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le polygone ou sur des routes frayées, mais dans les terrains les plus variés, les plus accidentés, dans les bois et les montagnes. Il fallait, écrit-il encore, que rinstruction fût donnée au soldat, à tous les degrés, dans l'unité tactique même (compagnie, escadron, batterie) sous la responsabilité de son chef. Les hommes du contingent devaient y être placés dès leur appel à l'activité ; en deux mois d'exercices bien dirigés, l'homme serait apte à figurer dans le rang, et en quatre mois, son instruction première pouvait être complète. Au bout de ces quatre mois, la compagnie passerait les trois quarts de son temps, en dehors du quartier et même du camp de manœuvres, occupée exclusivement à la pratique des véritables mouvements de la guerre.
Mais Chanzy ne voulait qu'une seule espèce d'infanterie ; il n'admettait pas les bataillons spéciaux ; il ne consentait qu'à l'emploi de tirailleurs dits d'élite^ spécialement instruits, et qui seraient distribués dans chaque bataillon. « Nous admettrions volontiers, disait-il, dans chaque compagnie de 250 hommes un peloton qui serait composé des meilleurs tireurs ; ces soldats de choix resteraient ainsi sous la main des chefs qui les auraient formés, tout en constituant dans la véritable unité tactique une spécialité précieuse et réellement utilisable. »
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Mais il ne croyait pas que dans les « diverses éventualités de la guerre » remploi de plusieurs infanteries offrit une « utilité réelle et pratique^ »^ Quoique général d'infanterie, Chanzy ne fat jamais défavorable aux autres armes. L'infanterie forme l'élément essentiel de la ligne de bataille ; elle est l'arme directrice du combat et, selon le mot de Montecuculli, la base et le soutien des armées. Mais Chanzy savait bien que l'infanterie, si indépen^ dante qu'elle soit, n'a sa force que lorsque les deux autres armes préparent et appuient son action. Il savait que Tartillerie est dans une armée « ce que sont les flancs dans les ouvrages de fortijScation » et il connaissait r« effet calmant » qu'elle produit sur les troupes. Lui-même s'était trop bien servi de sa cavalerie dans la campagne de la Loire pour ne pas comprendre tout le parti qu'un habile général sait en tirer, soit pour achever la défaite de l'ennemi, soit pour aller au loin en reconnaissance et recueillir de promptes et sûres nouvelles de l'adversaire*. Il est permis d'insister sur ce point.
* Tel est aussi Tavis da géDéral Trochu, qui a dit très nettement : On doit réorganiser Pinfanterie en diâtribiTant dans It iDMse entière les éléments de force qui s'y trouvent à présent groupés dans Tisolement, supprimer par conséquent les bataillons 9pécimédf et n'avoilr dkuB clràque bataillon qu'un groupe de libreurs d'élite.
' « La cavalôfie, disait-il à Josàés le 8 iéééîAhfe 1870 {Lffiré, p. 184$, devi^ être placée de façon, à profiter de toutes les occa-
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qui peut sembler secondaire. Avant 1870, il arrivait souvent que nos officiers méprisaient les armes auxquelles ils n^appartenaient pas. Môme pendant la guerre, des généraux, imbus de ce préjugé, se piquaient sottement de ne pas faire soutenir Tinfanterie, d'où ils sortaient, par la cavalerie et Tartillerie, ou réciproquement. Chanzy, issu de l'infanterie, n'eut jamais l'ignorance et le dédain de& deux autres armes; son instruction générale était complète ; parfaitement instruit du détail de l'infanterie, il connaissait le fonctionnement et les combinaisons tactiques de la cavalerie et de Tartillerie. D'ailleurs, sans cette connaissance, il n'est pas de bon général, car toutes les armes se mêlent dans le combat et, en réalité, comme on l'a dit*, il n'y a pas de tactique d'armes, il n'y a que celle du combat.
La cavalerie, disait Marmont, doit avoir les mouvements rapides et impétueux, et parfois môme un
sions pour tomber sur rennemi. C'est aux généraux qui la commandent à apprécier le nioiaent opporhin de donner; ila n« doivent pas hésiter à l'engager à fond ; une action rapide de cette arme, lorsque la ligne ennemie est ébranlée par le feu de Tarlillerie et de rinfanterie, pouvant décider du succès et assttrer dé grands résultais >. Voir la page suivante.
* Le général Le^al, qui dit encore : « Il ne faildrait pliis i^ ginéral d*infanterie, m général de cavalerie, ni général d'artillerie; maie seulement des gén^rav^ sachant employer et combiner les Mois armes, et tocM^ apted<É eôttmiander lés grandes «nités renfér^ numt ce6 trois éléme^t8. •
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aMndon qui semblera de l'imprudence. Chanzy partageait Topinion du duc de Raguse ; il demandait que la cavalerie pût « fournir de longues courses aux allures rapides », qu'elle fût commandée par des généraux qui eussent du coup d'œil,de l'activité « et de l'entrain », enfin, que les cavaliers, montés sur des chevaux « bien choisis, bien dressés et bien nourris », fussent exercés à se servir de leurs armes en toute circonstance. Dans le recrutement de la cavalerie, écrit Chanzy dans son mémoire, on se préoccupe trop de la taille des hommes et de leur conformation ; il faut ne la composer que d'hommes possédant déjà l'habitude et, autant que possible, l'aptitude du cheval. Il y a, dit-il encore, deux cavaleries qu'on est conduit à admettre d'après la taille des chevaux ; la cavalerie légère et la cavalerie lourde ; mais elles doivent avoir toutes deux la même instruction, le même armement et le même emploi.
Il définissait ainsi la tactique de l'artillerie : « Il n'y a à la guerre d'autre manœuvre d'artillerie que celle des pièces et des batteries, le reste est superflu. On n'agit jamais par régiment, et, si les circonstances amènent à réunir un certain nombre de batteries sur un même point par un effort déterminé, elles arrivent forcément de divers côtés et chacune d'elle exécute, toujours pour son propre
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compte, sous rinspiration de son chef, les mouvements les plus simples et les plus usuels. » Il demandait — et ce vœu a été tout récemment exaucé — que la France « imitât une importante réforme indiquée par Texpérience et opérée par l'Allemagne : la séparation de Tartillerie de campagne et de Tartillerie de place. Il y a là, disait Chanzy, deux spécialités distinctes, dont il faut tenir courte, si Ton veut trouver enfin de sérieuses garanties et pour l'action sur le champ de bataille et pour la défense territoriale qui doit être préparée à l'avance. »
Il aurait voulu que les équipages des ponts militaires fissent partie, non pas de l'artillerie, mais du corps qui, durant la guerre, est chargé du service des ponts et chaussées, c'est-à-dire du génie. La solution de cette question, disait-il, est rationnelle ; elle consiste à rattacher les pontonniers au génie. Il ne se dissimulait pas « la résistance que rencontrerait cette solution »; mais il prouvait que l'expérience l'avait partout emporté sur la routine et qu'en Allemagne les pontonniers étaient réunis au génie et répartis en nombre égal dans chaque corps d'armée . Chanzy citait souvent l'exemple de l'Allemagne. Il ne suffit pas, écrit-il, d'être aussi forts que les ennemis ; nous devons leur être supérieurs, les imiter dans ce qu'ils ont de bon, les sur-
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passer dans ce qu*ils ont encore dincomplet et de défectueux*.
Enfin, Chanzy n^approuvait pas Tinstitution des compagnies hors rang ; il la jugeait inutile et nuisible. Ces compagnies, disait-il, ont l'inoonvénient d'immobiliser un nombre d'hommes trop considérable qu'il serait plus utile d'avoir sous les armes; pouf quoi n'adjoindrait-on pas aux compagnies et aux bataillons les ouvriers nécessaires pour réparer l'armement, l'habillement, l'équipement et la chaossure ? Quant aux confections, elles seraient exécutées dans les dépôts centraux par des ouvriers civils.
Il proposait d'abandonner le système des transports à l'entreprise. Ce système, selon lui, n'offrait aucune garantie ; il n'employait que des éléments complètement étrangers à l'armée et sans agrégation ; il créait un refuge à l'espionnage ; il facilitait les dilapidations ; il devenait souvent une cause de terreurs paniques.
Chaque corps d^armée, ajoutait Chanzy, devait constituer une machine complète ; mais il lui manque un rouage essentiel, s'il ne possède pas un
^ Voir la cooclaslon de son Hyre «nr la deaxièm« armée de la Loire : « Il suffit de regarder autour de noue; toutes les puissanoef cliangent et fortifient leur système militaire; TAUemagne elle-même, au lendemain des grands succès que celui dont elle disfioeait Tient de lui assurer, n^bésite pas à y apporter de nouveaux perfection- 'nements. Elle est à TcduTre ; imîtons-U sans pirate de temps. •
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train d*éqaipages qui lui soit attaché spécialement, placé sous les ordres directs de son chef, établi sur les points où sa présence est en tout temps nécessaire, pour assurer les services ordinaires à Fadministration.
Telle est l'activité que Chanzy déployait pour instruire les troupes placées sous son commandement. Telles sont quelques-unes des réformes *■ que lui dictaient sa vive intelligence et sa connaissance pratique du métier. Il ne cessait d'étudier, pendant les loisirs de la paix, les moyens de préparer nos forces militaires et de donner au mécanisme de l'armée le plus de régularité et de perfection; il portait son attention sur les moindres détails du puissant organisme qu'il s'agit de créer aujourd'hui en France : chef vraiment incomparable, qui se donnait tout entier à sa tâche, et ne songeait qu'à l'armée et au pays. En ce temps de compétitions et dlntrigues personnelles, personne n'a mieux rempli que le général Chanzy les devoirs d'un commandant de corps d'armée, ni mieux compris la grandeur de cette fonction.
*■ On veut appliquer aujourdliai quelques-uns des principes posés par Chanzy et dont les véritables hommes de guerre ont reconnu la justesse ; par exemple, la suppression des bataillons spéciaux dans Tinfanterie. La question, si importante, du rattachement des pontonniers au génie est mise à Tétude et sera prochainement résolue.
MORÏ ET FDNERAlllïS DE CHiUZÏ