‹ Le Général comte de Coutard, étude historique sur la République, l'Empire et la RestaurationChapitre 4 sur 57 · LIBERTÉ. ÉGALITÉ · texte numérisé non relu

LIBERTÉ. ÉGALITÉ

Armée de Naples. RÉPUBLIQUE FRANÇAISE.

Au quartier général, h Foggia, le 13 ventôse an VII de la République „ Française. . \

DUHESME, général de division.

Au citoyen Cootard, commandant en chef- les deux Abruses, qui sont le département de la Pescara et du Sangro.

Brave et modeste, mon cher Coutard, vous avez fait des choses qui le-

Avant de le suivrc.sur le théâtre de nouveaux exploits, rapportons ici un trait qui se représentera souvent dans sa noble carrière, et qui en est à nos yeux l’une des plus pures illustrations. On ne sait que trop combien nos armées et leurs chefs étaient , habitués à traiter les terres étrangères en vrais pays conquis. On sc rappelle les plaintes amères des victimes d’upc avide rapacité; on sc rappelle les griefs formulés publiquement par des officiers de nos troupes contre quelques-uns de leurs généraux (1).

roient honneur à un général de réputation. Vous, n’aviez pas reçu mes dépêches et vous m’avez senti. .Vous l’avez vu par ma collonne et mon parti. Gardéz c/î qu'il* vous faut pour tenir Pescara seulement et avoire une collonne mobillc dans vos environs. 7 à 800 hommes su diront, jo pense.

' Organisez le département du Sangro. Formez des gardes uationnlles< et renvoyez moy le reste, notament les compagnies détachées de la 73*. Peutetre vous renverai-je par la suite une collonne mobille. J’attertds Broussier. Toutes mes lettres précédentes vous ont détaillé mes intentions. Nous perdons le brave et bon Championet ; j’aurois pu vous assurer le grade d'adjudant-général, mais cela ne m’empêchera pas de le demandër avec force, parce que vous le méritez. Si je ne l’obtiens pas, j’aurai toujours eu la ferme volonté de procurer un bon officier général à la Hépublique. ,

Adieu faîtes confectioncr. Jétablirai un dépôt à Barleta, jy tiendrai des troupes, jy ferais confectioncr. J’aurai une petite garnison napolitaine a Manfivdonia. Basez toutes vos oppérations ladessus. Le corps d’armée sera sur la mer lonicnc, près de Matera et Gravina, jusqu’à nouvel ordre. Servons nous de paisants pour correspondre et rétablissez les postes do . LancitUiu à Foggia où je monte un esprit public et une garde nationale. Vous continuerez a faire de même de vos cotés.

Je vous em\>rassc G. Duuesme.

11 y aura des troupes jusqunstiu 18 aFoggia, tachez qu’une partie de la collonne y arrive pour ce tems.

Envoyez nous vos drapeaux même celui que jai laissé à Pescara.

(1) Voir les documents publiés par M. le baron de Barante, dans son Uistûirè du Directoire.

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Les témoignages que nous allons citer font briller d’un éclat plus noble encore le contraste que présente la conduite du commandant des Abruzzes.

Le conseil supérieur de la Haute et Bassc-Abrilzze, les administrateurs de ces provinces, lui adressèrent à l’envi lcs expressions du regret profond que causait son départ et de l’admiration qu’avait inspirée son désintéressement. Ils le remercient de la discipline strictement observée, de la sécurité maintenue, de la générosité pratiquée en toute occasion. C’est à lui que la contrée aime à reporter l’or, dre et la tranquil- ' lilé dont elle a joui, la répression qid a poursuivi et anéanti le brigandage ; elle célèbre son courage, son activité, sa vigilance ; elle loue la noblesse de son caractère, sa rigide probité, vertu si rare alors; elle ■ regrette son esprit de gouvernement, l’ascendant qu’il \ exerçait sur ses troupes, les ménagements qu’il avait • pour les populations; elle forme des vœux pour que « la gloire et la victoire lui soient de (nielles compagnes (1). »

(1) 11 faut reproduire le texte de ces témoignages. Le premier est en français; nous en conservons l 'orthographe :

« Le conseil supérieur de laliaute et ba^c Abrume, au citoyen Coutard’:

« Dans le moment que, pour accomplissement de nos désirs et de vos soins, vous alliez, çitoyen, donner les dentiers échecs au brigantnge, nous apprenons par vous que des ordre» supérieurs vous rappellent de notre pays. Fatal départ î Nous vous regretterons à beaucoup de titres. Nous, et ces départements, perdons le héros et le père. Votre courage les a plusieurs fois sauvés; votre désintéressement les a toujours soulagés. Jugez, vous maintenant, si vous ayez pu mériter la commune estime dans ces pays-ci, ou plutôt s'il y ait pu être jamais officier aussi estimable coiumé . vous. Que la victoire et la gloire soient toujours les vostres lidelles com*

Enfin un poète fit imprimer des sonnets à l’honneur du brave commandant, sur un tissu de soie couleur de pourpre.

pagrtcs! Et que nous puissions mériter l’honneur de vostrc estime et de vostre amitié!...

% . u Salut et respect.

« Melcihor Delfico.

m Antoine Madokxa.

n CliARLKS ÜEHARD1NI. a

Suivait un acte'en italien dont nous rapportons la traduction :

« Pescara, le 8 floréal an Vil de la Rép. franç.

« Le conseil suprême de la Haute et Bassc-Abruzzo ;

n Nous soussignés, membres du conseil, certifions comme ayant été pendant trois mois en communauté de gouvernetnent et de. résidence avèc le citoyen L. Coutard, chef de bataillon de la 73 e et. commandant en chef de ces départements par ordre du citoyen Duhesme; que, durant tout ce temps, nous avons eu pleine connaissance dudit citoyen Coqtard, l’ayant Vu infatigable au travail, très-vigilant au gouvernement, actif au plus haut degré pour conserver la tranquillité et l’ordre public, en faveur duquel il n’a jamais hésité à se porter en persoune contre les troupes de brigands et de révdltés qui troublaient cette contrée. Aussi, attestons-nous que c’est seulement à son courage et à son activité qu’est due la réduction des rebelles. Ce citoyen est éloigné de toute espèce d’avidité et plein de sentiments moraux qui distinguent l'honnète homme et l’homme bien élevé; et nous devons semblablement certifier que les peuples sous son gouvernement n’ont été nullement opprimés, et que, dans les deux départements, le nom de Coutard est aimé, acclamé et applaudi comme celui du libérateur et du père des peuples confiés à son autorité. C’est ce que nous attestons pour rendre hommage à la vérité, et ce que nous attesterons toujours à toutes les autorités supérieures et à tous les commandants généraux, tant en Italie qu’en France.

* « Signé : Melcihor Delfico.

a Carlo Berardini.

- a Antonio Ma donna, i»

L’administrateur de la Basse-Abruzze-ajoutait :

« Cbieti, 8 floréal an l* r de la République napolitaine, VII de la liberté.

« Citoyen commandant,

« La nouvelle que vous venez de nous donner de votre départ nous a profondément attristés, parce que vous étiez déjà habitué à compatir à nos

En quittant ces contrées où il avait laissé de tels souvenirs et de tels regrets, Coutard se repliait vers la Toscane. Sous les murs de Modène, il rencontre la légion de Bussy. Cette légion se composait de braves émigrés français (1) et servait sous les ordres du prince de Hobenzollern. Entourée par les troupes de la République, elle veut se faire jour ou trouver une mort glorieuse. Ses cavaliers se jettent sur les premiers postes qu’ils aperçoivent; leur impétuosité tient du désespoir, rien ne les arrête;' ils parviennent jusqu’au quartier général de Macdonald, dispersent son escorte, le blessent à la tête, et continuent leur route

vers Modène. Le commandant Coutard se met à. leur poursuite avec les grenadiers de l’aile droite : il les atteint et les suit de si près qu’il entre avec eux dans la ville et s’en empare (19 prairial an VII).

Le 30 prairial, Coutard, à la tête de ces mêmes grenadiers, assistait à la fameuse bataille de la Trebbia, sur ce champ illustre où Annibal avait vaincù • les Romains, et où, trois jours durant, trente mille Français disputèrent la victoire à cinquante mille

maux. Vous pouvez attester à votre, nation notre attachement pour elle, comme nous attesterons toujours le vôtre à la nôtre. Puissent de nou- m veaux lauriers couronner votre mérite, et soyez assuré que votre nom restera toujours cher aux honnêtes citoyens de l’Abbruze!

« Respect et osiitne.

« Signé : Pietiio de Sterucii. »

(1) Les Victoires et Conquêtes rendent un juste tribut d'admiration à ces courageux émigrés, « dignes du nomdo Français,» ajoutent-elles, et elles ne sont pas ici suspectes de partialité. T. X, page 338.

Autrichiens et Russes: Cinq millions de cartouches brûlées, plus de soixante-dix (nille coups de canon échangés, le lit du fleuve encombré de cadavres, et plus de quinze mille hommes restés sur la place, attestent la fureur et l’acharnement de cette lutte. Coutard y fut blessé et fait prisonnier avec les siens.

Cependant, une ère nouvelle de victoire allait s’ouvrir pour nos troupes. Bonaparte, devenu premier consul, envoyait Masséna en Italie. On sait la courte et brillante campagne de l’Apennin après laquelle le général eu chef fut obligé de se renfermer dans Gènes.

L'histoire a enregistré les faits du siège de cette ville (1). llienn’ est comparable à cette défense désespérée, où l’armée française lutta contre les maladies, les séditions et la famine, où.lcs soldats ne mangeaient que des soupes d’herbes, oii les rues étaient encombrées des cadavres de malheureux morts de faim et de misère, où les ennemis, l’amiral anglais Keith comme les généraux autrichiens, ne pouvaient retenir l’expression de l'admiration que leur avait inspiré le courage surhumain de nos troupes.

De toutes les positions exposées, celle des Deux- Frères était la plus importante et la plus périlleuse.

(1) Tous les récits historiques sont remplis des détails de ccttc prodigieuse défense de Gênes: ils ne nous ont paru nulle part plus intéressauts que dans Y Histoire de la Campagne de UOO, écrite d’après des documents nouveaux et inédits, par M. le duc de Valmy , fils du général Kellermapn, de celui-là même dont l'admirable charge de cavalerie, cette irocella eguestris } comme parle Titc-Live, décida le succès de la batailtc de M&rengo.

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C’est une forteresse placée au nord et à l’est de la ville, sur une crête élevée qui en défend les approches. Tout l’effort des troupes impériales se porta silice point : le 30 avril il fut enlevé. Aussitôt Masséna chargea Soultdc le reconquérir; Coutard, délivré par échange, était sous ses ordres. Cette expédition fut une des merveilles de ce temps si fécond en prodiges. La 73% qni supportait le feu depuis le matin, . n’était plus qu’un débris. 11 était cinq heures du soir, et on s’était battu toute la journée. Coutard rassemble les cent cinquante hommes qui lui restent, leur commande une charge désespérée à la baïonnette, arrive à leur tête jusqu’au sommet de la montagne, sans avoir tiré un coup de fusil, saute dans les retranchements et chasse les Autrichiens. En fuyant, les Impériaux avaient jeté dans un ravin deux pièces . de canon qu’ils avaient arrachées à nos soldats et 1

qu’ils avaient braquées contre nous. Quelques greu i- * diers descendent dans le ravin, relèvent les deux pièces de canon sur leurs épaules, les rapportent sur le * faite de la montagne, les placent en batterie et tirent plusieurs coups sur l’ennemi. Masséna, émerveillé, créa Coutard chef de brigade sur le champ de ha- . *

taille (1). Coutard avait trente-un ans.

(1) Voici le brevet :

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