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CHAPITRE IX

De Stettin a Varsovie. — Dispositions du 5« corps

— Bataille de Pultusk. — Claparède blessé. — Quartiers d'hiver. — Le général Savary remplace

LE MARÉCHAL LaNNES MALADE. — CoMBAT D*OSTROLENKA.

— Reprise des quartiers d'hiver. — Masséna vient prendre le commandement du 5® corps qui devient corps d'observation. — Camp de Borki. — Combat de

LA TÊTE DE PONT DE DrENZEWO. — TrAITÉ DE TiLSITT.

Le séjour à Stettin ne fut pas de longue durée. On n'attendait, du reste, que le moment de passer l'Oder.

La Prusse, qui venait d'essuyer de sanglantes défaites, cherchait à reconstituer une nouvelle armée. Afin de s'opposer aux levées, la cavalerie légère se remit en campagne, avec ordre de couvrir le pays jusqu'à la Vis-

tule. La cavalerie du 5* corps partit de Stettin Je 8 novembre. L'infanterie devait suivre à quatre marches de distance. L'avant-garde des troupes à pied, constituée comme pendant la campagne de d806, restait toujours sous la conduite de son chef attitré, le général Glaparède.

Le maréchal Lannes, ayant laissé à Stettin une garnison de 1,200 hommes, se dirigea sur la place forte de Thorn en passant par Bromberg. Le 10, il arrivait à Schneidemûhl, sur la Netze, centre important par sa situation géographique. Après un court séjour dans cette localité, il se présentait le 15 devant Bromberg où se trouvaient des approvisionnements qui furent d'un grand secours. Il repartit le 17, réunit le lendemain son corps d'armée au bivouac, en face de Thorn, et resta là, en observation, pendant quelques jours.

Sur ces entrefaites, la Prusse refuse de ratifier l'armistice de Gharlottenbourg. L'arrivée de l'armée du Tzar avait rendu à cette puissance abattue toute sa fierté. Napoléon doit aussitôt prendre ses dispositions pour l'ouverture de la campagne de Pologne. A la suite d'un premier engagement, les Russes abandonnent Varsovie après avoir détruit le

pont sur la Vistule. Murat, qui a reçu le commandement des corps réunis, informé de Tévacuation de cette ville, se hâte de s'y rendre. Le 28 novembre au soir, il entre pompeusement dans la capitale polonaise. Davout le suit à deux jours d'intervalle. Lannes, qui a continué sa marche, prend ses cantonnements sur la Bsura; la division Suchet avec ses trois brigades occupe Lowicz. A son tour, le commandant du 5* corps arrive le 5 décembre à Varsovie et se porte ensuite sur Praga. Il débouche de cette ville pour entrer en opérations du 16 au 20 sur le Bug et la Narew.

Les troupes de Lannes suivent maintenant celles de Davout à une journée de distance.

Elles passent le Bug au pont d'Okunin et atteignent Nasielsk le 25 décembre, vers midi. Arrivées à cette étape, elles reçoivent Tordre de changer de direction pour aller s'établir promptement à Pultusk. Napoléon espérait ainsi enlever aux Russes le point principal de leur ligne de retraite. Mais ce mouvement occasionne à Tinfanterie du 5** corps des fatigues excessives; elle est obligée de faire le même jour près de 40 kilomètres dans des chemins défoncés, rendus impossibles par un dége^l subit. Néanmoins, les soldats sont si bien

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entraînés qu'on en voit un bien petit nombre rester en arrière.

Le soir du 25 décembre, le corps d'armée hivouaquait à trois lieues de la position ennemie : l'avant-garde, la cavalerie légère, la division Suchet à Zebroski, sur le chemin de Pultusk ; la division Gazan en 2Migneà Vinica, les dragons de Becker en avant.

Pendant la nuit, une pluie mêlée de neige ne cessa de tomber, ce qui allait rendre les voies -de communication encore plus impraticables.

Cependant les soldats, sachant qu'une rencontre était imminente, attendaient aveè impatience le lever du jour.

A 7 heures du matin, l'avant-garde se met en roule, suivie de près par les divisions . Le chemin est affreux. Les hommes, dans la boue jusqu'à mi-jambe, s'avancent en files serrées en conservant le plus grand ordre.

Ils franchissent en trois heures les trois lieues qui les séparent de l'armée russe. Malgré les fatigues de la veille et la perspective d'une journée encore plus rude, le maréchal Lannes est convaincu que rien ne peut résister à ses troupes. Il prend donc ses dispositions pour combattre.

Les cosaques occupaient avec leurs vedettes,

en avant de Pultusk, une crête boisée qufe masquait la ligne des Russes. Avant tout, il faut se rendre maître de cette crête . La brigade Glaparède est chargée de celte mission.. Elle s'empare du bois, repousse les avantpostes et, de concert avec deux escadrons de cavalerie légère et quelques pièces de canon,, elle disperse les cosaques qui ne veulent pasnous laisser occuper le point culminant du»

terrain.

. Lannes a suivi les escadrons. Une fois sur la hauteur, il découvre Tennemi rangé en bataille sur une étendue de près de trois quarts. de lieue, formé sur trois lignes, dans une attitude formidable : sa droite était appuyée au bois de Golymin, son centre au moulin de Pultusk; sa gauche, se prolongeant parallèlement à la ville, s'étendait à plus d'un quart de lieue vers l'ouest. L'artillerie, forte de plus de 60 pièces, était prêle à agir ; des masses énormes de cavalerie couvraient la ligne . Le ciel était sombre, le vent très froid ; des bourrasques de neige, de grêle et de pluie obscurcissaient à chaque instant Thorizon. Le champ sur lequel on allait combattre, converti en uuj lac de boue, semblait devoir entraver la marché des chevaux et des soldats. « Le temps, le&

éléments, le nombre des ennemis, tout en un mot annonçait une journée des plus terribles (1) r>. Mais un seul corps français devait vaincre tant de difficultés et battre plus de cinquante mille Russes.

Nous avions en effet devant nous, dans une position très avantageuse, toutes les troupes de Bennigsen comprenant : quatre divisions d'infanterie à l'effectif total de 45, 000 hommes, 5,000 cavaliers et plusieurs milliers de cosaques rangés dans la plaine, le dos à la ville.

Lannes, avec les divisions Suchet et Gazan, la cavalerie légère de Treilhardet les dragons de Becker mis momentanément à sa disposition, n'avait guère plus de 18,000 hommes. Il n'hésita pas cependant à attaquer les Russes avec la seule division Suchet, gardant celle de Gazan en réserve.

Le maréchal, malade depuis dix jours au point de garder le lit, oublie ses souffrances pour ne plus penser qu'au devoir. Au fur et à mesure que ses troupes arrivent, il leur indique leur place de bataille. En première ligne, adroite, se trouve la brigade Claparède, flanquée de la cavalerie légère. Le 64* et le

(1) Rapport du général Victor, chef d'état-major du maréchal Lannes*

1" bataillon du 88* forment le centre. Le 2* bataillon du 88% le 34* et les 4 régiments de dragons de Becker tiennent la gauche.

L'artillerie est placée dans les intervalles des régiments à la droite et au centre ; il a été impossible d'en faire arriver jusqu'à la gauche. La seconde ligne est formée par la division Gazanetle 40° de la division Suchet. Pendant qu'on prend cette formation de combat, Tartillerie adverse foudroie nos bataillons. Mais ni la canonnade, ni la supériorité de la position, ni la difficulté des mouvements au milieu de la boue n'arrêtent la division Suchet. Le IT et la cavalerie légère, conduits par Glaparède, entament le combat avec impétuosité. Ils attaquent le détachement du général Bagowoud, le dépostent, l'obligent abattre en retraite. Bennigsen, en voyant plier son sous-ordre, a fait avancer immédiatement une colonne de troupes fraîches, composée de 15,000 fantassins et 5,000 cavaliers. Celle-ci cherche à tourner et à envelopper le 17*.

Lannes aperçoit ce mouvement ; il ordonne au général Vedel, qui commande le centre, de se porter par une demi-conversion à droite sur le flancet, s'il se peut, surle derrière de la colonne russe, tandis que Glaparède la chargera en

LE GÉNÉRAL CLAPARÈOB

tête. Pour exécuter ce projet hardi, il fallait d'abord culbuter deux régiments ennemis placés à quelques pas devant nous et s'emparer de trois pièces de canon qui les soutenaient. L'attaque est vigoureuse, les Russes résistent, mais dès qu'on s'aborde à la baïonnette, ils ne peuvent plus tenir devant l'élan audacieux des Français. Lannes s'est porté au milieu des combattants pour animer leur courage. L'action est devenue très vive. Les trois canons sont pris, les deux régiments repoussés. La colonne qui s'avance pour tourner notre droite, s'aperçoit alors, mais trop tard, qu'elle court un sérieux danger. Glaparède fond impétueusement sur elle, tandis que Vedel se porte vivement à la place qui lui a été assignée. Un pont par lequel l'ennemi aurait pu se retirer est immédiatement détruit ; tout espoir de retraite est donc perdu pour lui ; sa perte totale est déjà assurée. Mais^ funeste contretemps ! une bourrasque de neige survenue tout à coup n'a pas permis au !•' bataillon du 88** d'apercevoir Irois escadrons russes qui se portaient sur son flanc à petits pas. Surpris, ce bataillon est en partie enfoncé. Bien que le reste de nos troupes résiste vigoureusement, sabre la cavalerie à demi embourbée

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CAMPAGNE OB POLOONB 189

et parvienne à la faire reculer, il a suffi de cet incident pour donner à notre adversaire la temps de se ressaisir, de se tirer de ce mauvais pas, non sans avoir laissé cette partie du champ de bataille couverte de ses blessés et de ses morts.

Pendant que les brigades Glaparède et Vedet obtenaient sur la droite ces avantages, le 34*' placé à gauche, dirigé par Suchet et Reille, se trouvait aux prises avec quinze ou vingt mille Russes de l'aile droite commandée par Barclay de Tolly. Ges forces considérables auraient dû, ce semble, venir facilement à bout d'un seul régiment, mais les soldats du 34** sont invincibles ; ils repoussent trois fois les assaillants ; puis, aidés du 2** bataillon du 88% ils en font une boucherie effroyable et les rejettent en arrière dans le plus grand désordre.

La division Suchet engagée tout entière luttait avec succès depuis le matin. Bennigsen avait fait avancer son aile gauche poui:

couvrir la ville et le pont de Pultusk. Sa droite restait immobile. L'arrivée de la division Gudin, conduite en son absence par son chet d'état-major le général d'Aullanne, allait donner au combat un nouvel élan. D'Aultanne qui

avait marché au canon, fait prévenir le maréchal Lannes de son arrivée et de son attaque. Ses débuts sont heureux; mais la nuit Teropêchant de reconnaître la position exacte de notre extrême gauche, il ne peut se relier avec elle. Les Russes en profitent pour se jeter dans Tintervalle et sur le flanc droit de la division française qui commence à fléchir. En même temps éclate une teiTible tempête. Il est 8 heures du soir. Il fait nuit noire. C'est alors que l'engagement devient général. Suchet, venant au secours des bataillons de la division Gudin, les rallie lui-même avec les ofiîciers de son état-major. Les troupes de Bennigsen sont définitivement repoussées et le feu cesse.

La division Suchet avait seule soutenu le choc durant toute la journée, d'Aultanne n'étant arrivé que le soir. A elle seule revenait donc la gloire d'avoir vaincu dans cette rencontre de Pultusk, où le 17** d'infanterie légère et le 34* de ligne avaient accompli des prodiges. Lannes, dans sa prudence, n'avait pas voulu engager la division Gazan, sa dernière ressource, il la tint tout le jour à la lisière d'un bois, d'où, malgré la mitraille, elle put surveiller la division Tolstoï et Tempêcher d'entrer en ligne.

A la suite de cette bataille sanglante et inégale perdue par les Russes, le commandant du 5"* corps reprit ses positions du matin.

Après quelques heures de repos accordées à ses troupes, il se disposait, vers minuit, à recommencer la lutte, afin d'achever son adversaire. Mais Bennigsen, qui s'attribuala victoire, avait déjà repassé la Narew et battait en retraite dans la direction d'Ostrolenka. Il laissait sur le champ de bataille : 2.000 morts, 1.800 prisonniers valides, 3.000 blessés dont les deux tiers restaient en notre pouvoir, .12 pièces de canon et quantité de caissons, de chariots et de bagages arrêtés dans la boue.

Les troupes du maréchal Lannes avaient 600 tués et blessés, et parmi ces derniers se trouvait le général Claparède qui, après avoir eu un de ses aides de camp frappé à ses côtés et un cheval tué sou$ lui, avait reçu une balle dans le pied (1).

Le 47** bulletin de la Grande Armée dit en parlant du combat de Pultusk : « Le 17* régi-

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(1) Rapport du maréchal Lannes sur le combat de Pultusk. — C'est la première fois que Claparède est signalé comme blessé, mais il faut tenir compte qu'à cette époque les blessures étaient tellement fréquentes que plusieurs ne sont pas portées sur les états de ser- Tice.

ment d'infanterie légère et le 34® de ligne se couvrirent de gloire.,- Le 5* corps d'armée a montré dans cette circonstance ce que peuvent les braves et l'immense supériorité de Tinfanterie française sur celle des autres nations ».

Dans le rapport de la journée, nous lisons :

« MM. les généraux Reille et Glaparède et le colonel Dumoustier du 34** se sont particulièrement distingués » (1).

L'arméerussecontinuantsa retraite surGrodno, à partir du 80 décembre Tarmée française put prendre ses quartiers d'hiver. Napoléon la disposa de manière à former un immense camp retranché entre la Narew et la Vistule.

Le 5* corps fut établi de la façon suivante : la cavalerie le long du Bug, depuis Siérock jusqu'à Brock ; l'infanterie dans l'espace compris entre le Bug, la Vistule et la frontière autrichienne. La division Suchet occupait Praga et les faubourgs de Varsovie. La brigade Glaparède cantonnait à Varsovie avec son état-major.

Vu l'état de la saison, il semblait que l'arméepouvait compter sur un long repos ; elle commençait à le goûter, lorsque les Russes, plus habitués à la rigueur du climat du nord,

(1) Rapport du général Victor, chef d*état-major da maréchal Lannes.

reprirent Toffensive du côté de la Passarge.

Leur but était de tourner Textréme gauche de nos cantonnements et de couper nos communications. A cette nouvelle, Napoléon se décida à lever les quartiers d'hiver et résolut à son tour de surprendre Bennigsen dans ses mouvements.

En conséquence le 5** corps, au lieu de suivre la marche générale de la Grande Armée, Vers la Prusse orientale, reçut la mission de garder notre droite.

Parti de Varsovie le 28 janvier, le maréchal Lannes concentre ses troupes à Brock. La 5* division de dragons est mise sous ses ordres pour garder S;a gauche jusqu'à Ostrolenka, où déjà un bataillon du 17^ léger se trouve établi .

Sur ces entrefaites, et tandis qu'il se disposait à prendre l'offensive, le maréchal tombe malade. Le premier février, le général Savary, aide de camp de l'Empereur, vient prendre le commandement du 5° corps en attendant Tarrivée de Masséna appelé de l'armée d'Italie.

Le nouveau général en chef fait passer la Narew à Pultusk et se dirige par la rive droite sur Ostrolenka où il est rendu le 6 février. Ce mouvement le rapprochait de la Grande Armée

et le mettait plus à même de remplir sa mission.

Le 10, Savary apprend que Tennemi se retire, et il désespère de le rejoindre.

Il fait néanmoins surveiller ses mouvements et le 13, Glaparède est envoyé vers Skwa avec Tavant-garde. On apprend alors que les flanqueurs laissés par Davout à Mysiniesk ont été contraints par les Russes d'abandonner ce poste. Nos communications sont, par ce fait, interrompues. Afin de les rétablir, Suchet se porte en avant, le 14, avec deux brigades d'infanterie et une de dragons . Mais le lendemainil reçoit l'ordre de revenir à Stanislawoff.

C'est qu'en effet, la situation a subitement changé. Le corps du général Essen, fort de 22.000 hommes, s'avance par les deux rives de la Narew dans la direction d'Ostrolenka.

Les Russes viennent d'enlever aux avantpostes une compagnie du 28*. D'après les rapports de nos reconnaissances, tout semble indiquer une action prochaine.

Le 16 février au matin, le général Savary conçoit le projet de prévenir son adversaire et de le prendre en flanc, puisque le retour de la division Suchet le lui permettait. A cet effet, il laisse dans Ostrolenka la brigade Gampana,

delà division Gazan et la brigade Ruffin, des grenadiers d'Oudinot. Pendant ce temps, luimême s'avance par la rive droite avec lereste du corps d'armée. A hauteur de Nowogrod, entre la Rosaga et la Skwa, il rencontre Tennemi, le culbute et le met en déroute. Mais au même moment Ostrolenka était attaqué par la colonne qui arrivait par la rive gauche.

C'est sur ce point que le général Essen faisait sa principale attaque.- Son infanterie avait réussi à pénétrer dans la ville, mais trois charges successives des brigades Gampana et Ruffin l'avaient obligé à céder le terrain conquis. Les troupes, repoussées au delà des maisons, allèrent se reformer derrière les monticules de sable qui bordaient la rivière sur la rive gauche. La résistance opiniâtre de nos bataillons avait permis aux grenadiers d'Oudinot, à la division Suchet et à la cavalerie de venir à leur secours.

Vers 9 heures du matin, Suchet avait entendu le canon du côté d'Ostrolenka. Il s'y porta vivement. Les brigades Glaparède et Dumoustier (1), en marche depuis 4 heures du matin, arrivèrent sur le champ de bataille

(1) Dumoustier avait remplacé le général Reille, nommé divisionnaire après Pultusk.

vers le milieu du jour. Le général en chef prit alors les dispositions suivantes : « les grenadiers d'Oudinot et la cavalerie à droite, la division Suchet au centre, la brigade Gampana à gauche, le général Ruffin en réserve dans la ville (1) » .

C'est dans cet ordre qu'on s'avança contre les Russes. Attaqués de toutes parts à la fois, ils furent contraints de rétrograder. Tandis que nos deux ailes, principalement la droite, accomplissaient des prodiges, le centre, en cette journée, se taillait sa part de gloire. Les troupes du général Essen chassées devant nous, avaient voulu se rallier dans le village de Lawy. Le général Glaparède, qui formait la tête de la division Suchet, avec le 17" et son artillerie légère, se trouva tout à coup en présence d'un ennemi nombreux et rangé en bataille en avant du village. ïl l'attaqua résolument. Un moment après arrivaient les 2° et S** brigades. Devant leurs efforts réunis, les Russes ne purent tenir en place et précipitèrent leur mouvement de retraite. Ainsi, sur toute la ligne nous avions l'avantage.

Pendant plusieurs heures, l'ennemi fut pour-

(1) Rapport du général Reille, chef d'état-major dix général Savary.

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suivi vigoureusement sur un parcours de trois lieues, tantôt à portée de mitraille, tantôt à portée de mousqueterie. La nuit arrêta notre marche victorieuse; on la reprit le lendemain, mais le gros des troupes avait profité des ténèbres pour échapper à une destruction totale. On ne put atteindre qu'une partie de l'arrière-garde.

Ce combat laissait entre nos mains 1.200 blessés, 2 drapeaux et 7 pièces de canon; 1.300 Russes restaient sur le champ de bataille, entre autres le général Souvarow, fils du célèbre maréchal de ce nom. De notre côté : 600 blessés et une centaine d'hommes tués. Le brave général Campana était au nombre de ces derniers. Le général Savary disait dans son rapport : <c Si nous n'avons pas fait de prisonniers, c'est que nous avons trop sabré, comme l'indique sur le terrain le nombre des cadavres (1) ».

L'Empereur, informé de ce succès, ordonna au général Savary de ne pas s'engager davantage. Du reste nos troupes avaient mis le général Essen dans l'impossibilité de rien entreprendre pendant quelque temps. Elles revinrent donc à Ostrolenka, à l'exception des grena-

(1) Rapport sur la journée du 16 février 1807.

diers d'Oudinot appelés à rejoindre le reste de l'armée. Mais bientôt elles évacuèrent cette ville, dans la crainte qu'une débâcle de glace n'emportât le pont et ne leur permît plus de rentrer à Pultusk.

D'autre part, Napoléon avait déjoué les projets de son adversaire sur la basse Vistule. Les Russes venaient d'être battus à Eylau. Il n'y avait plus qu'à reprendre les quartiers d'hiver. Les troupes de Savary prirent les leurs le 25 février à Rozan, Makow et Prasnitz, en se couvrant par une ligne d'avantpostes établie sur TOmulew.

Peu de jours après (6 mars)» Masséna étant arrivé, r^aplaçait le général Savary. Le 5* corps devenait dès lors un corps d'observation, chargé : 1** de couvrir Varsovie en observant le général Essen dans la presqu'île formée par le Bug et la Narew ; 2° de se rallier à la Grande Armée de manière à pouvoir participer au besoin à ses opérations. Pour remplir ce double but , les troupes occupèrent une ligne décrivant un arc de cercle le long des trois rivières (Omulew, Narew et Bug) et s'appuyant à ses deux extrémités d'un côté à Willemberg, de l'autre à Varsovie.

La division Suchet fut chargée de garder

la ligne des avant-postes, conjointement avec la cavalerie légère du général Montbrun.

Glaparède, avec Je IV léger, était placé à Gonzewo derrière le haut Omulew ; on le renforça en plaçant sous ses ordres le 2i' de chasseurs à cheval (1).

Pendant les mois de mars et d'avril, les Français et les Russes, à cause de la rigueur du climat, passèrent leur temps à s'observer. '

Au mois de mai eurent lieu quelques escarmouches et bientôt commença la campagne d'été.

Le 2 juin, la brigade Glaparède vint relever, au camp de Borki, le 64*" régiment d'infanterie de ligne. Pendant plusieurs jours, rien ne sembla révéler le moindre mouvement de la part de l'ennemi. Mais, dans la nuit du 10 au 11 juin, le général Glaparède fut informé que de nombreuses pièces d'artillerie passaient le pont d'Ostrolenka et que des troupes remontaient rOmulew. Il se tint sur ses gardes.

Gependant, dans la matinée, aucun indice ne faisait prévoir une attaque. Jusque vers midi, un calme trompeur donna complètement le

(1) Rapport du général Becker, chef d^état-major du maréchal Masséna.

change. Les comptes rendus des patrouilles étaient rassurants.

Tout à coup, au monient où nos hommes se disposaient à prendre leur repas, quelques pulks de cosaques se précipitent sur eux. D'autres troupes suivent. Toutes les batteries russes font feu à la fois. Le camp est assailli sur le front et par les flancs. Le général Claparède se voit aux prises avec 6,000 hommes d'infanterie et 2,000 chevaux.

Pendant plusieurs heures, il se multiplie et soutient le combat. Ses douze compagnies du 17* opposent la plus vigoureuse résistance. Mais la lutte était par trop inégale : nous étions un contre trois. L'ennemi menaçait de nous envelopper. Dès lors, conformément à ses instructions, Claparède ordonne la retraite qui s'opère en bon ordre sur Nocewo. Ses efforts n'ont pas été infructueux, puisque, par sa résistance, il a permis aux autres troupes d'approcher.

En apprenant l'occupation du camp de Borki par les Russes, Suchet s'est mis en mouvement ; il trouve le général Girard en position à Dobrolenka. Il appelle dans ce village le iT léger et réunit ses troupes de manière à pouvoir les porter facilement sur le

point où leur présence sera le plus nécessaire. Des reconnaissances latent l'ennemi et Tobservent. On s'apprête à bien recevoir une attaque. Mais Suchet, voyant que les Russes se bornent à de simples démonstrations, se prépare à reprendre le camp de Borki par une attaque combinée. A cet effet, il fait porter l'ordre aux compagnies retranchées sur le haut Omulew de quitter leurs retranchements et de descendre par la rive gauche. L'éloignement ne permettait pas de mettre ce projet à exécution avant le lendemain. La fin du jour fut donc consacrée: à de nouvelles reconnaissances. L'une d'entré elles, conduite par Glaparède, auquel était adjoint l'adjudantcomraandant Fabre, chef d'étatrmajor de Suchet, s'avança jusqu'auprès du camp de Borki. Elle constata l'occupation de nos retranchements par les Russes et l'établissement d'une tête de pont près du village de Drenzewo. Pendant la nuit, on fit les derniers préparatifs en vue de l'opération du lendemain.

Glaparède brûlait du désir de se mesurer de nouveau avec les troupes du général Tchitchacow qui l'avaient forcé, la veille, d'abandonner ses positions. Le 17' léger, partageant

les sentiments de son chef, n^attendait qu'une occasion favorable pour donner de nouvelles preuves de sa valeur.

Dans la matinée du 12 juin, Suchet se porte en avant avec les braves du d7% le 10* hussards et un bataillon du 64'. Pendant ce temps, le général Girard, avec le reste du 64% le 88* et son artillerie, occupait la route près de Dobrolenka. Bientôt on arrive à hauteur de Borki. « Tandis qu'une colonne tourne ce camp, le général Claparède, à la tête du 17* léger, l'enlève à la baïonnette et fait une boucherie de l'ennemi (l) ». . Celui-ci, à l'approche de nos premiers tirailleurs, a mis le feu aux baraques, afin d'arrêter notre marche. N'importe. Malgré la mousqueterie et la canonnade, on se précipite à travers les flammes. Les Russes, alors, essaient de défendre la tête de pont de Drenzewo. Forcés de plier devant l'élan impétueux de la brigade Claparède, ils évacuent nos retranchements, descendent dans la plaine et se rallient sous la protection de leurs batteries. Ils forment ainsi une imposante ligne de bataille qui, sans tenir compte des pulks de cosaques, présente

(1) Rapport de Masséna. — Mémoires de Masséna^ par le générai Koch.

encore une vingtaine d'escadrons ou de bataillons secondés par une artillerie nombreuse.

Le général Monlbrun, avec 50 chevaux, s'avance hardiment sur les Russes, au moment où le 17* léger les obligeait à lâcher pied. Le feu s'engage sur tous les points et, au même instant, apparaissent dans le lointain les compagnies qui descendent du haut Omulew.

Leurs têtes de colonne en imposent à l'ennemi. Dans la crainte d'être coupés, les Russes se décident à la retraite. Harcelés par nos hussards et nos voltigeurs, ils se retirent en désordre sur Ostrolenka, nous laissant en possession de tous nos postes. Le combat avait été assez vif. On fît beaucoup de prisonniers, mais le nombre des morts et des blessés fut peu considérable,

La prise du camp de Borki et de la tête de pont de Drenzewo, était due, en grande partie, à la brigade Claparède qui acquit en ce jour un nouveau titre de gloire. Le 74* bulletin de la Grande Armée n'exagérait rien, lorsqu'il disait, en parlant de cette affaire : « Le H"" léger a soutenu sa réputation. » Le général Montbrun s'était fait aussi remarquer. Une compagnie du 28* léger, aidée de 25 dragons, avait mis en fuite tout un régiment de cosaques.

Après ce succès, Masséna rétablit tous nos postes tels qu'ils étaient auparavant. Ayant appris la nouvelle de la victoire de Friedland et de la prise de Kœnigsberg, il marcha sur Ostrolenka oîi il arrivait le 23 au soir. L'ennemi venait d'évacuer cette ville ; il se retirait en incendiant les maisons et les villages :

barbarie inutile, commise uniquement pour retarder notre marche.

Le 5' corps suivit les Russes par Nowogrod, puis se dirigea surBialistock, selon les ordres qu'il avait reçus. Les troupes auraient désiré cueillir de nouveaux lauriers, à la fin de la campagne, en prenant part à une nouvelle bataille. Masséna avait combiné dans ce but la marche de ses divisions, mais un armistice avait été demandé par l'empereur de Russie et le roi de Prusse. Dès que le maréchal en reçut avis, il arrêta son mouvement.

Le traité de Tilsitt. conclu le 7 et signé le 9 juillet, mettait fin à la campagne de Pologne.

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