SON CARACTERE ET SON GÉNIE
patrie qu'à sa fortune, et sa plus grande ambition fut d'être utile à son pays. « Servir la patrie, disait-il, ce doit être notre seul but, notre unique pensée. » Dans les assemblées, il ne se mettait en avant que lorsque l'intérêt de la France était en jeu ; il n'abordait la tribune que s'il était poussé par le devoir impérieux de dire ce qu'il croyait profitable au pays et à l'armée.
Homme de premier rang, car il y avait en lui plusieurs hommes, le soldat, le politique, l'administrateur, et « il a eu le rare mérite de réunir dans sa personne les dons les plus divers et en apparence les moins conciliables * », Chanzy était avant tout soldat.
Le soldat, il est vrai, n'est pas tenu d'avoir les mérites de la plume et de la parole ; aussi, lorsque les circonstances le font écrivain ou orateur, il trouve presque toujours une critique indulgente ou une assemblée qui lui fait aisément un succès. Le général Chanzy jouit de ce privilège. Il n'avait pas reçu ce tempérament oratoire, ce don du bien dire,
^ Lettres du cardinal Layigerie, 10 janvier 1883. <
M8 ut GÉNÉRAL GHAMZY
cette intarissable faconde qu*on reconnaît au gé^ aérai Trochu. Pourtant, il avait la parole claire et aette, pleine d^énergie, de décision, et de cette brièveté à laquelle se reconnaît Thomme de commandement, rhomme qui pense et qui veut. L* Assemblée nationale Técoutait avec intérêt; elle l'applaudit de grand cœur et souvent. Son plus beau discours, celui du 15 juin 1811, qu'il improvisa réellement, est plein d'une éloquence véritable et ardente, d'un sentiment chaud et vibrant. Il se fit le champion des armées de la province, de ces « armées nouvelles qui résistaient de tous les côtés aux Allemands et que la volonté du pays avait fait surgir* ». Il trouva des accents passionnés pour défendre les efforts presque surhumains de la France essayait de venir au secours de Paris. Nul, pas même Gambetta, n'a peut-être mieux exprimé l'amour de la patrie qui transportait les âmes et le désir qu'avaient alors, sans distinction de parti, tous les vrais .Français , de se sacrifier pour la délivrance. Mais le soldat se marque encore et se retrouve dans ce disco%trs, comme dans tous ceux qu'il a pronoBcés.
Au fond, il n'était pas fait pour la politique 4e . fios jours, si terriblement intolérante et qu'il appelle
*■ Chanzt, Xo«r0, p. 283 ; cp. plus ktttt^ ppyl8$^190.
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a une passion qui surexcite* ». Evidemment, la vue de nos dissensions l'attristait. Le spectacle de ces débats trop souvent remplis d'injustices et de brutales Colères affligeait profondément son âiîie droite et loyale. Suffisait-il donc de différer d'avis pour s'injurier, pour se contester réciproquement l'esprit et Thonnêteté, pour se combattre avec acharnement? Il ne comprenait la guerre à outrance que contre l'étranger. Aussi, n'est-il pas étonnant qu'il ait paru quelque peu gauche et inexpérimenté aux vieux routiers de la politique, et qu'il n'ait pas eu à la tribune l'aplomb qu'il avait à la guerre et la cavalière assurance des finassiers du Parlement. Tout ce que la politique a de turbulent et d'orageux, tout ce qu'elle a d'inconstant, de versatile et de contradictoire, tout ce qu'elle renferme de petites vanités et d'étroites rancunes, répugnait à Chanzy. Sans être fourvoyé dans le monde parlermentaire où il a fait meilleure figure que bien d'autres, il ne se sentait pas à sa place au milieu des disputes et des tiraillements des partis. Il eût voulu rester étranger aux intrigues de couloir et, selon son mot, aux « discussions mesquines ». Messieurs, disait-il, une fois, je vous en prie, quand il s'agit de
*• Discours du 3 décembre 1873, au Conseil supérieur de l'Algérie. Qu'on se rappelle les tempêtes qui se déchaînaient à l'Assemblée nationale.
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nos affaires intérieures, ne prononçons pas le mot politique ; remplaçons-le par le mot franchise ; faisons de la franchise, et non de la politique*. Il passait, grave et silencieux, parmi les manœuvres et les ruses des groupes parlementaires. On dit même qu*à TAssemblée nationale et au Sénat, il s'isolait volontairement et se tenait toujours dans son coin ; cet homme-là, disait un de ses collègues, c'est un a parte. Il accepta donc avec empressement les hautes fonctions qui l'appelaient en Algérie et en Russie ; il croyait mieux servir la France hors du parlement que dans le parlement.
Homme d'action, plein de mépris et d'horreur pour tout ce qui ressemble à la déclamation et à la phrase, accoutumé dès sa jeunesse à vivre parmi les aventures et les dangers, passionnément épris de l'existence des camps et de la carrière des armes, appelant en 1871 tous les Français, « non pas à discuter, à écrire ou à consulter, mais à agir* », déclarant au centre gauche que le patrio-
^ Discours du 25 août 1871.
' Ghanzt, Loire^ p. 634 ; discours du 9 mai 1872.