CHAPITRE X
ANNEE iSOa
Séjour EN SiLÉsiE. — Noblesse impériale. — Dotations. — Claparède, comte de l'Empire. — Congrès d'Er- FURT. — Le 17* léger a la parade. — Le général he
BRIGADE EST PROMU DIVISIONNAIRE. — ClAPARÉDE EOT
ENVOYÉ EN Espagne. — Gouverneur de la province DB Valladolid.
Après la conclusion de la paix avec la Prusse et la Russie, la .Garde seule rentra en France. Le reste de l'armée se dispersa dans le pays où Ton venait de combattre: en Silésie, en Prusse, en Poméranie, en Hanovre, en Westphalie et jusque sur les bords du Rhin.
Le 5* corps se trouvait en Juillet 1807 sur les frontières du nouveau duché de Varsovie»
Il fut transféré plus tard en Silésie où il
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séjourna jusqu'au mois d'août de Tannée suivante, époque de son envoi en Espagne.
Aussitôt les opérations de la campagne terminées, le maréchal Masséna n'avait pas tardé à rentrer en France à la suite de l'Empereur. Le général Suchet prit provisoirement le commandement du 5^ corps et Claparède celui de la 1'** division. Les choses étaient ainsi organisées au commencement de 1808.
Cette année marque dans les annales de l'Empire une période de calme, un moment d'arrêt dans les grandes évolutions militaires. Elle sera néanmoins pour Claparède une année mémorable entre toutes. Distingué enfin par le Maître du jour, il verra se réaliser ses plus chères espérances, en recevant la récompense due à son mérite et à ses services.
Napoléon, arrivé à l'apogée de sa puissance, victorieux de tous les peuples de l'Europe, songea à récom))enser par une institution nouvelle ceux qui avaient contribué dans ùnè ©ertaine mesurée la gloire de l'Empire. Après avoir formé autour de la France une ceinture de royautés et de principautés vassales, après avoir établi pour lui servir de barrière la Confédération du Rhin, il voulut encore entourer son trône d'un nouvel éclat en fondant une
aristocratie qui daterait de son règne. Dès son retour de Pologne, il avait annoncé aux grands corps de l'État une prochaine création de titres nobiliaires. Déjà, sans autre motif que celui de rehausser par tous les moyens le nom glorieux de Bonaparte, il avait fait couronner deux de ses frères. Le maréchal Murât, allié de la famille, devenait grand-duc de Clèves et de Berg en attendant de ceindre lui aussi la couronne royale. Berthier était fait prince de Neuchâtel; Talleyrand, prince de Bénévent
Ainsi, pour un grand nombre d'autres, au nom patronymique venait s'ajouter un titre pompeux. Soult devint duc de Dalmatie, Bessières ducd'Islrie, Moncey duc de Conégliano^ Lannes duc deMontrbello,Davoutducd'Auerstaedt, Ney duc d'Elchingen, Masséna duc de Rivoli, Junot duc d'Abrantès, etc., etc. (1). D'autres hommes éminents furent autorisés à faire précéder leur nom de famille du titre de comte, de baron ou de chevalier.
Un sénatus-consulte du !•' mars 1808 organisait définitivement cette noblesse qui rappelait le régime militaire hiérarchique du moyen âga et décidait que ces titres seraient trans-
(1) Plus tard, quelques-uns d'entre eux, tels que Ney, Davout, Masséna devaient devenir princes.
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mis de mâle en mâle, à condition d'un certain revenu attaché aux titres mêmes et déclaré inaliénable sous le nom de majorât (1).
Mais il ne s'agissait pas de flatter simplement la vanité ; il fallait encore dorer les blasons.
Souvenons-nous, en^fet, que les nouveaux nobles sortaient presque tous des rangs du peuple et n'avaient pas trouvé la fortune dans leur berceau. Napoléon ne l'oublia pas. Avant même d'expédier les lettres patentes aux titulaires, il leur avait accordé des dotations plus ou. moins fortes suivant les services rendus et le rang à tenir (2). Le décret du 10 mars 1808
(1) Le général comte de Ségur, au sujet de la noblesse de l'Eiapire, dit dans ses Mémoires :
« C'était une autre Légion d^honneur accessible à tous comme la première ; un moyen de plus de gratitude après tant de dévouements, guerriers et civils, pour la . défense et la reconstitution d*une société dissoute ; c'était tout à la fois, en faisant dater de la gloire de son règne une foule d'illustrations, briser la barrière trop exclusive élevée entre les vieilles origines et les nouvelles. C'était aussi une borne posée à l'esprit révolutionnaire ; c'était enfin une voie de rapprochement, un gage d'alliance entre le génie de la nouvelle société française et celui des autres sociétés européennes. » P. 202, t. IIL
(2) Les maréchaux recevaient plusieurs centaines de mille francs ; les généraux, des dotations plus modestes.
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ANNÉE 1808 2f)d
spécifiait dans un de ses articles que ces revenus seraient dus aux intéressés à partir du 1*' janvier de Tannée courante. Par ce même décret, le général Glaparède recevait une dotation de 80,000 francs sur les biens de Westphalie. Quelques jours plus tard (19 mars), il était créé comte de l'Empire (1).
Les lettres patentes indiquaient pour chacun les armes et la livrée. Les armoiries de Glaparède étaient : Parti) d'azur et de gueules, coupé d'or : l'azur au signe de comte militaire, le gueules à trois étoiles d'argent posées en pal; for au casque de sable rehaussé d'or, panaché et garni de gueules, soutenu par deux branches de laurier de sinople croisées en sautoir par les tiges. Et la livrée : Bleu, rouge, Jaune et vert, cette dernière couleur dans les bordures seulement.
Malgré la distinction particulière dont il venait d'être l'objet, Glaparède, à la suite de plusieurs propositions, ne voyait pas encore
(1) Dans celte première fournée, nous voyons figurer comme comtes : Le ministre de la marine, des sénateurs, des généraux de division (Suchet, Gudiu, Molitor, etc.), Glaparède y figure seul comme général de brigade. D'autres généraux, même divisionnaires, recevaient le titre de baron ou de chevalier avec des dotations moindres, (Voir Archives Nationales : Pièces de la Chancellerie d'Etat.)
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arriver son tour dans les promotions de divisionnaires. Une circonstance particulière, inattendue, allait bien mieux arranger les choses que toutes les propositions ou les actions d'éclat sur les champs de bataille.
Une guerre malheureuse venait d'éclater entre la France et l'Espagne. Le peuple espagnol, indigné de la conduite arbitraire de Napoléon à l'égard de la dynastie régnante, menaçait de nous faire payer cher la substitution d'un Bonaparte à un Bourbon sur le trône de Philippe II. Bien que quatre de nos corps d'armée eussent déjà franchi les Pyrénées, leur nombre ne suffisait pas en présence d'un soulèvement général. On appela d'Allemagne les 1"', 5* et 6* (1). Le 5* corps, placé sous le commandement du maréchal Mortier, quitta la Silésie pour se diriger sur Mayence et de là sur Bayonne. Le 8 septembre, la !'• division, brigade Glaparède en tète, était partie de Breslau.
Avant d'ordonner ces mouvements, Napoléon avait voulu s'assurer des dispositions pacifiques du centre de l'Europe et donner de nouveaux témoignages d'amitié à l'empereur
(1) Correspondance de Napoléon, t. XVII. Lettre du 17 août 1808, N« 14.256.
Alexandre, afin que pendant son éloignement ce monarque lui fût un garant de la tranquillité de la Prusse et de l'Autriche. Le Tzar, de son côté, désirait aussi une entrevue. Il ne s'agissait plus que d'en fixer l'époque et le lieu. Il fut convenu que les deux souverains se rencontreraient vers la fin de septembre à Erfurt.
« Cette ville paisible de bourgeois et de fonctionnaires n'avait pas le goût des grandeurs et d'ailleurs sa disposition ne se prêtait guère à sa nouvelle fortune. . . N'importe ; le Maître avait parlé: Erfurt cessait de s'appartenir (1). » Il fallut en quelques jours la transformer, y réunir des troupes pour le service d'honneur des souverains.
Napoléon désirait éblouir son hôte. Après avoir dirigé sur Erfurt un bataillon de grenadiers de la Garde, « il ordonna de choisir un beau régiment d'infanterie légère, un régiment de hussards et un de cuirassiers parmi ceux qui revenaient d'Allemagne» (2). Il voulut en outre que ces troupes fussent conduites par des chefs ^dont les qualités physiques : haute laillç, prestance, beauté des traits pussent rivaliser avec celles des hommes du Nord.
(1) Albert Yandal: Napoléon et Alexandre /«'.
(2) Thiers : Histoire de l'Empire.
Le choix, pour la cavalerie, porta sur le V hussards et le 6"* cuirassiers ; pour l'infanterie, sur le 17° léger, dont le numéro, maintes fois rappelé dans les bulletins, était synonyme de vaillance et de bravoure. Le général Glaparède accompagnait ce dernier régiment. Le général Oudinot fut nommé gouverneur de la place; le maréchal Lannes, commandant en chef des troupes.
L'entrevue dura du 27 septembre au 14 octobre. Les rois de Bavière, de Saxe, de Wurtemberg, de Westphalie, plusieurs ducs et princes s'étaient donné rendez-vous auprès des deux empereurs. Comme distraction, le programme des après-midi portait : promenade à cheval dans les environs ou revue des régiments français.
Le 1" hussards s'était présenté le 3, le 6* cuirassiers le 4 octobre. Le 5, vint le tour du 17* léger (1). Au moment de l'inspection, sa tenue brillante, irréprochable, sa fîère attitude sous les armes avaient produit le meilleur effet. Les rangs s'ébranlèrent ensuite pour la manœuvre. Ces voltigeurs, couverts de chevrons, à la mine martiale, à l'allure dégagée,
(1) Voir à ce sujet le Moniteur universel, 1** dizaine d'octobre.
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véritables types du fantassin, donnèrent en ce jour une haute idée de l'infanterie française.
Le défilé couronna heureusement la parade.
Lorsque le 17* Jéger passa devant les souverains réunis, ayant à sa tète le général qui, depuis quatre ans, le conduisait à la victoire, un murmure d'admiration se fit entendre dans le groupe formé par les princes et les rois.
Napoléon lui-même fut satisfait, et, se souvenant alors du passé glorieux de ce régiment et de son chef, il distribua des récompenses aux braves du 17* et nomma Glaparède général de division (1) (8 octobre 1808).
A ce jour, l'heureux promu comptait plus de six ans de grade de brigadier. Depuis le 5 août 1802, date de sa nomination, il avait assisté, soit pendant ses deux séjours aux Antilles, soit depuis son retour sur le continent, à quinze combats et à trois grandes batailles. Or, même en tenant compte de l'époque où se passaient ces événements, il est certain que le décret du 8 octobre reconnaissait plutôt le mérite qu'il ne constituait une faveur. Néanmoins, après avoir vu plusieurs propo-
(1) Le décret est daté d'Erfurt, le 8 octobre. — Voir p. j.
sitions rester lettre morte, ne sommes-nous pas en droit de nous demander combien de temps encore Claparède aurait pu attendre ce grade tant convoité de général de division, si sa bonne étoile ne Tavait conduit sous les yeux de l'Empereur, durant ces fêtes incomparables d'Erfurt.
L'avancement à celte époque (et il en est un peu ainsi en tout temps) avait lieu bien souvent dans ces conditions : il suffisait de s'approcher du soleil pour en ressentir les bons effets; tant qu'on en restait éloigné, on risquait de passer inaperçu.
Mais, dès maintenant, Claparède n'aura plus besoin d'être rappelé au souvenir de l'Empereur. Dans la suite, nous verrons ce général désigné plus d'une fois nominativement dans la correspondance impériale pour des missions particulières ou des commandements spéciaux.
Le nouveau divisionnaire avait appris son avancement de la bouche même de Napoléon.
Une dizaine de jours plus tard, il en recevait la notification officielle (1). Il était alors reparti
(1) Lettre du ministre à Claparède en date du 17 octobre. Le major-g^nôral est prévenu, ainsi que le maréchal Mortier, commandant le 5® corps. (Archives administratives.)
d'Erfurt et poursuivait, avec le 17** léger, la série de ses longues étapes dans la direction du Rhin (1). Prévenu en même temps de sa nomination à Tarmée d'Espagne, il laissa le •commandement au colonel du 11* et s'empressa de se rendre à Bayonne(!2) où devaient Tattendre de nouveaux ordres. N'en trouvant point, îors de son arrivée dans cette ville, il sollicita du major-général une affectation pour un des corps déjà rendus dans la Péninsule. Ses démarches n'eurent pas tout d'abord de succès.
Enfin, au bout de quelques jours, il fut nommé gouverneur de la province de Valladolid en remplacement du général Mathieu Dumas (3).
Mais ces hautes fonctions n'offraient pas un champ assez vaste à son activité. Du reste, depuis la défaite des Espagnols à Somo-Sierra, le calme régnaitdaiis la partienord de la Vieille- Gasli lie, dégagée d'un côté parle siège de Saragosse, de l'autre par la poursuite des Anglais
(1) Le 17® léger, se rendanr seul en Espagne, arrive à Metz le 3 novembre et a Bay<»ijn« le 13 décembre. (Rapport du minisire de la guerre du 5 novembre.)
(2) L tire de Clapaiè e au major-^énè al en date du 20 déceuibre 1808. (Archi.es N.tionales AF IV. 1615.)
(3) Lettre du major-génôt a' e-i date du 6 ma'S 1815. (Archives administratives.) Cf. M. Dumas dans ses Mé^ moires.
216 LB GÉNÉRAL CLAPARÉDE
vers la Corogne. Le gouvernement de Valladolid devenait donc une véritable sinécure.
G'estpourquoiClaparède désirait et réclamait ardemment le commandement d'une division active. On aurait pu le satisfaire en le laissant en Espagne, où la tâche de nos généraux était assez rude ; mais c'est à la Grande Armée et sur le Danube que ses talents militaires allaient être encore utilisés.