A L'ASSEMBLÉE NATIONALE ET AU SÉNAT
raZY A L'ASSEOLÏE KATIONAIE IT M SÎMT
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Après aroir défendu le pays à la guerire, Chan^y allait prendre part à «es âflfialres et à ses délibérations pendant la paix ; le soldat se produisit sans trop de désavantage sous un aspect nouveau, celui de l'homme politique.
Aux élections générales du« février 1871, il ob- 'tenait à Paris, sans être élu, 60;*W0 suflftrages. Mais les Ardennes 4e nommaient leur représentant, le deuxième -sur -six, par*44,285 voix*. Le choix des électeurs de son pajrs natal avait été « tout spontané». Le général en «héfde l'année de la Loire 'délivrait des perarissions ' à *'des olBciers de 'tout grade qui couraient dans leur département briguer
*■ M. Toupet des Vignes venait en tête de la liste.
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les suffrages de leurs compatriotes ^ Mais il restait à son poste et ne pensait nullement à la dëputation ; il n'avait d*autre souci que de donner à son armée assez d^énergie et de vitalité pour reprendre la campagne.
On a donc pu dire qu'il entra dans la vie politique à son insu et qu'il apprit son élection avant même de savoir qu'il était candidat. L'Ardenne, comme l'a remarqué un de ses collègues à l'Assemblée nationale *, l'Ardenne où le choc de Tennemi s*était fait si rudement sentir, où l'invasion étrangère avait apporté tant de souffrances et de malheurs, choisit pour la représenter au Parlement celui des généraux qui avait le mieux mérité de la patrie. Mézières bombardé et portant sur presque toutes ses maisons la trace des obus allemands, Sedan, ce dernier champ de bataille de l'armée impériale, Bazeilles, qui n'était plus qu'un monceau de ruines, Rouvroy et Voncq livrés aux flammes, toutes ces villes et ces villages encore sous la pression de l'ennemi élurent pour député le plus énergique de nos soldats et le partisan le plus résolu de la guerre à outrance.
On a vu l'attitude de Chanzy à Bordeaux, et
* Chanzy, ZotVe, p. 619.
M. Philippoteauz , discours prononcé aux funérailles de Chanzy.
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les efforts qu'il fit dans les comités pour obtenir la prolongation de la résistance. C'est à Versailles qu'il aborda la tribune.
Les préliminaires de paix acceptés à Bordeaux avaient été convertis en un traité définitif sur lequel l'Assemblée dut se prononcer le 19 mai 18*71. Thiers accueillait un échange proposé par l'Allemagne : une portion de territoire autour de Belfort contre une rectification de frontière sur les limites occidentales des cantons de Gattenom et de Thionville. Mais l'Assemblée devait résoudre la question qui se posait ainsi : « Fallait-il reporter la frontière française jusqu'à la ligne des Vosges, vers le ballon d'Alsace et, garder sur ce point avec 6,000 hectares, 27,000 Français de plus, ou céder sur les confins du Luxembourg un territoire de huit à dix kilomètres renfermant 10,000 hectares et 7,000 Français? » Chanzy s'opposait à cet article du traité. Il ne pensait pas qu'il fallût acheter l'extension du rayon militaire de Belfort par l'abandon d'une nouvelle parcelle, si petite qu'elle fût, de notre frontière du Nord-Est. Il montrait que le territoire demandé par l'Allemagne était riche en gîtes de minerais de fer et que sur la possession de ces gîtes reposait l'avenir de l'industrie métallurgique de Longwy ; que le territoire d'Aumetz, en particulier, contenait des gisements de minerais
U6 AB aill]£K4L ^Ga4VZT
d'alluvioD, dits 46 fer. foule, indifpeamibleflkyw^tes mduatiies £^nx>]uûères4u Nord et4es ÀrdeMAS.Il trouvait que cette bande de terrain avait une ¥fttear '.autremaut stratégique que la zooe de JBelfort. « La çesatoadece territoii^ rapprochait les ÂMemandsde Loiigwy,<leur domiait les boia et les plateaux et inmplétait presque. }a ceinture qu'ils voulaient étaUîr eutrenous etce.pajrsde LuMmboui^-dcmtle ccNir bat conu&e celui dela^Fraaceet quieat poareu^.ini de leurs tegireta le^ pluavifs, .une^e leiirsoonvoitiafs les^ plus dissimulées. » lie géu^al .CfaaxetDn^Q jqigait <à ChaDzy.poiir,deiuander Je maintien des pveœi^ms conditions du tmité. (Mais Tbiers représenta * que la place, de B^lfortavait besoin d'^niayon étendu qui fit d'elle un inunenuBe canp retranché. Bnor^t et Cbabaud'i'liatour se ralUèeent au prvâ^^ dn goavememenit, et^ie rapporteur lut-une teMre du celonelSenfertjquiiiéclarait.que ladéf^M^ de la>lbr- Jerasse ne pouvait 4tre assurée quespar. la possession des cantons de Belfort, de SeUe, 4e Giroma- .gny et de la route de ReBiir.eBiont ipar le balton d'Alsace.rXie traité^fut ratifié.
Q^elquesJ!pttrS;plus tard (U juin}, «auprès ^qtt6 4e , général .Trocbu-^Yalt rendu < oompte ^e vses AGles peildsnt le .^Kea4e Baris, Cbanzy^éf^udaitTigoHreus^nent^àJa trilwne rbonaeur des armées 4ei)a jraTÂnCfe. JX e;|p>sait^<^.des^faits^tid«s^99i^qil(tiQ^
^^ue le gouYeraeur de Paris n'avait pu exposer ^ jparca <iu'il avait complètidQaent igx^vé pendapit, le ai#ge âe xi^çtte ville ce gui ,$e. passait daus les 4éfar- .temexits ». Chau^y mQjdvait qu'il fallait, dans un ^cère.exainen des actes du gouvernem^t de la défense nationale, ne pas séparer Paris de la province ; il dénonçait les fautes commises : le ministre de la guerre devait-il être à Paris ? La délégation de la province n'avait-elle pas « péché par la direction générale des opérations * ? »
'Prudent ide ia compùssion d^^nqoète chargée d'examiner la proposition Bamberger relative à la publdo^tion.,des travaux du conseil d'enquête sur •les capitulations, Chanzy intervint, au nom de Ypopinion et du sentiniaent publies, dans une circonstance, assez mémx^rable. Le. ministre de la guerre, général de Cissey, venait de déposer un projet de loi sur la formation^ du conseil de guerre qui devait juger le. maréchal. Ba^aine.. Mais l'exposé des motifs ne «leationnait que la lettre écrite par l'ancien commandaat de l'armée du Rhin au président de la République pour demander des juges. La décision du. «o&seil d'enquête et le blÂme -sévère qu'elle ^primait .contre Bazaine étaient passés sous si<l«ice, et le maréchal semblait n'être traduit devant
nmi ij.isw III '
898 LB qAnéral ghanzt
un conseil de guerre que sur sa demande. Chanzy pria r Assemblée de renvoyer le projet de loi à la commission des capitulations. Nous avons, disait-il, éprouvé à la lecture des considérants de ce projet une émotion que la Chambre aura sans doute partagée *. (Séance du 8 mai ISTO.)
Chanzy prit une part importante aux débats sur
' Chanzy et Bazaine : quel rapprochement ! Uun a fait tout ce qull a pu : il a lutté autant que le permettent les forces humaines ; il n*a jamais perdu un instant ni une occasion ; il u*a pas cessé de porter à l'ennemi les coups les plus rudes ; il a cru jusqu'au bout qu*il arriverait, à force d'énergie et de constance, à vaincre Tadversaire et il n'a pas eu une seule pensée qui ne fût tournée vers le salut de la France. L'autre, quoi qu'il dise dans son récent ouvrage, n'a pas fait tout ce qu'il aurait pu faire ; il a perdu comme a plaisir les plus belles occasions ; il a littlssé s'épuiser et se fondre dans l'inaction une armée qui s'était vaillamment battue et qui voulait se battre encore ; il n'a rien su prévoir ; il a oublié la France pour ne penser qu'à la dynastie, comme si l'on pouvait jamais hésiter entre le pays et un parti ; il a fait de la politique devant et avec Fennemi ; il n'a pas trahi, au sens propre du mot, mais il a sacrifié sa patrie à des calculs personnels. Au reste, Chanzy était un véritable homme de guerre, Bazaine ne fut qu'un général médiocre. Citer ces deux noms, c'est évoquer, d'une part, hardiesse, décision, fermeté, activité, et, d'autre part, imprévoyance, indécision, inertie. Chanzy connaissait non seulement la ■ partie terrestre >, mais la • partie divine » de son art. Bazaine resta un soldat de fortune ; il ne savait de son métier que les petits détails et n'avait pas la moindre notion des devoirs d'un général en chef. Un seul mot suffit; qu'a fait Bazaine de l'armée la plus solide de la France? Qu'a fait Chanzy de ses troupes incohérentes de conscrits.?
l'assemblée nationale 229
la dissolution des gardes nationales et sur la loi militaire.
Il fut rapporteur de la commission nommée par TAssemblée pour examiner la proposition de loi relative à la dissolution et au désarmement immédiat des gardes nationales. Son rapport, très vigoureux, très patriotique, et qui ne fut pas accueilli sans murmures par l'extrême gauche (20 août 1871) démontrait la vérité de cette définition de la garde nationale qu'avait donnée Mirabeau : « Elle est trop nombreuse pour prendre un esprit de corps, trop unie aux citoyens pour oser jamais leur résister, trop forte pour laisser la moindre latitude au pouvoir exécutif, trop faible pour s'opposer à une insurrection , trop facile à corrompre individuellement pour n'être pas toujours un instrument prêt à servir les factieux. » Chanzy faisait l'histoire de l'institution. Il rappelait que les législateurs n'avaient jamais su assurer efficacement la discipline et l'obéissance de la garde nationale. Le principe des lois de 1831, de 1851 et de 18*70 était grand et respectable ; mais la garde nationale avait-elle cette connaissance et ce respect des règlements militaires, cette discipline rigide que doit avoir toute force armée ? Etait-elle réellement soumise à ce précepte sévère, étroit, absolu, de l'obéissance ? Une fois sous l'uniforme, le citoyen avait-il jamais
ÎJO ' Lfr GÉNÉRAL CAAVTt ^
compris qu'il était teûti dé remplfr un devoir rigou-' reux, qu'il ne pouvait plus discuter ? La guerre de 18*70 était venue ; il avait fallu armer tout le monde, et, la lutte terminée, les gardes nationaux de Paris étaient devenus les soldats de l'insurrection. L'ordre matériel avait été rétabli dans Paris ; mais « il restait encore dans les grands centres de population des chefs à Témeute et des égarés qui pouvaient trouver dans leurs armes une tentation à laquelle on devait les soustraire. »
« La garde nationale, disait Ghanzy, a eu ses mo^ ments d'utilité Incontestable, d*abnégation et de véritable patriotisme ; mais il faut, pour être équitable, dire aussi les complications qu'elles a créées, rimpuissance dans laquelle elle s'est trop souvent trouvée de contenir ou de réprimer les agitations nées dans son sein et près d'elle, et reconnaître qu'elle n'a jamais été pour le maintien de l'ordre un . moyen efficace et suffisant... Il est essentiel, alors que le suffrage universel donne à tout citoyen le droit d'émettre par son bulletin de vote son opinion sur les affaires du pays, qu'une institution qui devient inutile ne lui laisse pas sous la main un fusil auquel il sera tenté de recourir pour la faire triompher, si elle n'est pas celle de la majorité. Le nouveau projet de loi vous demandera d'ôter le vote à l'armée active. Ne donnons pas dès lors des armes aux électeurs, et arrivons par la persuasion et l'habitude à faire comprendre à tous que la force armée ne
dùStt serrhf qa'à gaïïintir au pays la tranquillité à rimbérieur, le • respect au dehors, et que le devx)ir . strict de tout boa citoyea est d'exécuter ûdèlement les lois que le pays s'est librement données. »
Cbanzy défendil à la tribune les conclusions de son rapport (25 août 1871). Il posait à FAssemblée ces deux questions : La garde nationale est-elle inutile? La garde nationale est-elle un danger? « Que chacun de nous, ajoutait Chanzy, puise dans sa conscience la réponse à ces deux questions ; nous^ sommes assez éclairés pour nous prononcer en connaissance de cause », et il demandait la dissolution immédiate d'une armée qui n'était, en somme, que celle du désordre. ,
Thiers aurait voulu réorganiser, et non sup- » primer la garde nationale. Il prétendait savoir par une expérience de trente ans que la défense de la cité ne doit être attribuée qu'à la cité, et que l'armée ne suffit pas à garder toutes les villes de F]*ance. Il reprochait à la majorité « d'imaginer et de- poursuivre un système d'alarmes ». Il répondait sur son honneur que Tordre matériel n'était pas en danger, mais il affirmait qu'il existait un « désordre moral » dont il fallait chercher la cause dans' les dissensions et les passions de l'Assemblée. Enfin, si la majorité voulait dissoudre les gardes nationales, Thiers entendait rester juge du moment
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OÙ se ferait cette dissolation. n voulait opérer le désarmement, non pas immédiatement et snr tous les points du territoire, par one action trop brosqne et trop hardie, mais successivement et lorsqu'il lui plairait. Le discours qu'il prononça fut yif, violent, plein de reproches contre la droite.
Mais Chanzy déclara que la majorité de la commission avait pleine confiance en H. Thiers et lui laissait le « temps moral et nécessaire » pour exécuter la loi. Il vota l'amendement Ducrot qui fut adopté par l'Assemblée et qui remettait au pouvoir exécutif le soin de désarmer et de dissoudre les gardes^ nationales en temps utile avec de grands ménagements, c à mesure que le permettraient les progrès de la réorganisation de l'armée ».
 la fin du mois de mai 1872, l'Assemblée avait abordé la discussion de la loi militaire. Le moment n'était pas très opportun. Les Allemands occupaient encore une partie du territoire ; il fallait prendre garde d'exciter leurs défiances, ne pa^s exprimer des craintes trop explicites. Comme disait Chanzy, -' il y avait un devoir national à restreindre le dé-
t, et un intérêt très grand à ne pas discuter à la
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tribune certaines questions, alors que l'Europe écoutait et pouvait se méprendre » (27 mai). Chanzy demandait à l'Assemblée de tenir compte des circonstances, d'éviter une longue et brûlante discussion, de voter en hâte une loi mûrement étudiée par les hommes les plus compétents et entièrement approuvée par M. Thier s, d'accepter immédiatement avec pleine confiance le rapport de la commission qui, selon lui, ne laissait aucune prise à la critique. L'Assemblée discuta la loi pendant huit jours.
Chanzy prit deux fois la parole durant le^ débats, la première fois pour soutenir les sursis d'appel (article 33), la seconde fois pour défendre le ser^ vice militaire de cinq ans (article 27),
« Rappelons-nous , disait-il à propos des sursis d'appel, ce qui s'est passé en \ 868, lorsque le maré- •chal Niel est venu proposer à l'Assemblée un projet de loi militaire. Ce projet de loi si sérieusement étudié, si bien adapté aux nécessités du moment, a été successivement combattu, amoindri, et vous savez ce qu'il a produit. Acceptez l'article 23 ; si plus tard vous reconnaissez des abus, la loi est perfectible et vous pourrez y remédier. . . M. Gambetta craint qu'il ne se trouve pas en France des gens susceptibles d'apporter dans l'examen des sursis toute la loyauté et la justice désirables. Gomment I Nous ne trouverions pas dans cette série d'administrateurs, depuis le
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maire jusqa^au préfet, des gens n^obéissant qu'à leur conscience et présentant autant de garanties qu'un major prussien ! Nous valons mieux que cela... »
L'Assemblée adopta rarticle 23, mais corrigé par un sage amendement de Jean Brunet, qui rendait au mot sursis son acception vraie et remplaçait le sursis d'appel par un simple transfert dans la classe d^une année postérieure.
L'article le plus important de la loi était l'article 37, et l'objet principal de l'article 37, la durée du service actif; il fallait opter entre cinq ans ou trois ans. Chanzy monta à la tfibune, dans la séance du 7 juin 1872 et pria, « supplia » l'Assemblée d'admettre le chiffre de cinq ans. « Il y avait, disait-il, une extrême imprudence à commencer les réformes militaires par une réduction de la durée du service. . . En votant les cinq ans, vous êtes sûrs de faire une bonne armée , et cela vous serait impossible, si, au bout de trois ans, tout le monde pouvait quitter le drapeau. Croyez-le, il y a dans cette durée du service une grande nécessité. » Chanzy ne niait pas qu'il fût possible de faire un soldat de toutes armes en trois ans ; il avait l'espoir et la conviction qu'on y arriverait par la préparation, par le travail, par la force des institutions. M^ais il faisait observer à l'Assemblée que l'outillage qui « donnerait la pos-
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sibilité d'obtenir des soldats instruits et éduqués en trois ans » n'existait pas encore. Sa grande préoccupation, c'était l'organisation des cadres. On pro* mettait une loi sur l'état des sous-offlciers , oa annonçait qu'en leur assurant ces privilèges on était certain de l'entretien des cadres ; mais cette loi, elle était encore à faire ; mais ces privilèges, Us étaient encore à trouver ; « c'étaient là de pures hypothèses, et, ajoutait-il, vous ne savez pas où tout cela vous conduira ». Chanzy rappelait que la loi de réorganisation de l'armée, proposée en 1868, avait été discutée avec passion et qu'elle avait provoqué les « théories les plus généreuses, maïs aussi les plus dangereuses » :
« Les uns voulaient une nation armée, mais une nation armée n'est pas une armée de soldats ; les autres voulaient une armée complètement démocratique, mais on ne fait pas de démocratie à propos de l'organisation de Tarméel D'autres voulaient une armée aussi restreinte que possible, coûtant le moins possible, et ajoutaient que, si le danger surgissait, on aurait toujours le temps de faire appel au patriotisme et d'en tirer des réserves. Nous avons vu ce que ce système a produit. La loi de 4832 qui nous a donné les admirables armées d'Afrique, de Grimée et d'Italie, est arrivée à nous être fatale dans la guerre de 1870, parce qu'elle ne nous a pas donné le nombre et que, quand cette belle armée restreinte est tombée
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héroïquement à Wissembourg, à Frœschwiller, à Grayelotte, à Sedan, il n'est plus resté derrière elle que les années improvisées qui, malgré leur patriotisme, leur persévérance, leur courage, n*ont rien su réparer. »
Le général Trocliu avait, dans la séance précédente, demandé le service de trois ans ; dans la première année du service, disait-il, le soldat se défend contre les difficultés et les dégoûts du noviciat ; pendant la deuxième, il s'équilibre ; à la fin de la troisième il s'ennuie et se déforme ; le soldat de trois ans est le soldat par excellence. Mais le général Trochu avait noyé ce bref et vigoureux passage dans le flot d'un verbiage facile ; il avait, selon le mot un peu ironique de Chanzy, fait une brillante conféreJice sur l'armée du passé et celle de l'avenir. Chanzy ne voulait « examiner que V armée du présent » ; a c'est Tarmée du présent, disait-il, que je veux organiser avec l'armée ancienne et avec les ressources que va vous donner votre loi de recrutement. Le système de trois ans ne vous donnera pas l'armée du présent qui doit parer à tous les dangers ». Il demandait à l'Assemblée de descendre des régions élevées où le général Trochu l'avait conduite, pour se « replacer en face de la réalité ». L'ancien gouverneur de Paris avait, dans une des digressions qui lui étaient familières, proclamé la
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fatalité de nos légendes comme la cause de nos désastres : « Non, s'écriait éloquemment Chanzy, ce ne sont pas nos légendes qui nous ont perdus ; nos légendes sont nos gloires, et c'est encore dans ces légendes que nous puisons les grands exemples, les grandes pensées, les grandes convictions qui, sur le champ de bataille, nous inspirent et nous montrent comment on fait son devoir. N'accusons pas les légendes, mais bien les traditions aveugles. »
Chanzy sentait qu'en face des Allemands encore menaçants et maîtres d'une partie de notre territoire, la France devait se tenir prête à tout événement et disposer d'une armée solide et bien encadrée. Il craignait qu'une trop courte durée du service actif ne désorganisât les cadres, et par suite, les troupes qui restaient au pays et qui seraient peut-être appelées, d'un jour à l'autre, aie défendre. Pour tous ceux qui ont souci de la France, disait-il, la prévoyance est un devoir. Son discours fit une profonde impression sur l'Assemblée. Il avait parlé, dans cette question toute militaire, le langage concis et nerveux du militaire. Ses paroles furent mieux accueillies que le discours plus littéraire, mais un peu vague et diffus, du général Trochu. D'ailleurs Chanzy avait eu soin de déclarer que la « loi de cinq ans » ne serait, à certains égards, que transitoire, et qu'on pourrait abréger la
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dorée da service, le jour où les cadres seraient dereniis plus solides.
Thiers partageait Topiiiioii de Cbanzy. JDL défendit c les cinq ans » ayec cbaleor, et posa même la question de gonvemement; si FAssemblée ne Tutait pas le service de cinq ans» il était conyaincu de rinsuffisance de Fontil qu'on lui mettait dans la main et ne pourrait plus assurer la sécurité tant au dedans qu'au dehors.
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a Parler pour soi n'est rien, disait alors le Temps, ce qui distingue un homme, c'est d'être autorisé à parler pour d'autres, et c'est par quoi s'est distingué M. Chanzy qui devient décidément un poli* tique. »
Quelles étalent les opinions du général ? Il n'était
pas arrivé à l'Assemblée avec une « politique toute faite ». A Bordeaux et, dans les premiers jours à Versailles, il n'avait d'attache avec aucun parti. Il avoue même que son attitude fut d'abord hésitante, quoique « l'hésitation ne ât pas le fond de son caractère ». Enfin, il se fit inscrire au cen-* tre gauche. Ce groupe, disait-il, était la réunion des conservateurs libéraux, de ceux qui mettaient
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le pays au-dessus de leurs aspirations personnelles et voulaient travailler en commun au salut et à la régénération de la France, en faisant Cessai loyal et complet de la République.
Chanzy se déclarait donc partisan de cette politique de modération et de bon sens, ennemie de l'absolu, attachée au gouvernement régulier qu'elle voulait fonder et qu'elle fonda, soucieuse de l'intérêt de la France plutôt que de Tintérôt de parti, préoccupée avant tout de poursuivre et d'obtenir des résultats sérieux, et non de se jeter dans des luttes passionnées et des conflits stériles, opposée à la fois aux ultras de gauche et à ceux de droite, parce qu'elle sait qu'un gouvernement ne tombe jamais que par les ultras.
Le général ne séparait pas la République du pays ; elle existait, cette République tant assaillie par les journaux de droite ; elle était le gouvernement légal ; elle réparait les maux de la guerre, elle libérait la France de l'occupation allemande, elle écrasait la Commune, elle relevait le crédit et la fortune d'une nation qui semblait ruinée. La réorganisation de Tarmée, le rétablissement des finances, le développement du commerce, tout cela, la République l'avait fait. Pourquoi la renverser ? Etait-il équitable de laisser la République assumer la responsabilité de toutes les résolutions, de tous
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les efforts, de tous les sacrifices, et lorsqu'elle aurait accompli la mission qu'elle seule avait osé accepter, de l'arrêter, de nier ses services, et de mettre à sa place, par une nouvelle révolution, une autre forme de gouvernement? Pourquoi, parmi les partis qui rêvaient la restauration du passé, aucun n'avait-il à Bordeaux réclamé le pouvoir? Aucun n'était donc assez sûr de lui-même, assez sûr de l'assentiment de la nation pour demander et prendre la direction du pays ?
C'est dans le discours du 9 mai 1812 qu'il faut chercher le programme politique de Chanzy. Ce discours fit événement. Il venait du plus marquant parmi ces nobles vaincus que le suffrage universel était allé chercher sur les champs de bataille et qu'on ne pouvait regarder, disait un membre de l'Assemblée*, sans saluer en eux l'image de la France elle-même. C'était le manifeste des « gens sensés » ; il exprimait l'opinion de tous ceux à qui la République n'inspirait plus, comme autrefois, le trouble et l'inquiétude; il répondait aux sentiments de la classe moyenne, aux impressions de cette foule de citoyens qui voyaient dans une République sage et modérée le gouvernement nécessaire.
Le jeudi 2 mai 1812 le centre gauche, réuni à
* Yachsrot, Revue des Deua-Mondee, 1876, p. 733.
l'assemblée nationale 244
l'Hôtel des Réservoirs, avait, par 40 voix sur 18, nommé Chanzy président du groupe*. Le nouveau bureau fut installé le 9 mai, et en prenant possession du fauteuil de la présidence, Chanzy prononça son allocution. 11 définissait nettement le programme du groupe. Faisons franchement, disaitil, l'essai de la République ; puisqu'on laisse à la République le soin d'effacer les traces de nos désastres, conservons-la, soutenons-la; qui nous dit qu'elle n'est pas le salut ? Mais il y a République et République. Pas de République où dominent les envieux, les énergumènes, les déclassés qui ne se laissent guider que par la convoitise, par les utopies insensées, par la haine de la religion et de la société. Il faut ne songer qu'à la France, ne pas se parquer dans sa foi politique, ne s'inspirer que de son patriotisme. Mettons nos préférences de côté pour travailler en commun à Fœuvre de régénération que le pays attend de nous ; sortons de^ diseussions énervantes pour arriver à la solution prompte et complète des questions que nous avons à traiter. Consolidons le gouvernement actuel, la République qu'on ne saurait discuter et amoindir
^ Furent, sous rAssemblée nationale, présidents du centre gauche : MM. Feray, Rampont, Cordier, Chanzy, Gauthier de Rumilly, Léon Say, Berthauld, Christophle, Liéon de Maleville, Ricard, Corne, Laboulaye et Bardoax.
têâ L& OÉNÉRAL GUjLNZT
sans livrer le pays à de nouvelles secousses. La France a confiance dans la République et tous les gens sensés savent qu'il serait impossible de songer à autre chose. « Disons-le hautement, s'écriait Cbanzy, nous acceptons franchement dans la forme et le fond la République puisqu'elle existe de fait ; dans les conditions où se trouve la France, c'est la seule forme de gouvernement possible », et il énonçait dans les termes suivants la formule du programme du centre gauche : « Notre réunion a pour but la réorganisation du pays par des institutions libérales et l'essai loyal de la République conservatrice. »
Le discours de Chanzy fut couvert d'applaudissements. M. de Marcère demanda qu'on fit mention expresse de ces applaudissements au procès-verbal et qu'il fût stipulé que le centre gauche entier acceptait la solidarité des idées exprimées par le général. M. Ricard appuya cette demande, et, sur la proposition de l'amiral Saisset, le groupe décida à l'unanimité que le discours serait imprimé et distribué à tous les députés.
Ce discours eut pour eflfet de reconstituer le centre gauche qui affirmait son existence propre et indépendante des autres fractions de l'Assemblée. Les * réunions du centre gauche étaient peu suivies jusque là ; Chanzy avoue dans son discours qu'il
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n'avait pas encore assisté aux séances, et, le jour de l'élection du nouveau bureau, le groupe qui comptait près de cent cinquante membres n'était représenté que par une soixantaine de votants. On crut même un instant que le centre gauche allait se dissoudre. L'élection de Chanzy à la présidence et le discours^programme qu'il avait prononcé donxièrent au groupe plus de cohésion et de force ; le centre gauche allait prendre aux événements une part plus active, occuper avec éclat la scène politique, jouer dans les années suivantes un rôle prépondérant.
Le programme de Chanzy fut confirmé par le message du 12 novembre 1872 oii Thiers conviait l'Assemblée à donner au gouvernement de la République Texisteûce légale. « La République sera conservatrice, disait Thiers, ou elle ne sera pas. » Cette politique, comme le faisait remarquer M. Christophle, n'était autre que celle du centre gauche ; elle empruntait au centre gauche jusqu'à sa formule, et le groupe auquel appartenait Chanzy avait ce le droit et l'orgueil légitime de voir dans cette déclaration l'expression môme de son programme dans son intégrité * ».
* Discours de M. Christophle, 16 janvier 1873.
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Cependant, malgré les déclarations si nettes de Chanzy et un discours que M. de Marcère prononçait à Lille, le centre droit ne perdait pas l'espoir d'attirer le centre gauche au nom du « grand parti conservateur », dans sa campagne contre la République. Mais le centre gauche refusait de se scandaliser des élections républicaines du 9 juin 1812. Il entraînait M. Thiers qui devenait pour longtemps, disait V Avenir national, au-dessus môme de Chanzy, le chef illustre du centre gauche, de ce grand et patriotique centre gauche, comme l'appelait encore la RépuUique française, où les conservateurs qui voulaient se raUier à M. Thiers allaient faire leur apprentissage républicain. Vainement la droite, voyant l'opinion lui échapper, craignant une dissolution prochaine de l'Assemblée, redoutant de ne posséder aucun moyen d'action sur le pays, faisait un effort pour reprendre la direction des affaires et soustraire les élections aux influences républicaines. La manifestation des honnets à poil, comme on a nommé spirituellement la démarche du « comité des neuf » auprès de M. Thiers, échouait assez ridiculement. Quelques indécis se détachaient, il est
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vrai, du centre gauche et formaient pour quelque temps une réunion de cinquante membres qu'on nommait ironiquement le grand central. Mais le centre gauche tenait bon et refusait tout pacte avec le centre droit ; il se faisait représenter dans Tentrevue des deux bureaux par Chanzy, Jaurès, Phillppoteaux, qui soutenaient la nécessité de la République ; les négociations étaient rompues.
Le discours prononcé le 16 janvier de Tannée suivante par un nouveau président du centre gauche, M. Albert Christophle, ne fut, comme l'observait M. Ricard, que le complément du programme développé le 8 mai 18*72 par le général Chanzy. M. Christophle rappelait dans son discours avec quelle fermeté le centre gauche avait, dès les premiers instants de son existence, fermé l'oreille aux suggestions monarchiques,parce qu'il ne voyait dans la monarchie, quelle qu'elle fût, ni sécurité pour le présent, ni garantie pour l'avenir. « Nous fîmes ici de nombreux prosélytes, disait M. Christophle, et lorsque, dans la séance du 8 mai 1872, celui qui, à cette place môme, précisa le mieux notre programme politique, lorsque le général Chanzy nous dit que la République était la seule forme de gouvernement possible, cette parole ferme et loyale fut saluée par d'unanimes applaudissements. » M. Christophle remerciait ses prédécesseurs au fauteuil, et
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parmi eux Chanzy, qpi Tavaient soutenu de leurs conseils et qui restaient les guides et les chefs du centre gauche « dans le combat étemel de la modération contre les passions Tiolentes, de la raison contre les entraînements irréfléchis ». Chanzy n'assistait pas à cette séance ; mais M. Philippoteaux donna lecture d'une lettre où le général affirmait son adhésion inébranlable au centre gauche, maintenait le programme qu'il avait tracé l'année précédente et déclarait qu'une récente scission ne devait porter aucune atteinte à l'union de tous ceux qui voulaient sincèrement la République conservatrice. Dans la séance suivante (18 janvier 1873), M. Philippoteaux déposa la lettre de Chanzy sur le bureau et le groupe décida qu'elle resterait aux archives. On a faussement prétendu que Chanzy parut depuis s'attacher à la cause de la monarchie. Le général resta dévoué aux idées libérales et républicaines avec cette fidélité qu'il gardait toujours à la parole jurée. J'ai été, disait-il, en 1878, au milieu des applaudissements de la gauche du Sénat, appelé à rhonneur de présider un groupe important de l'Assemblée, et je suis de ceux qui, après s'être ralliés franchement à la République, entendent la servir avec dévouement et la consolider * . On ne
^ Discours du 19 mars 1878.
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sait pas assez toute la valeur et l'autorité qu'acquit le centre gauche en faisant une pareille recrue et en inscrivant sur la liste de ses membres le nom de Chanzy. On ne sait pas assez que le général fat un de ceux qui mirent un terme aux hésitations de M. Thiers, qui le soutinrent et le fortifièrent dans ses résolutions républicaines, qui lui forcèrent, pour ainsi dire, la main. M. Thiers tardait encore à se déclarer. Le centre gauche eut l'idée de fonder une correspondance politique, le Bulletin conservateur républicain, qui devait être envoyée gratuitement à tous les journaux. Ce Bulletin, rédigé par M. Hector Pessard, devait ôter à M. Thiers ses derniers scrupules, lui montrer qu'il n'y avait d'autre issue ^t d'autre voie de salut que dans la République pratiquée loyalement et avec modération, lui prouver qu'il fallait donner satisfaction aux tendances invinciblement républicaines du pays et rassurer la France en proclamant le gouvernement le plus conforme à sa pensée et le seul qui put réussir. Le comité de direction du Bulletin se composait de MM. Ricard, de Marcère, Bardoux, Francisque Rive, Bertauld, Gailly et Chanzy. Le premier numéro fit grand bruit ; il affirmait la nécessité de fonder la République et démontrait qu'elle seule avait des chances de stabilité et de durée. L'éclat fut si grand que M. Ber-
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tauld prit peur et désavoua ses collègues dans un journal du Calvados. Le bruit courait que Chanzy allait aussi . protester. M. Pessard partit sur le champ pour Mézières où Chanzy présidait le conseil général ; bien loin de protester, Chanzy déclara qu'il approuvait entièrement les opinions du Bid^ letin et qu'il acceptait d'avance tout ce qui paraîtrait dans cette correspondance sous la responsabilité de ses amis du centre gauche ; son nom demeura en tête du journal ^
Quelques jours après (6 octobre 1872), Chanzy écrivait à M. Pessard une lettre remarquable: « Les événements , disait-il , n'ont fait que m'affermir dans mes convictions . . . Nous suivons la bonne voie ... Le calme se fait de plus en plus dans les esprits. On veut l'ordre avant tout, et les partis qui par leurs agissements provoquent de l'agitation commettent une faute politique et une mauvaise action. Le pays n'arrivera à la République que si on ne l'effraie pas ; il ne verra de sécurité dans cette forme de gouvernement que si les hommes qui cherchent à l'établir sont les plus calmes, les plus sages, les moins impatients et les plus conservateurs, dans le sens réel de ce mot. Les partis monarchiques se divisent chaque jour, et une restau-
National du 7 janvier 1883.
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ration du passé n'est pas possible. Le pays a confiance dans le gouvernement ; il lui est reconnaissant des grands services qu'il a rendus ; il admet la forme qu'il a prise, que les circonstances ont conservée et qu'il ne s'agît plus de contester. Soutenons donc ce gouvernement de toutes nos forces.» Et il proposait de fixer au pouvoir de M. Thiers une durée, la plus longue possible ; de nommer un viceprésident de la République et de décider que, le cas échéant, le président de l'Assemblée succéderait à M. Thiers ; de créer une seconde Chambre ; de renouveler celle qui existait par tiers ou par quart ; d'affermir le gouvernement, de telle façon que ceux qui cherchaient à le changer ou à le renverser ne fussent plus que des conspirateurs.
Les conseils que Chanzy donnait au pays et au Parlement sont encore bons à méditer et à suivre. Aujourd'hui, comme alors, il ne faut avoir, selon les expressions du général, ni défaillance, ni impatience ; le gouvernement doit être énergique, sans violences inutiles, et impartial, sans craindre de déplaire à ceux qui veulent l'entraver ; il doit se consolider, sans secousse, naturellement, en se tenant aussi loin du radicalisme que de la réaction * •
*■ Voir encore le National du 7 janvier 1883, avec la belle letlre de Chanzy à M. Pessard et l'article de M. Hippolyte Q«utier.
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' Mais Chanzy n'a fait que traverser le monde ardent des assemblées. Les devoirs du soldat, de l'administrateur, du diplomate, l'enlevèrent bientôt à la politique parlementaire. Un décret du 1^^ septembre 1812 l'avait déjà nommé au commandement du 7" corps d'armée à Tours. Neuf mois plus tard (11 juin ISIS), le maréchal de Mac-Mahon, président de la République, lui confiait le gouvernement général de l'Algérie. Chanzy ne reparut à l'Assemblée nationale qu'à de fort rares intervalles et on ne trouve plus son nom dans le compte-rendu des séances que parmi les absents pour congé.
Sa situation fut un instant fort délicate. Il n'approuvait pas la politique de combat ; mais le gouverneur général de l'Algérie, l'un des plus hauts fonctionnaires de l'Etat, pouvait-il faire acte d'opposition, soit au 24 mai, soit au 16 mai, et s'allier ouvertement par ses votes à la politique des gaucbes ? Il ne signa donc pas le manifeste rédigé par Lanfrey et délibéré dans une réunion des anciens présidents, vice-présidents et secrétaires du centre gauche (décembre 18*75). Il demeurait à son poste, en Algérie, et maintenait, comme il dit, les
fonctionnaires de tout raag en dehors des luttes politiques ^ Mais ses sentiments rép]a})Iicains étaient si peu contestés qu'il ne fut pas inscrit sur la liste des "75 sénateurs inamovibles dressée par la droite. De longue date, les gauches le regardaient comme un de leurs candidats : « Dès le mois de mars ISIô, disait le questeur de l'Assemblée, M. Toupet des Vignes, en se présentant dans les Ardennes aux électeurs sénatoriaux, nous avions décidé avec plusieurs de nos collègues que nous proposerions à nos amis politiques le nom du général Chanzy qui honore si glorieusement dans Tarmée le département, et qu'aucune autre candidature de la députation ardennaise ne se produirait ^ . » Chanzy fut élu sénateur inamovible au deuxième tour de scrutin, le dix-huitième sur dix-neuf, par 345 voix sur 690 votants ; il figurait sur la «même liste que MM. Duclerc, Corne, Pothuau, Laboulaye, Hoger du Nord, Barthélémy Saint-Hilaire, Picard, Casimir Périer, Fourichon, Cordier, tous républicains et appartenant, comme le remarquait le Journal des Débats, non pas seulement à un parti, mais à la France 3.
* Discours du 19 mai 1878.
^ Union lib€raUy de Charleville, 11 janvier 1876.
* Au premier vote il vebait le trente-troisième avec 330 voix (majorité absolue, 344) ; MM. d'Audiffret-Pasquier et Martel furent seuls élus à ce premier scrutin. '
tôt LS GÉNÉRAL CHAMZT
Chanzy ne prit qu'une faible part aux débats de la Chambre haute. En 1816, il vint dans une méinorable circonstance donner sa voix au ministère centre gauche qu'avait formé M. Dufaure. Le ministre de l'instruction publique, M. "Waddington, avait fait adopter par la Chambre des députés un projet de loi qui restituait à l'État la collation des grades. Mais le cabinet craignait que ce projet ne fût rejeté par le Sénat. Chanzy, mandé par dépêche, partit aussitôt (19 juillet); il arriva trop tard; le projet avait été repoussé la veille, à cinq voix de majorité, par 144 suffrages contre 139 (21 juillet). Néanmoins, Chanzy monta à la tribune et déclara qu'il aurait voté pour le ministère :
a Messieurs, dit-il, en partant d* Alger, mercredi dernier, j*avais Tespoir d'être ici assez à temps pour prendre part au vote sur la collation de& grades. Je ne suis arrivé que samedi malin, mais je désire qu*il n'y ait aucune espèce d'iacertitude sur ce que j'aurais luit. Je tiens à déclarer que, trouvant qu'il était de mon devoir d'appuyer le gouvernement dans cette circonstance, j'aurais voté, si j'eusse été présent, pour le projet de M. le ministre de l'Instruction publique. » (Très bien à gauche ^)
En 1878, il parut deux fois à la tribune, la première fois, pour déclarer qu'il acceptait le texte
* Séance du 25 juillet t876.