‹ Le Général comte de Coutard, étude historique sur la République, l'Empire et la RestaurationChapitre 14 sur 57 · CHAPITRE IX · texte numérisé non relu

CHAPITRE IX

Le général Coutard commande à Besançon. — Difficultés de sou rôle. — Les alliés et le blocus de Besançon. — Organisation des gardes nationales. — Licenciement de l’armée. — Les officiers en demi-solde et en retraite. — Convoi du général Lecourbe. — Offrande au Trésor public * — Le général Coutard reçoit le titre de comte.

La Restauration ne fut point, pour le général, un temps de repos. 11 prit sa noble part des périls nouveaux que la haine des partis fit courir à la monarchie, comme aussi de la poli tic] ne généreuse et loyale qui assura à la France, au sortir de tant de désastres, une grandeur inespérée et une prospérité sans exemple.

À Besancon, dans cette division importante, placée sur nos frontières envahies, composée de quatre départements belliqueux (1), occupée entièrement par les troupes étrangères, toute parta-

(1) Le Doubs, le Jura, l’Ain et la Haute-Saône.

— les —

gée entre les douleurs de l’occupation et les enthousiasmes du retour de la royauté, le général Coutard se trouvait en face de grandes difficultés. Doublement fier, et à juste titre, de sa gloire militaire si laborieusement conquise, et de l’autorité royale dont il avait à maintenir l’indépendance et l'honneur, il avait à faire comprendre aux armées alliées que si l’Empire était abattu, la France n’était ni humiliée ni vaincue; en môme temps, il devait les traiter non pas en victorieuses, mais en amies; et tout en ménageant leur susceptibilité, les empêcher d’oublier qu’elles étaient dans un pays libre, prêt, au besoin, à les en faire souvenir. Or, {mur un tel rôle, le général n’avait pas de forces régulières : le licenciement de nos soldats, le blocus de nos places, ne laissaient à sa disposition que des gardes nationales. Mais, disous-le à l’immortelle louange de ce temps, lesgardes nationales, alors, c’était la patrie elle-même, déployant, surtout aux confins du territoire, ces prodiges de dévoftment, de discipline, d’ordre, d’abnégation qu’on ne demande jamais vainement parmi nous, et qui éclatent aux heures de crise. Avec leur aide Coutard maintint fermement le drapeau de la dignité et de la liberté.

En second lieu, et sa division peu à peu dégagée de la présence des alliés, il lui fallut réorganiser la force publique, depuis la gendarmerie jusqu’aux compagnies de vétérans. Là, il avait affaire aux officiers

licenciés des armées impériales, et nul n’iguore quel mécontentement et quel mauvais vouloir, aigris encore par les rapides et tristes défections du 20 mars, animaient ces débris tout jeunes et tout vivants de nos récents triomphes et de nos plus récents désastres. Très-souvent l’irritation allait jusqu’au complot, jusqu’à des tentatives d’insurrection, jusqu’à des essais de soulèvement. Les souffrances de l’envahissement, les misères des populations étaient avidement exploitées par ces animosités, et le voisinage de la Suisse, sorte de quartier-général choisi par les partisans de l’Empire tombé, excitait les plus téméraires. 11 s’agissait de décourager les agitateurs, de déjouer les conspirateurs, de sévir contre les criminels, et cependant de ramener les égarés et de réconcilier les imprudents et les honnêtes.

Enfin, dans une société qu'avaient troublée de si soudaines et de si lamentables vicissitudes, il fallait calmer les esprits, conquérir et assurer le respect au pouvoir royal, tout en faisant prévaloir la persuasion sur la contrainte, en substituant la concorde aux divisions, et en dissipant les préventions par la justice.

Dans cette tâche malaisée et où tant d’écueils s’accumulaient sous les pas, nous ne craignons pas d’affirmer que le général Coutard sut être un modèle de prudence, d’habiletéct de fermeté tout ensemble. Si, à distance, son zèle parait avoir parfois des vivacités

qui étonnent un peu nos tiédeurs, elles s’expliquent d’abord comme étant plus imputables au temps qu’aux hommes, ensuite parce qu’elles étaient admirablement tempérées par une sagesse et par des retours bien rares ailleurs. Enfin, et surtout, sa conduite eut un entier succès; inspirant à tous les gens de cœur une confiance sans bornes, et aux méchants une crainte salutaire, il sauva la paix et maintint la sécurité dans toute l’étendue de son commandement, rallia les populations autour du trône, et laissa l’armée florissante, l'autorité aimée et révérée, le pays tranquille et les cœurs unis.

Il faut entrer dans quelques détails.

Besançon était en état de blocus, et ce blocus ne devait être levé par le général autrichien qu’après le complet licenciement de l’armée. La présence des étrangers pesait aux populations, et les vieux royalistes, les émigrés de retour, étaient de ceux qui supportaient le plus impatiemment l’occupation. J’en trouve une preuve touchante dans l’offre que faisait, le 15 novembre, un ancien chef d’escadron, chevalier de Saint-Louis, inaire de la Cluse, de lever et solder trente hommes pour le service du Roi, afin de dégager le fort de Joux, enveloppé par les alliés. En y applaudissant, le général Coutard, — c’était un de ses premiers actes, — recommande à ce noble et brave ollicicr de tâcher, « par une voie discrète et sûre, de faire savoir au commandant qu’il

faut, à tout prix, conserver le fort à S. M. Louis X\ lii, notre légitime souverain. » — «Je regrette, ajoute-t-il dans une dépêche au ministre de la guerre, de n’avoir pu donner à cet acte de générosité et de dévoûment la plus grande publicité ; je prie Votre Excellence de le faire connaître au Roi. » Louis XVIII savait apprécier une telle conduite; il la récompensa dignement.

Les sentiments du chevalier de Gauffrc étaient ceux de tous les habitants du Doubs. Les gardes nationales de Besançon, demeurées fidèles à la maison de Bourbon, pouvaient se glorifier de n’avoir pas subi l’invasion. A son entrée dans la ville, le général Coutard avait été émerveillé de leur belle tenue, ravi de leurs admirables dispositions. Les rangs divers y étaient confondus dans l’élan d’un commun patriotisme; des ofliciers de tous grades portaient le fusil et ne se distinguaient que par leurs allures plus militaires et par les signes d’honneur qui brillaient sur leur poitrine. A la porte de son hôtel, Coutard se vit présenter les armes par un grenadier revêtu du cordon rouge ; il en fut touché jusqu’aux larmes. « Messieurs, dit-il dans un ordre du jopr du 2/i septembre, avant d’arriver dans vos murs, je connaissais le bon esprit de la garde na; tionale. Heureux de me trouver au milieu de vous, je consacrerai tous mes instants à seconder votre zèle. Votre conduite a offert l’exemple de la confiance et du dévortment. Je ne paraîtrai à votre tête que

pour rivaliser d’amour pour le souverain! Le Roi compte sur vous ; vous justifierez sa confiance. J’ai été ému de plaisir en rencontrant dans les rangs des grenadiers d’anciens officiers décorés de la croix de

Saint-Louis et de la Légion d’honneur, mais je n’en

ai point été surpris. On est silr de trouver ces dignes chevaliers dans tous les rangs des serviteurs fidèles. Imitons leur noble dévoilaient, et répétons de toute l’affection de nos âmes : Vive te Roi! Vivent les Bourbons! • — « Le Roi, écrivait-il au comte Dessoles après cette revue, aurait une force bien intéressante, si, dans chaque cité, les habitants s’y dévouaient, comme dans celle de Besançon, à remplacer pour le moment les troupes régulières, et se prêtaient comme eux à tous les. sacrifices, afin d’obtenir par un service constant quoique pénible, le maintien de l’ordre et de la plus exacte police. »

En effet, le service entier d'une place de guerre, le soin de la paix intérieure, le maintien de la tranquillité même des campagnes environnantes, et cela au milieu des mouvements de troupes étrangères, retombaient sur la garde nationale. Elle sut remplir ces rudes missions avec une énergie et un zèle qui ne se démentirent jamais.

La levée du blocus de Besançon ne faisait qu’augmenter les nécessités de surveillance. Les armées alliées commençaient leur retraite, non sans commet-

tre des dommages et sans se livrer à des excès qui irritaient les populations.

Coutard avait pris les plus sages précautions, disposant à l’avance les gîtes et les étapes pour les colonnes qui lui étaient signalées, donnant des instructions très-sévères aux officiers et aux fonctionnaires, envoyant des représentants de son autorité dans chaque localité. Autant il est soigneux de rendre les honneurs militaires dus aux drapeaux alliés, autant il se montre empressé de témoigner le respect et la courtoisie auxquels ont droit les souverainsdes peuples amis (1) ; autant de même il est jaloux de la dignité nationale, autant il repousse toute prétention exorbitante, autant il exige réparation des violences ou des insultes. Ainsi, un jour, il apprend (16 octobre) que les hulans autrichiens de l'archiduc Charles, non contents des rations qu'on leur fournit, exigent des provisions, maltraitent les habitants, et leur imposent des corvées humiliantes. Aussitôt il dénonce les faits au chambellan de l’empereur d’Autriche, et obtient, avec des excuses, la promesse que ces abus ne se renouvelleront plus. Plus tard, ce sont des officiers allemands qui prétendent enlever, sur un ordre de leur souverain, six pièces de canon de rempart du fort Saint-André. Le maire, M. de Banccuet, s’y op-

(1) Ainsi, il avait tout préparé pour recevoir dignement l'empereur d’Autriche et l’empereur de Russie; ces princes passèrent, l’un hors de sa division, l’autre incognito, à la limite, et sans qu’on fût averti de son voyage.

pose ; le générai le soutient énergiquemenlet se plaint à M. le feld-maréchal baron de Frimont. « C’est une violation des capitulations, lui écrit-il. » M. de Frimont répond immédiatement que la conduite du major autrichien ne peut être que l'effet d’un malentendu, qu’il a donné des ordres en conséquence, et ajoute l’expression de ses regrets. Dans une autre circonstance, c’est de l’archiduc Rainier lui-mème que Coutard obtient satisfaction. Le prince, alors chef de bataillon d’infanterie, s’était établi au fort Saint- André, à Salins; il faisait quelque didiculté d’en sortir et d’y laisser des munitions et des vivres que la capitulation du 17 septembre déclarait appartenir au Roi. Le général s’adressa au commandant impérial : voici la réponse reçue dès le lendemain : « Le chef de bataillon d’infanterie archiduc Rainier, a ordre d’évacuer le fort, le 16, et de remettre la veille, avec régularité, tout ce qui, en vertu de la capitulation, est resté la propriété du gouvernement royal de France. » 11 n’est pas besoin de dire combien cette énergie, en imposant le respect même aux étrangers, répondait aux meilleures susceptibilités du caractère français (1). Aussi Coutard était vivement apprécié, et son nom inspirait conGance et courage.

(1) C’est le même sentiment qui indignait la Vendée comme l'Est, et qui faisait dire par le prince d’Eckmühl à l'armée de la Loire : « Nous ferons cause commune avec ces braves Vendéens, qui viennent de nous donner un si touchant exemple, en déclarant qu'ils marcheraient avec nous contre les ennemis de la France. »

Du reste, il ne déployait pas pour le maintien intérieur de la paix publique, une moindre vigilance. Sa surveillance était sévère et infatigable (1), mais elle n’avait que trop de raisons de s’exercer.

Profitant des souffrances que l’occupation étrangère, jointe à la pénurie de l’agriculture si longtemps négligée, excitaient dans les populations, les ennemis du pouvoir royal tentaient d’aigrir les esprits et de préparer des troubles. La Suisse, qui avait servi de retraite à un assez grand nombre de réfugiés ou de proscrits, était un foyer permanent de menées et d’intrigues. On répandait le bruit de la présence de Joseph Bonaparte dans le canton de Vaud; on s’autorisait de la résidence de la duchesse de Saint-Leu à Pregny, dans le pays de (îex, pour entretenir des essais d’agitation, des ferments de complots. Certains agents secrets traversaient la frontière et venaient répandre des proclamations dans le Jura, dans le

(i) En voici la preuve dans un petit incident assex curieux. Un soir, le /i novembre, arrive une voiture de poste sur le siège de laquelle so trouvait un caporal autrichien. Le personnage de l’intérieur se déclare oflicier supérieur de S. M. I. et R. A., et exhibe ses passeports. Les passeports, d’ailleurs en règle, n’étaient pas signés du porteur. Un scrupule vint à l’agent chargé de la vérification. Il en réfère au commandant de la division. L’officier autrichien n'était autre que le comte de Flahaut. Coutard le reconnaît. M. de Flahaut ne dissimule pa% mais il se dit chargé d’une mission. Le général lui demanda sa parole d’honneur. M. de Flahaut crut devoir la refuser. Coutard, avec les formes les plus polies, lui annonce qu’il ne peut lui permettre de passer outre, et qu’il en écrira au ministre de la guerre. M. de Flahaut dut rester î\ Besançon jusqu’à ce que des ordres de Paris levassent la consigne.

Doubs, jusqu'à Besançon (1). Ces tentatives avortèrent toutes, mais elles semaient la discorde, et malheureusement elles trouvaient des appuis plus ou moins directs parmi les officiers licenciés qui étaient répandus dans les campagnes et qui y avaient apporté leurs regrets et leur irritation.

iNon pas assurément que la majorité ne se fût sincèrement ralliée au trône des Bourbons. 11 est même digne de remarque que ces braves soldats cherchaient pour la plupart a prouver, par leur conduite, qu’ils étaient dignes de correspondre aux vœux du gouvernement dont le désir était, autant que possible, de leur rendre leurs grades et d’utiliser leurs services. A plusieurs reprises, et dans des occasions solennelles, telles ([ue le passage des princes ou la fête du Roi, ou mieux encore, dans les moments d’inquiétude et d’agitation, ils s’empressent de faire offre de dévoilaient et le général se plait à leur rendre un public témoignage. Lui-même, d’ailleurs, ne négligeait rien pour plaider leur cause et les entretenir dans des sentiments de conciliation et de concorde.

(1) Les plus ridicules moyens n’étaient pas épargnés pour séduire la crédulité des campagnes. Nous n’y voudrions pas croire, si les preuves n’étaient pas sous nos yeux. Le général saisit et envoie, le 15 octobre, bu ministre de la guerre, la copie d’une « proclamation datée de Belgrade, signée Bonaparte, nommant Murat chef d’état-major, et annonçant le retour de l’Empereur à la tête d’une armée de deux cent mille Turcs.» Les distributeurs furent condamnés par les tribunaux ordinaires, le 11 décembre. Vers le même temps, une étrangère se présenta dans quelques cantons, sc donnant, grâce à des traits extérieurs de ressemblance, comme une fille de Napoléon.

Ainsi, on le voit signalant la triste position de plusieurs d’entre eux, réclamant des secours, sollicitant le paiement de la demi-solde, demandant des emplois. Lorsque des préventions injustes, quoique parfois concevables, s’élèvent contre eux, il les défend, t Sur quelques points des départements, écril-il confidentiellement aux commandants des subdivisions, les habitants se portent à de coupables provocations contre les militaires rentrés dans leurs foyers. Ces actes ' d’une aveugle animosité contre tout ce qui porte l’habit militaire, pouvant avoir les conséquences les plus graves pour la tranquillité publique, le ministre de l’intérieur vient de recommander la répression des délits de ce genre. La protection des lois doit être également assurée à tous les citoyens, à quelque classe qu’ils appartiennent, et elles seules doivent faire justice. ■>

De même, aussi, il se place au-dessus des haines implacables. Le général Lecourbe venait de mourir, et son aide de camp, accompagnant ses restes mortels. avait invoqué pour ce funèbre dépôt, les honneurs militaires. Lecourbe, ardent ednemi de la royauté, avait été un des derniers à lui résister, à Béfort, à la fin des Cent-Jours, et Coutard avait refusé de servir dans son armée. « J’ai cru devoir lui faire rendre les honneurs dus à son grade, écritil au comte de Durfort, gouverneur de la 6 e division militaire ; la mort semble effacer toutes les pré-

vendons. » Ce mot était d’une grande noblesse; le gouvernement du Roi le comprit et l’approuva.

En retour, Coulard était pour les esprits insubordonnés, pour les fauteurs de rébellion et de désordre, d’une extrême et inflexible rigueur. Il ne tolérait ni les réunions suspectes, ni les changements de résidence sans autorisation, encore moins les propos séditieux, les signes de ralliement (1), les tentatives d'embauchage. Il j avait d’autant plus de droits que ces coupables mouvements coïncidaient avec des désastres occasionnés par la malveillance, avec des incendies, avec des tumultes pour lesquels la répression ordinaire ne suffisait pas et qui nécessitaient l’envoi de colonnes mobiles.

Du reste, Coutard était parfaitement secondé par des hommes d’un vrai mérite et d’un dévoùmenl sans bornes, tels, dans l’armée, que le général Jarry, le génépi comte de Rotalier, le général marquis de Soran, le colonel de Brachet, le chevalier de Bouclans, et surtout le brave chevalier Durand, ancien officier de l’armée de Condé, pour lequel Coutard obtint une prolongation d’activité utile à la cause royale (2) ;

(t) On avait trouvé le moyen de varier les cocardes blanches do quelques fils de métal qui leur donnaient des nuances diverses et servaient de muette reconnaissance. Le général ordonna que désormais les cocardes fussent toutes de modèle uniforme et de la même étoffe, de bazin blanc.

(2) Le chevalier Durand commandait la place de Besançon. Entouré de l’estime et de la vénération de tous, il rendait d’excellents services ; le 27 novembre 1825 il avait été mis à la retraite; Coutard lui fit conserver son commandement.

tels, dans les gardes nationales, que le marquis de Falletans, le comte de Saporta, le marquis de Rongé ; tels enfin, dans l’administration, que le baron Capelle et le comte de Sccy, successivement préfets du Doubs. Enfin, il était dans les meilleures relations avec le comte Étienne de Durfort, gouverneur de la b' division, auquel il adressait chaque quinzaine des rapports qui sont des chefs-d’œuvre de clarté, d’exactitude et d’esprit militaire.

De la sorte, il s’était mis en possession de l’estime et du respect de tous, et l’autorité royale profitait de l’ascendant que son représentant avait su conquérir. L’inauguration du buste de Louis XVlll, au fort Griffon, donna la preuve de ces sentiments ; ce fut une fête d’union et d’allégresse universelles.

Ainsi s’achevait cette année 1815, si pleiue de vicissitudes, de douleurs et de joies. Une crise cruelle vint encore en signaler les derniers jours.

Personne n’a perdu le souvenir de la détresse qui accablait la France. Il y eut alors, comme il arriva toujours sous nos Rois, une admirable rivalité de sacrifices. L’armée fut des premières à en donner l’exemple, et, dans l’armée, le général commandant la 6 e division fut un de ceux qui prirent l’initiative. Le 29 décembre, Coutard suppliait le Roi d’accepter, au prolit du Trésor épuisé, deux semestres de son traitement de commandeur de la Légion d’honneur. C’étaient 7,500 fr. , somme considérable, surtout en ce

temps. Le maréchal de camp comte de Rotalier, le chef de bataillon A. de Coutard, imitèrent cet exemple. « Le Roi a accepté, Monsieur, lui répondit le duc de Feltre, le 15 janvier 1816, et Sa Majesté me charge de vous remercier et de vous témoigner la satisfaction que lui a causé celte preuve de votre dévoùment à sa personne et à la patrie. »

• Un tel acte, du reste, devait être noblement apprécié par le Roi, qui prélevait sur sa liste civile et sur les apanages de sa famille, dix millions, pendant la seule animée 1816, « pour être répartis entre les départements qui avaient le plus souffert des fléaux de la guerre (1) » (ordonnance du 8 mai), ainsi que parce Fils de France, Mgr le duc de Berri, qui s’empressait de consacrer à la même destination cinq cent mille francs pris sur sa propre dotation, et cinq cent mille francs sur les fonds votés pour les fêtes de son mariage.

Vers le même moment, le 24 janvier 1816, Louis XVII 1, exauçant un des vœux les plus chers du généreux soldat, lui conférait, par une ordonnance datée des Tuileries, le titre de comte, transmissible à perpétuité, « comme preuve, dit le monarque, de notre satisfaction, et pour récompenser ses honorables

(1) Cette allocation se continua pendant cinq ans, et les comptes du ministère des finances ont constaté qu’elle s’éleva en totalité à soixante millions.

services. (1) ■ Cette haute distinction le flatta sans l’enorgueillir; s’il était heureux de se voir entouré d’uu lustre qu’il devait à sa bravoure personnelle, jamais il ne renia son origine, jamais il ne rougit de sa naissance. Lui aussi sentait bien qu’il pouvait dire: « Je suis un ancêtre, moi (2) ! »

(1) Daus sa supplique, le général rappelle ses vingt-huit années de service, ses grades, tous conquis à la pointe de l’épée. « Il ose encore, dit-il, sc faire un titre auprès de V. M., du nom de son épouse, née en Bourgogne, de la famille des Davoust, descendants des anciens comtes do Noyers, et parente du marquis de Sainte-Maure et du comte de Baumont, qui ont l'honneur de siéger à la Chambre des pairs de votre royaume, n j

(i) Cne lettre toute d’intimité adressée à son frère d’armes le plus tendrement aimé, le général, alors colonel, Le Fcbvre des Vaux, marque bien ses sentiments, avec une grâce et un enjouement qu’on aime à citer:

• Les titres ne me changent pas, je serai toujours le même pour toi, et quand nous serons seuls tu m’appelleras seulement: Excellence î Je te remercie bien sincèrement des compliments que tu nous adresses, à ma femme et à moi’; nous sommes trop persuadés de ta sincère amitié pour n’y pas croire ; mais nous n’avons fait part de cette noryinaiion à personne; nous connaissons une ancienne amie qui en enrage ; ce n’était donc pas le cas d’aller lui déchirer le cœur et d’humilier son petit ou son extrême amour-propre. » (28 mars 1816.)

Puis voici un retour sur les heures de simplicité et de retraite : a Ma femme te fait ses compliments; au milieu des grandeurs de ce basmonde, elle regretto quelquefois la vie paisible de la rue Thévenot, et si les vicissitudes do la vie la forçaient d’y retourner, elle ferait le voyage sans regrets aucuns. »

Ces mots peignent bien Madame de Coutard, qui voyait juste et sc prêtai^ au monde sans se donner à lui.

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