‹ Le Général comte de Coutard, étude historique sur la République, l'Empire et la RestaurationChapitre 37 sur 57 · LIEUTENANT-COLONEL D’ÉTAT-MAJOR · texte numérisé non relu

LIEUTENANT-COLONEL D’ÉTAT-MAJOR

Ballon donna aussi naissance à Pierre-André Coutard (1). Il était fils d'un frère aîné du général, et vit le jour le 7 janvier 1 788.

Destiné dès l’origine et par l'exemple de son oncle, à l’état militaire, brave, exact, plein de feu et d’entrain, Armand, inscrit à douze ans sur les contrôles de la 73 e demi-brigade, entra à l’École militaire de Fontainebleau, le 10 décembre 1805, et un an après, le 9 novembre 1806, il recevait sa première épaulette et était attaché, comme sous-lieutenant, au 10 e régiment de chasseurs à cheval.

L’Empire était au milieu de ses splendeurs militaires. Coutard brûlait de se distinguer. Il en saisit avidement une périlleuse occasion. Le corps d'armée auquel il appartenait se trouvait séparé de l’Empereur ; il fallait ab-

(1) Dans l'habitude de la vie on lui donnait le nom d'Armand.

solument faire parvenir des dépêches au quartier général, mais cette mission emportait risque de la vie. Coutard s’ofFre et est accepté. Grâce à son intrépidité, il traverse les obstacles et remet les dépêches à Napoléon. :»> L’Empereur donne ordre qu’on prenne soin de l’officier et de son cheval et dicte ses instructions. Il s’agit de retourner au corps. Coutard se présente, demandant seulement qu'on lui donne un autre cheval et qu'on soigne le sien, auquel il tenait avec raison. Napoléon, charmé de l’air de résolution qui éclatait chez le jeune lieutenant, ajoute de sa main sur la dépêche que si Coutard la remet à sou général, il aura la croix de la Légion d’honneur. Ravi de cet espoir, Coutard s’élance et réussit. L’empereur tint sa promesse, et le 1 er octobre 1807, Coutard recevait son brevet : il n’avait que dix-neuf ans (1)1

Le général, ou le conçoit, désirait rapprocher de lui un neveu qui marchait si bien sur ses traces. Il le demanda, et obtint pour lui une lieutenance dans le 65 e de ligne.

Il en courut l’héroïque fortune durant la guerre d'Allemagne. Nous avons dit sa belle conduite àRatisbonne : le rapport cité plus haut est de lui ; de lui est la défense désespérée du faubourg de Stadt-am-Hoff, la sortie par le pont-levis, la résistance contre un corps d'armée. Pendant l’action, il avait eu dix-sept balles dans son uniforme, et une l’avait blessée.

(1) C'est dans une de ces campagnes d’Allemagne que Coutard connut deux brillants officiers, deux frères, MM. Mac-Sheehy, d’une race et d’une valeur antiques, appartenant àjeette nation irlandaise toujours et partout fidèle y o t desquels l'un tomba sur le champ d’honneur, à Eylau, et l’autre, après avoir noblement gagné legride de lieutenant-colonel, continue à servir de son dévoùment et de sa plume la cause à laquelle l'attachaient, sous la Monarchie, les traditions et l'honneur de sa famille, accueillie en France par Louis XIV.

Prisonnier de guerre comme tous ses camarades, il fut échangé le 9 septembre 1809. Sa bravoure avait été récompensée par le grade d'adjudant-major.

Depuis, il ne quitta plus son oncle, le suivant en Espagne et en Portugal, dans les laborieuses campagnes * que nous avons décrites, et enfin partageant l’héroïsme et les désastres de la campagne de Russie.

Nous le retrouvons à l’état-major des Basses-Pyrénées, au milieu des dangers de la lutte suprême dont nous avons raconté les épisodes.

En 1814, il prend la cocarde blanche à Rochefort.

Après les Cent*Jours, il accompagne le général à Besançon, puis à Rennes, et enfin il Paris. Ses services excellents lui avaient obtenu, durant ces périodes, les grades de chef de bataillon et de lieutenant-colonel (1823), les titres d'officier de la Légion d'honneur (1815), et de chevalier de Saint-Louis (18 février 1817).

En 1830, Coutard ne consentit pas à prêter serment à la royauté nouvelle. Encore dans la force de l’âge, il préféra obéir à la voix de sa conscience et sacrifier son avenir militaire. Il se retira dans une belle terre qu’il possédait du chef de sa femme, aux environs de Bordeaux, et s'y concilia l'estime et le respect.

Dans un voyage qu’il fit à Paris, en 1854, après la mort de son oncle et de son père adoptif, il fut saisi d’une maladie mortelle, et expira le 19 septembre 1854, ayant dignement rempli ses devoirs de chrétien.

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