Murinais à Dagobert, 3 mai 1786 (A. D
vers un autre ministère, le ministère de la marine. En 1780, il avait détaché son premier mémoire et envoyé au maréchal de Castries les pages qui traitaient de l'emploi des fusées et de la façon dont elles pouvaient écarter ou brûler une flotte qui ferait une tentative contre un port. La réponse du ministre fut très courtoise : « S'il arrivait des circonstances où il serait nécessaire d'user des moyens que vous indiquez, je n'oublierais pas de les employer; en attendant, je vous sais beaucoup de gré de vous être occupé d'objets qui peuvent être utiles au service ».
Aussi, en 1784, Dagobert soumettait-il au ministre de la marine des observations sur les remèdes contre la peste, et, cette fois encore, M. de Castries le remerciait avec la même politesse, la même bonne grâce : « Je les communique aux intendants de la santé de Marseille et, si elles peuvent ajouter aux connaissances et aux procédés dont ils ont la pratique, je ne doute pas qu'ils vous prient de leur fournir des éclaircissements ».
EtDagobert, enhardi, indiquait en 1783 au ministre de la marine un moven de travailler sous l'eau! Le plongeur, disait-il, s'enfoncerait dans l'eau au moyen de deux sandales de plomb ou tout unimont d'un sac ou tablier rempli de pierres et lié à sa ceinture dont il n'aurait qu'à lâcher le cordon lorsqu'il voudrait revenir à la surface. Il respirerait par un long tuyau de cuir imperméable, gros comme le petit doigt, roulé autour d'une espèce de bonnet de grenadier attaché fortement sur la tête. L'orifice supérieur du tuyau serait retenu au-dessus de l'eau par quelques vessies ; l'inférieur s'adapterait au nez par une sorte de masque assez hermé-
tiquement appliqué pour empêcher l'eau de pénétrer. Par là, il aspirerait Tair nécessaire qu'il rejetterait en le soufflant par la bouche. S'il ne pouvait souffler ainsi l'air, il se munirait d'un tuyau double, l'un qui amènerait, l'autre qui renverrait l'air par deux petites soupapes dont l'une se fermerait quand l'autre s'ouvrirait. Pour remonter plus vite et pour surnager, il aurait un scaphandre ou corset de liège. Dans les mers où les requins seraient à craindre, ce corset serait garni de pointes d'épées et l'homme ressemblerait à ce hérisson marin que respectent les poissons voraces. Que de services rendraient de pareils plongeurs! Les efl'ets et les vaisseaux qui sont au fond de la mer, ne sont difficiles à ressaisir que parce qu'ils's'incrustent dans la vase et le sable. Mais, de même qu'on désunit deux morceaux de marbre qui adhèrent en les faisant glisser Pun sur l'autre ou en introduisant un coin entre eux, de môme les plongeurs, écartant le sable et la vase, amenant Peau sous le navire, finiraient, à l'aide de leviers, par Pébranler, le retourner, le relever. Et ne pourraient-ils miner des rochers et débarrasser les ports des écueils qui barrent leur entrée?
Le projet de 1785 reçut le même accueil du ministre. De nouveau, Castries répondit avec bienveillance et aménité : « Je ne peux que vous louer du zèle qui vous porte à vous occuper de découvertes utiles; mais il faudrait que celle que vous m'oflrez eût l'approbation de l'Académie des sciences pour pouvoir en faire usage dans la marine ».
Trois ans après, en 1788, sans être découragé par ces belles paroles, Dagobert, alors major à Montdauphin, envoyait au ministre de la marine un mé-
moire dans lequel il proposait un moyen de travailler et de marcher sous Teau comme sur terre. Ce mémoire fut soumis à la direction générale des ports. Elle fit à Dagobert la même réponse que Castries en 1785. Le mémoire présentait des idées très ingénieuses; on lui savait beaucoup de gré d'en avoir donné connaissance à la direction générale; mais « il n'était pas possible d'en ordonner l'épreuve, avant que l'Académie des sciences n'eût prononcé sur le mérite dont il était susceptible » K
Avant 1780, Dagobert est donc un excellent officier, épris de son métier, préoccupé de l'armée à laquelle il appartient et qu'il voudrait parfaite, hanté de l'idée qu'il faut changer la constitution militaire, envisageant les moindres côtés du problème, les menus détails du service comme les grands sentiments d'honneur et d'héroïsme, et, avec cela, il est avide de savoir, curieux de toutes choses, sagace, inventif. Mais il n'a pu trouver un protecteur influent et, par suite, il n'a pu se tirer hors du pair; ce sont ses actes de bravoure et surtout ses longs services qui lui valent, à la fin, le brevet de major.
1. D.igobert au ministre de la marine, 8 mars 17S0, 1" août 1784, 19 février 1788 ; et réponses du ministre, 24 mars 1780, 15 août 1784, 17 décembre 1785, 21 mars 1788 (A. D.); cf. Ordonnance française,
p. XI-XXIII.