LA 1" PIERRE DU MONUMENT DK LA BATAILLE DES TRENTE A ÉTÉ POSÉE PAR
LOUIS-FRANÇOIS, COMTE DE «OIT ABU, LIEUTENANT-GÉNÉRAL DES ARMÉES DU KOI, COMMANDANT LA 13» DIVISION MILITAIRE,
COMMANDEUR DE L'ORDRE BOVAL DE LA LÉGION D HONNEUR, CHEVALIER DE SAINT-LOUIS ET DU MÉRITE MILITAIRE DE BAVIÈRE; AUGUSTIN-JEAN-BAPTISTE-LOCIS-MAUIE, COMTE DE CUAZELLES, BARON DE LU.NAC,
OFFICIER DE L'ORDRE ROYAL DE LA LÉGION D’HONNEUR, PRÉFET DU DÉPARTEMENT DU MORBIHAN;
JACQUE; S-FRANÇOIS-MAR GUERITE PIOl ,
INGÉNIEUR EN CHEF AU CORPS ROYAL DES PONTS-ET-CHAUSSÉES, MEMBRE DU CONSEIL GÉNÉRAL DU DÉPARTEMENT DU MORBIHAN, AUTEUR DU PROJET DU MONUMENT.
Le procès-verbal de là cérémonie a été publié * la suite d’une remar-
Taudis que ces belles i'èles réjouissaient le patriotisme de la Bretagne et rapprochaient les cœurs dévoués, les émissaires de la révolution redoublaient de témérité et d’audace. Nous avons dit déjà de quelle haine factice ou réelle ils se montraient animés contre la religion. Les prédications des missionnaires devinrent partout le signal et l’occasion de nouveaux mouvements. Eu fait, quoi de plus légitime que l’annonce de la parole divine, que dos exhortations à la pénitence, que des cérémonies d’expiation pour les fautes publiques et privées? Si parfois le zèle de quelques jeunes orateurs chrétiens ne se contint pas dans les bornes d’une étroite prudence, si quelques fonctionnaires, par des empressements malentendus, froissèrent l’opinion et compromirent le succès d’un enseignement où la persuasion et la liberté seules devaient être les moyens de conviction ; que dire de ces inqualitiables diatribes, de ces ignobles calomnies qui précédaient partout l’arrivée des
quable édition donnée par M. Crapelet, du célèbre manuscrit du Combat des Tbente, qui se trouve à la Bibliothèque du Roi. Le volume qui a paru sous les auspices du comte de Corbière, ministre de l’intérieur, en 1827, contient, après une savante introduction, la description du manuscrit et un fac-similé^ la reproduction du texte en caractères gothiques, la traduction en nouveau langage avec des notes et commentaires, une relation tirée de Froissart, la description du monument élevé en 1819, les discours prononcés à la pose de la première pierre, les noms des signataires du procès-verbal, parmi lesquels figurent plusieurs descendants des Trente, les noms des officiers qui ont concouru à l’érection? enfin, les armoiries dc9 trente Bretons. Ce beau volume fait honneur à la science de l’éditeur, à la perfection de sa typographie, et au goût éclairé du ministre de la Restauration.
missionnaires ? Que dire des tumultes organisés, des insolentes agressions, des menaces, des désordres et des violences dont ils étaient poursuivis jusque dans les chaires, jusqu’au pied des autels? La génération présente sc refuserait à croire à cet ensemble de brutalité, de sottise et d’intolérance dont le libéralisme d’alors faisait trophée, si des témoignages trop nombreux ne prouvaient à quel point on peut égarer et entraîner un peuple naturellement droit, une jeunesse naturellement généreuse. Chose remarquable ! c’est dans la catholique Bretagne, c’est à Brest, que les désordres prirent un caractère plus acharné.
A peine les missionnaires appelés par Mgr l’évêque de Quimper étaient-ils descendus en cette ville, que des rassemblements se forment, parcourent les rues, criant Vive le Roi! à bas la mission! Devant la maison qu’occupaient ces pauvres prêtres, les clameurs redoublent : Ixs missionnaires à la lanterne! à la guillotine! Ce sont les sinistres vociférations de la Terreur. Ce qu’il y a de plus triste, c’est que nonseulement la bourgeoisie de Brest était de complicité dans ces scènes odieuses, mais c’est qu’on essayait d’y mêler quelques soldats et quelques marins; c’est que certaines autorités semblaient favoriser l’émeute, loin de la réprimer (1).
(1) Dans le rapport détaillé de cette affaire, on dit nue le sous-préfet ne prit aucune mesure pour préronir ou dissiper les attroupements. On pense même que ce fut ce magistrat qui proposa, comme chose plaisante,
Au premier bruit de ces nouvelles, Coutard accourut à Brest. Il trouva la cité en effervéscence, l’ordre méconnu, le pouvoir sans force, abandonné par ses agents responsables. Sa venue releva l’énergie des bons et intimida les coupables. Le calme matériel se rétablit et force demeura à la loi. Mais le maire craignait que si la mission avait lieu, ses exercices ne donnassent prétexte à de plus graves conflits; il s’adressa à Mgr l'évêque de Quimper, invoquant son amour de la paix. Le prélat céda, et sur ses ordres, les missionnaires quittèrent Brest. Cette concession fut célébrée par les feuilles libérales comme un triomphe. On exalta la fermeté philosophique du maire, on essaya d’envelopper les troupes dans des éloges qui, par compensation, se changeaient en injures contre le général, représenté comme un affilié du parti-prêtre. Le gouvernement dut destituer le magistral municipal et plusieurs agents inférieurs convaincus de connivence ou de faiblesse envers les perturbateurs. L’armée, * indignée des calomnieuses flatteries de l 'Echo de COuest, protesta de sa fidélité au Iloi, de son obéissance au gouvernement, de sou attachement à son général.
Telles étaient les luttes nouvelles et inaccoutumées
de faire meure le Tartufe en répétition, afin de pouvoir le jouer le soir même de l’arrivée de l'évêque de Quimper pour installer le; missionnaire.
où se trouvait impliqué Coutard. Son cœur en souffrait, mais son esprit perspicace en voyait l’origine, en démêlait le but, et son àme fidèle en combattait résolument les détestables tendances. 11 n’ignorait pas, en effet, bien que les principaux chefs prissent un soin infini de le dissimuler et y réussissent à force de précautions et de dénégations, les projets odieux des factions ennemies de la Royauté.
Vers la fin de celte année 1819, le Comité d'action formé à Paris avait redoublé ses manœuvres et augmenté ses correspondances dans les départements. Ces fiers patriotes rêvaient encore, comme eu 1817, de livrer le royaume de France à un prince étranger et protestant, au prince d’Orange. M. Voyer-d’Argenson saisissait avec empressement les ouvertures d’un aide de camp de ce prince, qui venait offrir l’entrée d’un corps d’armée hollandais, pourvu qu’on trahit à la frontière. Le drapeau tricolore serait arboré, la réunion de la Belgique à la France proclamée ; ayant rallié tous les mécontents, on marcherait sur Paris et on renverserait le trône des Bourbons. Mais il fallait deux conditions : en premier lieu, la présence dans l’armée expéditionnaire de quelques hommes considérables, députés et généraux, qui se constitueraient en gouvernement provisoire; eu second lieu, la promesse de la succession de Louis XV111 pour le chef de l’expédition. Après quelque hésitation, les députés et les généraux réu-
nis chez M. d’Argenson consentirent à écouter le négociateur et à discuter ses plans. M. de Lafayctte devait examiner la partie politique du projet et donner son adhésion. Il la fit attendre. Le roi Guillaume fut averti el enjoignit à son fils de s’éloigner et de voyager. La conspiration avorta, ne laissant à ses auteurs que la honte de l’avoir conçue et accueillie. La Restauration y répondit avec sa générosité habituelle: une amnistie ouvrit bientôt les portes de la patrie à ces proscrits qui ne songeaient qu’à lui faire subir un joug étranger (1).
Mais ce pardon ne désarma pas les haines et ne conjura pas les animosités. Les ennemis de la monarchie .étaient aussi insensibles à sa magnanimité qu’aux bienfaits dont elle assurait la possession à la France, et notamment à la dignité qu’elle lui restituait en Europe el à la prospérité inouïe qu’elle apportait à la fortune publique (2). Ils s’irritaient surtout de voir la Vieille tige de saint Louis refleurir et promettre de nouveaux rejetons. Le 21 septembre, Madame la duchesse de Berry avait donné naissance à cette jeune princesse, Louise-Marie-Thérèse, qui, après avoir épuisé, à son tour, les grandeurs et les amertumes du rang suprême, déploie aujourd’hui,
(1) Voir ces détails dans M. de Vaulabellc, écrivain peu suspect assurément. T. IV, p. 445 et 440.
(2) Le budget do 1820 venait d’être voté : après les ravages de deux invasions, il se soldait par 869,610,123 fr. de dépenses et 886,335,150 fr. de recettes : plus que l'équilibre.
aux yeux de l’Europe et sur un théâtre qu’agrandit sa gloire, des vertus et des talents dignes des meilleurs rois de sa race (1). La 13 e division militaire s’unit aux fêtes du baptême de la Fille de France (2).
Vers ce môme temps, le général, qui gardait à son pays d’origine une affection fdialc, lui en ofFrit un gage en envoyant à la garde nationale de Ballon un drapeau qu’elle reçut avec une vive gratitude. Ce retour vers d’anciens et chers souvenirs, jeta pour lui quelques douceurs sur les derniers jours de 1819.
(!) Mariée à S. A. R. le duc Charles III, de Parme, Mademoiselle a vu périr son royal époux sous le poignard d’un assassin, en 1854. Depuis, elle gouverne comine régente pour son fils aîné, le duc Robert I tr .
(2) 16 décembre 1819.