‹ Le Général comte de Coutard, étude historique sur la République, l'Empire et la RestaurationChapitre 12 sur 57 · CHAPITRE VII · texte numérisé non relu

CHAPITRE VII

Coutard commande à Bordeaux. — Son zèle pour le soldat. — Il est envoyé à Pau et reçoit 1- commandement des liasses- Pyrénées — Son activité infatigable. — Ses travaux d’organisation eide défense. — Il évacue Pau. — Il est nommé commandant supérieur à Rocbefort. — Dernière lune. — Giute de l’Empire. — Coutard arbore le drapeau blanc à Rocbefort. — Enthousiasme universel. — Mesures réparatrices. — Coutard reçoit Monseigneur, ducd’Angotlême. — U est nommé chevalier de Saint-Louis et commandeur de la Légion d’honneur. — Il est élevé au grade de lieutcn&nt-géuéral.

L’année 1813 venait de s’ouvrir, l’année des dernières gloires, toute brillante des inutiles trophées de Lutzen, de Bautzen, de Leipsig. Le territoire était menacé; on rassemblait toutes les forces

La dissolution de l’Empire sc trahissait dans les convulsions de toutes les parües de ce vaste corps déjà presque décomposé et qui luttait pourtant avec énergie. Nous avons sous les yeux le registre de correspondance de Coutard, depuis le 29 août 1813 jusqu’au 12 septembre 1814. C’est là où on peut se former une idée vraie et vivante des fatigues, des la-

beurs, des angoisses, des périls qui ne laissaient pas un instant de repos ni de trêve. Nulle part, d'ailleurs, ne brillent davantage, l’activité, la sollicitude, le courage, la responsabilité héroïquement soutenue d’un chef de corps.

Coutard, à peine échappé au désastre de la retraite de Russie, souffrant cruellement de ses blessures,

incapable de monter à cheval, arrive à Bordeaux et» prend le commandement de la Gironde sous les ordres du général Lhuillier. Tout aussitôt le voilà (4 septembre) qui organise la défense des côtes, ordonne qu’on monte des batteries, qu’on baraque les troupes « dans l’endroit le plus salubre et le plus voisin des points qu’elles ont à servir. » Il employé tous les moyens qui se trouvent à sa portée. « Les circonstances dans lesquelles nous nous trouvons, écrit-il au baron de Valsusnay, préfet de la Gironde, nous forcent d’employer au service les gardes nationales de de Bordeaux » (8 septembre). Les soldats sont l’objet de ses soins les plus empressés. Les hôpitaux lui semblent mal tenus, il y redoute des abus. Il s’y rend, fait peser les viandes, contrôle la cuisine, surprend des désordres. Sa sévérité s’indigne; dix lettres, plusieurs rapports se succèdent ; il faut qu’il ait raison des prévaricateurs. D’ailleurs, le nombre des blessés augmente sans cesse : on évacué sur Bordeaux, sur Blaye, sur Libourne, tous ceux de l’armée d’Espagne. Rieo ne marque mieux l’ardent amour du devoir et

le zèle infatigable dont il était animé, qtie cesplalhteà et les mesures detigueiir dont il les Taisait suivre. La sauté de ses hommes lui était plus précieuse que la sienne.

Voici ensuite les difficultés et les embarras du recrutement. Une nouvelle levée avait été ordonnée; c’étaient des victimes dévoilées à la mort. Les cotiscrlts «Je Savaient, et il n’est sorte de stratagèmes qu’ils n’employassent pour se soustraire au service* En revanche, l’administration militaire et l’administration civile redoublaient de vigilance et de châtiments pour saisir les déserteurs et punir les réfractaires (1). Triste lutte qui accusait cruellement les souffrances de la |iatrie et l’ambition du conquérant déjà vaincu !

Et pourtant, à ces mesures extrêmes, le général savait ailler la justice et même la bienveillance. Les contingents rentraient plus aisément dans son département qu’ailleurs, et cela grâce au soin avec lequel il les dirigeait et avec lequel il choisissait ses officiers. « Si, dit-il, l’on remarque une grande différence dans la soumission aux appels de la conscription dans les

(!) Ces mesures né suffisaient plus ; on était obligé d’en revenir aux colonnes mobiles de la révolution, et inutilement. « Vous me demandez de vous faire connaître, écrivait le général ûti préfet, le 17 septembre 1818, lo nombre de militaires dont je puis disposer pour la formation d’une colonne mobile destinée à poursuivre les réfractaires et déserteurs de ce département. Vous connaisse/comme moi. Monsieur le baron, l’insuffisance des troupes, même pour la défense des côtes de votre département... » Il en donne le détail et il termine : «• M. le major du 21 e régiment de chas* spurs, qui est à Libourne, doit avoir vingt-un chasseurs montés en état de faire le service, je les mets à votre disposition. »

différents départements, la manière dont oll les conduit influe d’une manière puissante sur leur bonne pu mauvaise volonté, et l’on ne peut prendre de trop grondes précautions sur le choix des olllciers chargés de ce service. » Néanmoins ni celte rigueur, ni ces précautions, ni les colonnes mobiles, ni les bons trab tements ne réussissaient. « Malgré notre extrême sévérité, écrivait le général au chef d’état-major, à Bayonne, nous aurons bien de la peine à trouver notre contingent de 853 hommes que nous devons à l’armée d’Espagne. »

Si les campagnes refusaient de livrer leurs enfants, les villes n’avaient plus le moyen de secourir même les blessés : « Je sais, écrivait le général à M. Lynch, maire de Bordeaux, le 17 scptembre-1813, je sais combien la ville de Bordeaux a déjà eu à fournir; mais, d’après le rapport de MM. les officiers de santé, la fourniture de ces effets mobiliers pour ies hôpitaux est indispensable si l’on veut conserver la salubrité, d'où dépend le rétablissement des malades, et peut-être prévenir une fièvre contagieuse. J’ose donc vous supplier, Monsieur le maire, de faire un dernier effort en faveur de nos malheureux blessés. »

L’Empire penchait à sa ruine tout en se couronnant de victoires. Vainement faisait-on chanter des Te Uenm pour les journées des 26 et 27 août, sous les murs de Dresde. Ces réjouissances font un pénible contraste avec, les maux sans cesse croissants de là

guerre, avec ces escouadesde blessés qu’on est obligé de loger chez l’habitant ; avec ces soldats qu’on renvoie comme incapables de tout service à cause de leurs blessures: avec la « remise en activité des compagnies d’élite des gardes nationales, » nouvel impôt du sang qui atteignait les familles épargnées par la conscription ; avec ces ordres de passer en revue les infirmes « afin de bien s’assurer de leur état d’invalidité. »

Coutard était demeuré égal à cette tâche si rude, et cependant ses blessures de la dernière campagne lui causaient de vives douleurs, il ne pouvait presque plus monter à cheval.

Cependant, le G octobre, un ordre du ministre de la guerre rapprocha Coutard du terpain de la lutte et lui donna le commandement du département des Basses- Pyrénées. « Vous voudrez bien partir sur-le-champ, dit la dépêche du 13, qui lui transmet ses lettres de service ; M. le maréchal duc de Dalmatie est prévenu de votre nomination. »

Le général n’avait fait qu’un rapide séjour à Bordeaux. 11 s’y était fait estimer là comme partout. « On n’a dans ce monde que des instants de bonheur, lui écrivait, le 22 octobre, M. Lynch, maire de cette grande cité ; votre courte apparition dans cette ville inc le fait éprouver; encore ai-je le regret de n’avoir pu profiter autant que je l’aurais désiré, de l’agrément de votre société et de celle de Madame la baronne de Coutard. »

Les événements se pressaient. La coalition s’était renouée plus formidable que jamais; un million quatre-vingt-cinq mille hommes enserraient la France à flots pressés, et les premiers détachements passèrent la frontière à cette même date du 2 décembre, si fertile en gloires et en malheurs. Murat abandonne son beau-frère et accède à l’alliance étrangère; Pie Vil, délivré, regagne l’Italie; Napoléon combat à Bricnne, aux lieux témoins de son enfance ; mais c’est l’agonie de l’aigle.

Voilà Coutard placé de nouveau près du théâtre de la guerre. Si encore scs cruelles souffrances, accrues par le voyage, lui permettaient de se mêler activement aux opérations de l’armée! Arrivé le 25 octobre à Bayonne, il écrit aussitôt au maréchal duc de Dalmatic pour se mettre à sa disposition tout en lui exprimant le regret que scs blessures le retiennent loin du quartier-général. Soult lui indique Pau pour sa résidence. C’est là, en effet, que, d’accord avec le préfet, il concentrera son zèle et scs efforts. Il s’y rend dès le lendemain.

Sa présence seule commence à rétablir dans l’organisation militaire, dans les dépôts, dans les hôpitaux, un ordre si précieux et si diflicile à maintenir au milieu des mouvements et des péripéties de la guerre. Peu à peu il faut faire évacuer les grands dépôts sur Audi, sur Toulouse ; puis ce sont les prisonniers de guerre et les réfugiés espagnols qu’on doit trans-

— lié —

porter sans délai sur la rive droite de la Carminé.

Ces mesures n’étaient que le prélude et le signal d’une situation plus grave. En effet, bientôt il s’agit de faire tête à l’invasion et d’appeler à la protection du territoire les dernières ressources de la défense. Sachant l’indomptable activité de Coutard, le duc de Daluiatie réunit sous son commandement toutes les gardes nationales du département des Basses-Pyrénées (18 novembre 1813).

Aussitôt le général se met à l’œuvre. En cette lâche pénible il fut admirablement secondé par un des plus habiles et des plus dévoués administrateurs qu’aient compté nos départements, le baron de Vanssay, alors préfet des Basses-Pyrénées. Ces deux hommes étaient faits pour se comprendre, s’estimer et s’aider. M. de Vanssay remplissait énergiquement son devoir, rassemblant les cohortes, réunissant toutes les armes de munition ou de chasse, préparant les levées, les départs, Ips rassemblements.

C’était le moment ou Napoléon avait répondu aux premières et timides doléances du Corps législatif, par un ordre d’appel immédiat 'de trois cent mille hommes. Coutard avait dix jours pour y procéder dans sa circonscription : « Quelle décade nous allons avoir, le préfet et moi ! » s’écrie-t-il dans une lettre au général Cbuiüier. Aussitôt il se hâte de commencer sa tournée.

Nul pe saurait aujourd’hui se faire une idée exacte

des difficultés sans nombre qu’il rencontrait; c’était à désespérer toute volonté qui n’edt pas été d'airain compie la sienne.

A peine ep route, il reçoit l’ordre de se porter à Navarreins et d’y concentrer les cohortes qu’il a pu réunir pour défendre le gave d’Oloron. 11 s’y rend, mais sans dissimuler toutefois l’état de ses blessures, et surtout sans cacher la faiblesse et l’insuffisance des forces qu’il cominaudc. « Je viens d’arriver à Navarreins, écrit-il au général comte Gazan, chef d’étatmajor du duc de Dalmatie; mais j’y suis seul. Je n’ai trouvé que les deux compagnies d’élite de Sauveterre réduites à quarante-cinq hommes par la désertion. » Toutefois, il nese déconcerte pas. 11 couvoquelcschcfs, les harangue, leur donne ordre d’allcrse réorganisera Sauveterre. * Les officiers m’ont bien assuré que tout le monde y serait. Je les crois de très-bonne volonté. J’attends aujourd’hui les cohortes de Pau que je laisserai dans les environs de Navarreins, celles d’Oloron seront au-dessus, et pelles d’Orthez et Sauveterre se rendront jusqu’au confluent de la Soirpn. »

Mais il aurait fallu une organisation facile et simple; celle qu’ordonnaient les décrets était vicieuse et incomplète, et les précautions les plus essentielles n’avaient été ni prévues, ni prescrites. Ainsi, malgré Tes soins du préfet qui avait acheté partout jusqu’aux fusils de chasse, les armes faisaient défaut. Vainement le général demandait au commissaire des guerres le

pain et la viande pour nourrir ses cohortes : le commissaire refusait, n’ayant pas d’ordre; et il fallait recourir aux habitants déjà en détresse, et ks payer avec des bons dont ils se souciaient peu. Puis, pour quelques belles compagnies composées d’hommes robustes et vigoureux, il y en avait où « on semblait u’avoir recruté que des enfants ou des infirmes. »

. Toutes d’ailleurs manquaient de vêtements, de souliers et d’un uniforme quelconque : défaut d’autant plus dangereux que, « d’après un bruit généralement répandu, on croyait dans les gardes nationales que l’ennemi massacrait les prisonniers qu’il trouvait sans signes distinctifs. •

Enfin, de tristes susceptibilités s’eu mêlaient. Les généraux de l’armée active, avec qui Coutard s’était empressé d’établir des relations, le laissaient sans réponse. « Un général de gardes nationales ne leur parait sûrement pas mériter cet honneur, écrit-il avec un juste ressentiment. 11 serait bien temps que l’amour du bien public l’emportât sur les faux calculs de l’amour-propre. »

Néanmoins il redouble de constance et d’efforts. Dans un ordre du jour daté de Navarreins, 20 décembre 1813, il témoigne sa coufiance : « Le général commandant aime à croire que les gardes nationales se battront vigoureusement, si les bandes dévastatrices des Espagnols et des Anglo-Portugais tentaient de s’établir dans le pays. » Et immédiale-

ment il leur fait connaître les devoirs el les sévérités des lois militaires, la nécessité de s’exercer deux fois le jour, d’obéir à la discipline et d’en garder les prescriptions. Pour plus de sûreté, l’ordre du jour sera traduit duns les dialectes du pays, lu et expliqué à trois appels successifs.

En même temps il recherche les hommes les plus considérés du département pour leur confier des commandements. 11 multiplie les ordres et les prières pour procurer des vivres à ses troupes, et quaud il en a obtenu, il veille à leur distribution et à leur économie avec un soin minutieux.

Mais la contrée était épuisée; les subsistances étaient rares; la désertion se propageait, malgré les poursuites et les châtiments. Alors le gouvernement essaie d’employer le talent et l’influence du général Harispe, enfant des montagnes et dont la gloire était chère aux Basques. « Quelques mots basques et béarnais qu’il dira eu voyant nos gardes nationales, écrivait le général au comte Gazan, fera sans doute revivre ce caractère national et cet esprit public qui les distinguaient autrefois, mais que je ne retrouve plus. » Et, en effet, le découragement s’emparait des esprits. « 11 eût fallu créer des compagnies franches par canton et les rassembler sous des chefs parlant leur langue, » disait Coutard avec une juste autorité. N’était-il pas trop tard?

Le général Harispe est placé à la tète de la 8 e di-

vision • Sa présence mettra les Basques dans une sorte d’ivresse, dit Coutard; le Béarnais est plus froid, et je remarque avec chagrin qu’il n’y a plus d'esprit public. » En arrivant, Harispe reconnut que ces appréciations étaient trop vraies. Et néanmoins, voici encore de nouveaux efforts : cette dernière phase est vraiment héroïque; tant les moyens sont faibles, tant la valeur et la persévérance y suppléent!

Coutard, d’abord envoyé à Pau pour réorganiser une partie de la levée, éprouve un accident sur la route (1), mais n’entame pas moins un système de recrutement et surtout de service alterné qui réussissent. Le préfet lui fournit mille capotes et des pompons pour attacher au béret national. Les cohortes se forment; on répare les armes ; les officiers sont stimulés. « Engagcz-les, disent les instructions du général, à parler souvent à leurs troupes, à les entretenir des grands iulérêts qu’elles ont à défendre. Qu'ils disent aux gardes nationaux combien sont criminels ceux qui abandonnent lâchement leurs compagnies dans la circonstance présente, et avec quelle promptitude je les fais rechercher, arrêter et conduire par la gendarmerie. Qu’ils ménagent les autres par l’espoir des récompenses cl des honneurs. Tous les soldats ont des droits égaux aux grâces dont S. M. récompense les braves de ses armées. Accoutumez

(1 ) Sa voiture se brise, et la fatigue d'une marche forcée le met au lit; il n'en donne pas moins scs ordres.

vos gardes nationales à prendre les armes et à se réunir au premier coup de baguette ; babil nez- les à se garder militairement; recommandez bien à MM. les officiers de faire faire exactement les distributions, de toujours envoyer aux logements à l’avance, pour que jamais la troupe n’attende et ne soit pas exposée inutilement aux intempéries de la saison. »

Puis il s’emploie lui-même au recrutement :

« Je me transporterai partout où vous aurez ù créer et a organiser des corps de garde nationale destinés à la défense des places, » écrit-il au préfet ; et il annonce qu’il ira dans tous les cbefs-lieux, quoique ces déplacements continuels ruinent sa santé. Bientôt il a pu envoyer trois ou quatre cohortes au gcuéral llarispe, et encore il a eu soin de prendre surtout des célibataires (1). A vrai dire, il u’y néglige rien, ni les exhortations, ni la sévérité. « Réunissez tous les maires de votre canton, écrit-il au maire de Moii'ou , employez près d'eux tous les moyens de persuasion, et que sur-lc-champ tous les célibataires de votre cohorte rejoignent leurs compagnies. Quand l’ennemi souille le territoire fiançais, quand tous les départements se lèvent en masse pour repousser l’agresseur et conquérir la paix, opprobre à celui «qui

(1) Il reconnaît, dti reste, qn'll est parfaitement secondé par MM. de Badet, de Mondran, Barb-t, d'Eiehovery, chef» de cohortes. C’est une de ses qualités de faire valoir ses subordonnés ei d* leur donner encouragement et appui. Nous l'avons vu, nous le verrons davantage, à mesure qu’il occupera des postes plus élevés.

pourrait porter une arme et ne la saisirait pas 1 » En même temps il faisait poursuivre les déserteurs, et menaçait les instigateurs de désertion de les envoyer à Toulouse pour les incorporer dans Tannée. Puis il est aux prises avec les contrebandiers, dont la guerre accroissait l’audace et qui infestaient la frontière. Aussi idemaride-t-il un commandant pour la vallée d’Aspe (i).

La saison ajoutait scs rigueurs à tant de difficultés ; il y avait quinze pieds de neige dans les montagnes. Le département était plus qu’à moitié envahi; il avait fourni son contingent sur les 300,000 hommes, plusieurs cohortes de gardes nationales, cent canonniers à Navarreins; il formait six nouvelles cohortes pour la police des places de guerre. Coutard assurait i,200 hommes au 'corps du comte Harispe, et 400 dans les vallées menacées; mais c’était la dernière limite. « S’il en faut davantage, disait-il, je crains que le découragement et même le désespoir ne s’en mêlent. • (27 janvier 1814.)

Et cependant le décret du 8 janvier venait d’ordonner une levée en masse. Le préfet ni le général ne s’épargnèrent pas, quelque désespéré que fût le succès. Ils créent des compagnies détachées de tirail-

(i) « Le Roi, écrit-il, entretenait autrefois uu gouverneur des trois vallées d’Aspe, de Bareton et d’Ossau. Le père de M. Boix (qu’il proposait) a été le dernier. M. Boix, qui est connu et considéré des habitants et des gardes nationales, peut seul empêcher la contrebande qui se fait ici en grand. »

leurs et d’éclaireurs, • pour lesquelles le caractère particulier des montagnards semble destiné. »

Mais le tiers de la levée a déjà été mobilisé dans le district d’Oloron ; dans les autres, il est impossible de le porter au complet : « Je vous le dis avec peine, mou général, écrit-il au comte Ilarîspe, l’eSprit public est abattu ; on ne cherche que les moyens d’éviter le service. » En même temps il conseille d’utiliser les douaniers, les gardes champêtres, et d’organiser en partisans les réfractaires et les déserteurs, auxquels on promettra indulgence et oubli du passé.

Tous ces essais étaient généreux, mais ils ne pouvaient réussir. Des sénateurs avaient été envoyés aux départements envahis, comme les commissaires de la Convention aux armées. Le comte Cornudet était arrivé à Pau, * homme d’excellentes vues et de manières affectueuses; • de là il s'était rendu au quartier-général du maréchal duc de Dalmatie. De concert avec lui et en vertu des pouvoirs extraordinaires dont il était muni, Coutard convoque tous les officiers et sous-officiers en retraite ou en réforme, pour en former des cadres de bataillon, ou même des chefs de partisans. « Nous y passons une partie des nuits, dit-il le 7 février. » Enfin, il arrive à mettre sur pied 3,500 hommes. « Les conscrits partent avèc résignation, » ajoute sa lettre du 14.

Efforts inutiles ! les événements se précipitent. Le 17 février, le quartier-général de l’armée quitte

Peyrchoradc ; il faut défendre Pau. Coutard arme le château de Henri IV ; mais il n’a ni poudre ni munitions; il lui manque des canonniers et des pièces de campagne. Les cohortes d’élite n’ont point d’armes; peu importe, mille travailleurs sont employés aux ouvrages du génie : la ville est mise en état de résistance. Et toutefois, le général ne sc dissimule pas la situation : « Je ne vous parle pas, écrit-il à Ilarispe, des gardes nationales et de la population de Pau; vous seriez trompé si vous comptiez beaucoup sur eux. La malveillance répand le bruit que les Anglais traitent bien les habitants et qu’ils paient tout au poids de l’or; les nouvelles les plus absurdes et les plus alarmantes se succèdent. » Mais l’énergie du général n’en est pas abattue ; il fait tête à toutes les difficultés : il a reçu avis des succès remportés par l’armée du Nord; ou lui parle d’une paix avec l’Autriche. Quand quelques recrues arrivent, il les arme de fusils de chasse, de faulx, de piques, de fourches ; il fait évacuer les hôpitaux et les magasins, planter des herses sur les bords du gave pour arrêter la cavalerie, mettre en réquisition tous les transports.

L’ennemi a investi Navarreins ; alors une terreur panique s’empare des gardes nationales; elles désertent et se retirent dans leurs villages, emportant ou abandonnant leurs armes. « Cette défection de troupes que j’avais réunies avec tant de peine me désole;

• mais depuis deux mois je l’avais prévu, dit le général avec une profonde tristesse ; si je suis forcé de sortir de Pau, je me rendrai au quartier-général ; je n’abandonnerai mon poste que le dernier. » Ses blessures se sont rouvertes ; il peut à peine se soutenir sur ses jambes ; il résiste encore. « L’inutilité des gardes nationales ou leur défection m’a fait rassembler les officiers qui me sont restés, dit-il le 27 février, pour les engaget* à s’organiser en partisans, afin de harceler l’ennemi, d’arrêter ses convois et de lui faire enfin la guerre à l’espagnole. Plusieurs ont adopté ce parti : je vous prie de leur donner des patentes en blanc ; bien certainement ils auront des imitateurs, et le plus petit soin fera rassembler tont le monde pour tomber sur l’ennemi, tantôt réunis, tantôt isolément. »

C’étaient les derniers jours de la lutte. Déjà l’ennemi approchait et l’esprit de la population se manifestait ; des rassemblements se groupaient et il fallait les dissiper militairement, avec prudence et fermeté tout ensemble. Le 28, les lettres de Coutard, qui se succèdent d’heure en heure, accusent l'imminence du péril. • Je m’attends à être attaqué, dit-il, mais je suis inquiet de n’avoir pas d’ordre. » I.C l* r mars, il est encore sans instructions et il garde les mêmes positions, faisant quelques reconnaissances du côté de l’ennemi. Les roules sont successivement interceptées, et chaque heure compromet le sort de la ville et de

ce qui y reste de troupes. Le 2 mars quelques cavaliers portugais arriveut devant Pau et sont repoussés ; mais la municipalité presse le général de quitter la cité pour éviter les suites d’une prise à main armée : « Je n’ai pas répondu, dit Coutard; je ne m’en irai pas sans voir l’ennemi et qu'après l’avoir jugé plus fort que tnoi. » Aussi, le 3, avait-il envoyé des postes avancés sur toutes les routes; il était prêt à combattre.

Le maréchal Soult en décida autrement : un ordre arriva le 3 mars de sortir de Pau et de ramener au quartier-général toutes les troupes destinées à sa défense. La retraite ne fut pas inquiétée. Le baron de Vanssay alla rejoindre le duc de Dalmatie (1), et Coutard rentra à Bordeaux, près du général Lltuillier, son chef immédiat.

Presqu’aussitôt le ministre de la guerre l’appelle à un des derniers postes qui tenaient encore ; il est nommé commandant supérieur de la place de Roehefort.

Manifestement la résistance n’était désormais ni possible ni raisonnable. 11 n’était plus seulement ques-

(l/ G’est là que se séparèrent, après une lutte si constante, ces deux hommes qui en avaient partagé les périls et l’honneur. Ils sc retrouveront, plus tard au service delà même cause. Comme Coutard, M. de Yanssay saluera avec enthousiasme le retour de la monarchie, et, s’y attachant iuviolablcment, il succombera avec elle, l’ayant défendue, en 1830, un des derniers et au péril de sa vie, et recueillant depuis, dans une retraite honorée, l’estime ci la reconnaissance dé scs concitoyens, et le respect même de ses adversaires.

lion de combattre iés étrangers et de repousser l’invasion : la France, voyant au milieu de son désastre le seul signe d’espoir qui parût à l’horizon, sentait se réveiller en elle sa vieille affection à la maison de Bourbon. Bientôt elle se déclare. Les alliés ne sont entrés que pour prendre leur revanche de si longues humiliations; tandis qu’ils ne sougent qu’à détruire la puissance de leur vainqueur abattu ; tandis qu’ils capituleraient volontiers avec lui, en lui laissant une nation asservie et un territoire morcelé; tandis que le démembrement menace nos provinces, le sentiment public se prononce. Les princes de la race de saint Louis, le frère et le neveu de Louis XVI arrivent ; des mouvements royalistes éclatent partout, avec cet instinct qui sauva toujours la patrie aux heures décisives ; la France arrache son indépendance et son intégrité aux cris de Vive le Roi!

Au 12 mars, Bordeaux avait ouvert ses portes à Monseigneur, duc d’Angôulême. M. Lynch, l’ami de Coutard, avait pris la cocarde blanche, autant pour braver les Anglais que pour marquer son adhésion aux Bourbons. Le général Beresford en avait témoigné son irritation, irritation tellement remarquée, qu’une collision avait failli éclater, et que M. Philippe Ferrèrc s’était écrié : « Ouvrons nos bras à nos princes, et chassons l’Anglais à coups de fusil ! »

Mais l’armée du duc de Dalmalie prolongeait cette résistance désespérée qui devait jeter son dernier

éclat à la bataille de Toulouse. Rochefort demeurait encore attaché à la fortune de l’Empire. I.e 15 mars, on se le rappelle, le duc de Fcllrc, ministre de la guerre, en avait coniié le commandement à Coutard.

Le général s’y rend, ne connaissant que l’obéissance. Épuisé par ses fatigues et scs blessures, il part, brise sa voiture dans des chemins devcifus des torrents, et arrive enfin au milieu de la place. Là, il trouve celte espèce d’anarchie qui signale les derniers moments d’un pouvoir expirant. Les autorités surabondent, se croisent et se nuisent. C’est le général comte de la Marlillière, sénateur, investi d'un commandement militaire supérieur; c’est le comte Boissy-d’Anglas, sénateur, chargé de pouvoirs extraordinaires. De là des conflits d’attributions, des prétentions contraires, l’incertitude et le désordre.

Coutard se renferme daus les devoirs les plus actifs de sa charge. 11 visite les forts, renvoie dans les campagnes les laboureurs, mal armés et inutiles, encadrés de force dans les bataillons de la garde nationale; il redouble de vigilance envers la garde urbaine, transforme des officiers civiques ou des jeunes gens de bonne volonté en aides de camp et en ordonnances, exerce chaque jour les canonniers, arme les batteries, construit des ouvrages de défense.

Les jours s’écoulent ; les désertions augmentent ; l’insubordination éclate; la garnison, qui manque de

vivres, s’irrite et semble prête à abandonner ses chefs. Coutard proclame l’état de siège.

Si bien gardées que fussent les issues, elles laissaient cependant arriver les bruits du dehors. On murmurait tout bas les nouvelles d’événements décisifs. Puis la voix publique devenait moins timide. On parlait de la capitulation de Paris, le 31 mars; on se disait que le 3 avril, le Sénat conservateur avait proclamé la déchéance de celui qui l’avait créé et devant qui il tremblait naguère. Le 9, une estafette venant de Blois, passe à Rochcfort jvcc des dépêches pour l’armée. C’était l’abdication I Aussitôt le comte de la Martillièrc part sans laisser d’ordres; le comte Boissy-d’Auglas le suit. Coutard obéit alors aux inspirations de son patriotisme et de son cœur. L’ancien garde de Louis XVI se souvient de son dévouement aux Bourbons. Les Bourbons, c’est le droit, c’est la paix, c’est la liberté qui reparaissent. Il rassemble les autorités civiles et militaires de terre et de mer, il s’adresse à la population et proclame « l’heureuse révolution qui doit nous rendre la race antique de nos rois ! »

« Les habitants de Rochefort, écrit-il au comte de Beurnonvillc, membre du gouvernement provisoire, les troupes de terre et de mer sont dans l’ivresse de la joie; elle ne sera troublée en rien ; dès ce moment l'escadre et la place portent le pavillon et appartiennent à Louis XY1II. > Aussitôt on chante le Te Deum

dans les églises; on affiche partout l’arrêté du commandant et la délibération des autorités.

Le général Rivaud de la Raffmière, sous les ordres de qui Coutard se trouvait immédiatement placé, n’était pas demeuré en arrière du mouvement universel. Dès le 1 1 , il avait rédigé un ordre du jour, et le soir cet ordre, parvenu à Rochefort, transmis à la garnison, puis lu au spectacle, avait été couvert d’acclamations et d’applaudissements. « Depuis le matin, lui écrit Coutard, nous avions tous pris la cocarde blanche. Le préfet maritime et le commandant de l’escadre, ajoute-t-il, m’ont fait demander s’il ne serait pas bon de prévenir, de concert, S. A. R. le duc d’Angoulèmc, que l’escadre, le port et la ville se sont soumis à Louis XVIII. Tout en applaudissant à cette mesure, je n’ai rien voulu faire avant d’avoir pris vos ordres. »

Legénéral Rivaud se hâte, en effet, de transmettre Cette loyale adhésion au prince ; l’armée du maréchal Soult n’avait pas encore fait sa soumission, et les Anglais hésitaient encore à reconnaître le rétablissement de la monarchie. IN’étail-ce pas lord Wellington lui-même qui, à Toulouse, quelques jours auparavant, voulant empêcher ou intimider l’explosion des sentiments royalistes, disait à M. Lanncluc, maire de la ville : « Mon gouvernement traiteavecle vôtre (avec l’Empereur) ; si le traité est conclu, vous attirerez sur vos. têtes, sur celles de vos femmes et de vos cn-

fants, la vengeance d’un souverain irrité et l’application sévère des lois qui vous régissent? » — « Peu importe, répondit avec enthousiasme le courageux magistrat. Vive le Roi! (i) *

Vive le Roi! Ce cri était le cri de joie et de délivrance de la patrie tout entière. La France était en fête : partout on reprenait les insignes de l’antique royauté. Pour peu qu’on ait présents les souvenirs de ces jours mémorables, on n’ignore pas avec quel élan spontané, par quelle force naturelle des choses, sous quel entrainement irrésistible, populaire, universel, le drapeau blanc fut arboré, salué, inauguré dans la capitale comme dans les provinces. Le comte d’Artois était entré sans cocarde et le duc d’Angoulème avait imité la môme réserve. Les populations, les municipalités, les fonctionnaires, l’armée, se saisirent des signes qui étaient les symboles de la royauté légitime remplaçant l’autocratie impériale, du vieux droit traditionnel substitué aux utopies révolutionnaires, de la paix succédant à la guerre, de la liberté sincèrement restaurée. De plus, le drapeau blanc était le gage de l’indépendance même de la nation et du maintien de son honneur militaire.

Bientôt un arrêté du gouvernement provisoire

(1) Il faut lire dans le 1" volume de Y Histoire de la Restauration , par M. Lu bis, le récit des événements de 1814» Nulle part les faits ne sont présentés avec autant de lucidité, avec des témoignages plus sûrs, avec une impartialité plus vraie! C'est un monument.

vint régulariser ce mouvement et ajouter une sorte de sanction officielle à l’essor des volontés individuelles.

Chose assez digne de remarque, en effet : si les officiera, si les soldats de terre et de iner avaient pris d’eux-mèmes la cocarde blanche, quelques commandants avaient cru devoir attendre des ordres pour remplacer publiquement le drapeau tricolore. De ce nombre était le préfet maritime de Rochefort. Le général Rivaud de la Raffinière chargea Coutard de lui demander les motifs de cette conduite. « Je me suis rendu ce matin chez lui, répond le général, et je lui ai fait cette question avec toute la franchise que nous mettons réciproquement dans nos rapports. J’ai l’honneur de vous donner litléra*lemcnl sa réponse : « Le pavillon à trois couleurs est « le pavillon national et non impérial ; il ne peut être t changé.que par un ordre émané du Gouvernement, « et doit être inauguré partout avec une cérémonie » éclatante. Si le Gouvernement provisoire donne « un ordre ad hoc, la marine s’empressera d’y défé- « rer. Tous les marins ont pris la cocarde blanche « en signe d’adhésion à la nouvelle Constitution et « de fidélité aux Bourbons. » Je n’ajouterai qu'un mot à cette réponse, mon général, c’est qu’il est à ma connaissance que M. le contre-amiral Jacob a écrit depuis quatre jours pour demander des ordres à ce sujet, et qu’en les attendant, M. le préfet a

fait acheter à crédit l’étoffe nécessaire, et qu’on travaille aux nouveaux pavillons. • Le lendemain, les ordres arrivaient, et immédiatement le drapeau, arboré sur tous les navires de l’escadre et sur la plus haute des tours de la ville, était salué de cent un coups de canon par les batteries de terre et de mer, en présence et aux acclamations des troupes, des fonctionnaires et de la population.

Puis aussitôt commencent les mesures réparatrices, suites heureuses du retour de la paix. Rochefort fut une des premières villes à ressentir ces bienfaits, grâce à l’activité de son commandant.

Le jour même de l’inauguration du drapeau, il avait envoyé demander un armistice à la division navale anglaise. Lord Keith s’était empressé de répondre que du moment où il avait aperçu le pavillon royal flotter sur l’escadre, il avait donné des ordres pour la liberté de la navigation sur les côtes. Bientôt le blocus était levé. Mais ces rapports de courtoisie et d’amitié n’cmpécliaient pas les autorités françaises de maintenir leur dignité et de garder leurs précautions. On voit même l’amiral anglais se plaindre de trop grandes exigences envers les officiers qu’il envoie à terre pour se procurer des vivres. On voit aussi que dans un rapport sur la visite d’un parlementaire britannique, le général a pris soin qu’il ne pût se rendre compte de la situation des forlificatious et des ouvrages de défense. C'était

joindre les égards dus à des alliés avec les inspirations d’une juste fierté nationale (1).

Un arrêté du Gouvernement provisoire avait licencié toutes les gardes nationales. Le général surveille leur départ et le régularise, non sans peine, car au premier bruit de cet arrêté, c’était à qui partirait et rejoindrait scs foyers, n'attendant aucun ordre et emportant même les armes.

F,n même temps, Coutard procédait avec prudence et avec soin, au désarmement des fortifications, à l’exécution des congés définitifs accordés aux troupes des différents corps, au renvoi des prisonnière de guerre : opérations délicates qui demandaient une surveillance continuelle et une énergie toujours présente, afin de prévenir ou de réprimer des abus trop aisés à comprendre.

Voici ensuite les fêtes qui se succèdent. C’est la distribution des drapeaux que la ville donne aux cohortes de gardes nationales (23 avril) ; c’est la solennité religieuse et militaire qui célèbre l’entrée du

(1) « M. le contre-amiral Malcolm, capitaine d’escadre, commandant dans la rade des Basques, vint hier à trois heures après-midi, en parlementaire, pour remettre à M. le préfet maritime, au contre-amiral Jacob et à moi, une déclaration de l’amiral Keith, portant que le blocus de Rocliefort est levé, depuis que le pavillon blanc y a été arboré et l’autorité de son souverain légitime reconnue. Cet officier-général vint use faire Visite et me fut présenté par le contre-amiral Jacob, qui nous invita tous à dîner à bord du vaisseau Y Océan. Il n’a pu voir les ouvrages des fortifications de la place, et n’a fait que traverser le port, sans le parcourir. » Lettre au général de division Bivaud, baron de la R&tlinière, 20 avril 1814.

Roi dans son royaume (1" mai) (1) ; c’est la proclamation ofliciellc de la paix avec l’Europe (6 juin) ; c’est la cérémonie expiatoire en mémoire du roi Louis XVI, de Marie-Antoinette, de Louis XVII, de Madame Élisabeth et du duc d’Enghien (2 juillet).

Toutes ces circonstances donnèrent un vif essor aux sentiments de reconnaissance, de respect et de fidélité qui éclataient partout. Devant elles se dissipèrent quelques nuages, inévitable cortège des grauds événements politiques. Ainsi, des désordres s’étaient manifestés au sujet de la perception des impôts, et dans certains régiments les liens de la discipline tendaient à se relâcher. Le général Coutard garantit le rétablissement de la tranquillité publique et assura le recouvrement des contributions par des mesures énergiques et sages à la fois ; les collisions furent évitées par un déploiement suffisant de forces.

(1) Copie d'une lettre de Paris» du $7 avril 1814 : « Monsieur le général, le Roi est arrivé en Franco. S. M. a débarqué à Calais, le 25, et continue sa route sur Paris. Vous voudrez bien mettre cette heureuse nouvelle à l’ordre dujour et la faire annoncer par des salves d’artillerie dans toutes les places de guerre de votre commandement.

« Signé: Dcpont, ministre de la guerre. »

h Cette nouvelle sera t.iise à l’ordre du jour et lue au cercle de chaquo compagnie. Il sera tiré à la Rochelle, le l* r mai, et aux lies de Rhé, d’Oléron, d’Aix et Dieu, aussitôt cet ordre reçu, une salve d’artillerie de cinquante coups de canon, pour célébrer l’heureuse arrivée dans ses États de S. M. Louis XVIII, notre légitime souverain.

« Rivacd, baron de la Raffinière.

« Pour copie conforme :

« Le général commandant de Rochefort,

« Baron de Coutard. >*

11 se transporta successivement dans les lieux où l’effervescence paraissait à craindre, et la sécurité fut rapidement rétablie. De même, et avec une juste sévérité, il remit en vigueur les règlements intérieurs de l’armée; quelques exemples suffirent, et l’insubordination cessa. Enfin, mis en présence do quelques velléités d’opposition et de malveillance, il en eut raison par une ironie qui dispensait de la fermeté, tout en la laissant percer au besoin (1).

De la sorte, le général appelé, dès le 20 juin, à joindre au commandement de Roclicfort une partie du département, était rapidement parvenu à faire aimer et respecter l’autorité royale. La présence de Monseigneur, duc d’Angoulême, mit le comble à l'allégresse et au calme du pays.

Le Prince était reçu partout avec un vif enthousiasme* Le corps d’officiers d’un bataillon de vétérans des grandes guerres sollicitait, par l’organe de Coutard, l’autorisation de porter la décoration du lys (24 juin), et l’état-major de la place demandait pareille faveur. Des gardes d’honneur se formaient partout, s’empressant de revêtir l’uniforme et de

(1) n II y a ici, écrit-il, une dousainc déjeunes gonsrevenant de Bordeaux et autant d’autre» lieux, qui portent des cocardes blaucltes et noires. J'ai demandé si ces messieurs étaient en demi-deuil, mais personne ne m'a répondu. Je vous demanderai vos ordres pour faire disparaître ces bigarrures, qui peuvent occasionner quelques propos entre la garnison et les habitants. Je crois, pour cela, qu'il suffira de les attaquer avec l’arme du ridicule, s'ils résistent à la persuasion. » En effet, quelques avis et quelques plaisanteries liront évanouir cette petite Fronde.

prendre le brassai t blanc aux trois fleurs de lys d’or. L’armée partageait le service avec cette garde, A Rochcfort, la marine réclama aussi l'honneur d’entourer le graud-amiral de France (i).

Le 8 juillet, S. A. R. arriva à Rochefort. Le général s’était porté au devant du Prince avec une escorte brillante et parfaitement montée. Rien ne saurait peindre l’ivresse des habitants, des marins et des soldats. Le duc d’Angoulême était ému jusqu’au fond dtl coeur. 11 témoigna sa profonde satisfaction ad général, et de retour à La Rochelle, lui écrivit et lui annonça qu’il lui conférait la croix de Saint-Lotiis, de cet ordre militaire que la monarchie rapportait avec elle, pour unir les vieilles gloires de la France au lustre de ses récentes victoires. « Mon cher général, lui mande le 15 juillet le baron Rivatid de la Raflinière, commandant la 12" division militaire, c’est avec la plus vive satisfaction que je vous aunoiice que S. A. R. Monseigneur, duc d’Àngoulême, vous a nommé chevalier de Saint-Louis, et m’envoie pour Vous la décoration. S. A. me délègue pour vous rémettre la croix, recevoir votre serment et vous recevoir chevalier ; c’est un nouveau plaisir qu’elle me donne et que je suis impatient de goûter. Je vous recevrai chevalier devant les officiers de la garnison,

(1) Lettre du Hiron de Bonnofoux, préfet maritime (30 Juin), ta maritte prétendait même ne laisser que le service extérieur aux gardes d’honneur ét prendre seule celui des appartements.

vous remettrai votre croix et une lettre que le prince vous adresse en cette occasion. »

Coutard fut extrêmement sensible à cette faveur si méritée. Il en remercia le duc d’Angoulème en ces termes :•

« Mon Prince,

* M. le général Rivaud, qui m’avait fait appeler à La Rochelle, me reçut, hier, chevalier de Saint- Louis, au milieu du cercle des officiers d’état-major et de la garnison, et me remit la croix et une lettre dont Votre Altesse Royale a daigné m’honorer. -

« Depuis longtemps, les sentiments exprimés par la formule du serment étaient gravés dans mon cteur. Je le garderai religieusement et suis prêt à verser jusqu’à la dernière goutte de mon sang pour mériter l’honneur et le titre de vrai chevalier. •

Ce n’était qu’un prélude des distinctions et des grâces que le roi lui ménageait. Le 23 août, Louis XVIII le créait commandeur de la Légion d’honneur, et, le 25 novembre, l’élevait au grade de lieutenant-général de ses armées. Cette double nomination était plus qu’un acte de justice; c’était une sorte de réparation. On se rappelle le commandement de Java et la lettre que nous avons citée et qui contenait le brevet du grade de général de division. Par malheur, le secret de l’expédition avait exigé ,quc nul autre que le brave capitaine à qui elle était confiée n’en eût connaissance, et au mois d’octobre 1814,

il ne s’en trouvait aucune trace dans les bureaux de la guerre. De plus, le gouvernement précédent avait laissé sans récompense les faits d’armes du général en Espagne et en Russie (1). Le roi sut ces détails, et y pourvut, comme on vient de le voir, avec sa grâce et sa générosité accoutumées.

(1) Le général s'en plaint avec noblesse et avec dignité.

« Vous avez fait connaître à l'armée, par un ordre du jour, écrivait-il le 6 septembre au ministre de la guerre, que S. M. vous avait autorisé à lui proposer de l’avancement dans la Légion d'honneur.

« J’ai Thonneur d’ôtre officier de la Légion depuis la création de l’ordre. J’ai fait, depuis, les campagnes d'Iéna, de TiLitt, de Wagram, de Portugal, d’Espagne et de Hussie; mes chefs, le prince d’Essliug, le duc de Beggio, les lieutenants-généraux Celliard et Merle ont alternativement, mais toujours inutilement, demandé pour moi le grade de commandant de la Légion. L’Empereur m’avait refusé scs grâces depuis le combat de Batisbonne, le 19 août 1909, dont les détails existent dans les bureaux de votre département. Après trois jours d’une lutte inégale de toute l’armée de Bohème contre le seul 65* régiment, à qui on n’avait pas même laissé un caisson d’infanterie, je fus forcé de me rendre, après avoir brûlé ma dernière cartouche; mais j’eus le bonheur de conserver les aigles et l'honneur de les remettre moi-mème à l’Empereur, le 34 avril, enveloppés de deux drapeaux dii régiment autrichien de Froên, n" 54. Ce combat fut considéré, et l’Empereur a souvent dit à ses maréchaux qu’il le regardait comme un des plus beaux faits d’armes de la guerre; mais il ne me pardonna jamais d’être rentré en France sur parole, avec mes officiers.

« Maintenant que la justice préside à la distribution des grâces, j’ose réclamer celle de V. Exc. et la prier de demander pour moi à S. M. le grade de commandeur de la Légion. L’ancienneté de mes services, ceux que je puis rendre encore, mais plus particulièrement mon entier décodaient à la famille des Bourbons, me méritent cette faveur. »

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