LE GÉNÉRAL CHODERLOS UE LACLOS
tifiait, \)i\v son iclard, comme par son acharnement, les avances, aussi bien (]ue les ciainles de Talleyiand.
Ce sont donc les idées mêmes de ce grand espiil, dont Laclos orna et ennoblit la mission de son maître et qu'il essaA/a, avec plus d'audace que de bonheur, de faire pénétrer avant lui dans les conseils du roi. Montmorin en fut frappé. 11 s'en ouvrait à Talleyrand lui-même avant son j)remier départ pour Londies et révélait à Gouverneur Morris fort étonné i( que le duc d'Orléans avait tout fait pour être au- » torisé à conclure un traité avec le gouvernement » anglais, mais qu'on lui avait refusé de France les » pouvoirs nécessaires. » 11 nous reste à dii'e comment s'opéra la rupture qui s'ensuivit.
Malgré l'échec de ses grands projets diplomati(pies, malgré les retards calculés et l'évidente mauvaise foi du ministère, en dépit du inépris général dont Tentourait la société anglaise et des insultes des émigrés, en dépit même des tentations de son conseiller, le duc d'Oiléans se fut fort bien accommodé de demeurer tranquillement à Londres aux côtés de M"" de Buffon. A l'occasion du 1' 'janvier 1790, il protestait près du Roi de son respect et de son dévouement, sur un ton qui marquait assez ses secrets désirs. Usuppliait la Reine de ne pas le juger d'après l'opinion de ses ennemis, et se réclamait auprès d'elle des souvenirs du passé, évoquant, non sans grâce, les temjis plus heureux où sa jeunesse aimable et dissipée ne déplaisait pas à la dauphine. A la suite de la visite spontanée que Louis XVI fit à l'Assemblée, le 41eA rier, et dont l'effet fut si grand sur l'opinion profondément monarchique, le duc d'Orléans, en même temps qu'il envoAfait de Londres son serment de député, se répandit près du roi en nouvelles assurances de
(l(''Voiieineiit et d'admiration. «Je ne crois pas avoir » besoin de dire à Votre Majesté, ajoutait-il, quel » bonheur j'ai éprouvé en la voyant approuver et con- » sacrer, par sa démarche du 4, les principes qui ont )) toujours servi de règle à mes opinions et à ma » conduite...» 11 n'eût fallu, pour le ramener, que ménager un peu son amour-propre. La Fayette, par une maladresse aveugle, s'acharna sur ce cadavre, le contraignit, en (fuelque sorte, à la résistance et (h'dermina par ses provocations un retour qu'il voulait empêcher à tout piiv.
11 se mit en rapport avec M. de La Luzerne ', (|u'il avait connu aux Etats-Unis, et dont le dévouement lui était assui'é. Celui-ci lui signala les entrevues nocturnes de Galonné et de « son confrère am- Ijassadeur. » Ce fut pour La Fayette un trait de lumière. !1 pressentit l'union, sous les auspices des Anglais, des deux grands ennemis de la Révolution, qui étaient aussi les siens : les aristocrates et la faction <rOrléans. Il dépécha à Londres un de ses aides de camp, M. de Boiuville, muni d'instructions, qu'il dut communiquer' à l'Ambassadeur du Roi. Cet envoyé avait charge de l'instruire, par toutes les postes et, au besoin, par des courriers particuliers, des |trojets aristocratiques et orléanistes et de l'éclairer sur « le soupçon qu'il avait d'une réunion entre les » deux partis, par l'entremise de M. de Calonne. » Ses instructions comprenaient l'article suivant que M. de La Luzerne ne put s'empêcher de trouver « assez singulier: » « Dans le cas où M. le duc d'Or- » léans reviendrait en France, M. de Boiuville ira le » trouver et lui dira : « Monseigneur, vous m'avez vu » aide de camp de M. de La Fayette ; je suis ici par