‹ Le général Chanzy, 1823-1883Chapitre 14 sur 30 · LB GÉNÉRAL CHANZY · texte numérisé non relu

LB GÉNÉRAL CHANZY

sionnaire n'obtiendrait un titre définitif de propriété qu'après avoir consacré une certaine somme à la culture de son terrain ; mais le nombre de co* Ions qui profitèrent de cette disposition était peu considérable. Le titre II qui s'appliquait au plus grand nombre, fut une importante innovation. On ne deviendrait propriétaire du terrain concédé qu'après neuf années de bail, à raison d'un franc par an, à condition d'être citoyen français et d'avoir résidé. Ce fameux titre II fut modifié par le décret du 15 juillet 1874 rendu sur l'initiative deChanzy. Ce décret réduisait de neuf à cinq années }a durée, vraiment trop longue» de la location et attribuait les terrains non-seulement aux Français d'origine européenne, mais aux indigènes naturalisés et à ceux qui, sans être naturalisés, avaient rendu des services signalés au pays dans les armées de terre et de mer. Les locataires devaient prouver qu'ils avaient les moyens suffisants pour vivre pendant une année ; ils ne pouvaient vendre à des indigènes non naturalisés, pendant une période de cinq années, les terres acquises par leur travail et leur résidence quinquennale. Chanzy maintint énergiquement, durant les premières années qui suivirent le décret, la clause de la résidence. Il rappelle, dans un de ses rapports, qu'il était « assailli » de requêtes; une foule de concessionnau*es deman-

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daient l'agrandissement de leurs lots ; il allait « vérifier sur place » et trouvait que la concession n'était même pas habitée par le solliciteur. L'Etat, disait Chanzy, n'a que des ressources limitées ; il faut donc ne donner la terre qu'à ceux qui veulent l'exploiter sérieusement, et il recommandait aux préfets, aux généraux, de poursuivre sans ménagement l'éviction de quiconque éludait la loi.

Pourtant, en 1871, il soumit à la sanction du gouvernement un projet de loi dans lequel il élargissait les conditions d'admission sur les terres données par l'Etat et introduisait plusieurs améliorations que réclamait l'opinion publique. Ce projet ne fut pas, comme Chanzy l'aurait voulu, sanctionné par une loi ; il fut, le 30 septembre 1818, converti en un décret. 11 dispensa de la résidence sur les lots de ferme le demandeur qui s'obligerait à maintenir au moins un Français adulte par vingt hectares, durant les cinq années qui suivraient la concession, et à dépenser en moyenne 150 ft'ancs par hectare, le tiers de la somme devant être af^ fecté à la construction de bâtiments d'habitation et d'exploitation. Le titre définitif de propriété put être délivré à la fin de la troisième année. L'attributaire put céder sa concession au bout d'un an ; il put consentir immédiatement une hypothèque sur son immeuble. Les indigènes furent admis au bé-

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néâce des coooessioBS» en récompense de services exceptionnels, soit militaires, soit civils, etc.

On a vu plus haut que, sous la dernière année du gouvernement de Chanzy, la propriété rurale européenne comprenait 1,015,333 hectares* Sous la troisième année de son administration, elle n*en comptait que 887,693 et, en 18*70, la colonisation ne s'étendait que sur "740,000 hectares. Ces chiffres prouvent que le nombre des terres distribuées par Chanzy fut considérable et, que, malgré des difficultés, des échecs inévitables, malgré Tétat misérable de certains villages, l'immense contrée, naguère possédée en son entier par la race arabe^ subissait une complète transformation et passait décidément aux mains des Européens, a Demandez, s'écriait Chanzy devant ses collègues du Sénat, à tous ceux qui ont connu TAlgérie il y a vingt ans et qui la parcourent aujourd'hui, ce qu'ils pensent de ce qu'on y a fait. » .

La création ou l'agrandissement de nouveaux centres fut' l'œuvre de prédilection de Chanzy. Il fit bâtir ou agrandir 116 villages. Il eut soin de leur choisir un emplacement favorable, à proximité d'un cours d'eau. « Un centre bien situé, doté de tout ce qui lui est nécessaire, disait-il» est

* Âinû ^e rétabllfisement des chemins de fer.

un résultat sérieux qui entourage la colonisation ; un village qui souffre; végète et se dépeuple, est un insuccès qui la compromet. » Il construisait les villages sur- des routes fréquentées et praticables en toute saison, au .milieu de communications assurées, aussi près que possible de points déjà occupés ; car, disait-il dans un de ses rapports au Conseil supérieur, « Téparpillement est un obstacle ou un danger ; la colonisation éparse ne s'entr'aide pas. Il faut la grouper, éviter l'isolement nuisible à la sécurité, aider aux transactions par des relations faciles, assurer Fadministration par une action plus directe >3. Lui-même parcourut la plupart des points où il créait des villages. Les généraux et les préfets, chargés des deux territoires, reçurent l'ordre de visiter les endroits où devaient s'élever les centres nouveaux. « On ne règle bien les questions, disait Chanzy, que sur les lieux mêmes ; on ne juge des besoins qu'en les constatant directement, et les appréciations les plus sérieuses sont celles qui résultent de ce que l'on voit de ses yeux... Dans un pays où tout est à transformer et à créer, les agents de l'administration doivent tout voir par eux-mêmes. »

Dans le seul département d'Oran, 31 centres étaient créés, l'Habra, Saint-Lucien, Franchetti qui recevait le nom du commandant mort à Cham-

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pigny*, Thiersville, Mercier -Lacombe, etc., et huit autres centres agrandis (Palikao, Inkermann). Sur les conjQns de la Kabylie, entre Aumale et la plaine de Tisser, on créait, agrandissait ou restaurait, entre autres centres de colonisation, Âïn- Bessem, Bordj-Bouïra, Ben Haroun, Palestro, Mener ville (Tancien Col des Beni-Aïcha, ainsi nommé en rhonneur du premier président de la Cour d'appel d'Alger) , l'Aima, etc.

Mais, dans son ardeur à créer de nouveaun:

centres de population, Chanzy n'abandonnait pas les anciens villages à eux-mêmes ; il les améliorait et les complétait pour la plupart; il agrandissait leur territoire en attribuant les deux tiers des lots aux immigrants et l'autre tiers aux Algériens dont la famille s'était accrue ; tout en installant de nouveaux colons, il a donnait des suppléments » aux anciens; parfois aussi, il allouait un crédit aux localités dont la situation était devenue mauvaise.

« Depuis 18'72, écrivait en ISTfS l'impartial docteur Mares*, la création de villages nouveaux dans lesquels une large participation a été sagement réservée aux colons algériens a déversé de

* Voir la lettre de Chanzy à M"« Franchelti, du 3 mars 187t.

* ffUtoire des progrès de VagrieuUure eflSfi^lg^rie, 1878, p. 56.

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ce cdté un grand nombre de jeunes gens trop à rétroît sur les minimes concessions de leurs parents. Presque tous ont réussi sur leur nouvelle propriété et, grâce à leur expérience du pays, ils ont pu indiquer aux immigrants fraîchement débarqués comment il fallait combattre les difficultés que leur présentaient un sol et un climat nouveaux. Cet immense progrès, une des parties les plus intéressantes du développement de l'agriculture en Algérie, indique renrichissement progressif des colons • . »

L'acte législatif, disait Chanzy, qui peut avoir le plus d'influence sur le développement et l'avenir de la colonisation, est la loi du 26 juillet 1873. Cette loi, due à l'initiative du docteur Warnier, posait les règles de la propriété individuelle partout où elle était à l'état collectif, remplaçait tous les titres arabes de propriété privée par des titres

* Le projet, tout récemment exposé par M. Tirman, des 50 millions avancés par la Caisse des dépôts et consignations et destinés à la création de 175 villages nouveaux, n'est-il pas encore — comme Ta reconnu la lUpubli^ue française du 8 Juillet 1883 — un legs de Chanzy?

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