‹ Le général Chanzy, 1823-1883Chapitre 4 sur 30 · VENDOME · texte numérisé non relu

VENDOME

La vallée du Loir où Chanzy venait de se porter avec autant de promptitude que d*l^abileté est étroite, bordée de mamelons et trè^ j>rppre à la défense. Il valait donc mieux résister^ le long du Loir que de continuer la retraite et d'attirer aussitôt Tennemi sur le Mans. « Rien ne m'oblige, écri- » vait Chanzy, à hâter mon mouviiment sur la » Sarthe, je reste ici. » De Vendôme, il menaçait le flanc de ses adversaires s*ils descendaient d'Orléans sur Tours, et pouvait gagner Ghâteaudun et Chartres, s'il fallait tenter une nouvelle pointe sur Paris. Vendôme avait, au reste, une grande impor* tance stratégique ; cette ville est le nœud de plusieurs routes ; le chemin de fer la relie à Tours, et par Châteaudun et Dourdan à Paris. Mais, pour protéger Vendôme contre un ennemi venu de Blois, il faut porter la défense assez loin sur les hauteurs

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qui dominent la ville, garder par conséquent un vaste périmètre avec des forces considérables, et, si la retraite devient nécessaire, s'engager, non sans de graves dangers, sur les rampes qui mènent à Vendôme, par les ponts jetés sur les deux bras du Loir, dans des rues étroites et tortueuses.

Cependant, ces marches et ces combats incessants avaient épuisé les troupes. Il était temps de leur donner le repos dont elles avaient grand besoin, les vêtements chauds qui leur manquaient au fort de l'hiver, toutes ces ressources matérielles qui leur avaient fait défaut jusque-là; il fallait surtout les reformer et les mettre en ordre. Que de soldats sortaient des rangs ou, après un engagement, ne ralliaient plus leur corps et couraient le pays, exploitant la pitié des habitants par le récit de leurs souffrances ou demandant la charité d'un ton presque menaçant ! Que de traînards exténués, et désespérant de retrouver un reste de vigueur, s'arrêtaient dans les fermes ou s'attardaient sur les routes, et se laissaient capturer par des partis de uhlans, sans faire la moindre résistance ! Que de fuyards pendant les combats I Chanzy, comme avant lui d'Aurelle, usa d'une implacable sévérité contre les déserteurs de la lutte nationale. Il fit de nombreux exemples. Il traduisit devant des cours martiales quiconque se rendait coupable d'absence

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iil^ale.oude refus d'obéissance. Des cavjJîeis, des gendanœs arrêtèrent les fugitilis derrière les lignes et les ajnenèrent au grand prévât. ILJfaut, disait Chanzy, rétablir dans Tariaée la 4i8cipliA6 et faire cessera tout prix ces désordres jque, rien ne justifie et qfxi sont la seule cause de nos insuccès *.

Mais la panique s'étendait jusqu'à .Tours, «Ue envahissait le $iège- même du gouyeraemeat.

Chanzy s'élevait sans. ménagement dans uneidé^ pêcbe à Oambetta contre cette « panique des plus intempestives et des plus regrettables ». Pourquoi Tadministration du cbemln de fer évaciiaiielle si vite son matériel ? pourquoi les emj^loyôs du télégraphe avaient-ils abandonné si promptement leur poste * ?

Les enmemis n'avaient pas tardé à se raq[>procb«r. Ils s'acharnent à nous, dii^it Chamçy, parce jqu'iis comprennent «que noussanusees pour eux robsta^eie et la résistance. Le .graad-duc de Mecklenbouisg

* Chanzy, Xoirej p. 169, 172, 182, 188, 122.

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laissait trois brigades bavaroises à Orléans; mais il s'était renforxîé de la V® division de cavalerie et de 4,000 hommes de la landwehr de la garde détachés de l'armée de Paris, et il. marchait par le nord de la forêt de Marchenoir sur Morée et Fréte val. Le prince Frédéric-Charles cessait de poursuivre Bourbaki et ne lui opposant qu'un rideau de cavalerie, s'avançait directement sur Vendôme avec les IIP, IX® et X* corps qui formaient la deuxième armée allemande. Ghanzy se voyait plus que jamais menacé, attaqué sur son front et ses deux ailes, de Vendôme à Chartres, par les forces du grand- duc de Mecklenboarg et du prince Charles.

Il combattit néanmoins ; il essaya la résistance sur cette ligne qu'il venait de gagner à peine, après une marche fatigante et par les chemins les plus rudes ; il rejeta dans la lutte son armée si profondément ébranlée et qui n'avait pas encore trouvé le temps de se refaire. Il assura sa retraite sur le Mans et fit évacuer soit sur cette ville, soit sur la Loire les blessés et les malades. Le 21® corps de Jaurès, qui formait la gauche de l'armée, s'établit à Fréteval ; les plus solides bataillons du 16* et du n* corps occupèrent, au centre, en avant de Vendôme, les hauteurs de Bel-£ssort et 4e SaintenÂjme ; à droitç, ce qui restait des divisions

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Barry et Maurandy, revenues de Blois, gardait la route de Tours à Vendôme et défendait Saint- Amand et Montoire.

Les positions de Vendôme furent défendues pendant deux jours, le 14 et le 15 décembre, dans une suite d^engagements sérieux. Le 14 décembre, après un premier combat à Morée, les troupes du grand-duc de Mecklenbourg s'emparèrent de Fréteval et s'y maintinrent malgré les courageux efforts de nos marins. Mais, écrivait le général Tresckow, rinfanterîe n'en peut plus, et je me demande si elle sera demain en état de combattre.

Le 15, au matin, Chanzy adressait un ordre du jour à son armée : « Pour nos nouveaux efforts, il » faut l'ordre, l'obéissance, la discipline : mon » devoir est de l'exiger de tous ; je n'y faillirai pas. » La France compte sur votre patriotisme; et moi, » qui ai l'insigne honneur de vous commander, je » compte sur votre courage, votre dévouement et » votre persistance. » L'armée se battit jusqu'à la nuit ; elle empêcha l'ennemi de traverser le Loir en détruisant le pont de Fréteval, et refoula les colonnes de Frédéric-Charles qui tentaient de les déloger du plateau de Sainte-Anne et de la rejeter sur Vendôme. Malheureusement les bataillons postés sur les hauteurs de Bel-Essort ne purent les défendre contre une vigoureuse attaque du IIP corps

prussien ; ils se replièrent sur la rive droite du Loir en brûlant derrière eux le pont de Meslay. Mais Bel-Essort était la position la plus importante du nouveau champ de bataille où Chanzy voulait arrêter l'adversaire. De Bel-Essort, l'ennemi dominait Vendôme, envoyait ses projectiles sur la rive droite de la rivière et rendait inutile le feu des batteries françaises.

Pour la troisième fois, il fallait battre en retraite, il fallait s'échapper, ou, pour mieux dire, s'évader. Il était impossible de demander aux troupes de nouveaux efforts ; elles avaient beaucoup fait, mais aussi beaucoup souffert; la résistance qu'elles opposaient aux masses allemandes avait été poussée à ses dernières limites. Les privations et les fatigues, la rigueur extraordinaire du froid, les neiges, la boue des chemins et du bivouac, non moins que cette lutte sans trêve ni répit, tout usait à la longue l'armée de la Loire. Chanzy reconnut qu'elle n'avait pas « la solidité nécessaire pour combattre encore dans de bonnes conditions ». Ses chefs de corps, même les plus tenaces et les plus intrépides, Jauréguiberry, Jaurès, lui confirmaient la démoralisation de leurs soldats. Il résolut de repasser le Loir et de se diriger sur le Mans.

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Ce nouveau mouvement rétrograde fut encore une de ces belles et savantes retraites, où le général reste maître de ses troupes et qui ne ressemUent pas à une fuite. Ce que Chanzy redoutait surtout et ce qu'il voulait éviter à tout prix, c'était une retraite pressée, exécutée à la hâte, où tout se mêle et se confond, où les soldats éperdus n'écoutent plus leurs chefs, en un mot la débandade avec tout ce qu'elle a de désastreux et d'irréparable.

Aussi, puisqu'il était réduit à cette extrémité, ne voulait-il se replier que de jour, et non la nuit où l'obscurité favorise le désordre et les paniques. Il avait soin de ne laisser « percer aux yeux des soldats aucune idée de retraite » ; 11 ne leur parlait que de « considérations stratégiques » ; il ne cessait de leur montrer l'importance des positions qu'ils occupaient. Il faisait appel à leur énergie ; il les exhortait à tenir ferme, à « sauver la France »,.à a venger le pays envahi par des hordes de dévastateurs ». Puis, il donnait l'ordre de reculer, mais avec lenteur, en lignes solides et serrées, et comme il disait, dans une formation qui permet toujours de combattre. « Toute marche de nuit ou forcée.

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écrivait-il à Gambetta, serait le signal de la débandade. Mieux vaut caocLbattre et nous ferons de notre mieux », et dans ses instructions aux chefs de corps il disait que « la défense consiste surtout dans un bon emploi de Tinfenterie -se retirant lentement, couverte par des . tirailleurs et protégée par quelques batteries d'artillerie bien disposées sur des positions reconnues à ravance * ».

Le 16 décembre, dès Taube^ commençait la retraite sur le Mans. Un brouillard intense masquait à l'ennemi tes mouvements de Tarmée française. Tous les coTçs passèrent successivement le Loir, et le génie ât sauter les ponts, tandis qu'un train considérable, cbai^ de munitions et d'approvisionifeements, traîné par deux locomotives, quittait à tottte vapeur la gare de Veadôme et disparaissait au loin dans la direction de Tours.

Mais, quelques heures après, les Allemands, voyant la place vide, entraient dans Vendôme, réparaient un des ponts et envoyaieilt aussitôt des éclaireurs sur les pas de Chanzy. La retraite des Français ne s^opérait que difâcilement, par deux routes où les chefs de corps avaient laissé s'accumuler les convois et les bagages, et par des chemins . étroits, fangeux, défoncés, où s*embourbait

^ GHA«flr7,.Z0fr0,^p.:199, 189, W, m,, m.

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Tartillerie. Les uhlans s'emparèrent de quelques voitures et de plusieurs canons. Il n*est pas admissible, s'écria Chanzy, indigné, que nos cavaliers soient moins audacieux que ces uhlans et ne puissent faire le même service qu'eux !

Le Perche que l'armée traversait dans sa retraite est coupé par de nombreux accidents de terrain. Partout des haies, des talus qui rendaient la marche difficile. On ne pouvait prendre à travers champs ; il fallait suivre les routes tracées, et, les mouvements se faisant avec trop de lenteur, la confusion se mettait dans les rangs. Malgré les efforts de Chanzy, malgré ses proclamations et ses ordres rigoureux, malgré la surveillance active des gendarmes, un grand nombre de soldats de ligne et de mobiles se jetaient dans les sentiers et « tous les petits chemins qui sillonnent le pays ». Beaucoup de jeunes gens, à bout de forces, les souliers déchirés, les pieds endoloris par la neige, retrouvaient un peu d'énergie pour doubler l'étape et arriver au Mans. Le Mans, c'était le salut, c'était la fin de leurs épreuves ou du moins un relâche dans leur misérable existence. Au Mans, ils trouveraient un peu de repos et cesseraient d'entendre le canon qui tonnait constamment depuis le 28 novembre. On voyait les soldats d'une compagnie de marche, chargés d'escorter un convoi, mettre leurs armes

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dans les fourgons. Des officiers se prétendaient malades et se faisaient traîner en voiture, loin de leurs hommes, sans autorisation de leur chef. Des régiments, des corps entiers abandonnaient la direction qu'avait indiquée le commandement supérieur, et marchaient tout droit sur le Mans, sans se soucier du gros de l'armée. Bientôt le Mans fut encombré d'une foule de soldats de toutes armes, tendant la main pour obtenir un morceau de pain et offrant, disait amèrement Chanzy, le spectacle le plus honteux pour une armée ^

Dans ces moments désespérés, il y eut de grands actes de dévouement qui consolaient Chanzy et nous consolent aussi de pareilles scènes de découragement et de lâche épouvante. Au milieu de cette détresse et de ce commencement de déroute, le sentiment de l'honneur vivait encore chez beaucoup de Français et semblait même briller d'une flamme plus ardente. « De tristes exemples, écrit le général, ont été trop fréquemment donnés dans cette partie de la retraite ; mais les gens de cœur, et c'était le plus grand nombre, cachaient ces défaillances à l'ennemi par l'ordre dans lequel ils marchaient et leur vigueur à le repousser. » Les combats de Droué et d'Epuisay montrèrent qu'il y avait encore dans

' Chanzy, ZotVe, p. 206, 221.

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Tarmée de lA Loire des hommes d'une tfempe éii<^gique, des Français 'que le courage n*abandonnait pas dans cette terrible épreuve, une élite qui se groupait autour du drapeau. La division du 21* corps que commandait le général Gougeard était, après ime marche forcée, arrivée att village de Droué, sur la route de La Ferté-Bernard, à sept heures du matin. Elle fut soudainement attaquée parles Allemands, et quelques bataillons de mobiles prirent la fuite. Mais Gougeard, un des chefs qui déployèrent dans cette campagne le plus dé résolution et de constance, ramena ses soldats. Il disposa rapidement les tirailleurs derrière les haies et à toutes les issues, se mit à la tète de quelques com^ pagnies, chassa les Allemands des maisons et des fermes qu'ils occupaient, les rejeta en • dehors du village et « les poursuivit en leur faisant beaucoup de mal par l'emploi habile de quelques pièces et de deux mitrailleuses*. » Les Allemands, ajoute Chanzy, avaient subi des pertes sérieuses ; parnri les cadavres, abandonnés sur le terrain de la lutte, étaient ceux de deux officiers supérieurs, et 21 prisonniers restaient entre nos mains. Le môme jour (17 décembre) Tarrière-garde du 17* corps était atta-

* On se battit, dit Gougeard, dans les rues, dans les granges, dans les maisons, et, dans ce combat corps à corps, nos soldats avaient retrouvé toute leur énergie, toute leur supériorité.

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qaée sur là route de Vendôme à Saint-Calais, à la hauteur d'Epuisay ; mais le lieutenant- colonel Koch, avec un bataillon du 51* de marche et deux pièces d*artillerie qu'il menait avec lui, soutenait vaillamment le choc, et l'ennemi, voyant les Français partout sur leurs gardes, abandonnait, dit Chanzy, le mouvement tournant qu'il voulait essayer sur notre droite. Le jour précédent, sous les ordres du capitaine Joly , 40 sapeurs, dont la plupart ne comptaient pas trois mois de service, luttaient, pour dégager une batterie, dans un chemin étroit et boueux, contre 200 Allemands, leur tuaient ou blessaient cinquante des leurs et leur faisaient quinze prisonniers. Chanzy avait le droit de dire qu'il faisait son mouvement de retraite lentement et « de façon à disputer pied à pied les positions». Parfois, de petits groupes de cavaliers, guidés par les gens du pays et commandés par des officiers vigoureux qui se chargeaient de l'opération à leurs risques et périls, attaquaient les convois et l'artillerie des Allemands. Malgré tout, l'armée française, en se retirant, faisait encore des prisonniers et détachait de hardies reconnaissances qui tentaient quelques coups de main et rapportaient des renseignements sur les positions et les forces de l'adversaire *.

*- Chanzy,' Zotre, p. 212, 207, 222.

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Les Allemands ne suivaient d'ailleurs Tarmée de Chanzy qu'avec mollesse et indécision; bientôt môme ils renoncèrent à la harceler et lâchèrent prise. Eux aussi se ressentaient des intempéries ; ils étaient brisés de fatigue par cette lutte persistante, peu soucieux de s'engager précipitamment dans ces fondrières et ces mauvais chemins aussi difficiles pour eux que pour les Français, et où leur organisation, si solide qu'elle fût, courait risque de se désordonner et de se dissoudre. Ils aimèrent mieux s'arrêter, interrompre leurs opérations pour les reprendre dans quelques jours avec plus de vigueur, préparer à loisir une action prochaine et décisive. Ils se retirèrent sur leurs centres de ravitaillement, le grand-duc de Mecklenbourg sur Chartres, Frédéric-Charles sur Orléans. Le grand-duc occupa fortement tout le pays de Tours à Chartres, dispersa les compagnies franches et détruisit les chemins de fer. Frédéric-Charles se tint à portée de Paris, de Rouen et de Bourges ; il pouvait soit envoyer des renforts à l'armée qui bloquait Paris ou à celle de Manteuffel qui bataillait en Normandie, soit marcher contre les troupes que Bourbaki reformait sur la rive gauche de la Loire. Les mouvements de Bourbaki ne laissaient pas de l'inquiéter. La première armée de la Loire venait enfin de porter son quartier-général à Beaugy,

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entre Bourges et Nevers (19 décembre). Ses avantgardes prenaient le contact avec l'ennemi et quatre bataillons chassaient de Gien le détachement bavarois. Le prince craignit un instant pour Orléans où était resté le 1«' corps de von der Tann. Mais Bourbaki arrêtait presque aussitôt le mouvement qu'il projetait de faire sur Montargis pour entreprendre la malheureuse expédition de l'Est.

La retraite de Chanzy sur Vendôme et le Mans, dit un de nos historiens militaires, est un des plus ^^ *

beaux exemples de retraites dites parallèles parce qu'elles se font parallèlement au front d'opérations. Au début de la campagne une retraite semblable, opérée par l'armée du Rhin, parallèlement à la ligne des Vosges, eût arrêté longtemps la marche des Allemands sur Paris. Elle eut pour résultat d'empêcher l'ennemi de s'étendre au sud de la Loire et d'occuper Bourges*. Les troupes de Chanzy

* BoNNBT, Guerre franco- allemande, II, p. 247. • Chanzy, dit VVnim (8 janvier 1883), avait su trouver le mode de formation

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étaient, il est vrai, diminuées et dëcdctmeëès. Les toutes qu'elles avaient .prises se «(mmvteift dos cadavres de soldats morts de btosrares iHi de ffiitîgae. Les uhlans y ramassaient mie fDuie de traînards chez qui l'amour de la Vie remportai sur le patriotisme et Thonneur. Mais Chanrp^ pouttlit aire avec orgueil que l'ennemi, «contenu partout et ^devenu de moins en moins entreprenant, n'avaîtipH, lui aussi, résister à la fatigue. Les gens du: pays rapportaient que chez les Allemands, aussi bien que chez les Français, les forces du soldat étaient abattues. Un officier d'ordonnance du générai, égaré au milieu du brouillard près des ravins d'Azay, avait vu les convois allemands dans le plus grand désordre et les troupes quMes escortaient dans un complet désarroi. Les enifettifo mfones obt avoué leur lassitude et tout le mal que leur avait fait cette lutte violente, meurtrièfre,aeharnée,'yïae Chanzy prolongeait avec une implacable téwacfté.

qui oonvleat à de jeunes troupes plus courageuses que manœuyrières. Elles étaient toujours en ordre de combat, se portant direotemeut d^utie position à l'aulve, sans avoir de rnowernents à faire, chaque bataillon pour ainsi dire ayaot d'avance sa place marquée; par là était évité le désordre; par là aussi, 'p?fee&ts(Qt toujours son front de bataille 4 rennemi, il le contraignit à cornbattre sans lui permettre ces mouvements enveloppants qui nxnis avaient été si funestes. > Les journaux allemands appelaient, dit-on, la tactique de Chanzj une tactique infernale, kOUische Tahtik.

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ce: Iol guerre changeait d-aspect, dit le capitame Yonder Otoïtz ; de toirte. ferme, âe toat buisson partaient des coups de fea qui obligeaient nos patrouilles de cavaliers à de continuelles poursuites sans flu'on découvrît rien... Notre armée était ftrrcée de doubler, de tripler ses avant-postes et d'occuper beaucoup splus de terrain qize ne le permettaient ses effectifs. Les combats devenaient moins énergiques, ils étaient menés avec moins de vivacité, et, ce qui est caractéristique» la fusillade à grande distance et la canonnade avaient grandi en importance . . . Des corps d'armée, des bataillons il ne restait plus que le titre, non la force et la valeur. Les meilleurs éléments avaient disparu, enlevés par les balles-^t les fatigues. Sur les chemins, où devaient passer les batteries, on était obligé d'étendre une couche de branchages, si l'on ne voulait voir la roue des canons s'enfoncer jusqu'au moyeu... Dans l'armée du grand-duc, il y avait des compagnies dans lesquelles quarante hommes et plus n'avaient pas de chaussures. Enfin on n'avait pu compléter les munitions ; il y en avait bien encore pour quelques combats, mais pas assez pour entreprendre une série d'opérations. » Le môme officier ajoute qu'il fallait user avec économie et ménagement des troupes allemandes qui avaient passé par des épreuves presque intolé-

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rables, que les cadres étaient confondus d'une façon extraordinaire, et qu*il se. formait des idées militaires toutes nouvelles * !

* Chanzt, Zêire, p. 222 ; Von der Goltz, Sins Skiue ûus dem Loirefeldntge^ traduit et cité par Lb Fadrb, HUtairê de U guêrf franco- allemande, II, p. 227, et Qambetta und tein$ Ârmeen, p. 122 « . . . haashftiterisch mit déa Kr&ften der deatschen Armée, die fast Unertrftgliches durcbgemacht • ; Cf : Stat-major ëllêmand, IV, p. 65«, 660.

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