CAMPAGNE D'AUTRICHE H
Camp de Boulogne. — Les grenadiers d'Oudinot. — La Grande-Armée. — Combat de Wertingen. — Le 17® RÉGIMENT d^infanterie légère. — Opérations AUTOUR d'Ulm. — Marche su-r Vienne — Combat.
d'Hollabrunn. — Bataille d'Austerlitz.
Trois jours après son débarquement, le général Claparède écrivait au ministre de la guerre : « L'expédition dont je faisais partie étant terminée et le cantonnement de Saintes n'existant plus, je vais me rendre à Paris pour y recevoir vos ordres {¥). »
Lorsqu'il arriva dans la capitale, Napoléon venait de partir pour l'Italie, où il devait ceindre, dans la cathédrale de Milan, la couronne
(1) Lettre diï 3 prairial an xiii (23 mai 1805). (Archives administratives. — Voir p. j.)»
(*) Voir carte, page 58.
128 LE GÉNÉRAL CLAPARKDE
de fer du roi des Lombards. Au même moment, la nouvelle d'un prochain départ de l'escadre de Rochefort circulait dans les milieux bien informés. Il ne fallait pas laisser échapper cette bonne occasion d'aller encore guerroyer en pays lointain. Glaparède adressa donc immédiatement à TEmpereur une demande pour reprendre la mer. « J'apprends, disait-il, que Tescadre qui nous a ramenés, a ordre de se tenir prête à partir. Je voudrais, Sire, servir avec les troupes expéditionnaires qu elle pourra recevoir. J'ai la bonne volonté la plus décidée, tous les climats me sont bons, et j'ai la conviction que dans les pays éloignés, on peut obtenir de bons résultats avec peu de troupes (1). »
Quelques jours plus tard, le maréchal Berthier répondait de Milan à l'intéressé, et lui faisait connaître qu'il était désigné pour servir à la division de réserve des grenadiers, stationnée à Arras (2), et Qommandée par le général Oudinot.
(1) Lettre écrite de Paris, le 8 prairial an XIII (28 mai 1805) (Archives administratives). Le couronnement de Napoléon comme roi d'Italie est du 6 prairial (26 mai).
(2) Lettre du 21 prairial (16 juin). (Archives administratives.) (Ministre de la guerre Berthier à Clàparède). — Voir p. j.
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Les grenadiers d'Qudinot, qui vont devenir si célèbres, faisaient partie des troupes du camp de Boulogne, connues sous le nom d armée des côtes de ï Océan. Groupés en dix bataillons, provenant eux-mêmes de compagnies d'élite de différents régiments, c'était un corps de choix, pris parmi des troupes de choix.
L'affectation de Claparède devait flatter son amour-propre, au moment où il allait être appelé à déployer sur les champs de bataille de l'Europe les qualités militaires dont il avait donné des preuves aux colonies.
En attendant, les troupes du littoral de la Manche ne restaient pas inactives. Les chefs comme les soldats étaient entraînés, tenus en haleine par des manœuvres continuelles. Les grenadiers d'Oudinot, plus que les autres et quoique rompus à toutes les fatigues, se préparaient tous les jours à la guerre, afin de justifier leur création en présence de l'ennemi. C'est dans ces divers exercices que le général Claparède commença à se faire apprécier par son illustre chef (1).
(1) Claparède étant désigné quelques jours plus tard pour passer dans un autre corps, Oudinot chercha à faire révoquer cet ordre ; il fît écrire à ce sujet par le maréchal Lannes, au major général, comme nous le verrons plus loin.
Lorsque le projet de descente en Angleterre échoua, au moment où il fallut marcher contre les 500,000 hommes réunis par la troisième coalition, TArmée des côtes de TOcéan reçut la dénomination de Grande Armée (1).
Commandée par l'Empereur en personne, elle comprenait . sept corps sous les ordres de Bernadotte, Marmont, Davout, Soult, Lannes, Ney, Augereau, une réserve de cavalerie avec Murât, et la garde impériale commandée par Bessières. Plus tard, un huitième corps fut formé sous les ordres de Mortier.
Les grenadiers d'Oudinot, avec la division Gazan et la cavalerie légère du général Treilhard composaient le 5° corps d'armée commandé par le maréchal Lannes. Trois brigadiers : les généraux Laplanche-Mortières, Dupas et Ruffm marchaient à la tête des bataillons d'élite. Claparède, placé à la suite, restait à la disposition du divisionnaire (2).
(1) C'est le nom qu'eUe portera désormais lorsque l'empereur la commandera.
(2) Cela arrivait fréquemment. Voir Thiébault : Préliminaires de la campagne de 1805, — Claparède figure à la suite sur les situations jusqu'au 10 octobre, date à laquelle il passe dans la division Suchet. .
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A peine les corps venaient-ils de se mettre en marche pour se diriger vers le Rhin qu'une lettre ministérielle enjoignit au général Claparède de se rendre auprès du maréchal Soult. Celui-ci devait lui donner le commandement d'une brigade à la division Suchet, 4" du 4* corps (1). Malgré cet ordre, il continua de rester aux grenadiers d'Oudinot, attendant un avis particulier de mutation que le ministre avait Tusage d'adresser dans ce cas aux officiers généraux. Cet avis n'était pas encore parvenu à Claparède, U>rsque, le 25 septembre, ie 5^ corps passa le Rhin. De Rastadt, le maréchal Lannes écrivit au major-général, pour faire trancher la question. « Le général Oudinot tenait beaucoup, disait-il, à conserver le général Claparède ; lui-même, à cause des bons témoignages qu'il avait sur cet officier général, désirait le voir faire la campagne dans son corps d'armée (2). »
En conséquence, il demandait la révocation du premier ordre de changement. Cette révocation, fut-il répondu, n'était possible qu'au-
(1) Lettre du ministre de la guerre Berthier en date du 24 fructidor an XIII (11 septembre).
(2) Lettre du 6 vendémiaire an XIV (28 septembre). — Voir p. j.
tant qu'un autre général de brigade attaché au 5^ corps serait envoyé à la division Suchet [{). Il fallait donc s'incliner Mais on pouvait encore gagner du temps, caria Grande Ai*mée opérait alors son magnifique mouvement de conversion qui devait enfermer MackdansUlm.
Il fut convenu que cette mutation serait ajournée jusqu'au moment où on arriverait sur le Danube.
Le V octobre, l'Empereur, ayant rejoint à Louisbourg le maréchal Lannes, eut la bonté de dire à Claparède qu'il comptait toujours à la division Oudinot (2),
Le 5* corps, suivant de près la cavalerie, formait l'avant-garde de l'armée- En quittant Louisbourg, il prit la route de Beutelsbach, Pludershausen, Gmùnd, Aalen et Bopflngen.
Le 8 octobre, il passait le Danube à Donauwerth à la suite des escadrons de Murât et se dirigeait sur Wertingen. Tout à coup le canon tonne de ce côté. Lannes qui marchait en tête avec les grenadiers d'Oudinot, se porte alors en avant. Il trouve la cavalerie aux prises
(1) Lettre du ministre de la guerre au maréchal Lannes, 8 vendémiaire (30 septembre). — Voir p. j.
(2) Fait rappelé dans la lettre de Claparède à TËmpereur, 20 frimaire an XIV (11 décembre). — Voir p. j.
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avec les Autrichiens. Le général Auffenberg, surpris à table avec ses officiers, avait vivement formé ses bataillons en un vaste carré, flanqué à droite et à gauche par deux escadrons de cuirassiers. Murât manœuvrait pour tourner les troupes adverses par la droite ; Lannes donne Tordre à sa cavalerie légère de se porter sur la gauche et de les déborder.
Deux escadrons ennemis qui veulent s'opposer à ce mouvement sont chargés et culbutés par le 21® régiment de chasseurs.
Pendant ce temps les dragons du général Klein attaquaient de front Tinfanterie. Le carré est enfoncé, les bataillons sont contraints . d'opérer leur retraite vers les bois qui couronnent les hauteurs de Bintzwang. Le maréchal Lannes ordonne alors à la division de grenadiers de longer la lisière de ces bois et de se porter sur Tennemi. La première brigade seule est en mesure d'exécuter ce mouvement. Elle comprenait quatre bataillons d'élite, provenant des 13% 58% 9*^ et 81^ de ligne, dont deux venaient d'être mis ce jour-là sous les ordres de Glaparède (1). Cette brigade
(1) Les divisionnaires disposaient de leurs brigadiers comme ils Tentendaient et en campagne il n'était pas rare de voir un général marcher avec un ou deux bataillons. Voir^ plus loin, Suchet et Victor à Saalfeld,
marche avec tant de rapidité qu'elle parvient à joindre les bataillons autrichiens et à les forcer au combat. En moins d'une heure ils sont battus et mis en déroute. La 2^ brigade qui cherchait à les tourner, est arrêtée par un marais et ne peut leur couper la retraite.
lie résultat de ce combat de quelques heures fut merveilleux : douze à quinze cents prisonniers, toute Tartillerie ennemie et six drapeaux restèrent entre nos mains ; il y eut un grand nombre de tués et de blessés. De notre côté : quatre morts et vingt-cinq à trente blessés parmi les grenadiers. Toute la colonne ennemie serait tombée en notre pouvoir si elle n'avait eu en arrière d'elle des forêts pour la soustraire à nos coups et si la nuit n'était pas venue arrêter nos succès en empêchant la poursuite (1).
Le troisième bulletin de la Grande Armée dans le récit de l'affaire de Werlingen s'exprimait en ces termes : ce La division Oudinot frémissait de l'éloignement qui l'empêchait de se mesurer avec l'ennemi. A sa vue seule, les Autrichiens effectuent leur retraite ».
(1) D'après le compte rendu du général Compans, chef d'état-major du 5® corps, sur la part prise parce «orps au combat de Wertingen. (Archives historiques.)
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Le soir du combat, le 5* corps d'armée se retira sur les hauteurs de Bintzwang, disons plutôt la division Oudinot, car celle du général Gazan était détachée depuis quelques jours auprès du maréchal Ney et la cavalerie légère venait de passer aux mains de Murât. Le commandant du 5* corps se plaignait amèrement d'en être réduit à une seule division et de ne pouvoir entreprendre d'aussi grandes opérations que ses camarades (i). En arrivant le lendemain à Zusmershausen, oii Napoléon venait d'établir son quartier général, Lannes renouvela ses plaintes. C'est alors que la division Suchet, arrivant de Donauwerth, fut désignée pour faire partie définitivement du 5* corps (2).
Le 10 octobre, l'Empereur passa en revue les troupes du maréchal Lannes, accorda des récompenses, loua le courage et la belle tenue des grenadiers. I^e général Claparède fut affecté ce jour-là à la division Suchet, en attendant, lui dit l'Empereur, l'organisation définitive des grenadiers (3). Malgré cette belle
(1) Journal historique du 5« corps. — 9 octobre.
(2) Archives historiques (10 octobre).
<3) Lettre du 20 frimaire an XIV.— Voir pièces justificatives.
promesse, quatre années^ devaient s'écouler avant son retour auprès du général Oudinot.
Mais pendant ce temps, nous allons le voir entraînant à sa suite un régiment dont le bon renom va s'accroître de jour en jour et dont les exploits laisseront dans l'histoire de l'Empire une trace ineffaçable.
La division Suchet se composait de cinq régiments : le 17* d'infanterie légère, les 84% 40% 64^ et 88* d'infanterie de ligne. Le général Claparède reçut le commandement du 17* léger avec mission de marcher constamment à l'avant-garde (1). Les deux autres brigades étaient respectivement commandées par les généraux Becker et Valhubert. L'organisation de ces troupes restera la même pendant trois campagnes successives (2) et c'est pourquoi nous insistons sur le détail de sa composition.
A partir du 11 octobre, la division Suchet continua son mouvement en remontarit le
(1) n n*était pas rare à cette époque de voir un général de brigade avec un régiment léger à l'avantgarde. Voir Thiébault, dans les Préliminaires de la campagne de 1805.
(2) Excepté en ce qui concerne le commandement de» 2« et 3* brigades.
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Danube. Le 14, pendant l'attaque d'Elchingen par le maréchal Ney, Lannes avait fait occuper les hauteurs qui dominent la plaine au-dessus du village de Pfûlh. Le soir, les tirailleurs du iT léger poussèrent une pointe jusqu'à la tète de pont de la ville d'Ulm et enlevèrent, cet ouvrage, jetant ainsi la confusion parmi les troupes de la place. A une heure du matin, le 5* corps passait le Danube sur les ponts d'Elchingen et de Thalfingen, la divisior Suchet à droite. Murât, Lannes et Ney se placèrent en bataille pour forcer les retranchements de l'ennemi.
Sur les trois heures de Taprès-midi, pendant que Ney se portait sur le Michaëlsberg, « le maréchal Lannes avait chargé le général Suchet d'attaquer avec sa division les retranchements du Frauenberg ; il y conduisit le .général Glaparède, qui, à la tète de sa brigade, se précipita sur les ouvrages : l'ennemi les abandonna. Glaparède le poursuivit jusqu'au pied de la route qui conduit d'Ulm à Albeck.
Le général Suchet, lui ayant donné l'ordre de s'emparer des maisons les plus près de la place, Glaparède, à la tête dupremierbataillon du 17* d'infanterie légère, franchit sous le feu le plus vif un large ruisseau, déloge l'ennemi
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et s'établit dans les maisons. Le colonel Vedel, commandant de ce régiment, conduisait le deuxième bataillon au soutien du premier. Il entend battre la charge à sa droite par les troupes du maréchal Ney ; emporté par son audace et croyant qu'on livre un assaut général, il se jette dans la mêlée, renverse tout ce qui se trouve devant lui, arrive dans le retranchement qui couvrait la porte dite de Stuttgard, fait mettre bas les armes à près de cinq cents hommes et pénètre jusque sous la porte. De son côté, le général Claparède, avec le premier bataillon, malgré la mitraille et la mousqueterie du rempart, pénètre jusqu'à la porte du Danube. Si ce beau mouvement eût été soutenu par déplus grandes forces, comme le demandait le général Suchet, la ville eût été peut-être prise d'assaut ce jour-là ; mais l'ennemi ayant eu le temps de se reconnaître^ et voyant cette poignée de braves presque isolés qui ne pouvaient à cause de la pluie faire usage de leurs fusils, dirigea une double sortie contre les deux attaques ; les prisonniers reprirent leurs armes, et le 17' régiment, après une héroïque résistance, fut accablé par le nombre au pied des murailles. Il perdit beaucoup d'officiers et de soldats> cent cin*
» CAMPAGNE d' AUTRICHE 189'
quante furent blessés, et cent quatre-vingtsfaits prisonniers : parmi ces derniers se trouvait le brave colonel Vedel. Le général Glaparède rallia le reste et se maintint dans les maisons dont il s'était d'abord emparé » (1). Il resta là, exposé à de nouveaux assauts, jusqu'à la nuit tombante. A ce moment, Napoléon, voyant que l'armée autrichienne était cernée dans Ulm, ordonna de faire rétrograder en deçà des faubourgs les corps qui s'étaient engagés trop avant. Harassées de fatigue^ trempées jusqu'aux os par la pluie diluvienne qui n'avait cessé de tomber depuis le matin, menacées maintenant par la neige, les troupes françaises couronnèrent cette belle journée en s'établissant au bivouac en pleine boue. Mais les soldats oubliaient leur triste situation, ne songeant qu'à de nouveaux triomphes, parce que l'Empereur partageait avec eux les fatigues, les intempéries de la saison, les aommairesinstallations en plein air(2).
(1) M. Dumas : Récits des événements militaires, t. XIII, p. 81, 82, 83. Voir aussi le Journal historique du 5« corps. Le récit de M. Dumas nous a paru résumer admirablement les pièces manuscrites des archives et nous n'avons rien voulu y changer.
(2) En parlant de l'affaire du 15 octobre, le 9« bulletin disait : « L'Empereur n'a à se plaindre que de la trop
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140 LE GÉNÉRAL CLAPARÈDET
Le il, Mack capitulait dans Ulm, et, presque sans combats, par l'effet d'une manœuvre de génie, une armée entière restait en notre pouvoir (1). Le 5** corps était déjà parti, le jour où les vaincus défilèrent devant nos troupes rangées en bataille ; il servait de soutien à la cavalerie de Murât chargée de poursuivre les 20,000 hommes de Farchiduo Ferdinand échappés au désastre. Durant cette opération, les divisions ne marchaient pas toujours groupées dans la mam de leur chef.
Employées à différentes missions, nous les voyons tantôt isolées, tantôt réunies.
Lorsque les Russes, accompagnés d'un corps autrichien, se présentent sur la ligne de i'EnnS; Murât pense qu'ils vont opposer à sa marche une barrière redoutable. Mais, à l'arrivée des premières colonnes françaises, Kutusoff bat prudemment en retraite, ne laissant qu'une fraction de son armée sur les hauteurs d'Amstetten. Dans la journée du
grande impétuosité des soldats. Ainsi le 17® d'infanterie légère en arrivant devant Ulm s'est précipité dans la place. »)
(1) A cause de ce brillant résultat, Napoléon décida qu'une campagne serait comptée à tous ceux qui avaient assisté à ces premières opérations.
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5 novembre, la cavalerie légère et les grena diers d'Oudinot attaquent cette position.
Murât, croyant avoir affaire à forte partie, veut s'assurer une victoire complète et demande^ du secours en arrière. Sur le soir, Suchet reçoit Tordre de porter sa division jusqu'à Sternberg ; il fait bivouaquer la brigade Glaparède en avant de cette localité. Mais Tennemi s'est empressé de se retirer pendant la nuit.
Après l'affaire d'Amstetten, la poursuite des Austro-Russes se continue dans la direction devienne. Le 13 novembre, Murât etLannes entrent les premiers en triomphateurs dans la capitale de TAutriche. Le même jour, ils s'emparent par ruse des ponts du Danube ; les divisions Oudinot et Suchet passent immédiatement sur la rive gauche et remontent le fleuve, laissant à la garde des ponts un bataillon de grenadiers ainsi que la brigade^ Valhubert.
Le lendemain, le 5* corps arrivait à Stockerau. Le 15, il prenait position sur les hauteurs à gauche de la grande route d'HoUabrûn. Le 16, Murât atteignait l'arrière-garde de l'armée russe. Trompé à son tour, il signait une capitulation par laquelle il consentait à
suspendre sa marche sur la Moravie ; son adversaire s'engageait de son côté à quitter FAllemagne. Napoléon, flairant une ruse de guerre, n'approuva pas cette convention et •ordonna la poursuite immédiate.
L'armistice fut dénoncé aussitôt ; mais le prince Bagration, commandant de rarrièregarde, avait mis à profit pour accélérer sa retraite, les quatre heures de délai qui lui avaient été accordées.
Murât reprit sa marche en avant avec la -cavalerie et les corps de Lannes et de Soult placés sous ses ordres. Il joignit les Russes «n avant d'Hollabrùnn. Ceux-ci se trouvaient en position en arrière du village de Schœngraben, au delà d'un défilé défendu par 6,000 tie leurs meilleurs soldats. Le jour tombait. Il eût été prudent de ne pas engager un combat de nuit sur un terrain non reconnu à l'avance ; mais Murât, avec son impétuosité ordinaire, furieux aussi d'avoir été joué, ordonna quand même l'attaque. Il disposait des divisions Vandamme et Legrand du 4* corps, des divisions. Suchet et Oudinot du 5\ Vandamme était en réserve, Legrand attaquait la droite, Oudinot abordait l'ennemi de front, ayant fiuchet en deuxième ligne avec les brigades
CAMPAGNE d'aUTRICHE 143
Claparède et Becker. Cette dernière division marcha ensuite pour tourner Faile gauche^ des Russes. Le combat fut opiniâtre ; il dura, de quatre heures à onze heures du soir, se poursuivant au milieu des ténèbres de la nuit. Finalement, les Français restèrent maîtres da champ de bataille après avoir fait 1,800 prisonniers et avoir pris douze pièces de canon et plus de cent voitures à bagages (1).
Napoléon rejoignit les troupes qui venaient de combattre à Hollabrûnn (2) et leur accorda comme une faveur insigne un jour de repos.
Dès le 19, la division Gaffarelli (3) entrait dans la composition du 5"* corps. Lannes recevait Tordre de concentrer ses troupes aux environs de Brùnn. Le 27, il les réunissait en avant de celte ville, les passait en revue, les faisait manœuvrer et reprenait ensuite ses quartiers. Le 28, la brigade Claparède se portait dans les bois qui longent la route de Posoritz, afin de flanquer notre cavalerie forcée de se retirer en arrière. Le 29, cette
(1) Le général Oudinot, grièvement blessé dans cette affaire, était remplacé dans son commandement par le général Duroc.
(2) En réalité le combat eut lieu à Schœngraben.
(3) Elle remplaçait la division Gazan passée au 8® corps le 5 novembre.
même brigade était placée dans les bois de Bellovitz, en arrière des grenadiers commandés par Duroc.
Déjà les Russes avaient attaqué nos avantpostes. Les deux armées, désireuses d'en venir aux mains, se préparaient à une grande bataille qui terminerait la campagne.
Le 30 novembre, le corps dil maréchal Lannes formant la gauche de Tarmée, se trouvait en position près du Bosenitz-Berg. Ce mamelon escarpé s'appelait aussi le Saijton, en souvenir d'un monument funéraire qui y avait été construit par les Musulmans, lorsqu'ils étaient maîtres de la Moravie. Napoléon regardait le Santon morave, d'après sa position sur le terrain, comme la clef de ses opératioîis offensives. Dans la matinée, après avoir fait placer dix-huit pièces de canon sur cette hauteur, il appela Claparède, lui donna ses instructions, lui fit connaître l'importance de ce poste, et lui ordonna de l'occuper avec sa brigade, de s'y fortifier et de le défendre avec la plus grande vigueur. C'était le meilleur moyen d'ôter aux Russes l'envie de se porter sur notre gauche. Se tournant ensuite vers le 17"^' d'infanterie légère, l'Empereur lui rappela, dans une harangue pleine de feu et d'énergie.
les nombreuses actions où il s était distingué en Italie et le soin qu'il devait apporter à la conservation de sa vieille réputation. «Je connais votre bravoure, dit-il. A Montelegino, je vous ai confié un poste important, vous l'avez défendu ; je vous en confie un autre plus important encore, vous périrez tous plutôt que de le rendre . »
Il n'en fallait pas plus pour remplir d'enthousiasme tous ces vaillants soldats.
Le discours à peine fini, un frisson passa dans les rangs, et de toutes les poitrines s'échappa le cri de : « Vive l'Empereur ! », Ces braves du 17* jurèrent avec leur 'général de se laisser exterminer jusqu'au dernier plutôt qi;ie de faillir à leur devoir.
Glaparède, sachant ce que l'on pouvait attendre de tels hommes, les conduisit sur le Santon et aussitôt les travaux commencèrent avec ardeur. Le lendemain on les continua.
Sur le soir l'Empereur parcourut la ligne des avant-postes et adressa encore à tous un mot d'encouragement.
Enfin arriva le 2 décembre, jour à jamais mémorable, où l'histoire, en enregistrant le nom d'Austerlitz, avait à retracer l'une de nos plus grandes victoires.
Rien n'était changé dans les dispositions précédemment prises en ce qui concernait la brigade Claparède; elle devait défendre le mamelon escarpé dont elle avait reçu la garde. Les autres régiments de la division Suchet, à cheval sur la route de Brùnn à Olmûtz, se ralliant au 17* léger, se trouvaient en première ligne, couverts par un. ravin et prêts à Se porter en avant. Dès cinq heures du matin, à la lueur des feux de bivouac, les deux divisions Suchet et Gaffarelli avaient pris leurs emplacements sur la gauche du champ de bataille. Les Russes, depuis la veille, nous iaissaientdevinerleur intention de nous tourner par la droite. Afin d'assurer le succès de leur manœuvre, le prince Bagration, dans le but de nous donner le change, devait faire une démonstration sur notre gauche et s'emparer de cette même position du Santon où Claparède était établi . Le général russe lance sur ce point ses masses d'infanterie; il espère s'en rendre maître rapidement, mais il s'aperçoit bientôt qu'il n'a pas compté avec la bravoure, Ténergie, ropiniâtreté des défenseurs. Trois fois ses attaques se renouvellent ; trois fois elles sont repoussées par les braves du IT léger. Ceux-ci, secondés par le feu des
dix-huit pièces d'artillerie, luttent comme des lions, et, prenant tout à coup une vigoureuse offensive, ils obligent Bagration à rétrograder jusqu'à Posoritz. Le prince aurait été coupé €t pris, sans les trente escadrons du général Ouvaroff venus à son secours .
Grâce à ce renfort, Bagration se maintient dans le village ; mais quelques instants après, notre cavalerie, ayant culbuté la cavalerie de la garde russe, le prince craint d'être entièrement tourné et se retire sur Austerlitz. Dès lors, la route de Wischau n'est plus gardée.
Les troupes du maréchal Lannes ainsi que celles de Murât s'y précipitent et enlèvent une grande partie des équipages russes qui filaient sur cette ville .
Vers la fin du jour,* le 17' léger emmenait les prisonniers faits à Blaziow^itz. Tout à coup, un corps de cavalerie ennemie débouche sur son flanc droit. Le général Debilly s'en aperçoit et fait former en carré le 61* d'infanterie qui marchait derrière les troupes légères de Glaparède. Ce mouvement est exécuté avec tant de rapidité et de précision que la cavalerie ennemie se trouve engagée entre deux régiments, subit leurs feux croisés, éprouve de grandes pertes et
va se faire encore sabrer par les escadrons de Murât (1) .
Voilà quel fut le rôle joué par les défenseurs du Bosenitz-Berg, dans cette journée d'Austerlitz (2). Lorsque le trentième bulletin de la Grande Armée donna le compte rendu de cette mémorable bataille, il restait à peu près muet (et c'était une injustice) sur les opérations du 5* corps. Une phrase élogieuse rappelait simplement la mission du iT léger.
En yûicÀ la teneur : « La gauche du maréchal Lannes était appuyée au Santon, position superbe que T Empereur avait fait, fortifier et où il avait fait placer dix-huit pièces de canon. Dès la veille; il avait confié la garde de cette belle position au iT d'infanterie légère et certes elle ne pouvait être gardée par de meilleures troupes » (3).
Dans sa proclamation, Napoléon avait
(1) Voir pour cet alinéa VHistorique du 92^ de ligne^ par le capitaine Réthoré.
(2) n est entendu une fois pour toutes que, dans cette biographie, en faisant le récit d'un combat, nous donnons simplement ce qui a rapport au général Claparède, sans nous étendre sur les opérations des autres généraux.
(3) Les bulletins citent toujours les régiments ; il est rare que le nom du géuéral soit mis en évidence.
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ajouté ^ces mots qui resteront à jamais gravés dans toutes les mémoires : « Soldats, vous avez décoré vos aigles d'une gloire immortelle] Rentrés dans vos foyers, il vous suffira de dire: J'étais à Austerlitz, pour qu'on vous réponde : Voilà un brave. »
Le lendemain de cette glorieuse victoire^ le maréchal Lannes recevait l'ordre de se porter sur Stanitz pour gagner le flanc droit de l'ennemi. Mais trois jours plus tard l'armistice, signé entre le général Berthier et le prince de Lichtenstein, arrêtait toute opération. Le S"" corps devait occuper les cercles de Znaïm et de Brûnn. C'est autour de cette dernière ville que se trouvaient provisoirement bivouaquées les divisions Suchet et Caffarelli.
Le 10 décembre, le maréchal Lannes reçut l'autorisation de quitter l'armée (1). Son dépari engagea Glaparède à adresser une demande pour reprendre sa place à la division Oudinot(2). Ce n'est pas qu'il ne fût très fier de commander le régiment d'avant-garde avec lequel il venait de faire la campagne, mais il redoutait un changement subit qui ne servi-
(1) Il est remplacé le 16 dans son commandement par le maréchal Mortier.
(2) Lettre du 20 frimaire an XIV, datée de Brûnn.
rait pas à souhait sa légitime ambition. En présence de cette incertitude, il était bien aise de s'appuyer à Tavance sur la promesse que lui avait faite l'Empereur à la revue de Zusmershausen. Au reste, sa haute taille le destinait plutôt aux grenadiers qu'aux voltigeurs. Nous verrons néanmoins qu'il ne fut pas donné suite à cette demande.
La signature du traité de Presbourg (26 décembre) mit fin à la troisième coalition en redonnant la paix à TEurope. La Grande Armée ne rentra pas en France ; ses corps allaient dans quelques jours se disperser et prendre leurs cantonnements dans l'intérieur de l'Allemagne.
Avant de passer outre, jetons maintenant un simple regard en arrière. D'après ce qui précède, nous constaterons aisément que l'année 1805 avait été bien remplie par le général Claparède. Parti au mois de janvier pour l'expédition de la Dominique, il en était à peine revenu qu'il repartait de nouveau pour la campagne d'Autriche, pendant laquelle il prenait une part active à trois combats et à une bataille rangée. Malgré cela aucune récompense, grade ou décoration; ne vint couronner les efforts, la bonne volonté, la bravoure du
général. Napoléon, cependant, ne ménagea pas ses faveurs après celle glorieuse campagne ; jamais il n'en avait été si prodigue. Mais il fallait alors avoir exposésa vie, versé son sang sur vingt champs de bataille avant d'être reconnu digne d'avancement dans la hiérarchie ou dans l'ordre de la Légion d'honneur, et, presque toujours, une première proposition restait sans résultat.
Après Austerlitz, Claporède avait été présenté par ses chefs pour le grade de général de division. Nous verrons combien de temps il devra attendre encore, combien de fois il méritera cet avancement avant de l'obtenir de la Ubéralité du Maître.
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