‹ Le Général comte de Coutard, étude historique sur la République, l'Empire et la RestaurationChapitre 31 sur 57 · AD MEMORIAM FAUST Æ NATIV1TATI · texte numérisé non relu

AD MEMORIAM FAUST Æ NATIV1TATI

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PHILIPPUS-MAHIA-TBERESIA-GUIDO CARRON,

EP1SCOPUS CENOMANKNS1S,

BENBMXIT AC DICAV1T,

PRÆSENTIBCB :

JOANNE JUL1ANO VAVER, rectore ;

JOANNF-NICOLAO POTTIER, VICARIO;

PETRO LEBOULLEUX, BEI MUNICIPAL! PRÆPOS1TO J

marque de confiance et fier de la gloire de notre drapeau.

Hélas t cette joie, cette sécurité, devaient être de bien courte durée.

A peine arrivé à Dieppe, Coutard apprend du même coup et comme par hasard , les ordonnances royales et l'insurrection qui devait être une révolution. Personne n’avait songé à le prévenir, à le rappeler, à utiliser pour ce dessein si périlleux son expérience, sa bravoure et même cette sorte de terreur qu’il inspirait par son austère rigidité. Ces nouvelles le frappèrent comme un coup de foudre au milieu d’un ciel serein.

Tout aussitôt, il se hâte, il prend la poste, traverse, en épuisant les chevaux, les routes tout émues des événements qui bouleversent la France. Près de Paris il apprend que la ville est au pouvoir des rebelles , qu’après d’héroïques résistances, la garde s’est repliée hors de la capitale.

FRANCISCO FBADREL, RENATO EODICOOIN, AOJONCTU.

JIUANO-JOSEPBO HÊTKAl, ARCOITECTO.

DUPK1RAY, SCULPSIT.

L'église n'était pas bâtie que déjà Coutard songeait à la décorer. U lai envoya successivement deux tableaux de Coutan, l’un des meilleurs peintres qui ont concouru à l'ornementation de Notrc-Dame-de-Lorette, deux toiles anciennes et do mérite, dont l’une est attribuée à Mignard et l'autre à Lebrun ; enfin, une belle vue d’une église de Rome, par Clérian, œuvre qui valut à son auteur la première médaille d’or à l’exposition de I827 y et qui est justement estimée des connaisseurs et des artistes.

II vole vers Saint-Cloud, à travers mille difficultés . . et mille retards. Il arrive enfin au milieu de la nuit, pénètre jusqu’au Roi et met aux pieds de son vieux maître son épée et sa vie. Charles X allait partir pour Rambouillet ; il remercie avec effusion son loyal serviteur et lui fait entendre que son dévoûment est désormais inutile. Coutard, la mort dans l’âme, s’éloigne et va enfermer à Yaucresson (1) sa douleur et ses regrets.

Un instant il voulut tenter d’entrer dans Paris : on l’en détourna à grand’ peine. L’insurrection était maîtresse de la cité ; il n’y eût trouvé que des périls certains et sans profit pour sa cause (2) .

Quelques heures après il reprenait la route de Dieppe. C’est là qu’il apprit les derniers actes de l’autorité légitime ; c’est là qu’il sut par quel sentiment de bonté excessive Charles X, résistant aux instances de ses généraux et aux supplications de sa garde, avait refusé de laisser balayer par quelques

(1) Yaucresson, charmant château près de Saint-Cloud, habité sous Louis XIV par le duc de Boauvilliers, était devenu la propriété du général depuis 1827.

(2) M"* do Coutard, pour empêcher le général d'accomplir ce projet qui lui eût été funeste au milieu de l’irritation des vainqueurs, no trouva d'autre moyeu que de s’aventurer elle-même. Elle sc rendit à pied à Paris, traversa les borricados et vint jusqu'à l'hôtel de la 1" division, rue de Bourbon. Là elle apprit tout le détail des fatales journées. Le général Le Febvre des Vaux (Voir la Notice à la fin du volume) tint sa présence secrète, l’engagea à retourner immédiatement à Yaucresson, ce quelle ht en courant de noqveaux dangers dont sa présence d’esprit U sauva.

volées de canon, la tourbe déguenillée qui était venue en charrette, en fiacre, en coucou, assiéger dans son asile l’héritier de soixante rois; c’est là qu’il sut les touchants adieux de l’infortuné prince et la double abdication qui transportait la couronne de Charlemagne, de saint Louis, de Henri IV et de Louis XIV sur le jeune front de Henri V, comme pour joindre les grâces de l’innocence à la majesté des siècles.

Inutile de dire quelles amertumes torturaient l’âme du général et s’ajoutaient à l’épuisement de ses forces physiques. Le 4 août, un ordre du duc d’Orléans, lieutenant-général du royaume, contresigné par le comte Gérard, commissaire au déparlement de la guerre, l’avait remplacé au commandement de la 1 K division militaire, et, chose assez remarquable et qui prouve quel était l’ascendant qu’exerçait sa renommée, même sur les victorieux de 1830, Gérard lui adressait, le 11, une lettre dans laquelle il semble s’excuser de cette décision (1).

Coutard ne répondit même pas. Seulement, le 14 août, il envoyait sa démission de député, en quel-

(!) La voici. Elle est curieuse connue expression des ménagements qu’on se croyait encore obligé de garder.

« Général,

« Los circonstances particulières qui vous ont tenu éloigné do votre commandement, lors des graves événements survenus en dernier lieu, ne vous ont pas permis de prendre part aux dispositions qui ont dû être faites dans l'intérêt de l’ordre public. Je n’en suis pas moins persuadé qu’en tout état de cause, votre zèle éclairé vous aurait suggéré, en pareil cas, les mesures les plus convenables.

« Le gouvernement a dû, k la suite des changements survenus, pour-

qucs lignes simples et dignes, qui protestaient contre les actes récents de la Chambre : « Monsieur le Président, dit-il, les événements qui viennent d’avoir lieu ayant changé la nature du mandat que j’ai reçu de mes commettants, je vous prie de recevoir ma démission de député de la Sarthe. >

De ce moment, et malgré des instances contraires, tout lui sembla fini dans la vie publique et dans la vie militaire. Coutard comptait seize ans de grade de lieutenant-général, quarante-quatre années de services, et quels services ! Ses serments, sa reconnaissance, son honneur, le liaient à la monarchie tombée; il garda la foi jurée à ses Rois, et s’ensevelit dans la retraite (1).

voir de nouveau, et par voie de disposition générale, au commandement des divisions militaires. Vous apprécierez vous-même la convenance de ce qui a été fait à cet égard, et vous comprendrez dès lors que votre remplacement ne tient à aucun motif qui vous soit personnel.

« J’ai l’honneur d'être, Général, avec la considération la plus distinguée,

« Votre très-humble et très-obéissant serviteur.

■ Le commissaire provisoire au département de la guerre,

« Comte Gérard. »

(i) Le même sentiment qui déterminait Coutard À briser son épée entraîna l’élite de l’armée. Plus de trois mille officiers refusèrent de prêter ud nouveau serment, et à leur tête étaient les vainqueurs d’Alger, notamment le comte de Bourmont, auquel on contesta le bâton de maréchal, si noblement gagné, et que le Roi lui avait envoyé par M. de Bois le Comte, dès le 15 juillet; le duc des Cars, qui demeure l’un des modèles de fidélité au malheur; tant d’autres braves militaires de tout rang, dont le dévoûment entoura la chute do la monarchie d’un hommage sans exemple et sans rival.

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