‹ Le Général comte de Coutard, étude historique sur la République, l'Empire et la RestaurationChapitre 21 sur 57 · CHAPITRE XIV · texte numérisé non relu

CHAPITRE XIV

Nouvelles tentatives des partis révolutionnaires. — Organisation des Carbonari dans l’Ouest. — Troubles à Brest. — Troubles à Rennes. — Fermeté de Coutard. — Prompte et énergique répression. — Coutard est nommé gentilhomme honoraire de la chambre du Roi. — S. A. R. Monseigneur, duc d’Àngoulûme, lui envoie son portrait. — Nouveaux troubles en Bretagne. — Coutard est nommé au commandement de la l r# division militaire, à Paris.

Les insurrections d’Espagne et de Naples, publiquement saluées à la tribune française par l’opposition (1) devinrent le signal des tentatives nouvelles de l’anarchie. Les sociétés secrètes se réorganisèrent et trouvèrent bientôt dans les statuts importés des Carbonari italiens, une puissance de mystère, de terreur et de propagande jusque-là inconnue. C’est dans leurs rangs que vint se fondre l’association des « Chevaliers de la Liberté, » commencée en 1815, renouvelée en 1820 sur les rives de la Loire, et dont Sauinur

P Séance du 0 janvier 1821, discours de VI. de Giranlin.

était devenu le centre (1). « Elle se répandit, ditM. de Vaulabelle, avec une rapidité qui dépassa les espérances de ses fondateurs. Chaque jour voyait augmenter le nombre de ses membres. Les moyens de propagation étaient aussi simples que faciles : les correspondances, les listes, les notes écrites quelles qu'elles fussent, étaient sévèrement interdites; le serment de ne rien révéler, de se pourvoir d’armes, de se tenir prêt à tout événement et à toute réquisition, voilà Tunique promesse exigée des affiliés... Les chefs seuls, dans les villes ou les localités rurales qui comptaient plusieurs groupes de dix membres, se connaissaient entre eux. Un signe manuel servait de moyen.de reconnaissance aux associés (2). » En peu de temps, les Chevaliers de la Liberté avaient réussi à pratiquer des alliances dans l’École de cavalerie de Saumur, parmi les sous-officiers et parmi les élèves. Ils étaient donc déjà assez nombreux et assez audacieux, quand, vers le milieu de mai, ils s’unirent et se soumirent à la direction des Carbonari récemment institués à Paris, et dont M. de Lafayetle, M. de Schonen, M. Mérilhou étaient les principaux chefs.

(1) Nous empruntons ces traits généraux à Hiistoire de M. de Vaula* belle, témoin qu'on ne récusera pas et dont on ne saurait trop méditer les déclarations. ( Voir, notamment, le tonie V, p. 144 et suivantes.)

( 2 ) Osigno consistait dans le nombre cinq formé à Pa : de des doigts levés ou étendus. Ainsi, un affilié levait ou étendait un, deux ou trois doigts; si la personne à laquelle il s’adressait complétait le nombre cinq en levant ou en étendant à son tour quatre, trois ou deux doigts, la reconnaissance était accompli. » Note de M. de Vaulabelle.

Nous n’avons pas ici à donner la description de cette Société. 11 nous suffira de rappeler qu’elle était gouvernée souverainement par une haute Vente,

« autorité suprême qui élisait elle-même scs membres; » qu’au-dessous se trouvaient des Ventes centrales, composées des Députés des Ventes particulières; chaque vente particulière comptait vingt carbonari ; les députés des ventes centrales seuls communiquaient avec la haute vente. Les obligations du carbonaro étaient de garder le secret le plus absolu sur l’existence de la Société et sur scs actes, « de n’en conserver aucune trace écrite, de ne tenir aucune note, aucune lettre, de ne pas même copier un seul article du règlement, de se pourvoir d’uu fusil de munition et de vingt-cinq cartouches, et de verser chaque mois une cotisation de 1 fr. » En moins de trois mois, Paris compta cinquante ventes particulières. On s’occupa d’entraîner les départements. Un assez grand nombre de jeunes carbonari, munis de lettres de quelques-uns des membres de la haute vente, se dirigèrent sur différents points. » C’est dans un de ces voyages qu’eut lieu l’accession des « Chevaliers de la Liberté, » accession qui doubla le nombre alors existant des carbonari. Ce développement inattendu et la rapidité avec laquelle les ventes se formaient en Alsace et sur d’autres points isolés, décidèrent la haute vente à concentrer l’organisation de la Charbonnerie. Elle partagea le territoire en

trois grandes divisions, confiées à autant de commissaires. J-’Ouest fut une de ces divisions.

Coutard ne tarda pas à ressentir et à signaler l’effet de ces odieuses manœuvres. Dès le !\ février, il avait dénoncé au ministère une distribution de cocardes tricolores à Brest. 11 se plaignait également de l’esprit turbulent de la jeunesse, et indiquait une fermentation croissante. Un mois plus tard, des désordres se manifestaient au théâtre de cette même ville, et le général, en demandant quelques mesures de rigueur, témoignait ses inquiétudes pour l’avenir, inquiétudes qu’augmentait la faiblesse des autorités locales.

D’ailleurs, les agitateurs travaillaient l’armée. L’un des plus entreprenants et des plus redoutables était ce même capitaine Bodin, déjà plusieurs fois signalé.

On avait fait quelque bruit aux Chambres d’une pétition émanée du général Bcrton, lequel préludait ainsi au coupable rôle qui devait attacher à sou nom une triste célébrité. Depuis Waterloo, où il commandait une brigade, Berton n’avait cessé de conspirer contre la Royauté ; plusieurs fois arreté, plusieurs fois relâché faute de preuves suffisantes, il s’était jeté avec passion dans les rangs des carbonari, et il sollicitait d’être placé à la tête d’un des mouvements insurrectionnels qui se préparaient dans l’Ouest. Son ancien aide de camp, Bodin, mis en

disponibilité et maintenu en résidence à Rennes, le secondait de tout son pouvoir. Afin d’exciter plus vivement l’intérêt des troupes, une sorte de relation avait été imprimée, où se lisaient les griefs du général Berton, scs plaintes contre sa mise à la retraite, soutenues par les paroles provocatrices du général Foy : « Comment voulez-vous, en semant ainsi l’arbitraire, ne pas recueillir la révolte? » D’abondantes distributions de cet écrit avaient été clandestinement faites à la garnison. « M. le général Berton, écrit Coutard, le 24 mars, après avoir réclamé auprès des Chambres, vient aussi de s’adresser aux chambrées, où il a cru pouvoir enflammer le zèle du soldat sur le compte d’un maréchal de camp mis en retraite. » Coutard envoya un exemplaire de la feuille saisie dans les casernes, et qui y avait sans doute été introduite par le capitaine Bodin.

Ces premières tentatives étaient accompagnées d'autres essais de séduction. Ainsi, comme les troubles de la haute Italie attiraient l’attention, on répandait des bulletins annonçant que l’Autriche était battue par les Piémontais, que l’armée sarde envahissait la Lombardie, que tout présageait le triomphe de la révolution et la ruine de la Sainte-Alliance. On en appelait au patriotisme des soldats, on réveillait les souvenirs des guerres de la République et de' l’Empire. Si ces manœuvres échouaient devant le bon esprit de la majorité des troupes et devant la fermeté

fidèle des corps d’officiers, elles trouvaient malheureusement un certain accès près des caractères aventureux, près des sous -officiers ambitieux et mécontents.

Comptant sur la connivence criminelle d’une partie des hommes de l’escadron du train d’artillerie de Rennes, se flattant qu’au premier instant leurs complices entraîneraient dans la trahison les régiments stationnés à Nantes, à Lorient, à Brest, les conspirateurs avaient fixé un soulèvement général de la Bretagne pour la fin du mois de mars. Le drapeau tricolore devait être arboré, la Constitution de 1791 proclamée, la déchéance de Louis NVI1I prononcée, el une régence provisoire établie. Les jours étaient désignés d’avance : c’étaient le 20 murs, anniversaire significatif, le 23, le 27 elle 29. Un courrier, attendu d’heure en heure, aurait donné le signal.

Déjà les chefs des conjurés s’étaient partagé les rôles el les emplois civils, administratifs, judiciaires. Aux sous-officiers rebelles, on avait promis les grades des officiers incorruptibles; « on leur avait même offert des épaulettes achetées d’avance (1). »

Heureusement, l’autorité veillait. Coutard s’était ménagé des renseignements sûrs. 11 savait que dans la nuit du 22 au 23 une réunion avait eu lieu au Café de la Comédie-, i qu’un sieur Thomas Jollivet,

(1) Happoi t du 31 mars, au ministre de la guerre.

montant sur le poêle, avait dévoilé, dans un discoure virulent, tout le plan de la conspiration ; que pour enflammer davantage les auditeurs, le sieur Desnoyers avait déployé le drapeau tricolore autour duquel tous devaient se ranger. » Aussitôt, sa résolution est prise ; il parvient à obtenir le plan d’attaque. Alors, à quatre heures du matin, et après s’étre ménagé des forces nécessaires en cas de résistance, il fait sonner le boute-selle dans le quartier de l'artillerie, et réunit l’escadron hors de la ville, avec armes et bagages: Laissant son escorte derrière lui, il s’avance seul avec ses aides de camp, ordonne que le carré soit formé; adresse une allocution pleine de sévérité et de reproches aux soldats, saisit les plus compromis, appelle la gendarmerie et les lui livre. Immédiatement après, il annoncé à l’escadron sou changement immédiat de garnison, et le met en marche. Surpris et stupéfaits, les principaux chefs du complot se laissent désarmer et enchaîner sans un seul murmure; et la troupe, tout à l’heure indécise et peutêtre hostile, subjuguée par le courage et l’énergie de son commandant, l’admire, applaudit et se soumet (1).

La nouvelle du départ de l’artillerie et de l’arrestation des principaux conjurés rapidement répandue,

(1) Qu’on nous permette de citer cette exclamation toute militaire, échappée aux soldats en voyant le général procéder à l'arrestation des mutins : « Le b n’a pas peur! »

jeta la consternation parmi les fauteurs de troubles. Le général acheva de les réduire par une fausse alerte donnée au Café de la Comédie. « Nous sommes découverts, voici les gendarmes! » s’écria en entrant tout effaré, le soir même, un des complices. Ce fut un sauve-qui-peut universel. Telle était la frayeur et le désarroi, que l’un des plus ardents, perdant le sens, alla se renfermer dans une petite maison qu’il possédait aux faubourgs et s’v pendit.

Les plans insurrectionnels avaient donc échoué, cette fois encore, devant la vigoureuse et habile résolution de Coutard. La Bretagne lui dut quelques mois de repos et de tranquillité.

Il appartenait à la Royauté de récompenser cette carrière laborieuse ; elle n’y manqua pas. Le marquis de Lauriston, devenu ministre de la Maison du Roi, avait rendu compte à Louis XYII1 des excellents services de Coutard et de ce dévoilaient intelligent et heureux dont il avait été le témoin. Le 22 avril, sur sa proposition, le général était nommé gentilhomme honoraire de la chambre. « Vous serez porté en cette qualité, écrit le ministre, sur les états de la maison de S. M. , à la date du 1" mai, et vous jouirez des honneurs et entrées attribués aux gentilshommes de la chambre en exercice. * Coutard fut vivement sensible à une distinction singulièrement recherchée, à laquelle étaient attachés des privilèges considérables

pt qui le rapprochait de la personne du Roi ; il sembla que son attachement en prit quelque chose, non de plus vif. mais de plus intime (1).

Sa nomination, d’ailleurs, prenait date d’un jour à jamais mémorable et qui devait lui être, comme à la France elle-même, cher à plus d’un titre. Ce 1" mai, en effet, le petit-fils de saint Louis recevait le baptême dans la basilique de Notre-Dame. « La Religion, Sire, disait le cardinal de Périgord en présentant le jeune priuce à Louis XVI 11, remet en vos mains ce dépôt si précieux chargé de scs bénédictions et de scs espérances ; elle le confie à V. M. , pour lui apprendre par ses leçons et par ses exemples ce que l’Église doit se promettre d’un Roi Très-Chrétien. » Paroles d’avenir, auxquelles le vieux monarque répondait par ces vœux : « J’invite tout le clergé à prier pour cet Auguste Enfant, afin qu’il se rende digne du bienfait que le Ciel nous a accorde par sa naissance, et que sa vie soit consacrée au bonheur de la France et «à la gloire de notre sainte religion. »

De magnifiques fêtes rivalisèrent dans les départements avec celles que Paris avait consacrées à cette joie publique. Rennes eut les siennes, et on y distingua l’enthousiasme des troupes de l’artillerie, notamment; ces braves soldats saisissaient l’occasion

^1) Monseigneur, duc d’Angoulôme, voulut aussi, vers ce temps, témoigner à Coutard l'estime particulière dont il l’honorait, en lui c-ovoyant son portrait, peint par Kinson, œuvre d’un rare talent, et plus précieuse encore par la grâce avec laquelle clic fut adressée.

de protester contre quelques tentatives coupables et isolées.

Peu de jours après, Coutard recommença une de ces tournées fréquentes par lesquelles il tenait en haleine toutes les autorités placées sous ses ordres. 11 était à Brest le 14 juillet, quand on y apprit la mort de Napoléon. Le dominateur armé qui avait vu l'Occident à ses pieds, expirait obscurément sur un rocher perdu au milieu des mers. « La nouvelle de cette mort, disent les rapports du temps, ne produisit aucune sensation en Bretagne. » Elle n’y fut ni l’objet ni le prétexte d’aucune manifestation hostile à la Royauté (1).

La France jouissait de la paix, delà prospérité, de la liberté ramenées par les Bourbons. Louis XV1I1, à l’ouverture de la session, annonçait qu’il était en relations amicales avec toute l’Europe, que la richesse publique allait croissant, que la contribution foncière serait dégrevée, que les calamités dont l’Orient était affligé seraient adoucies. Les sentiments de confiance reparaissaient partout; les élections amenèrent à la Chambre une majorité de royalistes éprouvés, et bientôt un ministère nouveau se constitua, fermement résolu à tenir tête à la révolution et

(1) « La querelle, en 18îl, dit M. de Vaulabellc, ne se débattait plus entre les impérialistes et les royalistes, entre bonapartistes et bourbonniens : c’étaient la révolution et la contre-révolution qui so trouvaient alors eu lutte. »

à faire dominer en France et en Europe la politique de justice, d’ordre et de conservation.

11 fallait au gouvernement des agents dignes de cette noble tâche. L’un des premiers actes du maréchal duc de Bellune, chargé du portefeuille de la guerre, fut d’appeler Coutard au commandement de la l ro division, c’est-à-dire de lui donner l’autorité militaire à l’aris et dans les départements voisins de la capitale. « Vous quitterez Rennes sur-le-champ, mandait la dépêche du ministre en date du 9 janvier 1822, pour venir prendre le nouveau commandement que S. M. vient de vous confier. » — t Vous viendrez en poste, » ajouta de sa main le maréchal.

Les événements, en effet, étaient graves. Au moment même de son entrée aux affaires, le ministère avait vu éclater tous ensemble les complots de Réfort, de Marseille, de La Rochelle. Tandis que, obéissant enfin aux pressantes sollicitations des carbonari, Lafaycttc se rendait en Alsace pour se mettre à la tête des conjurés, taudis que de malheureux sous-olDciers sacrifiaient leur tète pour des ambitieux qui échappaient à la rigueur des lois, le général Berton essayait de soulever l’Ouest. La Charbonnerie, nous l’avons vu, étendait jusqu’à Rennes, jusqu'à Saint-Malo, jusqu’à Brest, les fils de sa trame ténébreuse. « Lié avec plusieurs membres de la Ilaute-Vente, et informé par eux des projets insurrectionnels de l’Ouest, Bertou

avait offert d’y aller prendre le commandement. Le Comité directeur, qui destinait ce poste à un autre officier général, ne lui donna que des réponses évasives. Berton, n’écoutant que son impatience, s’était mis immédiatement eu chemin, et, par l’entremise d’un de ses anciens aides de camp, retiré à Rennes, il avait fait accepter ses services par les Nantais. Le désir de voir un de ses fds, sous-lieutenant dans le régiment des dragons du Doubs, en garnison à Pontivy, était le motif apparent de son voyage. Obligé de quitter Nantes après les arrestations opérées dans le 13 e de ligne, il était allé à Rennes, où Grandménil (c’était un des principaux conspirateurs) , parvint en effet à le rencontrer. Une fois abouché avec le général, et ignorant que dans ce moment-là même, le Comité de Paris, averti de l’insurrection projetée, décidait le comte Pajol, général plein d’élan et d’audace, à en prendre la direction militaire, Grandménil n’hésita pas à proposer ce commandement à Berton, qui s’empressa de l’accepter. Tous deux prirent sur-le-champ le chemin de Saumur, où ils ne tardèrent pas à arriver, en même temps que des députés de Rennes, de Nantes et d’Angers, chargés d’assister aux derniers arrangements et de venir ensuite faire connaître à leurs commettants le concours qu’ils devaient apporter. »

Heureusement, Coutard était sur ses gardes; il avait été informé de la conjuration, dont M. de

Yaulabelle fait ainsi l’exact historique. Pour Brest, il était tranquille, se reposant ù bon droit sur les excellentes mesures de sûreté ordonnées par le général Avizard, t mesures, dit-il, capables de déconcerter tous les projets de la malveillance. » — «Le général Berton, ajoute-t-il le 6 janvier, u’a point paru à Pontivy ; son iils, qui a voyagé avec le major des dragons du Doubs, y est arrivé le 2 décembre, saus qu’on n’ait vu ni entendu parler du père. Le général n’est assurément pas entré à Reuues; mais il aurait été reçu à la campagne de l’cx-capitaine Bodin, son ancien aide de camp. »

Au reste, Coutard a déjà des renseignements ; on parle de quelques compagnies organisées, à la disposition des révolutionnaires ; il en saura davantage. En effet, peu de jours après, il apprenait uuc tentative d’embauchage exercée sur le 5 e régiment d’infanterie légère, en garnison à Saint-Malo. Le brave colonel ltapatel lui signalait avec indignation ces manœuvres odieuses : « Il parait certain, disait cet officier fidèle, qu’une conspiration doit éclater d’un moment à l’autre dans toute la France, et que Bennes, Brest, Nantes, Saint-Malo et d’autres villes de la Bretagne doivent se soulever le même jour et au même instant. Des agents parcourent la division, mon général, et des officiers généraux de l’ancienne armée sont, diton, déjà rendus aux différents postes qui leur sont assignés. Brest est la ville où ils croient trouver le

plus de partisans parmi les militaires. Ils comptent sur la populace (les villes dénommées ci-dessus, et les suites de cette horrible machination doivent amener l’extermination de la famille des Bourbons. Vous (levez concevoir mon inquiétude : mais je compte assez sur mon régiment pour être certain que nous n’aurons que (les éloges. à recevoir, si l’on nous met dans le cas de prouver notre fidélité. » Et, en effet, l’agent corrupteur qui avait essayé de s’adresser aux troupes (le Saint-Malo, fut si effrayé de l’accueil qu’il reçut, qu’il s’enfuit la nuit môme.

L’éveil était donné, toutes les précautions étaient prises : a Les ordres et instructions sont expédiés partout de concert avec l’autorité civile, écrivait le général au ministre, et j’ose assurer V. Exc. que les troupes de la 13° division militaire suivront, dans toutes les circonstances, la ligne du devoir, et que tout restera tranquille. »

En effet, et grâce à tant de soins, la sécurité ne fut pas troublée. On connaît Péchauffourée de Thouars, éclatant le février; on sait que la déchéance des Bouchons et l’établissement d’un gouvernement provisoire, composé des généraux de Lafayettc, Foy, Dcmarçay, de MM. Benjamin Constant, Kératry et Yoycr d’Argenson, y furent proclamés par le général Berton et par ses principaux complices; que, de lâ, une petite troupe d’insurgés marcha sur Saumur, où elle fut dispersée sans combat. « Les députés de Bcn-

nés, de Nantes, d’Angers, ainsi que les commissaires des campagnes, avaient pu s’échapper, soit en s’embarquant sur la Loire, soit par la rive droite du fleuve (1). » Berton fut bientôt arrêté, au moment

(1) Vaulabelle, p. 343, t. V. Il faut lire, dans V Histoire des deux Restaurations, le récit de toutes ces conspirations et de toutes ces révoltes, atténuées ou niées alors, au jour du péril, glorifiées depuis au lendemain de la victoire. Notons, cotre autres, une scène inouïe, qui donnera la mesure de la loyauté et du courage dos ennemis do la Restauration : elle sc rattache directement à l’affaire de Berton. Grandménil était venu à Paris, il avait vu le général de Lafayette pour ourdir, avec son consentement, la seconde tentative de Saumur : « Accueilli avec empressement par M. de Lafayette, en qui se personnifiait, comme on sait, la direction effective de la Charbonneric, dit l'historien, p. 347, il assista dans sa demeure 4 deux réunions où se trouvaient un certain nombre de députés et de membres de la Haute-Vente, ainsi que M. Gourlay, ancien vice-président du Corps- Législatif impérial. Le nouveau mouvement projeté par les Saumuroisfut approuvé ; on convint d’en confier encore l'exécution au général Burtou. » Grandménil et Baudrillet (un autre conjuré) connaissaient la retraite de Berton ; ils vont l’y trouver et lui rendent compte des faits. Berton s’exalte à la pensée d’un nouvel effort (p. 348). Mais Berton est saisi, ainsi que Baudrillet; Grandménil, averti à temps, échappe et sc rend à Angers : « De cetto ville, il expédie À M. de Lafayette un émissaire chargé de lui faire connaître tous les détails de l’événement. » (p. 334.) Baudrillet est interrogé : « Brisé par la souffrance physique et terrifié, il ne résista pas aux questions et aux promesses du magistrat instructeur, il confessa tout ce qu’il savait, raconta son voyage à Paris, ainsi que ses doux visites chez M. do Lafayetto, et redit jusqu’aux paroles qu’il avait entendu prononcer 4 ce député, entre autres ces mots adressés 4 Grandménil, lorsque tous deux étaient allés prendre congé de lui : • Allons, courage, mon cher Grandméuil,et bon voyage. » Rentré à la prison et questionné par le notaire Dclalaudc (un autre complice arrêté), Baudrillet lui fit connaître sa déposition. Delalando se récria : une telle faiblesse était un acte de trahison qui ne conduirait pas seulement M. de Lafayette à l’échafaud, disait-il; elle perdrait Baudrillet lui-mémc, au lieu de le sauver... — Le juge vous a-til demandé le signalement de M. de Lafayette? ajouta Delai an de. Baudrillet répondit que non. — Alors, vous pouvez tout réparer, reprit le notaire; le juge va nécessairement s’apercevoir do sa faute; vous allez être rappelé. Donnez un faux signalement; et pour ne pas vous exposer 4 la moindre contradiction, désignez quelqu’un que vous ayez vu chez le général.» On convint que Baudrillet donnerait le signalement de SI. Gourlay, celui de qui l’extérieur ressemblait le moins 4 Lafayette. « Un seul témoignage

où il allait recommencer un nouvel essai d’insurrection. L’Ouest ne s’émut qu’à la surface : les carhonari étaient découragés.

pouvait infirmer la déclaration de Bandrillet, évidemment infidèle : le témoignage de Grandménil, qui, mis en présence de son complice, ne consentirait certainement pas à laisser affirmer devant lui que, imposteur indigne, il avait deux fois présenté à Baudrillet des députés supposés et un faux Lafayette. La police redoubla donc d'efforts pour s’emparer de Grandménil. » Celui-ci, caché d’abord à La Flèche, s’était ensuite réfugié à Paris. Le 1" août, près d’un mois et demi après l’arrestation de Bcrton, M. Georges do Lafayette, qui s’était chargé de faciliter le départ du fugitif, vint lui annoncer qu’un de ses collègues do la gauche, M. Ad. de La Pommeraie, député du Calvado?, consentait à le faire conduire en Normandie, chez des amis qui l'aideraient à gagner l’ile anglaise de Jersey ; il ajouta que, devant le présenter le jour même à son collègue, et Grandménil étant inconnu dans le monde politique, le palais de la Chambre se trouvait encore le lieu le plus sûr pour cette entrevue. Tous deux se rendent au Palais-Bourbon et attendent, dans la salle des Pas-Perdus, le passage de M. de La Pommeraie. Benjamin Constant, le général Lafayette, le général Foy et plusieurs autres députés de la gauche, en traversant cette pièce pour entrer dans la salle des séances, échangent quelques mots avec M. Georges et Grandménil; l’un d’eux, B. Constant, serro même la main de ce dernier, qu’il avait vu à son passage à Saumur, au mois d’octobre 1820; enfin, M. de La Pommeraie arrive, emmène le conjuré saumurais de la salle des Pas-Perdus, et le conduit dans une autre partie du palais, où, moins exposés aux regards du public, Ils pourront s'entretenir plus à l’aise des détails du départ.

On discutait le budget, la chambre était peu nombreuse et peu attentive : tout à coup plusieurs députés entrent, se communiquant avec une certaine émotion des fragments du réquisitoire de M. Mangin, dans l’affaire de Saumur, réquisitoire que publiait le Moniteur. Dans ce document, il était dit que « Grandménil était venu à Paris; qu’il résultait des discours tenus par lui qu’il avait été présenté à MM. Lalfitte, B. Constant, Foy, do Lafayette ; qu’il avait reçu des instructions de ces messieurs ; qu’il avait présenté au marquis de Lafayette un des principaux agents de la conspiration, et que M. de Lafayette lui avait dit: « Allons, du courage, cher Grandménil. « Aussitôt, et comme le président allait mettre aux voix la dotation do la pairie, M. B. Constant demande la parole, repousse l’allocation, disant que, chargée du jugement des complots, la Chambre haute doit jouir d’une parfaite indépendance. « Le système du gouvernement, ajouta-t-il, parait être de favoriser l’invention de prétendues conspirations dont l’instruction et lo jugement peuvent être renvoyés à celte Chambre. Nous devons être d’autant plus circonspects,

Coutard put obéir aux injonctions du ministre. Il quitta Rennes vers le milieu de janvier. Après un si laborieux commandement, il laissait la division fer-

que les agents du pouvoir sc complaisent dans des contes dignes des Mille et une Nuits, évoquent les morts, font parler les contumaces, pour étayer dos réquisitoires qui ne peuvent exciter que le rire et la pitié. » La droite se récrie : un membre dit que voilà la seconde fois que les noms do plusieurs membres de la Chambre sont compromis dans des conspirations; qu'il est de leur intérêt comme de l'honneur do la Chambro, do reconnaître si des relations quelconques ont, qn effet, existé entre ces membres et des conjurés.

Là-dessus, M. Laffitte sollicite une enquête : « Il est du devoir et de la dignité de la Chambre de savoir si nous sommes sous le fer des calomniateurs et des bourreaux. » — «C’est une infamie ! » s’écrie le général Foy. — « Pour ma part, ajoute M. Laffitte, désignant les paroles du réquisitoire, « je déclare que c’est un mensonge infâme! » MM. do Girardin, Kératry, Foy et B. Constant demandent que le ministère les mette en accusation. M. de Peyronnet défend le procureur-général : il invoque les faits do Thouors et de Saumur. « Berton, dit-il, est-il un agent provocateur?— Une voix de la gauche : « C’est ce scélérat de Grandménil qui a joué le rôle de provocateur! » — Et, quelques instants après, le général Foy reprend :« Le point essentiel, c’est la déposition d’un nommé Grandménil, contumace, qui, dit-on, a pris la fuite, et sur le compte de qui on mettra tous les mensonges... On a eu grand soin d’en faire un contumace; il ne sera pas Interrogé, il ne s’expliquera pas publiquement; il ne reparaîtra pas, Jo le parie!... Mettre des calomnies dans la bouche d’un contumace, afin quo l'impression en reste et qu’on ne puisse les démentir, c’est une action atroce, perverse, infâme! »

« La véhémence des orateurs, les apostrophes et les cris qu’il leur fallait subir ou braver, ditM. de Vaulabelle, p. S61, avaient laissé inaperçu un incident qui faillit donner au débat des proportions d’une gravité inattendue. Lorsqu’une voix do la gauche, interrompant M. de Peyronnet, lui avait Jeté ces mots: « C’est ce scélérat de Grandménil qui a joué le rôle d’agent provocateur», un homme de haute taille, assis au fond do la tribune réservée aux anciens députés, s’était brusquement élancé jusqu’au bord de cette tribune; tous ses traits respiraient l’émotion la plus violente, et ce n’est qu’au prix des plus grands efforts qu’il parvenait à la maîtriser. Mais à ces mots du général Foy : o II ne s'expliquera pas sur ses mensonges, il ne reparaîtra pas! » l’agitation de cet homme n’avait plus connu de bornes : on aurait pu le voir alors sc hausser avec les mains sur le rebord do la tribune et l’enjamber à demi. Ce spectateur était Grandménil, qui, furieux, exaspéré, voulait sc précipiter dans la salle et crier au général Foy: « Non, je ne suis pas un infâme! Je ne fuis pas!

mement attachée il la Royauté, les dissidences intérieures apaisées et presque détruites, les factions effrayées et vaincues, le pays calme et prospère.

Dans la ville et dans les départements, il avait assuré l’ascendant de l’autorité et ranimé la confiance et l’énergie des honnêtes gens. Les olficiers généraux placés sous ses ordres, le baron Joubcrt, le comte d’Hoffelize, le comte de Sérail, le vicomte de ChefToutaine , le baron Avisard, l’avaient loyalement secondé et avaient reçu des marques assurées du soin qu’il mettait à faire valoir leurs bons services. Autour de lui, après son ancien et excellent frère d’armes, le colonel Le Fcbvrc des Vaux, rivalisait de dévouement, d’intelligence et de bravoure un essaim de jeunes officiers, qui lui ont gardé une longue et vive reconnaissance (1), son neveu, Armand de

Mc voilà! » M. G. de Lafayettc était monté, dès le commencement du débat, dans la tribune habituellement déserte où M. de La Pommeraie avait conduit Je conjuré saumurois; les deux députés n’avaient eu quo le temps do le saisir au moment où il s'élançait, et de le rejeter vivement en arrière. Ils réussirent à l’entraîner hors de la salle. Grandménil pouvait, du moins, écrire dans les journaux, protester; il immola son honneur à l’intérêt et au salut de ses co-accusés. » M. de Vaulabellc appuie ces faits d’une lettre de M. G. de Lafayette et de diverses dépositions faites en 1848 par M. G. deLafayettc, M. Ilouen, M. Flottnrdet autres, dans un procès où Grandménil fut traduit devaut un conseil de guerre, après les funestes journées de juin. On voit à quelle sorte d’adversaires la Restauration avait affaire, et ce que valaient les dénégations des conspirateurs les plus éminents.

(1) « Je regarde comme une religion, m’écrit après plus de trente-cinq années, un de ses anciens officiers, M. le comte de Palya, do ne point oublier ceux qui nous ont bien traités, et c’est à ce titre que souvent, trèssouvent, le nom du général Coutard vient sur mes lèvres et est cité, dans ma famille, comme type de l’hommo loyal, généreux... généreux jusqu’à

Coutard, MM. de Palys, de Feruel, de Vaux, Beauquet, qui tous ont noblement rempli leur carrière, avec des fortunes diverses, mais avec un égal amour du devoir et de la France.

l'insouciance, du protecteur dévoué, infatigable, de l’ami non-seulement jusqu’à la bourse, mais bien au delà. Sa mémoire reste vénérée comme celle d’un noble et trop rare caractère. »

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