CHAPITRE XIII
Assassinat de Mgr le duc de Berry. — Menées des révolutionnaires. — Le Comité directeur et les Étudiants de Bretagne. — Remise de drapeaux. — Troubles à Rennes. — Charivari donné à M. de Corbière. — énergique répression. — Troubles à Brest.— Le général demande l’envoi d’un commandant supérieur. — Il se rend à Brest, comprime le désordre et désarme la garde nationale. — Le marquis de Lauriston, commandant supérieur des 13* et 15 e divisions. — Coutard est nommé gratid-oflicier de la Légion d’honneur. — Lettre de Monseigneur, duc d’Angoulêmc. — Naissance de Monseigneur le duc de Bordeaux. — Coutard demande le commandement d’une division de la Garde. — Lettre de Monseigneur, duc d'Angoulème.
Pour la Bretagne comme pour le reste du royaume, l’année 1820 s’ouvrait sous d’heureux auspices ; pour elle plus que pour toute autre, ce bonheur devait être promptement troublé.
Les plaies de la France sc cicatrisaient, une sage administration avait ramené l’ordre dans les finances et la prospérité . dans l’État; l’industrie prenait de rapides développements; l’agriculture était relevée et encouragée. La splendeur des lettres, l’éclat des arts renaissant sous un gouvernement libre et paternel, augmentaient la gloire iu-
tcllectuellc de la patrie. La Maison de Bourbon, unie et révérée, voyait s’asseoir à son foyer séculaire les espérances d’une nouvelle lignée. Enfin, un décret d’amnistie, rappelant les derniers bannis, rendait à la terre natale ses enfants égarés.
Quelques jours après, Mgr le duc de Berry tombait sous le poignard de Louvel et expirait en demandant grâce pour son assassin. Ce deuil était celui de la France et de l’Europe entière. Mais du lit de mort étaient sorties avec les paroles de la foi, celles de l’avenir : « Mon amie, ménagez-vous pour l’enfant que vous portez dans votre sein, avait dit le fils de saint Louis à Marie-Caroline. » — « Il s’en va, le prince, s’écriait Chateaubriand ; il semble emporter la monarchie, et à l’instant même il en annonce une autre. »
Rien ne saurait se comparer à reflet produit sur toutes les populations par ce coup affreux et imprévu, rien sinon la ferveur des prières adressées au Ciel pour la perpétuité de la race royale. Les fidèles populations de la 13' division, l’armée et ses chefs s’associèrent du fond de leur cœur aux douleurs et aux supplications publiques. Mais, ainsi que le remarque un écrivain dont le témoignage ne saurait être suspecté, tandis que la consternation, la stupeur et l’indignation accablaient les honnêtes gens de tous les partis, « les adversaires les plus ardents de la Restauration et de ses princes ne virent dans l’événe-
mentque la mort d’un ennemi (1), • et ils se tinrent prêts à exploiter les suites de ce crime abominable.
« Homme par le cœur, Roi par le devoir, avait répondu Louis XVI II à l’adresse de condoléances de la Chambre des députés, vous ne devez pas douter. Messieurs, que je ne prenne toutes les mesures propres à préserver la France des dangers dont l’attentat d’aujourd’hui ne m’avertit que trop. » En effet, des lois sévères furent présentées, s’appliquant à la presse, à la liberté individuelle, aux élections. Dans le débat, les Chambres se transformèrent en une arène où luttaient les passions contraires : c’était le signal qu’attendaient les révolutionnaires. L’émeute répondit du dehors aux agitations du Parlement. Réprimée dans la rue, elle se cantonna dans une sorte de conspiration légale et publique, cachant des trames secrètes et des complots souterrains. Les orateurs de la gauche, M. de Kératry en menaçant la France de la guerre civile, M. de Lafayette en renouvelant les théories de souveraineté populaire et en revendiquant le drapeau tricolore comme le seul étendard de la liberté et de l’ordre public, appelaient l’insurrection, lui donnaient un mot d’ordre et une bannière. Cet appel ne fut que trop entendu à Paris, où il fallut un énergique déploiement de la force publique pour rétablir la
(1) M. de Vnujabclle, t, IV, p. 473.
paix; dans les départements, où l’explosion plus lente, la commotion plus durable exigèrent une vigueur plus soutenue et une énergie plus vigilante encore.
Dès le mois de mars, le Comité directeur ( nous suivons ici le récit des historiens qui l'ont gloriOé après coup), le Comité directeur avait noué une double intrigue : l’une, sous le nom d 'Union, destinée à protéger les citoyens dans la jouissance de la liberté individuelle ou de venir à leur secours en cas de détention; celle-là avait des souscriptions patentes, son conseil de direction, oix paraissaient MM. Laffitte, de Lafaycttc, d’Argeusou, Manuel, Dupont (de l’Eure), Kératry, le général l’ajol, etc., et de qui les opérations publiques servaient de centre et de voile à de plus coupables projets ; l’autre, véritable association occulte, composée de deux éléments recrutés parmi la jeunesse des écoles et parmi les officiers de l’ancienne armée. Comptant sur l’esprit aventureux et facile à entraîner de ces étudiants de Facultés qu’exaltait la pratique encore nouvelle de la liberté, les chefs de l’opposition abusaient de leur généreuse inexpérience ; ils mêlaient aux élèves des Ecoles de Droit et de Médecine, aux clercs du Palais, aux disciples des beaux-arts, un certain nombre de mécontents, aigris par l’ambition trompée, dévoués aux idées subversives de l’ordre social, imbus des opinions impies du dix-huitième siècle, et ne reculant
devant aucune calomnie, devant aucune intrigue pour ébranler le trône et bouleverser la monarchie. « Témoin des douleurs et des hontes de deux invasions, trompée sur les faits de cette époque (1), toute celte jeunesse accusait les Bourbons, ainsi que leur parti, delà double chute de notre indépendance. Pour elle, chaque royaliste était un complice de l’Étranger; Louis XVIII et tous les siens, des princes imposés par la défaite. » Tels étaient, en effet, les mensonges dans lesquels l’entretenaient M. de Lafayette et les membres de ce Comité directeur qui lui imprimaient leur impulsion, et qui, quelques mois auparavant, traitaient eux-mêmes avec l’étranger pour livrer la France.
« Cette catégorie de mécontents pouvait offrir d’utiles auxiliaires à une insurrection, continue M. de Vaulabelle; mais, pour la décider, il fallait des éléments plus solides, des instructions plus énergiques et plus fortes. Ce fut dans les rangs mêmes de la troupe que, peu de temps après les troubles de juin, le Comité directeur trouva la force dont il avait besoin. » Afin d’y arriver, il s’adressa indistinctement à tous les regrets, à tous les souvenirs, à toutes les animosités : anciens partisans de l’Empire, rêvant la délivrance du
(1) Cet aveu est curieux dans la bouche de M. de Vaulabege, t. IV, pase 551.
captif île Sainte-Hélène, la rentrée de Napoléon II et le despotisme du sabre ; vétérans de 1792, avec des arrière-pensées de dynastie nouvelle prise en dedans ou au dehors de la Maison royale ; républicains même, timides encore, mais ralliés déjà autour de la Déclaration des droits de l’homme. Ces partis contraires étaient en complet désaccord sur le but, mais ils pouvaient s’entendre parfaitement pour détruire ; le Comité les réunit dans cette communauté de subversion. « Renverser les Bourbons: sur ce point, l’accord était absolu ; ou décida que le drapeau tricolore serait le signe de ralliement, et qu’on laisserait au pays à déterminer lui-même le principe et la forme de son gouvernement. » C’est ce que déclarèrent MM. Mérilhou, de Lafayctte, Manuel, Voyer-d’Argenson, aux chefs des complots qui se tramaient dans la capitale, qui se préparaient dans les provinces, et qui ne tardèrent pas à y éclater.
La Bretagne, par les motifs que nous avons énoncés, était un des terrains favoris de l’insurrection. Dès le commencement de mars, on y trouve en action les deux éléments dont disposait le Comité directeur.
Les étudiants, plus téméraires, se font remarquer les premiers. L’armée, plus résistante et placée sous un commandement vigoureux, ne se laissera entamer que plus tard. Déjà elle était en butte, d’une part, aux attaques et aux séductions de la presse libérale, de l’autre aux tentatives d’embauchage et aux essais
de rébellion de quelques agents subalternes. U Écho de l'Ouest prenait à partie le général Coutard, le représentant tantôt comme un suppôt armé de l’arbitraire, tantôt comme lin docile instrument de la domination des prêtres. C’est ainsi qu’on travestissait à la fois et son dévoûment à la Royauté et sa piété ferme et sincère. Ici, on s’élevait contre les soldats, et en leur reprochant leur énergique conduite à Brest, on les accusait d’avoir méconnu les droits de l’humanité et d’être prêts à verser le sang de leurs frères. Là, on les plaignait d’être soumis à l’obéissance passive; on vantail leurs sentiments secrets, on leur prédisait une occasion prochaine où leur patriotisme pourrait se témoigner sans contrainte.
Coutard allait au devant de ces calomnies et de ces intrigues, déterminé à en avoir raison et à faire respecter l’autorité dont il était revêtu. Le 2 e bataillon de la légion des Côtes-du-Nord était un de ceux sur les-' quels comptaient le plus les agitateurs (1) . Le général le rassembla, le 19 mars, pour lui remettre solennellement son drapeau. En présence d’une foule nombreuse, il fait renouveler le serment de fidélité. Son langage brave les ennemis du Roi qui sont présents et qui n’osent pas faire un seul cri. Les troupes répondent, au contraire, par les plus vives et les plus chaleureuses acclamations. Deux jours après, il rc-
(1) « Kilo appartenait entièrement au complot, » dit M. de Vaulabclie. L'historien s'avance trop ; cependant le complot y avait fait des progrès.
commence. Un autre drapeau est béni à la cathédrale (1) et donné au 2 e bataillon de la légion d’1 Ile-et- Vilaine ; celui-là était d’un dévoilaient sûr. Pendant la cérémonie, pendant la revue, nul ne remua. L’attitude des soldats et du commandant imposaient à tous. Le. soir et le lendemain, la jeunesse essaya quelques manifestations; cette tentative avorta, mais elle était un symptôme grave.
Les fonctionnaires administratifs et municipaux n’y attachaient pas l’importance qu’elle méritait: Coutard voyait de plus haut et de plus loin. « Évidemment, écrit-il le 25avrii, au ministre de la guerre, il se trame quelque chose contre le gouvernement. » Puis il donne les preuves. « Une sorte de fédération, renouvelée de 1815, s’est établie entre les jeunes gens, avocats et étudiants de Rennes, avec ceux de Nantes, de Lorient, de Vannes et de Brest. Des députations se rendent d’une ville à l’autre ; la correspondance la plus suivie est organisée et s’étend à Saint-Malo, à Fougères, à Vitré ; les mères de famille sont inquiètes et appellent la sollicitude des autorités sur des mouvements qu’elles déplorent. Nos jeunes gens se montent la tête de 1788, et se croient destinés à commencer et à donner l’impulsion aux autres provinces. Tout me porte à croire qu’on veut monter un coup qui est peut-être plus prochain qu’on
(1) La cravate fut attachée par M”' Lefebvre des Vaut.
ne pense. L’association n’est pas encore très-redoutable; cependant il faut se tenir sur scs gardes. » Le général se plaint d’ètrc peu ou mal secondé par la police. L’esprit des troupes est bon ; seulement, avec cette perspicacité qui entrevoyait d'avance les tristes expédients de la guerre des rues, Coutard déclare que l’infanterie ne suffit pas pour les circonstances qui s’annoncent. « On croit pouvoir raisonner avec elle, on l’aborde, on paralyse ses mouvements. La cavalerie est de beaucoup préférable : elle fait toujours faire place, même sans blesser personne. » Aussi, il demande un régiment des chasseurs du Morbihan, « estimés des vrais royalistes et craints des brouillons. » Et, en attendant, il appelle à Rennes un détachement de chasseurs de la Marne. 11 voudrait aussi qu’un commissaire général ou spécial de police fût envoyé dans la division. Enfin, déjà il estime que la présence d’un gouverneur militaire sera nécessaire pour le remplacer lui-même : rare abnégation, qui prenait sa source dans un zèle absolu pour le bien du service. « Je crois utile, ajoute-t-il, que celui qui serait choisi le fût parmi les maréchaux ou les gouverneurs, pour ajouter à ses moyens la force entraînante d’une grande considération et d'un pouvoir moral sur certaines autorités. »
A côté des craintes de révolte, se montraient les essais d’agitation légale ou prétendue telle : des souscriptions s’ouvraient à Quimper et à Brest eu fa-
veur des victimes (les lois sur la liberté individuelle et sur la censure des journaux. Enfin, les listes des fédérés de 1815 reparaissaient sous le nom et l’apparence de la bienfaisance.
Puis, voici la petite l’ronde : une répartie spirituelle eu eut raison. M. le docteur Bertin, homme d’un grand savoir et d’une rare distinction, était professeur à l’Ecole de Médecine de Bennes. Le 24 avril, en arrivant dans l’amphithéâtre, il voit inscrit eu grosses lettres, sur le mur de droite : Côté droit (1). Tous les bancs de ce côté étaient vides; les élèves s’étaient placés exclusivement dans la partie opposée, sur laquelle on lisait : Côte gauche. « Allons, Messieurs, dit tranquillement et en souriant le professeur, je vais faire la leçon au côté gauche. » L’auditoire fut désarmé : la leçon ne traita que de médecine, et l’ordre ne fut pas un iustant troublé (2).
Mais les efforts des agitateurs redoublaient. Au mois de mai, le général signale de nouveau au ministère les progrès de l’effervescence, qui se trahissent par d’odieuses pratiques. Ainsi, un matin, les (leurs
(1) Allusion au côté droit do la Chambre des députés, où siégeaient les Royalistes.
(2) Le docteur Bertin jouissait à Rennes d’une grande considération. Son fils a été successivement sous-préfet de Fougères, et, en 1848, représentant du peuple à l’Assemblée Constituante, pour le département d'Illeet-Vilaine. Il a épousé M lîc du Trésor, dont la sœur cadette s’était mariée àM. lo comte Frenais de Coutard, fils adoptif du général. Cette dernière a été ravie à l'affection des siens et à la tendresse de son époux après trente mois de mariage.
de lys de l'écusson royal qui sc trouvait sur une ordonnance du premier président de la Cour, pour lu convocation des assises, sont rayées de trois barres de sang.
Bientôt la loi des élections ayant été votée, on aflielic des placards séditieux. « La loi des élections est changée, dit un de ces placards (1), les Capets ne régneront plus. — Les nobles seront exterminés, connue étant les seuls auteurs des malheurs qui affligent la Patrie! — Que Louis XYI1I y prenne garde! » Ces sinistres appels, échos des plus mauvais jours, ne restent pas sans succès.
Le 8 juin, des rassemblements se forment; la jeunesse en compose la majeure partie ; à leur tète parait ce capitaine Bodin, ancien aide de camp du général Bertou, homme résolu, capable, actif, et qui exerce sur les écoles une grande influence. C’est le même qui déjà, à propos de la sérénade donnée à Dunoyer, avait été l’objet de sévérités militaires. Mis en disponibilité, il n’en avait pris que plus d’importance. Le général demande son changement de résidence. Le lendemain, les étudiants sont en révolte ouverte. Une sentinelle est attaquée; ou veut lui fermer la bouche au moment où elle crie aux armes, et on décharge sur elle un pistolet à bout portant. lleureusemeut, l’amorce seule brûle ; l’alarme
(1) Date du 3 juin.
est donnée. Les troupes étaient sur leurs gardes, et l’émeute est dispersée.
Quarante-huit heures après, nouveau tumulte. On cherchait déjà à lasser la patience de l’infanterie, tactique si souvent renouvelée depuis, et avec trop de succès. Là, encore, force resta à la loi, sans collision grave. Mais, le même jour, ou apprend que des troubles ont éclaté à Brest; la présence du général va bientôt y devenir nécessaire.
Calme pendant une semaine. Rennes est de nouveau mise eu émoi par un charivari donné à M. de Corbière, professeur à l’École de Droit, et qui, sur les bancs de la Chambre des députés, venait de combattre avec éloquence les théories révolutionnaires. Assailli par d’indignes insultes, le courageux député ne trouva dans les autorités civiles qu’un appui faible et hésitant. Coutard, seul, protégea vigoureusement l’inviolabilité de ce fidèle serviteur de la cause royale. Ayant rétabli l’ordre, il demanda le renvoi de plusieurs élèves des Écoles, et la suspension des cours pendant un certain temps. Ce fut en vain ; vainement aussi signalait-il l’organisation militaire qui s’établissait entre les jeunes gens, les achats d'armes et de munitions, les embauchages essayés sur la troupe. « 11 y a des mots qui produisent des effets magiques, disait-il en indiquant les devises des organes du libéralisme; et la puissance des souvenirs peut porter à la plus haute exaspération et les étu-
(liants et les vétérans de la révolution qui les poussent et les égarent. »
Heureusement, si cette justesse de vues n’était pas partagée dans le pays même, elle était dignement reconnue par le ministère et par le Roi. « Quoique les lettres que j’ai déjà eu l’honneur de vous écrire à l’occasion des désordres qui ont troublé pendant quelques jours la tranquillité de la ville de Rennes, aient dit vous convaincre que la conduite pleine de prudence et de fermeté que vous avez tenue a été parfaitement appréciée par les ministres de Sa Majesté, lui écrit le à juillet le ministre de la guerre, je crois devoir vous transmettre l’assurance de la satisfaction particulière que le Roi en a éprouvé. S. M. approuve ce que vous avez fait et vous en tient compte comme d’une nouvelle preuve de dévoûment que vous lui avez donnée, et qui vous a conquis de nouveaux droits à sa gratitude. »
Coutard allait mieux mériter encore. Signalée déjà à l’attention spéciale du Comité directeur, par les ferments de division qui y étaient eu ébullition, la ville de Brest avait été en quelque sorte désignée comme le quartier général des opérations du parti dans l’ouest. A Nantes et à Rennes, on comptait sur les Écoles et sur quelques militaires des garnisons,' de l’artillerie notamment; mais, là, l’autorité était plus éveillée, plus ferme, plus redoutée. A Brest, au contraire, si le général comte d’Uoffelize imposait
aux factieux par son noble caractère, ils comptaient sur la faiblesse d’autres fonctionnaires, sur les rivalités de la marine et de l’armée, sur la population un peu nomade d’un port. Déjà les troubles excités à l’occasion de la mission avaient donné la mesure de ce qu’on pouvait tenter. Un agent habile, M. Villa- Ion (1), fut dirigé sur la Bretagne et établit des rapports très-étroits entre « les patriotes » de Nantes, de Saint-Malo et de Brest. Dès le 9 juin, des essais de tumulte accusèrent les traces de son passage; mais il fallait une occasion. On la trouva dans l’arrivée de MM. Guilhem et kératry, députés de la gauche. Le 27 juin, le général Coutard savait et annonçait à Paris que des préparatifs extraordinaires se faisaient pour ollrir un banquet aux deux coryphées de l’opposition, et il redoutait des scènes de désordre. En effet, cette bruyante réception (10 et 17 août) amena presqu’une émeute ; l’émeute fut réprimée. De même en arriva-t-il à la suite du charivari donné à M. Bcllart et à M. Bourdeau. Ces députés honorables, ces magistrats éloquents, se virent en butte aux plus ignobles outrages. Justice fut faite. Mais le mal était plus grand qu’il ne paraissait. Coutard, plein de clairvoyance, demanda des ordres et réitéra ses instances pour l’envoi « d’un commissaire extraordinaire du Roi, avec pleins pouvoirs, ou d’un gou-
(i) C’est M. de Vaulabellc qui nous fournit ce détail. T. IV, p, 548.
verneur militaire, avec la même étendue d’autorité. » « L’intention du Roi, lui répond immédiatement le ministre (2/j août) est que vous vous transportiez sur-le-champ de votre personne à Brest, où vous établirez temporairement votre quartier général. En vous commettant le soin de veiller spécialement à la sûreté de sou port de Brest, ajoute le marquis de Latour-Maubourg, S. M. a voulu vous donner une preuve de sa haute conüauce dans votre zèle, vos lumières et votre dévoilaient à sa personne, et elle entend que vous y exerciez en même temps la plus grande influence sur toutes les affaires civiles et militaires. En conséquence, M. le préfet du Finistère et M. le commandant de la marine de Brest reçoivent, chacun de leur côté, l’ordre de vous subordonner leurs opérations et de suivre la direction que vous donnerez à l’ensemble des mesures nécessaires pour la sûreté du port et de la place, et pour le maintien du bon ordre et de la tranquillité publique. »
Ainsi investi de cette marque éclatante de la coniiance royale, Coutard obéit, résolu à vaincre à force d’énergie et de prudence. Il part pour Brest; mais auparavant, il satisfait sa conscience eu exprimant plus nettement que jamais la nécessité des mesures qu'il croit utiles au triomphe de l’autorité. « Le premier devoir est d’obéir, répond-il ; et après avoir donné et laissé des instructions, je partirai demain ; mais je crois devoir adresser à Votre Excellence des
observations que j’ai communiquées et qui ont obtenu l’assentiment du procureur-général, dont vous connaissez les bons sentiments, et du préfet. » Cesobservations, en voici le résumé, et on eu comprendra la sagesse. Rennes vient d’être en proie au tumulte. Le départ du général va y jeter l’alarme : « J’y suis connu ; ma présence y ranime les honnêtes geus, qui se croiront abandonnés si je reste longtemps éloigné ; j’y suis craint et détesté des autres. Je puis donc faire le bien, et je me dévoue à ce service pénible et aux animadversions. » D’ailleurs, Brest est loin, à soixante-trois lieues, par des chemins moutueux et difficiles; si quelque événement éclatait, le mal serait fait avant que le général pût en être informé. 11 se prive même d’aller à une maison de campagne qu’il a à une lieue de Rennes (1), dans la crainte d’inquiéter; que serait-ce qu’un ici éloignement? Ensuite, il y a des difficultés de position : le vice-amiral de Gourdon est plus ancien que Coutard. « Votre Excellence, dit-il, connaît quelles sont à cet égard les prétentions de la marine royale. « La nomination d’un commandant supérieur parerait à ces inconvénients et à ces périls. Coutard insiste à ce sujet : « L’oüicier général que je crois le plus capable de réussir et de tout concilier, par son caractère et sa noble franchise, c’est le marquis de
(1) A Pacé.
Lauriston, lieutenant-général de la garde. 11 a déjà commandé, dans une circonstance également difficile, le port et la marine de Toulon ; il a fait plusieurs campagnes sur mer, et il est également estimé de l’armée navale et de l’armée de terre. » Quant à lui, il secondera de tous ses moyens celui qui sera choisi : « Je servirai sous ses ordres avec le même zèle que j’ai toujours eu, et ce n’est que dans l’intérêt du service du Roi et d’après une intime conviction, que je désire remettre le poste trop difficile pour moi que m’offre la confiance du monarque. »
En attendant, il part, gardant le secret sur scs pouvoirs extraordinaires, et présentant son départ comme une tournée de commandement.
Le ministre de la guerre était homme à comprendre et à approuver ces nobles sentiments et cette belle conduite. Dans une lettre toute de sa main, il lui répond courrier par courrier :
« Je trouve vos observations en général très-fondées, et je communiquerai demain votre lettre au conseil des ministres, en vous désignant pour être plus particulièrement à Brest. Nous avons d’abord songé au point le plus important et laissé un peu trop de côté peut-être celui de Rennes, non moins intéressant, et où vous êtes pl us particulièrement connu et apprécié. J’approuve tout à fait que vous ne vous présentiez à Brest que comme faisant une tournée et non comme devant y résider et prendre le commande-
ment supérieur. Il pourrait se faire, connue vous le pensez, que l’amiral Gourdon en prît de l’ombrage, et je vous remercie des observations justes que vous me faites à ce sujet. Je ferai en sorte que vous sachiez mardi ou mercredi le parti qui aura été pris et l’officier général qu’on enverra à Brest. Nous sommes fort tranquilles à Paris. Les factieux tâchent, sur différents points, de séduire les troupes; ils ont échoué à Cambrai. L’œil est ouvert sur leurs manœuvres, et j’espère qu’à l’aide du dévoûment et «les bons sentiments qu’on trouve encore partout, on viendra à bout d’une poignée d’intrigants et de traîtres. Adieu, mon général, je vous adresse cette lettre-ci à Brest.
«Agréez, général, l’assurance de ma considération la plus distinguée. Je suis si pressé que j’oubliais de vous dire que le Roi se porte à merveille.
« Marquis V. de Latour-Maubourg. »
Le lendemain, le conseil des ministres était consulté, et le Roi investissait le marquis de Lauriston du commandement supérieur et temporaire des 12 e et 13*' divisions militaires. « Dans la proposition que vous faites d’envoyer à Brest un autre officier général et de servir sous les ordres de celui que le Roi honorerait de sa confiance, mande M. de Latour-Maubourg à Coutard, Sa Majesté n’a pu voir qu’une nouvelle preuve de votre dévoûment à son service et sa
personne, dont elle vous sait beaucoup de gré. » Puis, le ministre annonce la nomination de M. dcLanriston, et il ajoute : « Le Roi est bien convaincu, Monsieur le comte, que, dans ces circonstances graves, vous seconderez de tous vos efforts M. le marquis de Lauriston dans l'accomplissement de la mission qui lui est confiée, et S. M. attend de votre coopération le rétablissement du bon ordre dans les départements qui composent votre division. »
Nous le savons déjà : le Roi ne comptait pas vainement sur le zèle de son fidèle serviteur. Au milieu des circonstances qui devaient le mettre encore plus en relief, la haute justice de Louis XVIII venait de lui donner une marque éclatante de satisfaction. A l’occasion de la Saint-Louis, Coutard était créé grandofficier de la Légion d’honneur. Voici comment il justifiait cette distinction nouvelle.
Le 29, il avait fait son entrée à Brest et y avait été reçu avec les honneurs prescrits pour les lieutenantsgénéraux dans l’étendue de leur commandement. Aussitôt, il s’était entendu avec les autorités civiles et maritimes, qui avaient été prévenues du caractère de sa mission. Sans en prendre publiquement les titres, Coutard laissa soupçonner l’étendue de ses pouvoirs. « La proposition de me donner un charivari a été mise en délibération au comité, écrit-il ; mais, sur l’observation que je n’avais besoin d’aucun réquisitoire pour agir contre les malveillants, et avec la ccr-
litiide oii ils étaient que je leur ferais au moins distribuer quelques coups de crosse, cette proposition n’a pas eu de suite. Par crainte ou autrement, ils nous laissent parfaitement tranquilles depuis deux jours. »
Immédiatement, Coutard avait pris les mesures nécessaires. De concert avec le préfet du Finistère, il avait annoncé la dissolution et le désarmement de la garde nationale de Brest, prescrits par l’ordonnance royale du 24 août. « On affiche les arrêtés, dit-il; je m’attends bien qu'on en déchirera quelques-uns cette nuit, mais on y obéira. » Et, en effet, dès le lendemain il pouvait ajouter : « Tout est parfaitement tranquille, et on se prépare à obéir à l’arrêté sur le désarmement. »
La présence du général avait relevé le courage des royalistes ; les troupes l’avaient accueilli avec joie.
« J’ai vu les soldats, j’ai parlé au corps d’officiers ; le gouvernement peut compter sur eux, » écrit-il. 11 ajoute : « Je remercie Votre Excellence de la bonté particulière avec laquelle elle a daigné m’apprendre ma nomination de grand-officier de la Légion d’honneur. Je redoublerais d’efforts, s’il élait en mon pouvoir d’y parvenir, pour mériter davantage les grâces du Roi. »
Coutard attendait toujours l’arrivée du marquis de Lauriston. Des craintes fondées avaient déterminé le ministère à inviter le commandant supérieur à se
rendre à Nantes, où, effectivement, ses ordres et son énergie avaient fait échouer les projets des factieux. Il ne put parvenir à Rennes que le 2 septembre. De là même, sur l’avis d’une explosion qui devait éclater le 3, à Rennes et à Nantes, il s’était transporté de nouveau, après toutes précautions prises, dans la seconde de ces villes (1). Brest ne lui inspirait plus d'inquiétudes, tant les actes de Coutard y avaient eu plein succès. «Avant de partir, j’avais reçu, dit-il, une lettre du général Coutard, accompagnée de proclamations et d’ordres pour le désarmement de la garde nationale. Cette lettre m’annonce, en même temps, la plus grande tranquillité; le général Coutard attendra mon arrivée. »
Bientôt Lauriston pouvait juger par lui-même du rétablissement de l’ordre. « Je suis arrivé à Brest le 6, à six heures du soir. J’ai trouvé Brest et le pays environnant parfaitement tranquilles. Le comte de Coutard a pris des mesures et fait des dispositions très-sages. Le désarmement s’est fait avec beaucoup de soumission et d’ordre ; on a e\i plus de fusils qu’on ne comptait. » — « La présence du général Coutard a fait beaucoup de bien, » ajoute-t-il ailleurs, dans ses rapports au miuistrc.
(1) « J’ai donné désordres au général Joubert (qui commandait en l’absence de Coutard) et prescrit des mesures pour Rennes, ville pour laquelle il ne pouvait y avoir d’inquiétude cc jour-là, d’autant que le régiment des dragons du Doubs devait y arriver vers midi. » Lettre du général de Lauriston au ministre de la guerre. Nantes, fi septembre 1820.
Un tel témoiguage suffit et est au-dessus de tous les éloges.
Les factieux se sentaient vaincus et les gens de bien étaient ranimés. « Les honnêtes gens, pouvait écrire Coutard avec vérité, osent maintenant faire quelques observations à ceux qui n’étaient qu’entraînés, et ceux-ci conviennent qu’ils ont été trop loin. On disait à un exalté qui parait être dans le secret de la correspondance : Le général Coutard vous a rendus sages. — Oui, repartit-il; c’est un coup manqué, mais nous serons peut-être plus heureux ailleurs. »
En réalité, c'était bien un coup mauqué. Ainsi, après avoir eu le mérite de l’abnégation, Coutard avait eu celui du succès. Cette œuvre de pacification, dont il aurait volontiers réservé l’honneur à un autre serviteur du Roi, il l’avait accomplie presque entièrement. La mission du marquis de Lauriston était donctrès-facilitée à Brest; il le reconnaît noblement; aussi est-ce une raison de plus pour que l’histoire lui tienne compte du dévoûment et de l’énergie avec lesquels il sut assurer complètement le calme, intimider les coupables, ramener la sécurité. Ses judicieuses observations confirmaient tout ce que Coutard avait signalé au gouvernement : intrigues des partis, manœuvres et séductions envers l’armée, faiblesse de quelques fonctionnaires, insuffisance de la surveillance administrative. On tenait les fils des complots, et, bien qu’on ne fût pas alors renseigné
comme nous le sommes par les témoignages écrits après le succès définitif, on retrouvait la main des chefs du parti libéral présente, quoique cachée, dans tous ces troubles. Les dépêches de M. de Lauriston ne laissent guère de doute à cet égard.
Nous n’avons pas à rappeler ici l’ensemble des mesures par lesquelles le commandant supérieur acheva son importante mission. 11 nous suffira de dire que la Bretagne lui dut la pais, et qu’en retour Louis XYI1I, reconnaissant, le fit ministre de sa maison. Pendant la durée de son commandement, il avait continué à être admirablement secondé par Coutard. Sa correspondance fait foi de la justice qu’il lui rendait et de la confiance qu’il avait en lui (1).
Coutard était empressé de retourner à Rennes : il y revint le 8 septembre. Son premier soin futile solliciter des récompenses méritées pour les ollicicrs
(i) Dans une lettre du 17 septembre, Lauriston donuc à Coutard les renseignements 1ns plus précis sur la situation de Brest et des environs, et lui demande des détails très-exacts sur l’organisation de la gendarmerie et de la police dans la division : « Le sieur B., compromis dans le charivari donné à M. Bourdeau, dit-il entre autres choses, vient d’ètre condamné à trois mois de prison par le tribunal de police correctionnelle; il y a eu quelques légers murmures au prononcé du jugement; tout l'auditoire était composé do ses partisans ; mais on n’a osé rien dire, ni rien manifester au dehors. » Dans une autre partie de cette lettre, M. de Lauriston rend un juste hommage à un excellent et brave marin. « M. Audren de Kerdrel, dit-il, esf connu à Launilis; c’est un ancien officier de marine fort estimé. » Ce témoignage, parti de la bouche de M. de Lauriston, est d'une grande valeur. M. de Kerdrcl était le père de M. A. de Kerdrel, membre de la droite aux Assemblées Constituante et Législative, et qui s’est fait remarquer, tout jeune encore, par son énergie, son dévoûment et son éloquence.
généraux ou supérieurs qui avaient utilement servi dans les circonstances critiques qu’on venait de traverser. Dans la lettre même oii il remercie le ministre de sa propre promotion, il ajoute : « Une seide chose me fait peine, et j’ose en ouvrir mon cœur à Votre Excellence ; le comte d'HolTclizc, si parfaitement digne de partager les faveurs du Roi, paraît oublié dans la dernière promotion de Saint-Louis et de la Légion d’honneur. S’il en est temps encore, je supplie Votre Excellence de me procurer le bonheur de lui donner la première nouvelle d’une récompense quelconque à de si longs et de si nobles services. » Le ministre l’assura que qet excellent oflicier général serait compris dans la plus prochaine proposition. Quelque temps auparavant, Coutard avait fait des instances analogues pour le colonel Le Febvre des Vaux. « C’est une chose très-af'Oigeante, disait-il, que cet oflicier, qui est chevalier de Saint-Louis, n’ait pas encore la croix de légionnaire, qu’il n’a pu recevoir par suite de sa longue captivité en Angleterre. » Ce vœu fut exaucé.
De même encore recommandait-il au ministre « la légion de la Charente, qui jouit ici, dit-il, d’autant d’estime que de confiance. » — «Combien je serai’ heureux, ajoutait-il, si ce témoignage pouvait mériter à M. le colonel d’Arbaud-Jouques, la croix d’officier de la Légion d’honneur, qui lui est depuis si longtemps promise. »
Enfin, on se rappelle son affection et scs prières en faveur du brave et loyal chevalier Durand. Monseigneur, duc d’Angoulème, se fait un plaisir de lui annoncer que ce vétéran de l’honneur et de la fidélité a reçu le cordon rouge. Voici la lettre du Prince, qui est un titre pour les deux frères d’armes :
« Paris, le 38 août 1820.
« Monsieur le lieutenant-général comte de Cou- « tard, je suis bien aise de pouvoir vous mander, en « réponse à la lettre que vous m’avez écrite, que le
* général Durand a été compris dans la distribution t des grâces accordées le jour de la Saint-Louis. Les « bons et loyaux services de cet officier ne pouvaient « sans doute être oubliés ; mais ils n’ont pu qu’ac- « quérir un nouveau prix par votre suffrage, vous « qui avez été plus que personne à même de les ap- « précier, ayant eu le général Durand sous vos or- « dres. Cette faveur du Roi m’a fait doublement plai- « sir, et parce qu’elle a porté sur un sujet dévoué et « méritaut, et parce que je savais que la nouvelle « vous en serait agréable. — Continuez à servir le
* Roi avec le même zèle que vous l’avez fait jus- « qu’ici, et comptez toujours sur les sentiments d’es- « time particulière que j’ai pour vous, et dont je me « plais à vous renouveler aujourd’hui l’assurance.
« Votre affectionné,
* Louis-Antoine. »
La Bretagne était pacifiée et l’esprit de tumulte semblait s’apaiser dans le reste du royaume, comme pour présager une ère nouvelle de repos et de grandeur. La France entière attendait avec des vœux pleins d’espérance et d’anxiété la délivrance de Madame la duchesse de Berry. Le 29 septembre, à deux heures du matin, le canon des Invalides annonça « qu’un enfant nous était né à tous, » comme s’écria Louis XVIII. < II sera un jour votre Roi, ajouta la voix émue du vieux monarque; il vous aimera comme je vous aime, comme tous les miens vous aiment. » Rien ne peut rendre l’ivresse publique ; la fortune de la patrie et les destinées du monde étaient attachées à ce berceau. Chacun le savait, chacun l’exprimait par un enthousiasme sans bornes. « Pendant toute la journée, ditun historien peu partial, une foule immense s’est pressée sous les fenêtres de l'appartement de Madame la duchesse de Berry, qui, surmontant ses douleurs avec un courage héroïque, voulut faire approcher son lit de la fenêtre, etsc souleva pour montrer l’Auguste Enfant à tout un peuple ivre de joie. Des illuminations spontanées et magnifiques, des distributions extraordinaires d’aumêncs et de vivres, des danses, des farandoles et des chants populaires signalèrent dans toute la capitale la fin de cette journée (1). » — « Des banquets, des bals, des jeux,
(1) Annuaire historique pour 1820.
ajoute un autre historien encore moins favorable (1), remplirent le premier mois qui suivit l'événement. »
Les provinces et l’armée s’associèrent à cette allégresse publique. En Bretagne, l’evaltation se mesura à l’ardeur des sentiments qui voyaient revivre dans le Prince nouveau-né toute la gloire d’une monarchie de quatorze siècles. Des adresses furent envoyées par toute la division ; celles des régiments de Brest et de Bennes se distinguèrent par des témoignages d’une lidélité d’autant plus précieuse et plus sincère, qu’elle venait d’ôtre mieux mise à l’épreuve.
Le calme rétabli dans la 13' division fit penser, vers cette époque, au général, qu’il pourrait rendre au Roi de plus utiles services en se rapprochant de sa personne; il sollicita un commandement dans la Garde. S’il ne l’obtint pas, les motifs du refus et la manière dont Monseigneur, duc d’Angoulème, les lui exprima dans une lettre toute de sa main, sont trop honorables pour ne pas être rappelés avec gratitude.
« Paris, ce 6 novembre 1320.
« J’ai reçu votre lettre du 30, mon cher comte. « J’aurais eu un grand plaisir à vous voir rapproché « de iious et à la tète d’une division de la Garde. « J’en ai parlé avec beaucoup d’intérêt au ministre « de la guerre ; il m’a répondu qu’il n’était pas ques- « tion de faire des maréchaux de France; que dans
(1) M. de Vaulabelle, p, 563, t. IV*
« le cas où la division Lauriston viendrait à vaquer, « il croyait que le Roi la donnerait à un des plus au- « riens lieutenants-généraux ; que, d’ailleurs, vous « étiez indispensable au service du Roi à Rennes, et > il m’a même prie de vous le dire. Vous voyez à « quel point le Roi compte sur votre dévoûment. « Jouissez de la confiance qu’il met en vous, et soyez ■ assuré, mon cher comte, de mon estime et de mon « affection particulières.
« Louis-Antoine. »
11 est difficile de recevoir des témoignages plus affectueux et d’un plus grand prix (1).
Coutard demeura donc à Rennes; les partis, un instant découragés par la naissance de Monseigneur le duc de Bordeaux, devaient bientôt reprendre leurs traînes coupables, et le général allait avoir encore à les combattre et à les vaincre.
(1) On voit en outre, par cette lettre, combien la Restauration était jalouse de respecter les droits de l'ancienneté, puisque, malgré les services de Coutard et la juste faveur dont il jouissait, le Roi était résolu à lui préférer un des plus anciens lieutenants-généraux.