‹ Le Général comte de Coutard, étude historique sur la République, l'Empire et la RestaurationChapitre 2 sur 57 · CHAPITRE PREMIER · texte numérisé non relu

CHAPITRE PREMIER

Naissance et éducation de L.-F. Coutard. — Il s’engage à dix-huit ans. — Soldat au 1" bataillon do la Ssrthe. — Garde du roi Louis XVI. — H est fait capitaine au siège do Nomur. — Blessé à Jolimay. — Adjudantgénéral en Anjou. — Prisonnier sur le Mein.

Ballon est une des plus jolies petites villes de l’ancienne et riche province du Maine. Bâtie en amphithéâtre sur une colline qui s’élève doucement, elle est couronnée par les ruines pittoresques d’un château féodal dont la tour se dresse avec une fierté triste et solennelle. Du haut des créneaux de ce donjon, témoin jadis de bien des luttes et tout rempli encore de belliqueux souvenirs (t) , le regard se promène sur

(1) Situé aux confins do la Normandie; du Porche et du Maine, commandant par sa position un territoire assez étendu, le château de Ballon devait être exposé à de fréquentes attaques. A chaque page de Pliistoiro « du onzième siècle, il se voit disputé entre les seigneurs, pris et repris par

lés plus riantes perspectives. Tantôt ce sont des champs cultivés avec soin, des fermes, des troupeaux, des prairies séparées par de longues avenues de peupliers, des terres fertiles parsemées de frais bouquets de bois; tantôt les toits aigus de quelques chûteaux font briller au soleil les reflets de leurs couvertures d’ardoise; <;à et là un clocher perce au-dessus des grands arbres, jetant au vent les joyeuses volées de son humble carillon. Cinq églises apparaissent ainsi dans le paysage, et, à l’horizon, la tour do la cathédrale

du Mans montre son profil élégant et sa couronne inachevée.

Au pied de la colline serpente une délicieuse rivière qui la contourne avec grâce, la quitte à regret et va se perdre sous des arceaux de verdure. Rien de plus agreste et de plus varié, rien de plus sédujsant que cette belle vue, qui ne s’étend pas à

moins de douze lieues à l'entour. Il semble que ce

les partis contraire». Successivement il tombe au pouvoir d’ Hélie d? la Flèche, de Guillaurae-le.-Roux, et de ce Robert de Tahraa que la terreur des populations nommait Robert-lc-Diab!e, Au quinzième siècle, il tint bravement contre les Anglais, jusqu’en 1417 ; mais i! succomba alors, et il resta aux mains de ses vainqueurs jusqu’en 1484, époque du mariage d’ftdouard d'Angleterre avec Marguerite d'Anjou.

Aujourd’hui, ccttc belle forteresse n'est plus que ruines. La tour subsiste encore cependant et est d’un aspect imposant. On compte les tourelles qui l'accompagnaient, on suit les restes de la muraille qui formait l'cnceintc principale et dont les pans disparaissent souvent sous une couche de lierre. Il est facile de suivre la trace des larges fossé» qui la défendaient et des chemins couverts qui y donnaient accès. C’est un des plus remarquables débris des antiques constructions dont la province du Maine était semée autrefois.

pays soit heureusement prédestiné, et si on n’avait pas la conscience de l’instabilité et le sentiment de la douleur partout présente et partout inévitable, on aimerait à y chercher et on y devrait trouver le calme, le repos et quelques instants de bonheur.

C’est là, à l’ombre du donjon, parmi les modestes

maisons accroupies sous son abri tutélaire, dans un vieil hôtel construit sur les anciennes défenses de la ville, et qui s'appelait YHôlel des Murs, que naquit Louis-François Coutard, le 19 février de cette année 1769 qui fut l’ère natale de Bvrou, de Chateaubriand et de Napoléon.

Pauvre était sa famille, mais loyale, honnête, fidèle aux mœurs antiques, et se ressouvenant, sans orgueil et avec dignité, d’une sorte de splendeur autrefois conquise. Ainsi, au seizième siècle, elle tenait le rang le plus houorable dans la cité. On trouve aux archives un Hardouin Coustard, qui, en 1592, était maître etadministrateurde la maison-Dieu de Ballon.

Déjà, eh 1560, Jehan Coustard était notaire royal et ajoutait à son nom le titre de sieur du Pin : il avait épousé « noble damoiselle de Lhoumeau, • et repose dans l’église paroissiale. Barbe Coustard se maria à Pierre Le Blav, sieur de Mauconseit, et de ce mariage sortit Jehan Le Blay, sieur de liautéclair, qui était qualifié d’écuyer et tenait une charge de capitaine au régiment de Chaulnes.

Mais l’adversité avait visité cette famille. Au com-

mencement du dix-huitième siècle, un effroyable incendie dévora la moitié de la ville et ruina la plupart des habitants. Depuis cette époque, les Coutard ne figurent plus que comme de simples fabricants de serge ou de toile* n’ayant de noblesse que celle du cœur et de relief que celiii de la probité et du travail.

Le père de Louis-François Coutard avait acheté l ''Hôtel des Murs. Depuis près de trois cents ans, cet hôtel donnait son nom aux bourgeois ou aux magistrats qui ie possédaient. L’usage se perpétua pour le petit François. Pendant touto son enfance et toute sa jeunesse, on ne le connaissait que sous l’appellation de iMuiscau des Murs.

Son parrain, enfant de dix dns, était un de scs cousins, Pierre-René II nard, destiné à devenir l’un des prêtres les plus éminents et les plus pieux de ce diocèse du Mans, fécond en hommes distingués et vém'v

/. • * râbles. Admis daus les ordres sacrés et attaché à une

paroisse de la ville épiscopale, l’abbé Huard (1) prit au sérieux cette paternité spirituelle qui est trop souvent acceptée avec une légèreté déplorable et dont les obligations sacrées sont la plupart du temps si peu ou si mal remplies. 11 voulut être, il fut le protecteur, le guide, lç patron de son filleul, et il répondit de lui devant Dieu et devant les hommes.

(1) Voir à la fin de ce volume une Notice biographique sur cc saint prûtre, quT est mort en 1835 curC* do Notre-Dame-ile-la-Couture au Mans, et chanoine honoraire du chapitre royal de Sâint-Déniï.

Le petit Louiscau des Murs témoignait une intelli- . genee vive et précoce, une volonté énergique, un sincère désir d’apprendre et de s’élever, .L’abbé Huart .l’appela près de lui, le logea dans sa inajson, et lui fit suivre les cours du collège célèbre tenu au Mans paF les pères de l’Oratoire.

11 ne faut pas négliger, sans s’y trop attacher cependant, les pronostics des dispositions et dés penchants de l’enfance. La nature prompte, vive, entreprenante du jeune Coutard, se révélait par mille tours d’écolier qui faisaient de lui la terreur du quartier qu’il habitait. Ses allées et venues quotidiennes au collège étaient signalées par de plaisantes espiègleries ; ce qui ne l’empêchait pas toutefois de suivre scs études avec une assiduité soutenue et d’y remporter de brillants succès. 11 en avait gardé une vive tendresse pour son digne parrain et une respectueuse gratitude pour ses maîtres vénérés, dont il ne parlait qu’avec émotion aux jours de sa virile renommée comme aux jours de sa robuste vieillesse.

Il leur dut d’abord un fonds de foi toujours vivace et présent au milieu des vicissitudes les plus diverses ; il leur dut énsuiteun goût élevé des lettres qui ne l’abandonna ni dans les camps, ni dans les cours, ni dans la retraite : double élément de force et de consolation, double ornement de l’âme et de l’esprit.

Louis-François Coutard se destinait â l’état ecclésiastique ; une malice et un coup de tête en décidèrent

autrement et le jetèrent dans le métier des armes. C’était en 1786. Il achevait sa rhétorique. Le métropolitain de la province, Mgr de Conzié (1) , archevêque de Tours, vint visiter le collège. Le brillant élève fut choisi pour le complimenter, et composa une pièce de vers si élégamment tournée, si pleine.de grâce et de poésie, que le prélat, charmé, accorda un congé de deux jours. Ce n’était pas le compte des régents du collège. Le Père recteur craignait une trop longue dissipation ; il réduisit à un seul jour la petite vacance octroyée par l’archevêque. Aussitôt Coutard monte un complot : il est externe, il saura empêcher ses camarades de se rendre en classé. Le voilà qui parcourt la ville, donne sa consigne, emploie la séduction ou la menace, se poste aux abords du collège, renvoie les uns, entraîne les autres ; bref, il désorganise les cours du matin. Le lendemain, il recevait line verte correction. Son amour-propre blessé s’en irrite; il part et va s’engager dans le 26 e régiment d’infanterie, régiment de Bresse. 11 avait dix-huit ans. De ce jour, sa carrière était fixée; le futur lévite était devenu soldat et pour toujours.

La résolution était un peu subite et violente. Engagé le 13 février 1787, et sans en prévenir personne, Louis redoutait le courroux et le chagrin de sa fa-

(1). Joacliim-Mamert-François de Consié, était aaparavant évêque de Saint-Qmer. Il assista au sacre de Louis XVI, occupa le siège archiépiscopal de Tours de 1773 à 1791, et mourut en exil, confesseur de la foi.

miljc. Au lieu de les attendre, il veut les affronter. Il court à Ballon ; mais près de la porte de la maison paternelle, le cœur lui manque, il n’ose entrer, Il se

borne à jeter dans l’intérieur un regard furtif. La maison était pleine de joie et de bruit. On célébrait les noces de son frère ainè, Pierre Coutard-Aubry. Cette allégresse redouble sa timidité, sans toutefois lui donner de remords; il s’enfuit et va se réfugier à Congé-siir-Ornc.

De là il rejoignit son régiment.

De 1787 à 1791 il resta dans la compagnie de Bonnay. Un instant il fut embarqué avec les siens à Brest,, à bord du Superbe , en destination des colonies. Un contre-ordre le fait descendre à terre. C’était sur le continent qu’il voulait servir; il se hâte de profiter de la circonstance et achète son congé. Le 1" septembre 1791 , il était libre : le 2 il rejoignait ses compatriotes.

On sait l'entrainement de la jeunesse d’alors, on sait les enrôlements d’enthousiasme (1). Coutard s’inscrivit parmi les volontaires du premier bataillon

(1) 11 rencontra sous lo môme drapeau, un jeune gentilhomme de ses contemporains, Charles-Antoine Le Febvre des Vaux, né la même année que lui et engagé lo mémo joor, qui s’ûnit h lui par la double fraternité de» armes et du co?ur, et dont la destinée, séparée par les longues souffrances de la prison, devait en des jours meilleurs se rapprocher de la sienne, pour s’achever prés de lui dans le silence et la dignité de la retraite. Voir à la fin de ce volume lo notice sur le général baron Le Febvre des Vaux.

de la Sarthe, dont le nom est resté l’un des plus purs de cette époque. .

Bientôt un secret instinct et comme un prophétique avant-couécur de la fidélité qui couronnera la fin de sa carrière, l’appellent à Paris dans, la garde à pied du roi Bonis XVI.

11 y passa pcu.de temps, assez toutefois pour avoir ' fait en quelque sorte, près de l’auguste victime de la . , • Révolution, l’apprentissage du dévoûment qu’il doit porter plus tard à dcu\ autres rois; assez aussi pour mériter sa part des attaques et des violences dont fut poursuivi le corps d’élite auquel il appartenait.. Entréle 28 février 1792 dans la compagnie de Couët, il en sortit le 5 juin, après le licenciement du 2(j avril (1). On sait qu’afin de mieux frapper la rqyauté, l’Assem-

v (1) Il faut copier ici le brevet de licenciement. C’est un touchant souvenir : * .

« Nous, Jean-George Baude de Pont-PAbbé, maréchal-de-camp, commandant la garde à pied du Roi, .chargé par Sa Majesté du licenciement de ladite garde, mettant en considération la manière distinguée avec laquelle le sieur Coutard (Louis-François), a servi en qualité dis garde du roi, dans la compagnie de Coüet, 2* division de la garde à pied, depuis le 38 février 1701 jusqu'aujourd'hui, nous lui avons donné le présent congé de licenciement, pour qu'il puisse jouir des avantages attachés à l’état do garde du Roi, et tic la -considération due h ses services.. Eu foi de quoi uous avons signé le présent congé, et y avons fait apposer le cachet de la garde de Sa Majesté. , .

. . • . « Fait à Paris, le 5 juin 1702.

* . ; , , t / * . « Signé PoM-j.’ABBK.

a Pour ampliation :

' - «Le maréchal-de-camp, ancien lieutenant-colonel de la Garde

du Roi, . •

« Comte de Précy, maréchal-de-camp. »

blée s’était hâtée de la désarmer. « Suspecte d’incivisme, » aècuséo par les clubs, la garde succomba sous des injures qui l’honorcront à jamais devant j’histoire. .

Coutard rentre au premier 'bataillon de là Sarthe; il avait vu d’assez près l’anarchie pour la preridre en détestation et pour chercher à la fuir, ne pouvant la vaincre. Il est attaché à l’armée du Nord qui protégeait le territoire contre les Autrichiens, et il sert sous les ordres de Rochambeau et de Luckner. Le 17 juin il était à la prise de Mcnin, le 20 à celle de Courtray. linéiques mois plus tard, dans l’armée dé Dumouriez, le 1 /[-septembre, il se distingue à l’a flaire de la Croixau-Bois, en Champagne, oit fut tué le prince de Ligne. Enfin il prenait bravement part à la bataille de Valmy sous Kellerjtnann.

Cette bataille fut le point d’arrèt des troupes coalisées. De ce jour, elles reculèrent. Mêlé au retour offensif de nos soldats, Coutard se trouvait au siège de Nafnur : c’est là que commence sa fortune militaire.

11 avait montré de la bravoure, de la résolution, du talent; scs camarades, à cette rude école, où chacun payait de sa personne, avaient appris à le connaître et à l’aimer. Un jour, le général Valence l’appelle : il l’estimait, et antérieurement il avait entendu parler de lui au Mans quand il y commandait,, en 1789,1e régiment de Chartres. Il avait l'intention de

prendre pour aide de camp le capitaine de la compagnie où servait Coutard. « Connais-tu quelqu’un qui puisse remplacer ton capitaine Garnier? lui dit-il. — Oui, mon général. — Et qui donc? — Moi ! réplique le grenadier. » Cet à-propos plut à Valence. Coutard fut fait capitaine sous le canon de Namur.

Ce rapide avancement n’était du reste que la récompense de sa valeur et le gage d'une ardeur à toute épreuve. Le nouveau capitaine de la première compagnie ne tarda pas à justifier la confiance de ses chefs. Le 17 août 1793, il occupe la redoute de Joli— mav, construite dans la forêt de Mormal. Une division autrichienne l’attaque ; avec quatre compagnies de son bataillon, il en soutient l’effort, et, par son énergique résistance, favorise la retraite des flanqueurs de droite sur Maubeuge. Là il fut blessé d'un coup de feu; c’est ainsi qu’il payait ses épaulettes.

Dans cette mémorable campagne dé 1793, on le voit, promptement rétabli, assister successivement au siège de Maastricht, à la bataille de Nerwinde avec Dumouriez (18 mars), aux combats sous Valenciennes, aux engagements sous le Quesnoy. Le grade d’adjudant-général reconnut ses services (26 vendémiaire, an ii, 1 li octobre).

Malheureusement, ce grade l’éloignait du théâtre de la guerre. Un emploi lui bit confié dans l’étatmajor de l'armée des eûtes de Brest. Coutard quitta

son bataillon de la Sarthe avec un double regret : non-seulement il ne se trouvait plus en face des étrangers, mais les impérieuses lois de l’obéissance militaire allaient le placer eu face de scs compatriotes, de ses amis, de ses frères soulevés dans la Vendée pour leur Dieu et pour leur Roi. 11 se Voyait contraint déporter les armes dans ces héroïques provinces de l’Ouest, dans ce Maine qui l'avait vu naître, et oü un dévoùment si pur et si désintéressé jetait de pauvres paysans à travers les hasards de cette hilte héroïque, digne d’être appelée une guerre de géants.

Le cœur de l’ancien garde de Louis XVI saignait à la pensée de combattre les défenseurs de la royauté ; le chrétien ne se pouvait résoudre à donner la chasse aux ministres du Seigneur. Coutard résolut de faire servir sa mission et son pouvoir «à adoucir le plus pos- . sible des horreurs qu’il détestait. A cette affreuse époque, il savait que l’apparence seule de la pitié était un crime digne de mort; ce lui fut une. raison de plus de se montrer généreux et sensible. Quelques traits prouveropt avec quelle loyauté énergique, avec quelle ferme et courageuse bonté, il transforma ses redoutables fonctions. ' " ,

Après la bataille du Mans, le commandement de la garnison de Laval et du département de la Mayenne lui avait été remis.

Non-seulement le commandant Coutard maintint dans son bataillon la discipline la plus régulière, — .

chose rare dans ces contrées et dans ces circonstances; — non-seulement, il prit sous sa protection tous les citoyens de la ville et y conserva l’ordre et la paix ; mais, à plusieurs reprises, il aventura son grade et sa vie ponr enlever à la terreur de saintes et de nobles victimes.

Des soldats avaient saisi un prêtre; ils vont le massacrer : « Laissez-le moi, s’écrie Coutard, je m’en charge!... » Et, d’un geste impérieux, il renvoie les bourreaux. Denx heures après, le prêtre était en liberté, et des moye.ns de salut lui. étaient. aàsurés avec autant d’irabiletôque de dévouement. . .

Le commandant habitait à Laval l' hôtel dcMontijranc. Le fils aîné de cette excellente famille est dénoncé; le danger est imminent; il va être incarcéré, et la prison, alors, c’était le vestibule de l’échafaud. Le commandant apprend le péril du jeune homme, il voit la douleur de la maison entière. Aussitôt il délivre it M. de Mont franc un passe-port de marchand, à l’aide duquel il pourra s'éloigner. et au besoin même se procurer quelque ressource dans le négoce. Mais M. de Morttfranc n’a pas d'argent. « Tenez, dit Coutard en mettant sur la table un petit sac rie louis ; j’y ai pensé. — Commandant, comment reconnaître.., quand pourrai-je vous rendre'/ — N’y songez jamais, mon ami; est-ce que ■votre vie ne m’est pas mille fois plus précieuse que mon or ? Parlez vite, et que Dieu vous garde ! •

Il y a die cela bien des années : le souvenir de cet acte de générosité et de courage est vivant encore à Laval, et il revient fréquemment dans les entretiens et dans l’émotion des royalistes de cette contrée.

Disons-le comme hommage à la vérité et à la justice. Les annales de la terrible guerre vendéenne, contiennent souvent de tels faits accomplis par les officiers de l’armée. Contraste consolant entre la conduite de ces soldats éprouvés qui, arrachés aux glorieux périls de la guerre étrangère, ne combattaient (ju’à regret leurs héroïques compatriotes,

' et la cruauté dé ces hideux proconsuls qui se plongeaient dans le sang pour assouvir leurs passions de haine, de ruine ët de débauche !

Toutefois, rien n’était plus amer à un cœur français que la lutte sauvage entamée par la Convention, et ce fut avec une joie profonde que les phalanges do l’armée virent les premiers efforts de paci- * fication leur permettre enfin de ne plus tacher leurs - épées du sang de leurs frères. Plus qti’aucun autre, Coutard souhaitait ardemment de s’éloigner de la'

1 Vendée. 11 sollicitait sans cesse de retourner - à la frontière. •> .

Enfin, le premier bataillon de la Sartlie étant devenu le premier de la 73* demi-brigade, Coutard en obtint le commandement; il put passer sous le, s ordres de Jourdan et rejoignit le fameux corps d’armée • de Sambre-et-Meuse. C’est particulièrement à, dater .

de ce moment que, tout en soutenant sa renommée d’intrépidité personnelle, il commence la série des hauts faits qui lui ont conquis une place parmi nos premiers hommes de guerre- Marceau l'avait distingué ; Marceau, si bon juge du mérite, avait reconnu en lui la rapidité de l’exécution, la promptitude de l’obéissance, la ténacité du devoir. Mayence était bloquée par nos troupes, mais les assiégeants se trouvaient séparés du gros de l’armée massé à Wurzbourg. Marceau détache le commandant Coutard avec deux bataillons et lui ordonne de relier les communications. Le. 20 fructidor an IV, Coutard se met eu marche vers le Mein et rencontre bientôt toute l’avant-garde du prince Charles commandée par le général Wartenslcben. La lutte était près- qu’impossible. Cinq heures durant, les deux bataillons disputent le passage à ce redoutable corps d’armée. Coutard a un cheval tué sous lui, il remonte en selle : un instartt après, il est blessé grièvement. Accablé par le nombre il tombe au pouvoir de l’ennemi.

La défense avait été si extraordinaire, que les Autrichiens émerveillés le renvoient sur parole lui et tout son monde. Le prince Charles avait voulu le voir auparavant et l’avait publiquement complimenté : les éloges d’un tel ennemi sout des titres.

• Coutard rentra en France avec les débris de sou bataillon. Il ncpouvaitplusservirsurlellhin,nous allons bientôt le revoir en Italie.

En l’an V et en l’an VI, disent ses états de service, il fait partie de l’armée destinée à menacer 1a Grande-Bretagne, et qu’on appelait l’armce d’An- ■ gletcrre. On sait que, après la conquête d’Italie, le Directoire, jaloux d’occuper la -gloire importune du jeune vainqueur d’Arcole, avait songé à une descente sur les côtes d’outre-Manche. Bonaparte préféra la campagne d’Egypte qui, d’après les plans du gouvernement, devait le conduire dans les Indes et qui, tout simplement, le ramena à Saint-Cloud le 18 brumaire. Coutard aurait été compris dans la première entreprise; il ne figura point dans la seconde, mais fut attaché au corps d’armée de Macdonald qui envahit le royaume de Naples.

Il servait sons les ordres du général Duhesine; ce fut une des brillantes époques de sa vie.

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