De Goncourt, L'amour au XVIII^ siècle
du roman d'analyse ' ». 11 exerce maintenant sur tonte une école de romanciers une influence considérable, presque analogue à celle de Stendhal, et née, semble-t-il, de la même raison, le retour à Tobservation rigoureuse du petit fait moral, à l'analyse scientifique du cœur et de l'amour. Des jeunes gens, aveuglés par un enthousiasme qui touche à la hantise, ont voulu trouver dans les Liaisons dangereuses, comme dans le Rouge et le Noir, une glorification de l'énergie qui n'y est ]»as. Mais il n'est plus besoin de parti pris pour admirer Laclos. A travers l'immense production littéraire du xv!!!*^ siècle, l'œuvre a décidément surnagé. Oui lit, à présent, la Religieuse, de Diderot, ([uOn lui a comparé ? Qui peut surmonter l'ennui dos dix-huit volumes de Clarisse Harloive, de Richardson, dont Laclos s'est inspiré? Qui n'est rebuté par les interminables digressions de ÏHéloïse et par sa chimérique éloquence ?Lovelace et Clarisse, Saint- Preux et Julie gisent maintenant comme de froides abstractions, auxquelles l'éclatante imagination de leurs auteurs n'avait donné que les apparences de la vie. Merteuil et Valmont ont conservé pour nous leur vivante horreur : un pinceau sobre et sûr en a tracé les traits définitifs. Le roman de Laclos est parti d'un pied léger pour la postérité : hélas ! il est humain.
■i. p. Bourgct, Se/isalioris d Italie, p. 2U3.