‹ Le Général comte de Coutard, étude historique sur la République, l'Empire et la RestaurationChapitre 17 sur 57 · CHAPITRE XII · texte numérisé non relu

CHAPITRE XII

l iât de la Bretagne, — Discordes intérieures. — Ordre du jour de prise de possession du commandement de la 13* division militaire. — Les conspirations et les mouvements séditieux. — Le monument du combat des Trente. — Troubles à Brest, à l’occasion des missions. — Conspirations. — Naissance de Mademoiselle. — Le général Coutard envoie un drapeau à la garde nationale de son pays natal.

Si le commandement de la 6 e division militaire avait eu ses difficultés, elles n’étaient pas à comparer à celles qu'offrait le commandement de la 13 e . Le Roi ne les avait pas dissimulées à Coutard ; elles dépassaient encore les prévisions de Louis XVIII.

D’une part, les vieux royalistes, les vétérans de la grande lutte contre la Révolution et contre l’Empire, les généraux et les soldats de cette guerre « de géants » n’avaient pas reçu toutes les récompenses et toutes les réparations dues à leurs souffrances et à leur héroïsme. Ces justes susceptibilités étaient aigries encore par les procédés du ministère à leur

égard, et elles prenaient un caractère d’opposition dont la franchise trop rude ne s’arrêtait pas aux conseillers de la couronne, mais avait le tort de remonter jusqu’au monarque lui-même. La noblesse bretonne, naturellement fière et résistante, sc montrait plus indomptable que jamais, et risquait de compromettre par un dévoûment chagrin et emporté, l’autorité même de cette Maison Royale à laquelle elle avait tout sacrifié et pour laquelle elle aurait encore versé la dernière goutte de son sang.

D’un autre côté, les plaies des discordes civiles y étaient encore ouvertes et vives. Entre les gentilshommes réduits à gémir sur leurs maisons en ruine, et le peuple fidèle épuisé par les exactions militaires, s’était élevée une classe nombreuse, composée des acquéreurs de biens nationaux, dévouée aux idées de la Révolution dont elle avait recueilli les profits, détestée et méprisée dans le pays dont elle était le fléau et s’en vengeant par l’esprit de haine et de désordre ; ennemie naturelle de la Restauration, auxiliaire et complice par avance -de toute agression contre la Royauté, dont le retour, seul, lui était une menace et un remords.

11 fallait donc rapprocher les esprits, ramener au Roi les cœurs de ses vrais et généreux amis, apaiser les dissentiments, et en même temps veiller d’un œil infatigable, réprimer d’une main ferme et assurer le triomphe de la justice et de l’autorité.

« Vous connaîtrez bientôt, lui écrivait un de ses aompagnons d’armes (1), le caractère de nos Bretons: vous y trouverez franchise et loyauté; niais vingt-cinq années d’une révolution malheureuse ont aigri les esprits et créé des divisions qu’il faut faire cesser; personne plus que vous, mon brave général, n’est dans le cas d’opérer cet heureux changement. Dévoùment sincère à notre bon Roi, telle doit être la devise de tous les Français. »

Ainsi averti, Coutard sut dès l’abord se mettre à la hauteur de la situation et la dominer.

Il avait eu soin de se bien entourer. Depuis longtemps il cherchait l’occasion d’attacher à son étatmajor son ancien ami, son compatriote, son frère d’armes, le colonel Le Febvre des Vaux. Après une brillante conduite à Marengo, après la terrible expédition de Saint-Domingue, ce dernier, adjudant-général à trente-quatre ans, avait vu tout à coup se briser les légitimes espérances d’une carrière si rapidement parcourue (2) et si noblement inaugurée. Prisonnier de l’Angleterre, injustement retenu dans les fers malgré la paix d’Amiens, Le Febvre des Vaux

(1) Le colonel baron Rapatel, alors colonel des dragons du Doubs. « Rappelez-moi près de vous, mon général, écrivait-il dans cette même lettre du 10 novembre 1817, faites que mon régiment se trouve de nouveau sous vos ordres, tous nos officiers en seront aussi contents que moi. ■» En effet, on aimait à être commandé par cet homme ferme, mais juste et conciliant ; ce vœu fut exaucé plus tard.

(2) Voir la Notice, à la fin du volume.

avait vu s’écouler dans l’amertume de l'exil les années de gloire dont il était si digne. Abreuvé d’épreuves, mais plus fort que l’adversité, il était rentré en France à la paix, n’avait repris son épée que pour se venger, à Waterloo, des tortures de l’Angleterre; méconnu après la défaite, il languissait découragé dans sa petite ville natale, et n’était soutenu que par l’estime de ses concitoyens et les affectueuses instances de Coutard. Le général appréciait non-seulement avec le prestige du cœur, mais avec une expérience déjà longue des hommes et des caractères, les rares qualités du colonel. 11 connaissait son exactitude et son activité au travail, la loyauté et la générosité de ses sentiments, son savoir varié, son esprit vraiment militaire, son habitude du monde et sa distinction native. Il pouvait compter, — et ce bonheur est sans prix dans les rangs élevés et dans les positions ardues, — sur un attachement inviolable, sur une confiance sans bornes, sur une amitié qui, respectueuse et obéissante dans les relations du service, gardait dans l’intimité la franchise et l’autorité des conseils les plus désintéressés et les plus sûrs. Enfin , il trouvait chez l’officier éprouvé les formes pleines d’aménité, les manières excellentes du gentilhomme, unies à une sérénité calme et à une douceur qui s’allie aisément à la bravoure. Le chef d’état-major devait, de la sorte, tempérer ce que le commandant avait de rigueur et de sévérité prononcées; ils se complétaicntl’unparrautre.

Coutard avait donc demandé au ministre de la guerre d’employer Le Febvre des Vaux sous ses ordres. Passant au Mans, où se trouvait alors Monseigneur, duc d’Angoulême, il avait eu l’honneur de présenter sou ami au Prince, et d’attirer sur lui sa bienveillance.

Le duc d’Angoulême connaissait bien la Bretagne. Dans son rapide séjour au Mans, le 10 et le 11 novembre, il avait tenu à donner lui-même au général, en deux longues audiences, tous les renseignements utiles sur ce laborieux commandement. Ainsi, Coutard partait avec les plus précises instructions.

Elles pouvaient se résumer dans les paroles que Louis XVI II lui avait adressées à Paris. Aussi en faitil le début de sa carrière. Dans l’ordre du jour de sa prise de possession, après avoir témoigné ses regrets à la Franche-Comté et à la Bresse, après avoir élevé très-haut l’honneur de « commander une province qui fut et qui deviendrait au besoin le boulevart de la monarchie légitime et le refuge de la fidélité, » il cite les phrases mêmes du Roi, et il ajoute : « Nos devoirs à tous sont tracés dans l’expression de cette volonté royale et paternelle; chacun de nous doit donc s’empresser de la suivre. Bénir le nom du Roi, faire respecter l’autorité de son gouvernement, maintenir l’ordre et la tranquillité publique; rallier tous les Français aux vrais principes de la monarchie héréditaire, respecter et faire respecter la religion, main-

tenir la discipline militaire dans l’armée, empêcher qu’elle ne se livre à des discussions politiques capables de l’égarer, se renfermer dans le seul esprit des ordonnances militaires, ce langage d’aujourd’hui sera ma conduite de tous les jours. »

En effet, il ne dévia jamais de cette ligne, et, malgré bien des traverses, il atteignit le but.

Un de ses secrets fut, tout en soutenant fièrement l’autorité royale dont il était revêtu, et en faisant honorer le pouvoir central, gage et maintien de l’unité, d’entrer fort avant dans les souvenirs, dans les traditions, dans les affections particulières de l’antique et illustre province qui lui était confiée. De toutes les gloiresqui rappelaient aux Brelonsleuriudépendauce, et qu’on essayait de transformer en prétentions d’isolement, Coutard sut faire autant de liens plus étroits et plus forts qui les rattachaient à la patrie commune, à la Maison de France et à son auguste chef.

Certains mécontents même cherchaient à diviser le Roi d 'avec sa famille, à montrer Louis XVIII comme subissant le joug de partis révolutionnaires, à rejeter l’espoir et l’attachement vers Monsieur ou vers ses royaux enfants. Aussi, affectait-on de crier non plus Vive le Roi! mais Vivent les Bourbons! germes imprudents et dangereux de dissidences qui faisaient les affaires des ennemis de la monarchie. Le général y coupa court par un de ces expédients heureux qui étaient à la fois un trait d’esprit et un symbole de

rapprochement : Vive le Roi, longtemps! dit-il dans une occasion solennelle, Vive le Roi longtemps, et les Bourbons toujours! Cette parole fit fortune et demeura populaire dans toute la Bretagne.

Combien n’était-il pas nécessaire, en effet, de réunir toutes les forces des honnêtes gens contre les entreprises des fauteurs de désordres? Non-seulement, comme on le sait, l’opposition cherchait à agiter les esprits, mais les sociétés secrètes commençaient à organiser des mouvements séditieux. La Bretagne était un des quartiers-généraux de l’insurrection. Un colportage clandestin d’écrits révolutionnaires y était mis en activité dès la lin de 1817. Des chansons, des pièces de vers, des brochures sont signalées et saisies par Coutard, dès les premiers moments de son arrivée; bien plus, trois jours après son entrée à Rennes, une échauffouréc éclate à Pontrieux. Elle fut immédiatement réprimée ; les agents de troubles comprirent aussitôt à qui ils avaient affaire.

Ce n’était qu’un prélude.

Il y avait alors un double courant de perturbation qui se disputait les provinces de l’Ouest. Voici le premier ; laissons parler l’histoire : « On avait imaginé une conspiration qui ne tendait à rien moins qu’à changer l’ordre de succcssibilité au trône, ou à tenir, dans tous les cas, le Roi en charte privée jusqu’à ce qu’il se fût s«umis aux exigences des conju-

rés. Le renvoi ou l’emprisonnement des ministres, le rappel de la Chambre de 1815, telles auraient été les principales conditions que la force eût, au besoin arrachées, et dont on osait faire remonter la suggestion jusqu’à l’héritier présomptifde la couronne (1). » Cette intrigue, dirigée contre l’opposition royaliste, avait été ourdie au profit de M. Decazcs ; elle avorta une première fois après de ridicules et d’odieuses persécutions, dirigées contre quelques hommes de cœur et de dévoûment, et qui n’avaient pas même épargné les serviteurs et les amis de Monsieur, comte d’Artois. « Ce qu’il n’osait tenter d’abord que par de perfides machinations, M. Decazes l’entreprit bientôt à front découvert. Ce ministre coupable continua de troubler les vieux jours de son bienfaiteur, en lui montrant pour ennemis ses parents les plus proches elles plus chers... Des agents de police parcouraient les départements de la Vendée, de la Mayenne et du Morbihan, s’etTorçanl d’y séduire les anciens soldats des armées royales. » Voici le portrait de l'un d’entre eux : ■ Leguevel appartenait à une famille honorable du Morbihan, et cette considération l’avait fait admettre, pendant les Cent- Jours, dans les armées royales; mais chassé presque aussitôt pour sa mauvaise conduite, il était tombé dans une misère profonde et dans un mépris qu’il justifiait pleinement.

(1) M. Lubis, Histoire de la Restauration, p. 373, t. IV.

Il ne manquait pas, toutefois, de présence d’esprit et d’audace; et c’est sans doute à ce double titre que la police avait jeté les yeux sur lui, pour compromettre, dans une conspiration forgée à plaisir, tout ce que la Bretagne comptait de plus pur et de plus fidèle. » — « Tous ces agents, continue l’écrivain auquel nous empruntons ce témoignage, n’avaient qu’un but : faire surgir des conspirations dont ils devenaient les révélateurs, après avoir été les complices. Pour irriter les Vendéens et les préparer aux suggestions de ces agents, la police avait infesté leur pays de libelles diffamatoires, émanés des plumes libérales et dont les traits les plus coupables étaient fournis par ses propres bureaux. »

Telles étaient les manœuvres inspirées et dirigées de Paris. Elles 11e servaient que trop bien les plans des partis hostiles. Ceux-ci, de leur côté, redoublaient d’activité et d’intrigues. C’était la seconde source de discorde et d’agitations.

Une association, affiliée à celles qui se remuaient dans les autres parties de la France, avait établi des rapports suivis et une correspondance régulière entre les villes de Rennes, de Nantes, de Saint-Malo et de Dinau. Elle s'était ménagée des affiliations dans l’armée, surtout dans les corps spéciaux ; elle essaya ses forces à l’occasion de la translation à la maison d’arrêt de Rennes, de l’avocat Dunoyer, auteur du Censeur européen, et récemment condamné en po-

lice correctionnelle. Dunoyer, le procès en fait foi. avait reçu, pour les articles iucriminés, des notes du ministère de la police générale : condamné, on l’é-

loignait de Paris et on devait bientôt le soustraire à la peine qu’il avait encourue. Les « indépendants » d’Illc- et -Vilaine lui donnèrent une sérénade et avaient annoncé, pour le lendemain, un banquet de trois cents couverts. Coutard veillait : la sérénade fut dispersée ; son principal instigateur, un certain capitaine Bodin, fut arrêté, puni et envoyé au fort de Châteauneuf. Au dîner, trente-deux convives seulement se présentèrent C’était une déconvenue, mais qui montrait combien il fallait se tenir sur ses gardes.

L’esprit d’insubordination gaguait dans les rangs de l’armée. Des désordres assez graves se renouvelèrent vers le mois d’août, à deux reprises différentes. Le général ne transigeait pas avec l’indiscipline. La légion des Deux-Sèvres, où se trouvaient les plus turbulents, subit des châtiments exemplaires, fut dirigée sur un autre point du territoire et remplacée par la légion du Calvados, sur les sentiments de laquelle l’autorité avait plus de droits de compter.

Coutard donnait ainsi, par avance, la mesure de sa résolution et de sa fermeté, et il conquérait sur la population l’ascendant si nécessaire à la charge dont il était revêtu.

11 en reçut dans les premiers jours de 1819, un témoignage significatif. La garde nationale de Ren-

nés avait interrompu son service; elle le reprit le à janvier, et tout aussitôt le maire de la ville écrivit au général, pour lui demander d’accepter à son hôtel un poste d’honneur. « Les chefs qui voyaient avec regret, écrit M. de La Marre, que l'affaiblissement de la garnison ne vous permît pas, Monsieur le comte, d’avoir une sentinelle, m’ont prié de vous en offrir une. Ils ont pensé que c’était un honneur dü au lieutcnant-général qui commande pour le Roi une si importante division, et ils ont trouvé honorable pour eux-mêmes de vous rendre cet hommage. » Coutard aura bientôt, du reste, à s’appuyer sur cet assentiment des Bretons fidèles.

Comme tous les vrais enfants de la patrie, il venait de s’associer à la joioque causait la complète libération de la France. Les dernières troupes étrangères avaient repassé la frontière à la fin de l’année 1818 . Le duc d’Angoulème, alors en tournée dans l’est et le nord, replanta de ses mains le drapeau national sur les remparts de Thiouville. Le vœu le plus cher au cœur du Roi était rempli : « J’ai assez vécu, écrivait ce prince au duc de Richelieu, qui l’avait si honorablement secondé, j’ai vu la France libre et le drapeau français flotter sur toutes les villes françaises. »

Mais ce bienfait, mais les actes de dévoilment généreux qui le suivirent et qui allégeaient les longues souffrances du pays, ne trouvaient pas grâce devant

l’opposition des révolutionnaires. Elle se manifesta à Rennes même, au théâtre, par des scènes tumultueuses qui prenaient les plus étranges prétextes.

Le 14 janvier, on jouait Jeanne et Arc. Au milieu des nobles sentiments que réveillait le souvenir de cette sainte et héroïque libératrice de la France, un billet jeté du parterre et contenant des couplets sur le Chainp-d’ Asile, excita une vive rumeur et de violentes altercations. L’ordre fut rétabli, mais le symptôme était caractéristique.

Bientôt Brest eut ses émotions publiques. Les questions religieuses étaient alors le terrain favori du libéralisme. « Attaquer le clergé, dit avec raison M. Laurentie, c’était attaquer la Royauté ; et la principale habileté des factions fut de représenter la royauté comme ne s’appartenant plus à elle-même, et l’Eglise comme maîtresse de l’État. » En vérité, on ' ne peut se reporter, sans une douleur profonde et sans une pitié plus grande encore, à la facilité avec laquelle l’opinion se laissa pervertir alors, et on ne sait ce qui étonne davantage, de l’audace des agresseurs ou de la crédulité des multitudes. Les plus simples notions du droit et de la liberté étaient indignement méconnues; les actes de religion les plus légitimes et les plus simples travestis et outragés. Une mission, l’érection d’une croix, un service fuuèbre, devenaient le prétexte d’une émeute. Ainsi en arriva-t-il à Brest. Déjà des rassemblements s’étaient

formés quelque temps auparavant, devant l'hôtel du sous-préfet, et il avait fallu les disperser par la force. Cette fois, les indépendants et les esprits forts remplirent de tumulte l’église paroissiale de Saint- Louis, à l’occasion de l’enterrement d’une ancienne comédienne.

Le procès de Leguevel augmentait encore les inquiétudes. Ce fut un cruel scandale. Cet homme, et Le Gall, son complice, avaient parcouru tout l’Ouest,

< semant et recueillant la plainte et dénonçant les noms les plus honorés : du Botdéru, de la Boèssière, Coroller, La Bourdonnaye, de kerdrel, de la Goublaye, Ruault, de Margadel, de Kersabicc, une foide d’autres, tous accusés de conspirer contre la Charte, et, pour comble de scandale, de vouloir livrer la Bretagne à l’Angleterre. 11 y eut enfin des indices de cette trame ; les Royalistes coururent au devant de la justice. Les chercheurs de conspiration désavouèrent leurs délations; l’infamie fut toute la peine de leurs mensonges (1) »

La province demeurait profondément troublée par ces événements. Le général prit un parti énergique.

(1) Laurrntie, op.-eitat., p. 147. Leguevel fut coiuyminé à rester toute sa vie sous la surveillance de la haute police, comme coupable de propositions tendantes à armer les citoyens contre l'autorité légitime, et de machinations prés d’un gouvernement étranger, tendantes à provoquer de la part de ce gouvernement des hostilités contre la France. On lui appliqua le bénéfice de la loi qui faisait remise de la peine au révélateur. « Il est à remarquer, ajoute M. Lubis, que Leguevel avait été dénoncé un mois avant ses prétendues révélations, par plusieurs personnes dont les noms se trouvaient mêlés 4 ses intrigues. »

Il sc mit en route, à petites journées et eu frac, parcourut toute sa division, s’assura partout des dispositions des diverses classes de la population, multiplia les exhortations, releva les courages, apaisa d’injustes animosités, et rétablit la tranquillité, pour quelque temps du moins.

11 profita de cette sorte de trêve pour correspondre au vœu de la Bretagne, en rendant un public hommage à un de ses plus chers souvenirs.

Peu de hauts faits sont demeurés aussi populaires, dans cette belliqueuse province, que le combat des Trente. Ce terrible assaut des trente chevaliers français contrôles trente Anglais, les noms de Bcaumanoir et de Bembrough, l’héroïque parole : « Bois ton sang, Beaumanoir, » sont de ces traits que les siècles grandissent loin de les effacer. Or, le vieux chêne de Mivoie, qui se dressait à moitié route de Josselin à Ploérmel et qui avait abrité les combattants du 27 mars 1351, était tombé de vétusté depuis plus de deux cents ans. Une croix de pierre (1), la croix de la bataille, dressée à sa place, relevée aux frais des États, en 1776, avait été renversée dès les premiers jours de 1793. La Révolution s’attaquait aux plus

(1) Au pied de la croix se trouvait une pierre avec cette inscription :

A. LA. MEMOIRE. PERPETVELLE.

Page 1