‹ Le Général comte de Coutard, étude historique sur la République, l'Empire et la RestaurationChapitre 18 sur 57 · A. GAGNEE. EN. CE. L1EV. LAN · texte numérisé non relu

A. GAGNEE. EN. CE. L1EV. LAN

pures images du patriotisme et de l’indépendance.

Dès 1 811 , on avait songé à relever ces illustres débris et à construire un monument plus durable (1). Le conseil d’arrondissement de Ploërmel et le conseil général du Morbihan avaient pris des délibérations généreuses; mais les événements qui marquèrent la fin de l’Empire étaient venus suspendre tout projet de ce genre.

Le retour des Bourbons fut le signal d’un empressement nouveau. Successivement et chaque année, le conseiPgénéral réitéra l’expression de ses désirs, qui étaient ceux de toute la Bretagne. Quand le général Coutard prit le commandement de la 13 e division militaire, il voulut que le monument fût l’œuvre de l’armée comme de la population. A son appel, tous les corps placés sous ses ordres offrirent leurs dons. Le 11 juillet 1819, la première pierre fut posée; on avait choisi le jour de saint Salomon, roi d’Armorique en 434, et dont les reliques reposent dans la cathédrale de Vannes.

Ce fut une admirable fête. Plus de dix mille personnes étaient accourues de toute la province et témoignaient un vif enthousiasme pour cette solennité qui rajeunissait l’antique gloire. Le matin avant la messe, Mgr de Bausset, alors évêque de Van-

(1) Une délibération du conseil de l'arrondissement de Ploénnel émet ce vœu le 3 août, et demande l'autorisation d'ouvrir une souscription à cet effet.

nés et élu à l’archevêché d’Aix, prononça un discours tel qu’on pouvait l’attendre de l’historien de Bossuet et de Fénelon. « Les mânes des Trente, dit-il, vont tressaillir en voyant cette plaine qu’ils ont rendue si rameuse, couverte d’une multitude innombrable accourue de toute part pour applaudir à leur nouveau triomphe. Il s’y trouvera quelque héritier de leur nom , et ils ont beaucoup d’imitateurs de leur courage et de leur fidélité. La Bretagne, fière de ses Beaumanoir, de ses Clisson, de ses Duguesclin, et de tant d’autres dont les faits d’armes ornent, «depuis des siècles, les pages de son histoire, peut compter, ainsi que toute la France, un grand nombre de braves qui, comme eux, sauraient combattre et mourir pour leur légitime souverain. J’en prends à témoin notre illustre général et tous les guerriers qui l’entoureut. » — « La France est lasse de révolutions et d’agitations, disait le prélat en terminant : elle ne soupire plus qu’après le bonheur de jouir eu paix de la fertilité de son sol, de la beauté de son climat, qui attire chez elle tant d’étrangers, et surtout de l’exercice d’une religion céleste, qui seule peut maintenir la paix dans l’État et dans la société, en ordonnant de rendre à César ce qui est à César, et à Dieu ce qui est à Dieu. Puisse-t-elle bannir de tous les cœurs la haine, la prévention et les inimitiés, et rallier au pied des autels tous les Français, afin qu’ils y fassent les vœux les plus ardents pour le Roi, pour sou auguste

famille et pour 1’union de tous les cœurs! »

A trois heures, le cortège étant rassemblé sur la lande de Mi-voie, le général prit la parole, et s’adressant aux troupes : « En concourant par vos dons volontaires à l’érection du monument qui doit transmettre à la postérité l’héroïsme des trente Bretons qui, en 1351, surent combattre et vaincre sur ce même terrain, vous vous êtes associés, dit-il, à ces fidèles Morbihannais qui l’ont voté dans leur conseil général. 11 appartenait aux braves de 1819 d’honorer la valeur des preux de 1351, dont l’histoire a perpétué le souvenir : dégagée par le temps des passions contemporaines, elle s’enrichira un jour de tous les faits d’armes qui ont illustré notre âge ; déjà même le monarque a revendiqué tout ce qui s’est fait de grand, de noble, de généreux pour la patrie, quelle que fût la bannière qui guidât la valeur. Réunis par l’estime et la confiance, comme le Roi nous unit lui-même dans son affection, le bonheur de la France, le nôtre, celui de nos derniers neveux, est à jamais assuré par la stabilité d’un trône dont l’hérédité est garantie par la Charte. La race des braves de 1351 n’est pas éteinte ; les générations l’ont perpétuée en Bretagne; l’entière soumission aux lois, autant que la courageuse fidélité de ses habitants, nous garantit tout ce dont ils seraient capables, si la paix dont nous jouissons pouvait encore être un moment troublée. Alors, comme aujourd’hui, dociles à la voix des seuls mandataires

de l’autorité royale, ils viendraient !ous grossir nos rangs et s’y rallier sous l’étendard des lys, redevenu l'oriflamme des Français... Mais tant de zèle et de dévoilaient ne sont pas des sentiments particuliers ; la France entière les partage; partout on répète avec le même amour : Vive le Roi, longtemps! les Bourbons, toujours! »

Ce discours était l’expression de toute la conduite du général; il correspondait aux sentiments vrais de la population et il fut accueilli par mille cris répétés de Vive le Roi! Vivent les Bourbons !

Un même esprit inspirait le discours du comte de Cliazelles. * Quel spectacle offre en ce moment, ditil, l’antique champ d’honneur que nous foulons! A ces loyaux et fidèles habitants de toutes les classes, de tous les rangs, â ces magistrats révérés de leurs concitoyens, au digne prélat de ce diocèse, à son vénérable clergé viennent se réunir et se mêler des guerriers décorés du signe des braves, et qui ont fait triompher les armées françaises dans toutes les contrées de l’ Europe. Itenouant aujourd’hui la chaîne des âges et rattachant à la gloire des siècles passés la gloire du siècle présent, ils viennent au milieu dînons honorer de leurs hommages et saluer de leurs armes victorieuses les trophées de nos vieux temps (1). »

(1) L<> comte de Charellcs ajoutait : • Ils ont fait plus ; h la voix du comte de Coutard, de ce brave général qui les guida à la victoire, ils ont

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Par une heureuse pensée, la garde du monument devait être confiée à un vétéran de l’armée et à lin vétéran de la marine.

L’évèquc de Vannes bénit ensuite la première pierre, et une salve de vingt-un coups de canon salua le rétablissement de ce mémorial de la vieille gloire et de la vieille indépendance (1).

voulu concourir aux frais de cc monument triomphal : un ni tel exemple ne restera pas sans imitateurs, a (1) Voici l'inscription qui fut placée sous la pierre : sot s Xk hègnK

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