‹ Le Général comte de Coutard, étude historique sur la République, l'Empire et la RestaurationChapitre 9 sur 57 · MINISTÈRE DE LÀ GUERRE. ÉTATS-MAJORS · texte numérisé non relu

MINISTÈRE DE LÀ GUERRE. ÉTATS-MAJORS

2* Division. Pour vaut seul.

« Paris, le 13 décembre 1811.

» Général, j’ai l’honneur de vous informer que

l’Empereur a bien voulu vous désigner pour com- 1 mandant supérieur des troupes de terre, à l’ile de Java. Sa Majesté a ajouté à cette faveur celle de vous élever au grade de général de division ; mais son intention est que vous ne soyez reconnu dans ce grade qu’à votre arrivée dans la colonie.

. Vous trouverez ci-joint un ordre qui vous prescrit de vous rendre en poste à Brest, lieu de votre embarquement.

« A votre passage à Paris, vous vous présenterez » à Son Excellence le ministre de la marine, qui est informé de votre nomiuation et qui vous remettra ses instructions. • ' .

. Vous recevrez à Java, de Monsieur le gouverneur-général Janssens, vos lettres de Service en qualité de général de division.

« Vous m’accuserez réception de la présente, sur le contenu de laquelle il vous est expressément recommandé de garder le secret, et vous m’informerez de votre départ. , '

« Recevez, Général, l’assurance de ma parfaite considération.

c Le ministre de la guerre,

« Duc de Feltre. »

Au général Coutard, à Hambourg.

« En marge : Reçu à Hambourg, à mon arrivée, et des mains du maréchal prince d’Eckmtlbl, le décembre 1811. DeÇ. » '

Et voici, maintenant, comment Napoléon parle, dans ses Mémoires, et de l’expédition et du chef qui devait la commander : * Longtemps j’ai rêvé une expédition décisive sur l’Inde, mais j’ai été constamment déjoué. J’envoyais seize mille soldats, tous sur des vaisseaux de ligne; chaque soixantequatorze en eût porté cinq cents, ce qui eût demandé trente-deux vaisseaux. Je leur faisais prendre de l’eau pour quatre mois. On l’eût renouvelée à l’ile de France ou dans tout autre endroit habité de l’Afrique, du Brésil ou de la mer des Indes. On eût, au be-

soin, fait la conquête de cette eau partout où on eût voulu relâcher. Arrivés sur les lieux, les vaisseaux jetaient les soldats à terre et repartaient aussitôt, complétant leurs équipages par le sacrifice de sept ou huit de ces vaisseaux, dont la vétusté avait déjà marqué la condamnation, si bien qu’une escadre anglaise arrivant d’Europe à la suite de la nôtre, n'eût plus rien trouvé.

« Quant à l’armée, abandonnée à elle-même, mise aux mains d’un chef sûr el capable, elle eût renouvelé les prodiges qui nous étaient familiers, et l’Europe eût appris la conquête de l’Inde comme elle avait appris celle de l’Égypte. (1) •

Ces lettres de service ont été religieusement gardées secrètes ; c’est sur la tombe du général qu’elles

(1) Mémorial de Sainte-Hélène, t. IV. p. 78.

ont été publiquement citées pour la première fois.

Coutard était ce chef sûr et capable dont parle Napoléon. Un tel éloge est au-dessus de tout.

Coutard n’était resté que six mois général de brigade. Toutefois, il ne fut pas reconnu dans son nouveau grade. Les événements de 1812 empêchèrent les ' plans lointains de Napoléon de se réaliser. Cette diversion si puissante qu’il rêvait contre l’Angleterre, cette attaque mortelle qu’il allait lui porter jusque dans ses possessions de l’Inde, avorta comme l’expédition d’Egypte, comme le projet de Taganrok' combiné avec le czar Paul. Coutard resta en Europe.

Il reçut le commandement de la 3* brigade de la 9" division de la Grande Armée, au 2* corps, qui était placé sous les ordres du maréchal duc de Reggio.

C’était la campagne de Russie, la seconde cause et le dernier théâtre de la ruine de l’Empire.

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