AVANT - PROPOS
Le vaillant soldat dont nous avons essayé de retracer la vie militaire, a été surtout un homme d'action. Res^ non verba ! telle est la devise qui lui conviendrait.
Digne sous tous les rapports de compter parmi ces illustres guerriers du Premier Empire, si habiles dans Tart de manier des troupes, Claparède a partagé le sort de la plupart d'entre eux : l'histoire n'a pas donné à cette figure tout le relief qu'elle méritait.
Nous ne devons pas en être surpris. La personnalité de l'Empereur n'a-t-elle pas ébloui à cette époque tous les regards ? C'était l'astre éclatant auprès duquel les satellites qui gravitaient autour de lui ne pouvaient avoir qu'un bien pâle reflet.
Combien de généraux de valeur qui, en d'autres temps, eussent paru extraordinaires^ ont passé alors inaperçus!
Sans doute les noms de Murât, Ney, Lannes, Davout, Masséna, font revivre à nos yeux une série de brillants faits d'armes et de victoires ; mais que savons-nous de Reynier, Saint-Hilaire, Legrand, Pajol, Molitor^ Espagne, Claparède et de toute cette pléiade de héros dont le souvenir se perpétue sur la pierre de l'arc de triomphe de l'Étoile? Leurs exploits sont inconnus, leurs noms sont oubliés. Est-ce donc là une raison pour les laisser dans l'ombre et ne vaut-il pas mieux que chacun, dans sa sphère et selon ses moyens, travaille à les sauver du naufrage de l'oubli ? Nous n'aurons jamais assez d'hommes illustres à admirer, assez de beaux exemples à suivre.
On l*a compris dans ces dernières années. Quelques célébrités du Premier Empire ont reconquis le renom
qu'elles n'auraient jamais dû perdre ; une sorte de renouveau les a fait refleurir à dos yeux et il sembla que cette résurrection inattendue ait placé désormais sur leur front l'aurëole de l'immortalité. On dirait presque que, par l'effet d'une entente générale, on a pris à lâche de rappeler de nos jours, par tous les moyens, le souvenir da tout ce qui se rattacha à l'épopée napoléonienne. Biographies individuelles, notices, mémoires, journaux, correspondances inédites ont été imprimés. Les places publiques se sont ornées de nouvelles statues. Rien n'a été négligé quand il s'est agi de remettre on pleine lumière des liommea de guerre oubliés la veille, mais qui, dans le temple ds la gloirs où Napoléon occupait le premier rang, devaient trouver leur place comme demi-dieux.
Qui est-ce qui connaissait, en dehors peut-être d'un petit nombre d'érudits, les barons Marbot et Thiëbault, avant la publication de leurs Mémoires ï Et cependant, grâce à leurs écrits, ces deux généraux ont acquis une renommée posthume qni les a élevés bien liaut dans l'opinion générale. A Dieu ne plaise que nous voulions contester leur mérite ! Mais, il nous sera bien permis de le dire, l'histoire enregistre moins souvent leur nom que celui des généraux dont nous avons déjà parlé, et, si ceux-ci avaient eu les loisirs, les talents ou !a volonté nécessaires pour narrer les faits et gestes de leur longue et glorieuse carrière, nul doute qu'ils ne nous eussent appris sur leur compte des choses merveilleuses.
Le général Claparëde a été du nombre des trop modestes. 11 n'a pas écrit son Journal et ne nous a pas laissé uno volumineuse correspondance. Aussi combien de petits faits resteront ignorés, de ces faits qui, sans intéresser l'histoire d'une époque, font le charme d'une biographie et la rendent moins aride. Nous regrettons vivement cette lacune, car notre travail y aurait gagné en intérêt ou même serait devenu tout à fait inutile.
Nous n'insisterons pas sur la valeur militaire ds
Claparéde ; l'épigraphe placée en tête de ces pages la proclame assez haut.
Mais Ebersberg n'est qu^un fait isolé. Dans combien d'autres circonstances notre général n'a-t-il pas montré des qualités brillantes ! Nous le verrons successivement déployer son activité contre les Chouans, en Italie, à Tarmée du Rhin, dans les Antilles, et, à partir de 1805, avec la Grande Armée, parcourir plusieurs fois l'Europe d^un bout à l'autre, depuis le camp de Boulogne jusqu'en Autriche, depuis l'extrémité occidentale de la péninsule ibérique jusqu'à l'antique capitale de la Russie.
On comprendra cependant qu'au milieu des événements d'une aussi grande époque, en étudiant le rôle joué par un seul personnage, il nous aurait été difficile de l'isoler complètement. Pour rendre notre récit compréhensible, pour expliquer certaines situations imprévues, il nous a fallu entrer dans des détails historiques du domaine général ; nous les avons alors rapidement esquissés.
Ëa outre, avons-nous déjà dit, Claparède ne nous a laissé aucune relation touchant sa vie militaire. Les notices très succinctes, écrites à son sujet, ressemblaient fort à de simples états de services. Nous avons donc cherché les éléments de cette biographie dans les archives des ministères de la Guerre et de la Marine, dans les Archives Nationales et dans celles de quelques communes où le général a passé une partie de son existence. C'était là, pensons-nous, le seul moyen d'obtenir le maximum d'exactitude au moyen des documents les plus authentiques (1). Et, comme notre
(1) A ce sujet, nous devons des remerciements particuliers à MM. Gandin, bibliolhécaire de la ville de Montpellier, et Martinien, chargé de la communication des documents au ministère de. la Guerre, pour les pièces qu'ils ont bien voulu nous communiquer ou les renseignements qu'ils nous ont fournis.
ambition consistait simplement à rassembler sur Claparède le plas de faits possible, en fouillant dans les pièces manuscrites du temps, nous n'avons pas craint de poursuivre jusqu'au bout un labeur ingrat et parfois difficile.
Faute d'encouragements extérieurs, les découvertes
successives que nous avons faites nous ont servi de
stimulant. Au fur et à mesure que nous Pavons étudiée^
^;v la physionomie particulière de Claparède nous est
|V , apparue avec plus d'éclat, les campagnes auxquelles le
général a pris part nous ont semblé plus intéressantes. Puisse la même impression se dégager pour tous de la lecture de cette biographie !
Pour nous, nous serons heureux si, par notre modeste travail, nous avons pu ajouter une page à Thistoire militaire des premières années de ce siècle, époque de luttes héroïques, gigantesques, surhumaines, dont ^Ç. Tôtude sera toujours féconde en enseignement».
Rambouillet, le 19 avril 1899.