‹ Le général Chanzy, 1823-1883Chapitre 27 sur 30 · SON CARACTÈRE ET SON OÂNIB · texte numérisé non relu

SON CARACTÈRE ET SON OÂNIB

sode môme en un acte saisissant, en un dramatique mouvement. C'est ainsi que le maréchal Ney, lé brave des braves, est représenté sur toutes les estampes et sur la place de l'Esplanade, à Metz, le fusil en main, tel qu'était ce mâle soldat, lorsqu'il pro* tégeait la marche des débris de la grande armée et ralentissait la poursuite des Russes. De môme, on devra toujours se représenter Chanzy, parcourant à cheval, le matin de la bataille du Mans, sur un sol couvert de neige, le front des troupes, les excitant à tenir ferme contre l'ennemi, ordonnant sur tous les points la résistance à outrance, menaçant le lâche et promettant sa récompense au brave. C'est dans cette belle attitude, dans l'attitude du combattant inaccessible au désespoir et résolu à tout pour sauver la patrie, qu'il sera fixé dans la mémoire de la France comme dans l'histoire.

Le nom de Chanzy, désormais empreint au cœur des vrais patriotes, symbolise la défense de la nation « se raidissant, comme disait le général, contre la mauvaise fortune », ainsi que la puissance et l'énergique vitalité de notre pays. Il écrivait à la veuve du commandant Franchetti : « Le souvenir des dévouements héroïques qui se sont produits pendant la dernière guerre doit être religieusement conservé, parce qu'il honore le pays, lui rappelle ce qu'est le véritable patriotisme et lui

^iQ LE GÉNÉRAL CHANZT

donne espoir pour Favenir. » La France se souvien^ dra qu'au milieu des plus effroyables désastres qui raient jamais frappée, Chanzy sut former une armée avec des troupes découragées et dispersées S cornmuniquer à ces débris Ténergie qui l'animait, braver sur les lignes de Jo^nes l'effort de l'adversaire, conduire ensuite une des plus belles retraites que cite l'histoire, sans cesse aux prises avec la meilr leure armée des ennemis, ne se laissant arracher que pièce à pièce le terrain qu'il défendait, se bat^ tant aussi longtemps qu'il le pouvait, à Vendôme, au Mans, à Sillé-le-Guillaume , se mettant toujours hors d'atteinte, quoiqu'il parût, à chacune de ses étapes, arriver à la dernière limite de ses ressources et avoir épuisé toute résistance, amenant finalement ses adversaires à « signer des armistices et des traités, alors qu'ils avaient compté sur de simples redditions à merci * ».

. Evidemment, à première vue, sa renommée n'a pas l'éclat éblouissant qui séduit l'imagination, et sa campagne de la Loire, avec ses combats de chaque jour, parle moins à l'esprit de la masse qu'une grande victoire. Il a été battu ; il a dû reculer de cinquante

. ^ f Toutes neuves, mal équipées, mal armées, dénuées de tout >, dit M. Sarcey dans un bel article du Petit XIX^ siècle^ 17 Janvier.

* Le colonel Lecomte, Nouvelle nvue^ 15 avril 1883.

SON CARACTÈRE ET SON GÉNIB iSi

lieues devant Fennemi. Mais dans les conjonctures aussi affreuses qu'imprévues où se trouvait là France, Chanzy n*avait à sa disposition que des moyens fatalement inférieurs à ceux de l'adversaire. Il ne pouvait entreprendre cette action offensive si propre au tempérament français et qui seule termine les campagnes et donne le succès définitif. Il était condamné à la défensive qui convient peu à nos soldats et qui, chez toutes les armées du monde, diminue inévitablement l'initiative et le courage. Quand on n'a fait que se défendre, écrit Napoléon — et Chanzy pouvait-il autre chose ? — on a couru des chances, sans rien obtenir. Mais, disons-le bien haut, la résistance demande autant de talent que l'attaque, et, selon le mot de Bugeaud, c'est dans les retraites que l'on connaît le véritable homme de guerre * . La campagne de 1814 n'estelle pas aussi belle que celle de 1806 ? La victoire ne prouve pas toujours le génie militaire. Un général n'est grand que dans les épreuves difficiles, lorsqu'il porte allègrement, comme faisait Chanzy, le poids de la responsabilité la plus lourde, lorsqu'il emploie toute son expérience, tout son savoir,

* Toute retraite, dit le général allemand Paris, ne peut être couronnée de succès, en présence d'un ennemi entreprenant et actif, que si elle est dirigée par un chef réunissant décision et prévo3'ance, audace et sang-froid.

4S2 hE OSNÉRAL GHÀMZT.

toutes ses aptitudes naturelles à maintenir son armée et k éviter un désastre*. Plus d*un général est hors de pair et compte dans Thistoire, non point parce qu*il a vaincu, mais parce que dans la défaite et au milieu des circonstances les plus critiques, il a montré le caractère et le génie sans lesquels il n'est pas de grand capitaine. D*ailleurs, il y a autre chose dans le monde que la force matérielle, il y a ràmour de la liberté et de la patrie *. La grandeur de la lutte soutenue par Chanzy est encore rehaussée par la grandeur du but. Vauvenargues, ce soldat devenu moraliste, a dit qu'un héros attache la gloire, non pas à porter la famine et la misère chez l'étranger, mais à les souffrir pour l'Etat. Chanzy luttait contre l'ennemi national ; il défendait la France surprise et accablée, et sur ces champs de bataille de la Loire où il menait des troupes neuves et inexercées, les seules qui restaient au pays, il s'agissait, non plus d'une guerre dynastique, non plus d'une invasion en territoire étranger, mais de toutes les nobles et saintes choses que représente le nom de patrie, mais de l'indépendance du sol, mais du salut et de l'honneur de la nation. Aussi la résistance de Chanzy et de ses

* Chanzy, Loire j p. 367.

• Franklin.

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