernement de Giianzy. Il y a dans ce pays des communes de plein exercice, des communes mixtes et des communes indigènes. Ces dernières, constituées par le fractionnement des anciennes communes subdivisionnaires, sont naturellement soumises au régime d'exception. Les communes de plein exercice n'existent qu'en territoire civil ; elles sont administrées par un maire assisté d'un conseil municipal où figurent des étrangers et des indigènes élus par leurs concitoyens ; elles jouissent donc pleinement des institutions et des libertés municipales. Les communes mixtes qui existent dans les deux territoires, sont celles où la population européenne n'est pas encore en nombre suffisant pour être constituée en commune de plein exercice ; elles renferment un o^ tain nombre de douars ou fractions de tribus ; leur étendue est fort considérable ; elles sont confiées» en territoire civil, à un administrateur à la fois maire et officier de police judiciaire *, et en territoire militaire à une commission municipale présî-

adjoints furent cborgés de Tétade des questioM Telativw à T^d* ministration civile : les impôts, les domaines de l'Etat, la colonisation, la constitution de la propriété, etc.

^ Arrêté du 24 déc. 1875.

320 LE GÉNÉRAL GHâMZY

dée par le commandant supérieur. Au 31 décembre 1878, l'Algérie comprenait 174 communes de plein exercice, 59 communes mixtes dont 42 en territoire civil, et 29 communes indigènes.

Le service que rendit Chanzy fut de créer un grand nombre de ces communes mixtes qui « agrègent les intérêts européens et les intérêts indigènes, partout où ils tendent à se développer ». Cette organisation transitoire était un stage utile, un essai qui préparait et initiait la population au régime de la commune de plein exercice et l'acheminait graduellement à la vie municipale véritable et complète. Tous les ans il créait des communes mixtes ou rattachait aux communes mixtes des communes indigènes, des douars-communes, des tribus, etc. a Cette institution des communes mixtes, dit-il luimême, était un progrès incontestable ; on ne pouvait songer à constituer des conseils électifs en présence de la majorité imposante des indigènes; mais on pouvait habituer tous ces éléments divers à Torganisation municipale. Le personnel administratif fut appelé à fournir les maires, on leur choisit

des adjoints dans la population civile ou indigène,

et on plaça à côté d'eux, pour tenir lieu de conseil municipal, une commission composée de notables ^»

L'ALOâRIE 331

Durant les six années du gouvernement de Chanzy la colonisation prit un rapide accroissement. Le peuplement de l'Algérie par des émigrants était le principal but du général, et M. Pomel reconnaît que Chanzy développa le mouvement commencé par M. de Gueydon. « Il a compris que l'intérêt majeur, la question capitale, c'était l'occupation de l'Algérie par des colons, européens tout au moins, sinon français *. »

Chanzy simplifia les formalités imposées aux émigrants par les règlements anciens et leur évita des dépenses et des pertes de temps. Avant lui, il était difficile d'obtenir des renseignements ou des documents sur l'Algérie; les demandes que faisaient les particuliers, restaient ordinairement sans réponse. L'attribution des terres aux émigrants s'exécutait avec une extrême lenteur ; les intéressés ne savaient à qui adresser leurs réclamations. Chanzy fit connaître une année à l'avance le programme des terres qui seraient livrées à la colonisation dans l'exercice suivant, et ce programme

* Discours au Sénat, 19 mars 1878.

3Sâ LB OÉNÉUIX. GHANZY

fut envoyé à toutes les préfectures de France. Il créa à Alger le Bureau central de renseig^iements généraux et de statistique, qui répondit en un bref délai à toutes les demandes ; trois bureaux secondaires de renseignements furent établis en Algérie, à Oran, à Philippeville, à Bône, et trois autres en France, à Paris, au Havre et à Marseille. Durant les six années du gouvernement de Chanzy, près de vingt-cinq mille immigrants, la plupart cultivateurs, vinrent se fixer en Algérie dans les nouveaux villages ^ . Us obtinrent tous le passage gratuit et môme des secours de rpute, grâce auxquels ils purent gagner le port d'embarquement sans toucher à leur petit capital.

Chez nous, disait Chanzy, on quitte difficilement le sol sur lequel on est né, et il faut des circonstances presque toujours regrettables pour qu'on puisse attirer ici des groupes de môme origine. Ces circonstances se présentèrent sous son gouvernement ; ce furent : la cession de TAlsace-Lorraine et le départ d'un grand nombre de ceux que le sort, selon l'expression du général, arrachait si cruellement à la patrie commune et aimée ; la guerre civile et l'aggravation des impôts dans la péninsule

* 3,401 en 1873, 3,670 en 1874, 2,870 en 1875, 3,808 en 1876, 4,696 en 1877.

hispanique ; les ravages du phylloxéra âans les départements du midi.

Il fallait donner des terres aux ootons que ces diverses causes amenaient en Àigéiie. Heureusement l'amiral de Gueydon avait séquestré les biens des indigènes révoltés en 1871. L'insurrection de Mo* khraai nous donnait, selon le mot de Chanzj, 3W mille hectares des meilleures terres du pays. Mais Chanzy n'avait pas « l'idée d'enlever les tribus â leur sol ou de leur retirer les moyens de se relever ou de vivre ». Il fit admettre que les tribas frappées de ce juste châtiment pourraient se racheter du siér questre en abandonnant, soit en terres, soit par des soultes en argent, le cinquième de la valeur de leur propriété immobilière. Il conclut des conventions avec 319 djemâas de tribus ou de douars. Des commissaires chargés de se rendre sur place et d'évaluer les terres et les soultes, choisirent dans les parties mises sous le séquestre remplacement de nouveaux villages et imposèrent aux indigènes le rachat des fractions de territoire qu'on leur laissait pour vivre. La mesure fut critiquée ; mais elle fournit des terres à la colonisation et rapporta près de huit millions de francs au trésor.

Le décret des 16-28 octobre 1871, inspiré par l'amiral de Gueydon, avait réglé le mode de concession des terres. Le titre I portent que le tsonces-

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