‹ Le général Claparède; sa vie militaire, ses campagnes d'après des documentsChapitre 13 sur 36 · CHAPITRE VIII · texte numérisé non relu

CHAPITRE VIII

Préliminaires. — Combat de Saalfeld. — Affaire de WiNZERLÉ. — Bataille d'Iéna. — Poursuite de l'armée PRUSSIENNE. — Marche forcée. — Capitulation de Prentzlow. — Coup d'œil rétrospectif sur une campagne DE dix-huit jours.

Nous n'essayerons pas de suivre le général Claparède dans toutes ses étapes à travers l'Allemagne. Aussi bien la liste de noms germaniques que nous aurions à dresser n'offrirait aucun intérêt.

Deux mots suffiront, en ce qui concerne notre sujet, pour énoncer les événements qui précédèrent la campagne de Prusse.

Au mois de février 1806, pendant que le o' corps se trouvait en Bavière, on constitua

un nouveau bataillon de grenadiers choisis dans les divisions Suchet et Gazan. Ce bataillon d'élite (c'est le nom que lui donne l'histoire) entre avec le 17* léger dans la composition de la brigade Glaparède (1). Nous le verrons figurer plusieurs fois dans les combats futurs.

A partir du mois de mars et pendant le semestre suivant, le 5*" corps prend ses cantonnements dans la partie occidentale du cercle de Franconie, y compris le duché de Wûrtzbourg.

Vers le 20 septembre, la guerre avec la Prusse parait inévitable. L'Angleterre depuis longtemps poussait cette puissance contre nous. Avec le concours de la Russie et de la Suède, la quatrième coalition était organisée. Un enthousiasme belliqueux animait la noblesse et l'armée prussiennes ; la reine elle-même se montrait à cheval en costume militaire pour exalter les esprits. Guillaume, malgré sa répugnance, suivit le mouvement général. Il somma Napoléon de retirer toutes ses troupes sur la rive gauche du Rhin et de souscrire à la formation de la Confédération de l'Allemagne

(1) Archives historiques, février 1806,

du Nord. « On nous donne un rendez-vous pour le 8 octobre, dit TEmpereur à Berthier, jamais un Français n'y a manqué. »

Le 5* corps reçut Tordre de s'avancer vers le Mayn et la Kednitz, de reconnaître les débouchés des montagnes et de se tenir prêt à tomber sur l'ennemi, dans le cas où celui-ci chercherait à se porter sur Wûrtzbourg.

La composition de ce corps était à peu près la même que dans la campagne précédente. Il comprenait les divisions d'infanterie Suchet et Gazan et la cavalerie légère du général Treilhard (1).

La division Suchet comptait toujours trois brigades :

1'* Général Glaparède : 17"* léger, bataillon d'élite.

2* Général Reille- : 34^ et 40' régiments d'infanterie de ligne.

3« Général Vedel (2) : 64^ et 88' régiments d'infanterie de ligne.

La 2^ division sous le commandement du

(l)La division Oadioot,non encore reconstituée, devait marcher avec la garde.

(2) Ancien colonel du 17^ léger, nommé général de brigade après Austerlitz, en remplacement du générai Valhubert.

général Gazan comprenait les brigades Graindorge et Compans.

a C'était, dit le général Victor, une réunion de braves qui donnaient les plus hautes espérances. Lannes les avait conduits à la campagne contre TAutriche. Le jour où il revient est un jour d'allégresse (1). »

Dans les autres corps de la Grande Armée, îes maréchaux et les généraux avaient sous leurs ordres les mêmes troupes que l'année précédente.

L'armée prussienne, sous le commandement en chef du vieux duc de Brunswick, le vaincu de Valmy, était déployée derrière le Frankeo • wald et la forêt deThiiringe depuis les sources de la Saale jusqu'à Eisenack.

Napoléon, accouru de Paris en toute hâte, concentre la Grande Armée aux environs de Bamberg. Son plan consiste à franchir le Frankenwald par les défilés de Gobourg, Kronach et Bayreuth, de tourner les Prusftiens par leur gauche et de leur couper la route de Berlin.

I *e b"" corps formait la tète de l'aile gauche de l'armée. Depuis le 3 octobre, il était à

(1) Lannes reyientprendrelecommaDdementdu 5® corps 1« 6 octobre, en remplacement du maréchal Lefebvre

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Scllweinfûrth, avec son avant-garde, commandée par Glaparède, à Kônigshofen. Le 7, il se dirigea sur Cobourg, el de là sur Graffenthal. Après avoir atteint cette dernière ville, Glaparède se porta en avant en suivant la rive gauche de la Saale et repoussa les détachements du prince Louis de Prusse. C'était le 9 au soir.

Si la force* de Tennemi ne dépassait pas 48,000 hommes, comme les premiers rapports Tannonçaient, Lannes avait ordre d'attaquer ; dans le cas contraire, il devait attendre l'arrivée d'Augereau avec le 7« corps. Mais les reconnaissances ayant confirmé le premier chiffre donné, Tatlaquefut décidée pour le lendemain.

Au 'point du jour, les troupes de Lannes se portent en avant. A sept heures du matin, Claparède, avec ses éclaireurs, repousse les avant-postes prussiens el reconnaît la position. Le maréchal apprend alors que Tavantgarde de Tarmée prussienne se trouve à Saalfeld. Quoiqu'il ne dispose en ce moment que d'une partie de la 1'° division et de deux régiments de hussards, il n'hésite pas un seul instant et lance sur Tennemi l'infanterie de l'avant-garde. Deux compagnies de voltigeurs

du 17* léger gagnent la crête des hauteurs. Pendant ce temps, le reste du régiment et le bataillon d'élite, sous la conduite de Glaparède, pénétrant dans la vallée, cherchent à déboucher par le village de Gernsdorf, à un kilomètre du faubourg de Saaifeld. Ce mouvement s'exécute avec beaucoup de hardiesse et de vivacité. Les tirailleurs, soutenus par la cavalerie, qui s'est portée sur la gauche, s'avancent jusqu'au delà du défilé. Dès qu'ils sont à découvert, ils essuient les coups de feu de l'ennemi. Mais, sans s'arrêter, ils se précipitent sur le village de Gernsdorf et s'en emparent en repoussant les chasseurs prussiens.

Le prince Louis, qui avait reçu l'ordre de ne pas engager d'action avec les Français, apprend qu'il a devant lui l'avant-garde d'un corps de 20,000 hommes. Il aurait pu alors battre en retraite. Mais il prend sur lui de tenir à Saaifeld.

Quand le maréchal Lannes voit que l'ennemi est résolu à se défendre, il prend ses dispositions pour le combat. Il prescrit à la cavalerie ainsi qu'aux deux autres brigades de Suchet de se porter en avant. En attendant, le bataillon d'élite continue son mouvement dans la plaine ; le 17Monge la montagne boi-

sée et se porte sur la gauche pour s'emparerde la communication de Kônigsée, ligne de retraite de l'ennemi. Dès qu'il aperçoit ce mouvement, le prince Louis sent le danger auquel son aile droite est exposée. Pour déloger Glaparède, il ordonne une charge d'infanterie. Aussitôt dix bataillons saxo-prussiens sont réunis, 6 en bataille sur le front et 4 en colonne sur le flanc gauche. L'infanterie prussienne fait d'abord une décharge de mousqueterie et s'élance ensuite résolument sur les tirailleurs français. A ce moment le général Glaparède, disposant seulement d'une partie de sa brigade, doit soutenir une attaque des plus vigoureuses. Il résiste assez longtemps pour permettre à 2 bataillons du 34% envoyés à son secours, de se déployer derrière la montagne boisée. Le général Suchet a pris le commandement de ces troupes ; il débouche à l'improviste sur le flanc droit des assaillants, les force à se replier en arrière et les rejette dans la plaine. Le 34* s'établit sur leur emplacement. Restait encore un détachement ennemi occupant une position avantageuse dans un bois situé sur notre gauche. L^maréchal Lannes charge le général Reille de le débusquer.

Celui-ci pénètre sous bois avec le 34^ Grâce

à la vigueur de son attaque, ir repousse les Prussiens et leur enlève 15 pièces de canon.

Le 40^ suivait en échelon et le 64* renforçait notre gauche où déjà quelques tirailleurs du 17° léger avaient épuisé leurs cartouches.

Le 88% conduit par le général Vedel, était descendu en masse dans la plaine au soutien de la cavalerie qui n'attendait que le moment de charger.

Vers une heure de Taprès-midi, les troupes -qui combattaient en avant et en arrière de Saalfeld sont pressées de toutes parts et foudroyées par notre artillerie. Un certain flottement règne dans leurs rangs. Le maréchal Lanues s'en aperçoit. C'est le moment de lancer en avant la cavalerie, afin de jeter le désordre dans ces masses prussiennes et saxonnes. Les 9"" et 10° hussards vont s'en charger. Ces deux régiments s'élancent avec impétuosité, sabrant tout sur leur passage.

C'est alors que le prince Louis cherche, mais trop tard, à battre en retraite en bon ordre. Ses troupes se sont déjà débandées. Il parvient à réunir à grand'peine près de Wœlsdorf cinq de ses escadrons ; il se met à leur tête et fond sur le 9° hussards qu'il fait plier. Mais le 40° arrivant à son tour, attaque en même temps

-S' Ti

les deux flancs de la cavalerie saxo-prussienne, la culbute, en fait un massacre horrible et jette le plus grand désordre dans l'infanterie. Le prince Louis est atteint au moment où il cherchait à franchir une barrière ; une lutte corps à corps s'engage entre lui et le maréchal des logis Guindel (1). Le prince ne tarde pas à succomber dans ce combat singulier. Sa mort donne le signal de la déroute. . Les troupes éparpillées dans la plaine sont dans la confusion la plus complète. On les presse Tépée dans les reins. L'ardeur de notre cavalerie redouble celle de notre infanterie. Le général Victor, à la tète du bataillon d'élite, passe la Saale et poursuit les alliés jusqu'au delà de Rudolstadt. De son côté, le général Claparède, avec le l?"* et le 84% talonne les fuyards de l'aile droite et les pousse dans la Schwarza. Quatre compagnies du iT passent la rivière, ayant de l'eau jusqu'à la ceinture, et précipitent la marche des vaincus.

Dans cette poursuite, les troupes de Claparède enlèvent 17 pièces de canon dans un bois où l'ennemi les avait entassées et ramènent

(1) Certaines histoires portent Guindé, le rapport manuscrit du général Victor donne Guindel.

comme prisonniers plusieurs officiers et chasseurs, tant saxons que prussiens.

Au milieu de cette retraite désordonnée, les soldats ennemis ne savaient plus à quels chefs obéir ni de quel côté s'échapper. Serrés de près, les uns s'étaient jetés dans la Saale et s'y étaient noyés, les autres avaient mis bas les^ armes ou cherché un refuge dans les montagnes»

Le combat de Saalfeld, commencé par la brigade Glaparède toute seule, était tout à la gloire de la division Suchet ; celle du général Gazan n'arriva que pour être témoin de la déroute. Nous avions fait 45 à 1.800 prisonniers, pris quatre drapeaux, enlevé 33 pièces d'artillerie avec leurs caissons attelés ; 600 alliés avaient succombé. Nos pertes s'élevaient à 172 hommes tués et parmi eux 3 capitaines des 17* et 34^ régiments.

Dans son rapport de la journée, le général Suchet, après avoir retracé les exploits du l?** et du bataillon d'élite, écrivait au maréchal Lannes : « Je ne puis assez vous faire apprécier l'intrépidité du général Glaparède. Vous avez été à portée d'en juger vous-même (1) ».

Le maréchal fît recueillir la dépouille mor-

(1) Rapport manuscrit du général Suchet. (Ârchîyei» historiques.)

telle du prince Louis de Prusse; le lendemain elle fut transportée à Cobourg, escortée de plusieurs compagnies de grenadiers. Le reste du corps d'armée alla bivouaquer sur la route de Géra, en avant de Neustadt.

Le 12 octobre, Napoléon, apprenant que les principales forces prussiennes étaient concentrées sur Erfurt, ordonne au commandant du 5* corps de changer de direction et de se porter sur léna. Arrivé à Gôschwitzvers le soir, Lannes apprend que les Prussiens sont établis dans un passage étroit, en avant du village de Winzerlé, avec des canons, des cavaliers et de l'infanterie. On fait la reconnaissance de la position ; la cavalerie légère du 5* corps charge sous le feu de l'artillerie adversOt tue quelques hommes et fait une vingtaine de prisonniers. Nous apprenons par eux que l'ennemi est campé entre léna et Weimar et que les troupes en notre présence, à l'effectif de 7 à 8.000 hommes, forment l'avant-garde prussienne sous les ordres du général Tauenzien.

Lannes ordonne ensuite aux voltigeurs de l'avant-garde d'attaquer les hauteurs situées sur la gauche des batteries nombreuses que l'ennemi a établies dans le défilé. Le général

Glaparède, à la tête des carabiniers du 17"* léger, marche parla grande route et se dirige droit sur les pièces. Les Prussiens soutiennent un moment cette attaque, mais malgré leur résistance et leur feu très vif, en un instant le défilé est forcé, le village enlevé, l'ennemi repoussé au delà des maisons. La nuit empêche le commandant du 5** corps d'engager ses troupes plus avant, mais il recommande à Claparède d'inquiéter l'ennemi jusqu'au matin. Le corps d'armée bivouaque en arrière de Winzerlé. Le 17° s'installe dans le village à 8 heures du soir et ses avant-postes sont établis bien avant dans la plaine jusqu'à deux kilomètres d'Iéna.

Cette action du 12 octobre, à laquelle assista le roi de Prusse, coûta la vie à une trentaine d'hommes du 17* léger.

Le 13, au point du jour, le 5* corps prend les armes. Malgré Tépaisseur du brouillard et les défilés dangereux, il poursuit l'avant-garde de Hohenlohe, la déposte des bords de la Saale, la harcèle dans sa retraite. Le général Tauenzien évacue léna de peur d'être coiipé du reste de l'armée. Quelques tirailleurs ennemis, à la faveur de la brume, tenaient encore les approiches de la ville au moment de l'arrivée de nos

troupes. Ils sont culbutés par les tirailleurs du 17% poursuivis dans les rues et les jardins et une trentaine de prisonniers, dont quatre officiers, tombent en notre pouvoir. Le chemin étant ainsi déblayé, les divisions Sachet et Gazan pénètrent dans la vallée du Mûhl-Thal, tournent léna et s'acheminent sur la chaussée de Weimar. Lannes ordonne à la première division de s'établir en colonne par brigade sur laroute. Après avoir fait faire la reconnaissance des escarpements de droite, Suchet déterminait les hauteurs que devait occuper la brigade Claparède, lorsqu'une fusillade ^e fait entendre. Les éclaireurs du 17** étaient attaqués. Suchet les fait soutenir par un bataillon du 40° conduit par le général Reille. Lannes se porte en avant, afin de se rendre compte par lui-même de la situation.

A ce moment, le brouillard commence à se dissiper; on aperçoit l'armée prussienne, rangée en bataille sur trois lignes, couvrant une étendue de plusieurs lieues. Elle occupait sans intervalles toutes les hauteurs en amphithéâtre entre l'Ilm et la Saale. Lannes croyant avoir en face de lui toutes les troupes du roi de Prusse, se décide à concentrer ses forces et prévient Napoléon.

L'Empereur arrive vers les quatreheures du soir, il gravit le plateau élevé du Landgrafenberg occupé par le général Glaparède avec le 17** léger et le bataillon d'élite. En apercevant le camp ennemi, il ne doute pas que ce ne soit là toute l'armée prussienne, et, reconnaissant l'importance du poste où il se trouve, il ordonne au maréchal Lannes de le faire occuper par toutes ses troupes. Le 5^ corpS; puis la garde impériale viennent camper sur la sommité et sur les pentes de Landgrafenberg négligé par le prince de Hohenlohe. Mais, faute de chemin, on ne pouvait y faire monter les pièces de canon. Un prêtre indique à Lannes un sentier qui conduisait sur ce plateau. C'était une rampe étroite et raideque des travailleurs passèrent une partie de la nuit à rendre praticable. Grâce à ces travaux, Fartilierie couronne bientôt ces hauteurs arides.

L'Empereur s'était établi au milieu des^ troupes, dans un abri de paille dressé par les grenadiers du 40% Pendant la nuit il vint plusieurs fois par sa présence encourager les travaux. Deux fois il parut dans le camp de Suchet. A une heure, il parcourut les avant-postes établis à quelques pas de l'ennemi et faillit être victime de la surveillance scrupuleuse des soldats.

C'est ainsi qu'en attendant le jour, on préludait à la bataille dMéna.

A quatre heures du matin, Napoléon fait lui-même prendre les armes aux divisions Suchet et Gazan. Ensuite, passant devant le front des troupes : a Soldats, dit-il, Tarmée est coupée comme celle de Mack Tétait à Ulm, il y a aujourd'hui un an. Cette armée ne combat plus que pour se faire jour et pour regagner ses communications. Le corps qui se laisserait percer, se déshonorerait. Ne redoutez pas cette célèbre cavalerie, opposez-lui des carrés hérissés de baïonnettes. »

Cette harangue fut accueiUie par les plus vives acclamations.

A 6 heures, le jour ne paraissait pas encore ; un brouillard très épais obscurcissait l'horizon. L'Empereur ordonne néanmoins de marcher.

Le 5* corps prend alors sa formation de combat : la division Suchet en tête avec la brigade Claparède en première ligne, la brigade Heille en colonne serrée sur les ailes avec ordre de se déployer dès que le terrain le permettrait, enfm les 64* et 88% en réserve, massés à 200 mètres en arrière. Cette division devait déblayer l'entrée du champ de

bataille et donner à Tarmée l'espace nécessaire à son déploiement.

La première brigade (17.* et bataillon d'élite) était formée en bataille sur deux lignes avec deux pièces d'artillerie dans les intervalles. Elle avait pour mission de marcher sur le village de Glosewitz situé sur notre droite et de s'en emparer.

On s'avance avec beaucoup de prudence à la recherche du point indiqué; mais le brouillard ne permet pas de distinguer à dix pas devant soi. Lannes ordonne de faire appuyer à gauche la brigade Glaparède.

Chemin faisant, l'officier porteur de cet ordre entend les commandements des officiers prussiens. Il en fait part au général et alors, dans l'obscurité du brouillard qui ne permet pas de juger la force de l'ennemi, s'engage presque à bout portant un feu de mousqueterie et d'artillerie.

On continue d'avancer ainsi en tâtonnant et l'on se tire des coups de feu presque à bout portant sans pouvoir se reconnaître. Le iT et le bataillon d'élite soutiennent pendant plus d'une heure une fusillade des plus vives et des plus meurtrières. A côté de Glaparède quelques officiers ou ordonnances

sont tués, d'autres ont leurs effets percés de balles.

Faute de point de direction, absolument impossible à fixer, on a suivi jusqu'ici la pente naturelle du terrain. Ainsi tous les corps ont été entraînés vers la gauche et la division Suchet s'est resserrée pendant l'exécution de ces mouvements.

Vers huit heures, le brouillard devient moins opaque ; on commence à distinguer le petit bois de Closewitz. Sur l'ordre de Suchet, Claparède s'élance résolument sur le village, l'attaque avec vigueur et réussit à s'en emparer au moment où l'ennemi s'y jetait en force, soutenu par 10 canons et 4 obusiers.

Les deux autres brigades de la division soutiennent la première et arrivent sur le bois presque serrées en masse. Une nombreuse cavalerie apparaît sur le plateau. A ce moment le 17* léger, singuUèrement affaibli, manque de cartouches. Suchet ordonne au général Reille de le remplacer par le 34^ Pendant que cette manœuvre s'exécute sous le feu de l'ennemi, le soleil apparaît dans tout son éclat et nous fait apercevoir trois bataillons de grenadiers prussiens qui chargeaient sur le flanc de la colonne d'attaque. Le 2"" et le 3*

bataillon du 84% faisant alors un changement de front, s'avancent lentement, l'arme au bras, et tombent à leur tour sur les grenadiers.

Cette charge détermine un mouvement rétrograde qui nous livre deux pièces de canon.

Les Prussiens en fuite continuaient à tirer en arrière en marchant. Le 88*" se porte sur eux et achève de les disperser; il s'empare de 22 pièces laissées par l'ennemi, dans un grand ravin situe en arrière de la position que nous venions d'enlever.

Le général Glaparède a continué son mouvement dans la vallée ; il en expulse les bataillons qui cherchaient à s'y reformer. Entraîné jusqu'au delà du moulin d'Iéna, il fait encore abandonner 4 pièces d'artillerie, mais luimême, rencontrant bientôt des forces supérieures, revient en bon ordre se replacer à côté de sa division (l).

L'Empereur se trouvait alors au milieu des troupes du maréchal Lannes. On raconte que, mis au courant des prouesses accomplies depuis le matin par le 17' léger et le bataillon d'élite et voyant la victoire presque assurée, il aurait dit au général Glaparède : « G est assez

(1) Rapport du général Suchet. (Archives historiques.)

pour une journée; maintenant un peu de repos » (1).

(( Cette action n'avait pas duré deux heures; il en était neuf et Napoléon avait dès lors réalisé la première partie de son plan (2). » La division Suchet, qui venait d'ouvrir le champ de bataille, vint s'établir, avec les troupes du 5*" corps et dans l'ordre le plus parfait, entre les villages de Closewitz et de Lûtzerode, derrière lesquels l'ennemi nous attendait.

La bataille cependant n'était pas encore gagnée. Vers dix heures, on entendit sur la droite le canon du maréchal Soult. La marche sur Weimar se continua à travers les morts et les blessés de l'armée prussienne.

A onze heures, le mîiréchal Ney, qui était passé entre les divisions Suchet et Gazan, emporte avec le bataillon de voltigeurs et le 40* de ligne le village de Vierzenheiligen qui ne peut être repris. Il s'y établit pendant que Lannes le fait soutenir par le 21^ léger et se porte lui-même sur la gauche avec le 100* et le d03\ Le feu vient de s'engager sur toute la ligne. Comme le dit le général Victor avec un

(1) Paroles rapportées par le neveu du général, le président Claparède, dans une notice, (î) Thiers, page 231.

172 LE GÉNÉRAL CLAPARÉDG

lyrisme qui n'a rien d'outré : « Chacun des deux partis cherchait la victoire ; l'audace et le courage paraissaient égaux de part et d'autre ; la mort moissonnait de? milliers d'hommes et il semblait que les deux armées dussent périr sur le champ de bataille » (1).

Cependant, Tattaque de flanc du maréchal Lannes a ralenti le feu de nos adversaires pendant que le nôtre redouble. La mitraille est terrible au milieu de cette plaine découverte. Plusieurs régiments prussiens sont décimés.

A deux heures, toute la ligne française se porte en avant avec un élan irrésistible. Les troupes du S"" corps gagnent peu à peu l'extrême gauche de la ligne ennemie où la cavalerie prussienne n'avait pu enfoncer les carrés du 84*. Les hussards du général Treilhard achèvent de mettre en fuite les derniers corps qui résistent. Finalement, nous restons maîtres du champ de bataille.

Le même jour, à quelques lieues de là, dans les plaines d'Auerstaedl, le maréchal Davout culbutait avec ses trois divisions les forces principales du roi de Prusse, à l'effectif de plus de 50.000 hommes.

(1) Rapport manuscrit. (Archives historiques.)

La nuit arrêta la poursuite sur les deux champs de bataille et sauva l'armée prussienne d'une destruction totale. Elle perdit presque toute son artillerie.

Le soir du 14 octobre, la r° division du 5^ corps prit position sur la route d'Iéna à Weimar, à l'embranchement de celle de Naumbourg.

Dans un rapport sur les cinq journées qui précèdent, le général Suchet disait au maréchal Lannes : a A présent je ne puis m'empêcher de vous parler de la haute valeur du 17% de la fermeté et de la vigueur du 84% de la témérité du 40% du calme, de l'aplomb des 64* et 88* qui se sont vu enlever des files nombreuses sans cesser de faire éclater le plus grand désir de se rapprocher de l'ennemi.

L'artillerie a tiré à Saalfeld et à léna 1 .332 coups de canon. La perte totale de ma division en tués et blessés s'élève à 2.645 hommes dont 75 officiers. »

Parlant ensuite des militaires qui s'étaient distingués, le commandant de la 1'^ division ajoutait : « Le général Claparède a constamment marché à la tête de Tavant-garde. Vous connaissez sa conduite à Ulm et à Austerlitz ; enfin il a constamment commandé le 17% c'est

VOUS dire qu'il a eu plus d'une oceasion de servir glorieusement. Je le propose pour général de division. » Ajoutons à ces lignes les paroles flatteuses déjà rapportées au sujet du combat de Saalfeld et nous ne serons pas étonnés d'apprendre que l'ordre du corps d'armée cita le général Glaparède « comme ayant servi d'une manière aussi brillante que courageuse ».

Les défaites d'iéna et d'Auerstaedt avaient porté un rude coup à l'armée prussienne.

Considérablement affaiblie, mais non encore détruite, elle n'était pas à bout de ressources^ Rien ne l'empêchait de nous disputer la ligne de l'Elbe, de se rallier dans les places fortes ou d'établir derrière l'Oder une nouvelle ligne d'opérations. À toute force et par une poursuite vigoureuse, il fallait l'empêcher de r.éu* nir ses débris.

Le 5** corps, après deux jours de repos à Weimar, se porte sur Dessau. Il entre danscette ville au moment où le pont de l'Elbe venait d'être brûlé. Pendant que T avant-garde conduite par Glaparède, passe le fleuve en barques, le reste de la division Suchet travaille à rétablir la communication entre les deux rives. On passe le fleuve la nuit et, au petit

CAMPAGNE DE PRUSSB 175

jour, on était de nouveau prêt à combattre ; mais les Prussiens avaient déjà disparu.

I>annes, poursuivant sa route, arrive le 24 à Postdam. Le 25, la place forte de Spandau, défendue par 1,500 hommes, lui ouvre ses portes. Le commandant du 5' corps, pressé par Napoléon de rejoindre la cavalerie de Murât, forme, pour aller plus vite, une colonne volante, derrière laquelle marchent les divisions Suchet et Gazan. Cette colonne, confiée au général Glaparède, est d'environ 2,000 hommes. Elle se compose du 17* léger, des compagnies de voltigeurs et de 6 pièces de canon. Cette nouvelle avant-garde va exécuter une marche forcée qui pourra être longtemps citée aux générations futures comme une preuve indéniable de ce que peuvent Ténergie et l'entraînement. Voici, d'après unauteur,les détails de l'itinéraire avec le temps employé à le parcourir : ce L'avant-garde du 5* corps, partie de Spandau le 26 octobre, était arrivée à Oranienburg (25 kilomètres), vers trois heures de l'après-midi, en était repartie à dix heures du soir, était arrivée le 21 au matin à Zehdenick (28 kilomètres). Après un repos de quatre heures, elle s'était mise en route pour Templin (18 kilomètres), où elle était arrivée vers sept

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