‹ Le Général comte de Coutard, étude historique sur la République, l'Empire et la RestaurationChapitre 8 sur 57 · CHAPITRE V · texte numérisé non relu

CHAPITRE V

Coutard en Espagne et en Portugal. — Station devant Lisbonne. — Siège de Ciudad-Rodrjgo. — Bataille de Fuentès de Oooro. — Respect des Espagnols pour Coutard. — Il est nommé général de brigade. — Il Te* çoit le commandement d’une expédition projetée aux Indes, avec le grade de général de division — Il est attaebé & la Grande Armée.

Le 65» va donc commencer en Espagne une série de lattes nouvelles. Là, il devait se trouver aux prises avec des ennemis inconnus, avec une énergie, avec une passion telles que jamais la valeur française n’en avait encore rencontrées. Les Espagnols combattaient pour leur Dieu, pour leur roi, pour leur indépendance. Contre ce suprême élan de tout un peuple se levant au nom de ce qu’il y a de plus sacré dans le monde, il n’y avait point de forces humaines qui pussent être assurées du succès. L’armée fit des prodiges; mais déjà elle sentait que l’étoile du maître pâlissait; déjà elle avait ce secret instinct que la justice

n’était pas de son côté. Et si l’honneur qui revient à nos triomphes n’en doit pas être amoindri, il ne fait que ressortir davantage la terrible responsabilité qui pèsera sur la politique envahissante et inique dont nos soldats n’étaient que l’instrument.

Le 3 décembre 1809, le 65 e était à Bayonne, dans la division Lagrange, au 8" corps d’armée, que commandait le duc d’Abrantès. Le 15 janvier 1810, il se rend à Saint-Sébastien, et de là à Valladolid, où il reste jusqu’en juin. Un ordre l’attache à l’armée de Portugal, à ce corps de trente mille soldats qui complétaient les quatre cent mille hommes « dévoués à cette guerre dévorante, » comme dit M. Thiers. Au début, ce ne sont guère que des marches et des changements de position, mais aggravés déjà par le manque de vivres et par la difficulté singulière des communications. Ainsi, Sous le général Solignac, le 65' s’établit à San- l’elice-el-Grande et à Viti Gudino;

puis, du 1" au 14 juillet, il fait partie du corps d’observation qui, sur la rive gauche de la Guéda et de la Zava, surveille l’armée anglaise et protège les opérations du siège de Ciudad- Rodrigo, ce siège qui est une des plus belles pages de la vie militaire du « brave des braves. * . .

Nonobstant ces succès, la guerre avançait peu. Napoléon s’en irritait; il ne connaissait pas ou refusait d’admettre les embarras de ses lieutenants. L’invasion du Portugal lui semblait nécessaire : il l’ordonna.

malgré les objections de Masséna, malgré les avis des autres généraux. L’expédition commença. « L’infanterie dç Junot, dit l’historien de l’Empire (1),mal vêtue, mais bien chaussée et bien armée, mûre d’âge et d’expérience, respirait la confiance. Si jamais la valetir eût pu vaincre la nature des choses, elle était digne de l’accomplir. » Or, la plus belle partie de l’infanterie qui provoque ce brillant éloge, c’était , le 65' régiment.

Par malheur, sous le soleil brûlant de la Péninsule, comme plus tard sous les nuages glacés du Nord, les Français ne trouvèrent devant eux quedes-

traction opérée et ruines volontaires. L’armée, loin

de vivre sur l’ennemi, devait traîner avec elle ses moyens de subsistance. Junot, eueflet, couvrait l’expédition, « protégeant l’énorme convoi de bœufs, de ' mulets et d’ânes dont on était suivi, et qui portait ce dont on avait le plus besoin, du pain et des cartouches. * On comptait sur des lieux arides, on trouva des lieux dévastés. Partout des villages abandonnés, des débris encore fumants, les moulins incendiés, les meules de grain en flammes, à peine quelques légumes. Puis, point de guides, un sol rocailleux et desséché, des chemins impraticables. Le corps qui souffrait le plus était celui de Junot, embarrassé par la garde des subsistances.

'!) M. Thier», t.. XII. p. 350 .

A ces fatigues, qui en trois jours avaient épuisé

les chevaux, venaient s’adjoindre les alertes et les

escarmouches. Assaillie et presque surprise par de

hardis partisans, comme le colonel Trent, la co- , ’ '> • ! -, lonne n’avait dù son salut qu’à un retour offensif,

vivement dirigé par l’infanterie. Là, le 65 e et son

commandant s’étaient particulièrement distingués.

Bientôt farinée débouche par le Moudego et arrive sur la route de Coïmbre. Placé eu réserve dans la plaine de Busacco, Junot suit, après la bataille, la marche heureuse de Masséna, qui signala la nuit du 28 au 29 septembre. Le matin, les casques des dragons resplendissaient dans la plaine de Coïmbre, et le duc de Wellington, qui se croyait vainqueur la veille, était oblige de fuir en toute hâte. Sa retraite fut chaudement inquiétée, et Coutard joignant ses dernières troupes dans les environs de la place, leur fit subir des pertes notables en plusieurs rencontres.

Le mouvement en avant continue. Placé à l’avantgarde avec le général Montbruu, le 65 e campe a Mulianosctà Atenguer; le 12 octobre, il était dans lès oliviers qui entourent Villafrança. L’armée venait d’arriver en face des fameuses lignes de Torres-Vedras, immense camp retranché, position, inexpugnable dont Wellington s’était assuré pour « y résister aux forces accumulées des Français et attendre la décadence du système impérial, qui, selon lui ? était

prochaine (1). » Le 13 octobre, Coutard occupe Sobral, et, plusieurs jours durant, il soutient et repousse d’incessantes attaques.

C’est durant cette station périlleuse devant Lisbonne qu’il arriva au baron Coutard une assez singulière aventure avec un homme appartenant à une famille d’où est issue l’une des plus grandes célébrités de notre temps. De temps à autre, quelques heures de trêve étaieut accordées entre l’armée anglaise et les troupes de France. Les soldats de l’un et l'autre parti en profitaient pour venir se promener dans la plaine, semée de nombreux figuiers : Français et Anglais ne les épargnaient pas. Une fois les heures d’armistice écoulées, chacun reprenait ses postes, et malheur aux retardataires; s’ils étaient saisis, leur prise était de bonne guerre. Un jour, des soldats du 65* amenèrent au colonel un jeune Anglais qui s’était laissé surprendre sous un de ces figuiers de la côte. Il déclara qu’il ne faisait pas partie de l’armée, mais qu’ayant armé son yacht de plaisir, il était venu pour assister de sa personne aux manœuvres et pour prendre une juste idée des opérations militaires. 11 était fils d’un riche industriel de Londres, et demandait avec instance d’ètrc relâché. Ce jeune homme avait une grande distinction d’esprit,

(1) M. Thicrs, loc. cil., p. 3«5. il faut voir dans lo livre XXXIX de son Hittoirc <fr l’Empire, la description de ces ügnes et le rdcit do touto la campagne.

sa conversation était pleine de charme, et malgré la réserve britannique, il déploya de vastes connaissances et des vues élevées. Le colonel, charmé de son prisonnier, le reçut avec la plus gracieuse courtoisie, mais il ne put prendre sur lui d’accorder sa mise en liberté. Il le conduisit chez le maréchal, qui, sur ses instances, consentit à le délivrer. Le prisonnier se nomma : il était de la famille de M. Peel, peut-être celui de ses fils qui devint le premier ministre de la Grande-Bretagne (1).

Plus tard, nous voyons Coutard se porter à Aveiras de Cima, puis à Ornero, où il achève l’année 1810; et enfin à Torres-Novas, où il commeuçe 1811.

Cet hiver fut rude et cruel, et, pour le supporter, il ne fallut rien moins que l’énergie des vieilles bandes formées aux guerres d’Allemagne. L’armée, isolée, sans ressources autres que celles qu’elle devait conquérir, ne se procurait des vivres que par des battues régulières dans les bois où les paysans s’étaient réfugiés, derrière des espèces de camps fortifiés. Et même, eu ces courses d’aventure, le caractère généreux de nos soldats montrait sa prééminence sur celui des Anglais ; tellement que les malheureux habitants du Portugal avaient moius à

(1) Le gouvernement anglais éprouvait alors les plus vives anxiétés sur le sort de lord Wellington. Il est possible que sir Robert Peel, tout jeune encore et déjà sous-secrétairc-d'i.tat de la marine, ait voulu s’assurer par lui-même de l'état de l’armée.

sç plajndrc dç leurs ennemis que de leurs alliés.

Si les troupes souffraient, le sort des officiers était bien pire encore. Leurs vêtements en lambeaux ne pouvaient être réparés avec la pittoresque et bizarre industrie des simples soldats; leurs chaussures ne se remplaçaient pas par les grossières sandales de peau de bêtes en usage dans l’armée, La solde était arriérée de plusieurs mois, et les humiliations se mêlaient au dénûment. Toutefois, ils se soutenaient par le sentiment du devoir et par l'espoir, hélas ! peu fondé, d’un secours promis par la mère-patrie.

De telles épreuves n’altéraient ni la confiance ni le courage du 65*. Une expédition vint d’ailleurs faire

diversion aux préoccupations de la faim cl de la mi-

sère; c’est une des grandes ressources de l’art militaire, et rien ne soutient et ne remonte davantage le moral des soldats. Le 19 janvier, le prince d’Essling ordonne une reconnaissance sur la ville de Rio-Major. A l’approche de nos troupes, elle est évacuée, non sans combat; c’est laque le duc d’.Abrantès reçut une balle à la tète. La reconnaissance opérée, la colonue revenait, quand la cavalerie anglaise chercha à l’inquiéter. Une charge vigoureuse en eut bientôt raison :

vingt hommes et vingt chevaux restèrent sur la place: * > ' c’est à une compagnie du G5' qu’est dù ce succès.

Le reste de la campagne se passa sans engagements beaucoup plus sérieux. 11 n’est guère question que de changements de postes, les uns occupés ai-

sèment, les autres enlevés après résistance. Ce ne serait qu’une nomenclature; mais elle suffirait à prou- . ver la prodigieuse activité déployée par les chefs, . et les fatigues singulières qu’exigeait cette expédi- . ,

tion, où tout était alarme. Tantôt il s’agit do re-, chercher iin passage, et Junot est détaché à la recherche du gué de Mondego. Tantôt, pour échapper à la famine, il faut que les corps se dispersent et se répandent sur une vaste étendue de pays. Puis, on ne ■]

peut plus même garder les cantonnements aux embouchures duTage; la retraite est nécessaire. Masséna, frémissant et presque épuisé, repasse la fron- " tière et échelonne ses troupes entre Almeïda, Ciu- ' •

dad-Rodrigo et Salamanque. Le 65 e suivit cés mouvements divers : on le voit h Alcjos, puis à Salamanque. .>•

Cependant Masséna brillait de prendre sa revanche. A la pensée que Wellington semblait le considérer comme vaincu et comme n’étant plus désormais à craindre, le dépit et l’espoir rentrent dahs son âme.

L^fTensivc sera reprise sans délai. Vainement Junot i et ses autres lieutenants sollicitent quelques jours de préparatif. L’ordre de marcher est donné; on veut passer sur le corps des Anglais, en se dirigeant vers Ciudad-Rodrigo et Almeïda. x

Le 5 mai on les avait atteint : ce fut la célèbre journée de Fuentès de Onoro. Aprèaune lutte terrible et les prodiges malheureusement inutiles d’une in-

comparable valeur, le 65 e campa, avec Masséna, sur le champ de bataille. Ce fut un de ses officiers qui, au péril de sa vie, traversant la ligne des postes anglais durant la nuit du 6 mai, porta au général Brenier l’ordre de faire sauter la forteresse d’Almeïda (1). Cet ordre fut exécuté, et on sait que Wellington, à la nouvelle de cet acte héroïque, s’écria qu’il valait une victoire ! Néanmoins Masséna dut rentrer à Salamanque; il allait y trouver une disgrâce imméritée.

Après son départ, l’armée redoubla d’efforts. Marmont venait d’être placé à sa tête; Marmont, habile administrateur, plein de spllicitude pour le soldat, jaloux de réorganiser les troupes, de leur donner quelque repos et de les conduire, ranimées et rafraîchies, à une victoire plus assurée. En peu de temps, et malgré des difficultés extrêmes, il avait allégé ses régiments, commandait à des hommes éprouvés, valides et dispos, avait éloigné les généraux fatigués et insoumis, et se mettait en mouvement pour entrer

(1) M. Thiers dit, dans son douzième volume déjà cité, que cet ordre, confié à trois hommes de bonne volonté, Zaniboni, caporal au 76* de lif gne, No& Lami, cantinier de la division Ferrcy, et André Tillet, chasseur au 6* léger; parvint à Brenier par l’entremise de Tillet, les autres ayant été tués en route. Sans contester ce récit, je dois dire que sur la seule note manuscrite qu’ait laissée le général Coutard, et qui, composée de quatre pages, contient la narration de son entrevue en 1809, avec l’Empereur, à Ratisbonnc, et quelques indications relatives à la guerre d’Espagne, je lis ces mots : « Le 65* se trouva & la bataille do Fucnte de Ognoro; ce fut un de scs officier? qui porta au général Brenier, en traversant l’armée anglaise, l’ordre de faire sauter Almeïda. »

dans l’Eslramadure et secourir le maréchal Soult qui essayait vainement de sauver Badajoz.

Le duc de Raguse appréciait trop Côutard pour ne pas le garder près de lui. Le 65" va être de tous les ' mouvements (1). > .

Sous les ordres du général Reynier, il franchit le col de Ranos et descend sur le Tage. Cette marche seule avait dégagé Badajoz ; Wellington s’éloignait, et les héroïques défenseurs de cette imprenable citadelle saluaient des plus ardents transports leurs braves libérateurs (2).

De Badajoz, Marmont songea à se rendre aux rives du Tage, le cours de ce fleuve lui offrant une position excellente et de laquelle il saurait suffire à tous les devoirs de son commandement. Le 1 k juin, il confia la 1" brigade de la 6* division au colonel du 65 e . Coutard passe le Tage et va occuper Truxillo. Maîtresse de ces points, l’armée put prendre sa part de cette sorte de trêve forcée que l’ardeur du climat imposait à tous les adversaires. Quelques escarmouches vinrent seulement distraire la monotonie de ces « qtiar- . tiers d’été. » Ainsi, le 5 juillet, une troupe de guérillas, embusquée derrière les murs de Puerto de

(1) Voici les divers points qu'occupe le 65* : le 5 juin, il est à Mat ilia; le 8, àSan-Pedro de Rozados; le 9, à Fuente-Roble ; le 10, à la Calzada; ' le 11, à Danos; le 12, à la Oliva; le 13, à Plasencia.

(î) Après avoir bivouaqué le 14 juin. sur la gauche du Tiétar, la l r# bri- . gade passe le Tage le 15; elle occupe Truxillo le 17 ; le 19, le 65* se cantonne à Sao-Pedro ; le 26, à Montanchèsel au Val de Fuentès.

Santa-Cruz, enlève deux dragons et un aide de camp du général Belliard. Cet aide de camp portail les dépêches du duc de Ragusc. Coutard essaya de prendre sa revanche de cette audace. Plus tard, il dirige un de ses bataillons sur Lugar-Nuevo, pour garder le pout du Tagc (12 juillet) ; deux autres jalonnaient la route et conservaient libre ce chemin si précieux pour l’armée. C’était par là également que Ciudad- Rodrigo pouvait être ravitaillé. Or, cette ville formait le point de mire des opérations de Wcllingtou ; elle allait être réduite aux dernières extrémités ; sa courageuse garnison ne recevait plus qu’une demi-ration. La 0° division pousse une vigoureuse reconnaissance vers l’ennemi, pour détourner son attention, et le 65 e

facilite l’entrée d’un convoi de subsistances dans la

place assiégée.

Après cet effort heureux, le régiment vint camper à Béjar; il s’y tenait, attendant de nouvelles luttes, quand son colonel reçut, avec le grade de général de brigade, l’ordre de quitter l’Espagne et d’arriver en toute hâte près du maréchal prince d’Eckmühl.

Telle avait été pour lui cette campagne d’Espagne et de Portugal, marquée de fatigues et d’honneur, et où il avait su, chose bien digne de souvenir, conquérir l’estime de ses ennemis. Naturellement généreux, professant un respect sincère pour la religion, dont jamais il n'oublia les préceptes, son premier soin avait été de maintenir la plus sévère

discipline parmi ses troupes et de leur interdire ces actes de violence, de rapine et de sacrilège qui avaient excité à un si haut degré les vengeances et les colères des fiers et religieux Espagnols. De plus, suivant lui-même les devoirs du culte public, il avait voulu que son régiment en donnât l’exemple. Chaque dimanche, quand il se trouvait dans une ville, il assistait à la messe avec ses soldats : la musique exécutait des morceaux, et les tambours rendaient au Saint des saints les honneurs militaires.

Il en était résulté, pour le colonel et pour scs troupes, un haut renom de probité et même de foi, dont à plusieurs reprises ils recueillirent les' fruits. Tandis que les morts des autres régiments n’étaient pas même respectés-, tandis que leurs prisonniers étaient traités avec une cruauté et une barbarie sans égales, un sentiment d’humanité et de vénération particulière accueillait les soldats du « seigneur don Luis, i comme on appelait Louis Coutard. Les guérillas euxmêmes regardaient aux boutons de l’unilorme. Quand ils voyaient le n* G5, ils faisaient quartier, et souvent renvoyaient sans rançon. Âu moment où le colonel s’éloignait de l’Espagne, ses chevaux et ses équipages, qu’il avait envoyés en avant, furent enlevés par un parti ennemi. A la première ville qu’il rencontra, il s’en plaignit. En arrivant à la frontière, il retrouva tout. Les hommes qui ramenèrent cette proie

s’excusèrent et déclarèrent qu’ aussitôt qu’ils avaient su que les équipages étaient à don Luis, ils s’étaient empressés de les lui rendre, comme un témoignage de reconnaissance et d’estime.

Qu'on nous permette de joindre ici un autre hommage, celui d’un des capitaines sous lesquels Coutard avait servi. Le 27 mai 1811, le duc d’Abrantès lui écrit de Toro :

« Monsieur le colonel, la nouvelle organisation de l’armée m’oblige à vous quitter. Je regrette et vous et les braves gens que vous commandez : témoignez-le leur de ma part. Diles-leur aussi que si quelqu'un d’entre eux pouvait avoir besoin de moi, ils doivent s’y adresser avec confiance, je me ferai un plaisir de les servir près de Sa Majesté et de les recommander au maréchal qui vous commande. Pour moi, Monsieur le colonel, je serai satisfait si j’emporte l’amitié des ofliciers qui ont servi sous mes ordres, et s’ils me mettent à même de leur témoigner mon estime en les servant de tout mon pouvoir. »

A ce propos, on voudra bien remarquer que Junotest, à l’égard du colonel du 65% plus impartial que la duchesse d’Abrantès. Elle aussi, cependant, lui devait conserver quelque souvenir, non-seulement parccqu’il commandait « le plus beau régimentdc l'armée (1), » mais ■ parce qu’il était d’une extrême po-

(1) Encore moins parce qu’il « portait toujours des gants jaunes d’une extrême propreté et une petite perruque gazonnée, a et qu’il jouait assez

litesse, » et aussi parce que * dit-elle, la musique de son régiment était admirablement bonne, et qu’elle a bien souvent charmé mes heures de tristesse au jour tombant, lorsque, assise à la petite fenêtre de ma chambre, à Lcsdema, je regardais au loin dans les plaines stériles qui l’entouraient, en rêvant à la France. *

C’était doncau milieu de ces péripétiesde la guerre de la Péninsule, que, le G août 1811, le colonel avait reçu, avec sa nomination au grade de général de brigade, l’injonction de se rendre en poste à Hambourg, rejoindre le maréchal prince d’EckmUhl, qui lui donnerait des instructions ultérieures.

Là lettre n’était pas arrivée directement, et il lui fallut attendre une escorte pour gagner Bayonne. A son arrivée à Paris, il se présenta chez le ministre de la guerre. « Vous irez dimanche au château prêter votre serment, l’Empereur veut vous voir, lui dit le duc de Feltre. » Le dimanche, après toutes les réceptions, Napoléon étant rentré dans son cabinet, un huissier appela le baron Coutard. Comme

bien aux échecs pour garner Madame d’Abrantès. Quant au dernier talent, je ne sais quelle en peut être la mesure. Quant aux gants jaunes, ce détail aurait-il donc été une rareté digne de remarque alors? Quant à la perruque gaxonnée, Madame d'Abrantès n’est pas bien servie par sa mémoire. Le général avait une forêt de cheveux touffus et bouclés qu’il a gardés jusqu’à son dernier jour. Madame d’Abrantès prétend ensuite ■ qu'ayant eu besoin du général de Coutard, elle le trouva d'une grande sécheres-se dans ses rapports. » Nous ne croyons pas que là, Madame d’Abrantès soit plus exactement renseignée par ses souvenirs.

il faisait ses Arois saluts, il entendit l’Empereur demander au maréchal Berthier : « Est-ce Coustard Saint-Lô? — Non, Sire, reprend aussitôt le général, Coutard de Ratisbonue. — Ah! oui, dit l’Empereur, 65% je me rappelle!,.. Eh bien! je vous ai fait général de brigade. — J’en remercie Votre Majesté; mais, Sire, vous m’avez laissé onze ans colonel. — Vous ne resterez pas si longtemps général de brigade. » Le général s’inclina, et sortit en faisant ses trois révérences, sans songer à ce qui l’attendait.

Avec l’autorisation du ministre, il était passé par la Bourgogne pour voir la famille de Madame de Coutard. 11 n’arriva à Hambourg que la veille de Noël. * Ah ! vous voilà, Coutard, fit le maréchal en le recevant; j’ai là une lettre pour vous. » Le général se hâta d’ouvrir la dépêche. Quelles ne furent pas sa surprise et sa joie ! L’Empereur lui donnait le commandement en chef d’une expédition des Crandes- „ Indes, avec le gouvernement de Java et le grade de général de division.

Voici la dépêche. Elle veut être textuellement reproduite :

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